SACQUÉPÉE et GARCIN. Loc. cit
E. SACQUÉPÉE el GARCIN.
heures, à un moment où la septicémie pesteuse est réalisée, quittent le cadavre à mesure qu'il se refroidit pour attaquer et infecter les personnes du voisinage.
La transmission directe d'homme à homme, laissée un peu dans l'ombre au cours de ces dernières années — bien qu'elle ait été nettement admise par les médecins témoins de la peste noire du xiv° siècle, — paraît susceptible dans certaines circonstances de propager la peste dans une très large mesure. C’est l’enseignement qui se dégage de la récente épidémie de Mandchourie : les observateurs qui l’ont étudiée sur place sont unanimes à penser qu’elle s’est propagée exclusivement d'homme à homme, par voie nasale ou respiratoire; c’est en pareil cas l'expulsion de gouttelettes infec-. tées qui transmet le bacille pesteux d’individu malade à individu sain, comme nous l’avons indiqué plus haut. Ce mécanisme d'infection a pu être contesté, mais il semble bien que les conclusions de la Conférence de Moukden doivent être admises sans réserves.
Autres modes de transmission: — Il existe d’autres modes de transmission, mais ils sont ou moins importants, ou moins étudiés.
Les vêtements, les hardes, sont certainement susceptibles de transmettre la peste, même à longue distance, de Bombay à Londres, comme le démontre un exemple signalé en 1896. Mais le mécanisme vraisemblable de cette transmission nous est déjà connu : les vêtements cachent des insectes infectés, et ce sont en réalité les insectes, et non les vêtements, qui sont responsables de la transmission.
Il paraît d'autre part établi que l’ingestion ou le dépeçage de certains animaux pesteux, entre autres le chameau chez les Kirghis et l’Arctomys Bobak: en Mandchourie, a transmis la peste à l’homme. Le mode de transmission en pareil cas n’est pas nettement établi.
Certains auteurs ont également avancé que la peste humaine peut être transmise par voie diadiie. mais ces observations semblent peu concluantes.
Il en est de même de lhypothèse émise en particulier par la Mission japonaise aux Indes sur la transmission de la peste par des excoriations des pieds. Sans doute les indigènes des Indes marchent généralement nu-pieds, mais cette simple constatation ne suffit pas. La prédominance des bubons à l’aine s'explique mieux par les piqûres d'insectes aux membres inférieurs que par tout autre mécanisme.
Relations entre le mode d’inoculation et la forme clinique de la maladie. — Dans la très grande majorité des cas, il semble exister une relation entre la manière dont l’homme a éLé mets et les manifestations cliniques qu'il présente dans la suite.
Lorsque l’inoculation est faite par piqûre, l’insecte piqueur provenant de l’homme lui-même ou du rat, la peste se manifeste sous la forme bubonique.
Lorsque la maladie est consécutive à l’inoculation par voie respiratoire, elle prend la forme pneumonique. Les atteintes survenues chez des personnes qui ont manié des animaux pesteux (tarabagane, spermophile, animaux de laboratoire) évoluent de même le plus souvent sous forme pneumonique, ce qui peut s'expliquer par une inoculation nasale.
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La peste bubonique engendre presque toujours la peste bubonique.
Inversement, la peste pneumonique engendre presque toujours la peste pneumonique.
Causes favorisantes. — La race, l’âge, les divers états physiologiques ou pathologiques, ne paraissent avoir aucune influence appréciable sur la réceptivité imdividuelle à l'égard de la peste.
Il en est tout autrement de certains fléaux : misère, famine, insalubrité, parfois tremblements de terre (épidémie de San-Francisco). Acuds uera Au : la peste après la famine, disait un proverbe grec. Pour être indirecte, l’action de ces diverses causes n’en est pas moins certaine : les peuples misé reux ou malheureux perdent tout souci de leur bien-être, et laissent se développer outre mesure d’une part l’insalubrité des milieux, d'autre part la malpropreté corporelle, qui aboutissent à la multiplication des rongeurs et des insectes cuticoles, agents habituels de la contagion. C’est sans aucun doute en raison du soin, au moins relatif, qu'ils prennent d'eux-mêmes, que les Européens doivent d’être peu ou pas touchés par la peste bubonique — de beaucoup la plus commune — en Chine comme au Maroc, alors que les indigènes, sales et miséreux, sont au contraire décimés.
ÉPIDÉMIOLOGIE
La peste, endémique en certaines régions signalées ci-dessus, ne peut éclater partout ailleurs qu'à la faveur d’une importation.
Elle constitue en effet une maladie essentiellement importable.
- L'importation peut être faite par voie terrestre ou par voie maritime.
Importation par voie terrestre. — La peste ne semble être transportée par voie terrestre que dans un‘rayon assez restreint. Le transport peut être réalisé de plusieurs manières.
Très souvent, c’est d’un homme pestiféré que proviennent les atteintes, Dans ce premier cas, la peste est transmise soit à l’homme lui-même, soit aux rats, qui la-diffusent ensuite dans la localité.
Dans d’autres cas, la peste est transportée par les rats, émigrés d’un foyer pesteux.
Des observations récentes permettent de penser que d’autres espèces animales, spécialement le chameau, peuvent aussi transporter l'infection.
Importation par voie maritime. — Par voie marilime, la peste peut être transportée à des distances énormes. C'est par voie maritime que la peste, partie de Chine en 1894, a successivement gagné des ports éloignés : Bombay, Alexandrie, Oran, Glascow, Buenos-Ayres, etc.
En pareil cas, le transfert s'effectue généralement par l'intermédiaire des rats. Une épizootie pesteuse éclate à bord et peut demeurer inaperçue; elle provient soit du point de départ du navire, soit d’un point d’escale, les rats infectés ayant envahi le navire. À l’arrivée dans le port, les rats pesteux transmettent l'infection soit à l’homme (débardeurs, coolies, etc.), soit aux rats indigènes, qui la communiqueront ensuite à l’homme.
Caractères des épidémies. — Il faut distinguer à ce point de vue la peste bubonique de la peste pneumonique.
E. SACQUEPÉE et. GARCGIN.
La peste bubonique se manifeste de préférence aux températures moyennes, 10 à 25° ou 30°. Tantôt elle est irrégulière dans son évolution, frappant des personnes tout à fait étrangères les unes aux autres, aucun lien apparent ne réunissant les cas entre eux; mais sil s’agit d’une agglomération importante, la maladie reste quelque temps localisée à un quartier. Tantôt au contraire — beaucoup plus rarement — elle frappe les individus qui ont été au contact des malades ou qui se trouvent dans leur voisinage, et se répand ainsi de proche en proche. La première modalité d'évolution se rencontre lorsque la peste humaine est consécutive à la peste murine; la seconde paraît ressortir de la contagion interhumaine.
Quelle que soit son évolution, la peste bubonique présente deux caractères importants : elle se limite à une saison; elle tend à revivre les années suivantes, le plus souvent à la même saison. Elle affecte ainsi des retours périodiques, susceptibles de se reproduire généralement pendant 5 ou 4 ans, parfois beaucoup plus. Les saisons favorables à la peste sont d’ailleurs très variables d’une localité à l’autre.
La peste pneumonique présente des allures différentes. Elle est manifestement dominée par la contagion directe : d’un premier malade, elle passe aux parents, aux gardes-malades, aux voisins, les atteintes se succédant en séries. Dans une même famille, 1l n’est pas rare que toutes les personnes soient atteintes successivement. Elle sévit par des températures très basses, lorsque beaucoup d'individus sont forcés de se tasser les uns contre les autres dans les habitations, ce qui explique la contagion rapide de l’infection. Contrairement à la peste bubonique, elle atteint souvent les médecins, au moins aussi longtemps que ces derniers ne se prémunissent pas contre la contagion directe par des moyens appropriés.
ÉTUDE CLINIQUE
Incubation. — L’incubation moyenne de la peste est de cinq jours. Les cas où elle dépasse dix jours sont exceptionnels; c’est ce qui a été nettement établi par la Commission anglaise des Indes.
Formes cliniques.
Nous distinguerons trois formes principales de la peste :
A) La forme bubonique; B) La forme pneumonique; C) La forme septicémique:
et trois formes atypiques :
D) La forme foudroyante; E) La forme gastro-intestinale F) La forme ambulatoire.
ÉTUDE CLINIQUE. Fasc. III. — 497
A) Peste bubonique. — Elle est caractérisée par trois symptômes cardinaux : le bubon, la fièvre, l'adynamie. Elle est sujette à certaines complications. Elle peut entraîner des rechutes et des récidives.
Début. — Le bubon constitue quelquefois la première manifestation de la peste bubonique. En général c’est seulement vers le 2° ou le 5° jour de la maladie qu'il se dessine. Son apparition est-précédée par l’ensemble des symptômes qui marquent l'invasion de toutes les grandes pyrexies : malaise général, état nauséeux, frissons erratiques, et surtout une céphalalgie intense, insupportable, dont se plaignent presque tous les malades et dont Barozzi et Arnaud ont voulu faire un signe distinctif de la peste.
Le bubon. — Mais c’est le bubon qui donne vraiment à la fièvre bubonique sa physionomie spéciale; d’où sa dénomination.
Il est généralement la signature d’une infection par la voie cutanée.
Aspect du bubon. — Il se présente le plus souvent sous un aspect que nous considérons comme typique.
C'est une adénite dont la caractéristique est l’infiltration séreuse, périganglionnaire qui l'accompagne et qui se traduit à l'inspection par une apparence d’empâtement de la région, et à la palpation par la sensation d’un œdème gélatineux presque tremblotant.
La lésion est douloureuse et oblige très souvent le malade à prendre une attitude qui met la région atteinte dans un état de relâchement.
Dimensions. — La grosseur du bubon peut varier depuis les dimensions d’une noix jusqu’à celles d’une orange. Dans la majorité des cas il atteint le volume d’une petite mandarine.
Nombre. — Le bubon pesteux est généralement unique, mais il n’est pas rare d’en constater deux et quelquefois davantage. - Siège. — Les bubons peuvent se développer sur tout le territoire du
système lymphatique. Les régions inguinales, axillaires, cervicales constituent les sièges de prédilection.
Gravilé. — Ce sont les bubons cervico-parotidiens qui pour Le Dantec (!) entraîneraient la plus grande mortalité. Ils s’accompagnent parfois d’un œædème considérable de la face. Simond attribue le maximum de gravité aux bubons axillaires à cause de leur tendance à se compliquer de pneumonie pesteuse secondaire.
Évolution. — Le développement du bubon, sa maturation peuvent être très rapides. Habituellement il ne parvient guère à la période d’état qu'au bout de six à huit jours. Arrivé à ce stade, deux évolutions peuvent se produire : la résorption ou la suppuration. La suppuration constitue l’évolution normale. Elle apparait entre le 8e et le 15° jour de la maladie.
L'ouverture artificielle ou spontanée du bubon laisse s’écouler un pus d'aspect crémeux qui contient en abondance le bacille pesteux.
La cicatrisation est toujours lente à se produire; elle donne lieu à des cicatrices rétractées, indélébiles qui peuvent permettre d'établir un diagnostic rétrospectif.
L'adynamie. — Elle est de règle et s’observe dès le début de l'infection