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DE FAUSE
Fig. 7. — Peste bubonique. (Obs. due au D: Blanc, Mazagan.)
vation thermique rapide atteignant 39 et 40° et s’y maintenant pendant une période de six à huit jours. | | À
Du 8° au 15° jour, c’est la période des oscillations avec quelquefois des rémissions complètes suivies de nouvelles exacerbations. Elle correspond à la phase de maturation du bubon. |
Vers le 15° ou 18° jour, une chute brusque de la température coïncide généralement avec l’ouverture spontanée du bubon et le début de la convalescence dont la durée marque le degré d’épuisement et d'infection de Porganisme.
Phlyctène précoce. — Cette localisation rare (5 p. 100 des cas), signalée par Simond, est très inléressante, en ce qu'elle marque le point d’inoculalion. Il apparaît tout d’abord une macule prurigineuse, qui se transforme en papule, puis en phlyctène de 2 à 4 millimètres, contenant un liquide séreux ou séro-sanguinolent. Dans ce liquide on trouve le bacille spécifique. Ultérieurement, tantôt le liquide devient trouble et se résorbe, tantôt la lésion devient œdémateuse, la phyctène sè rompt, et la lésion évolue ensuite sous forme de charbon pesteux. |
Complications. — En raison de la lenteur relative de son évolution, la
peste bubonique est sujette à certaines complications, qui n’ont guère le
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temps d’apparaître. Au contraire, dans les deux autres grandes formes cliniques, presque toujours très rapidement mortelles, les principales complications sont constituées par les charbons, la pneumonie pesteuse secondaire, les troubles psychiques.
Charbons. — Ils sont ainsi appelés à cause de leur ressemblance avec la pustule maligne.
Ils succèdent le plus souvent soit à la phlyctène précoce, soitaux pustules secondaires (Simond). Le tissu sous-jacent est rouge foncé ou violacé, puis il se constitue une eschare noirâtre qui s’élimine après quelque temps, en laissant une perte de substance, parfois très profonde. |
Les zones de mortification peuvent être considérables. et s'étendre à tout un membre, à toute une région. Nous en avons observé qui avaient complètement mis à nu le sacrum et le coccyx.
Pneumonie pesleuse secondaire. — Tous les auteurs, Choksy, Le Dantec, Simond, Métin, signalent la fréquence des complications pulmonaires dans la peste bubonique, coïncidant avec la présence de bubons cervicaux ou axillaires. Cette pneumonie, ou mieux broncho-pneumonie, encore appelée pneumonie bubonique par Cabiadis, Arnaud, ne diffère pas sensiblement de la broncho-pneumonie pesteuse primitive que nous étudierons plus loin, mais son pronostic est toutefois moins fatal.
Troubles psychiques. — Dans une maladie où l’intoxication des centres nerveux est de règle, il ne faut pas s'étonner de rencontrer des troubles cérébraux, tant au cours de la maladie que pendant la convalescence. Les anciens historiens ou médecins nous rapportent un grand nombre
d'exemples de ces perturbations mentales. Ce sont les manies, les fureurs,
les accès de folie des grandes épidémies du moyen âge : peste de Paris en 1450 et 1560; peste de Lyon en 1628; peste de Londres en 1664; peste de Marseille en 1720.
Ce sont des visions terribles, des hallucinations avec apparition de spectres qui poussent les malades au suicide comme cela a été observé à Digne en 1629, à Milan, à Padoue en 1540, au Danemark en 1655.
C’est le délire sous toutes ses formes : tranquille, loquace, furieux, érotique, religieux.
Ce sont enfin les aphasies, les amnésies, les démences qui s’observent au cours de la convalescence.
Autres complications. — Parfois, alors que la maladie semble sur le point de s’éteindre, on voit apparaître un nouveau bubon, à distance du bubon primitif ; en même temps, la fièvre reprend, sans symptômes généraux. Le tout évolue rapidement, le bubon pouvant ou se résorber ou suppurer. Il s’agit là d’une recrudescence de l'infection.
Dans le cours de la maladie, on peut voir apparaître des bulles, renfermant un liquide séreux, sanguinolent ou purulent.
Assez fréquentes sont les localisations oculaires : conjonctivite catarrhale le plus souvent, parfois kératite ou iritis, exceptionnellement panophtalmie.
Signalons encore diverses complications éventuelles : icière, arthriles, abcès, etc.
Assez rarement jusqu'ici on a signalé des méningites pesteuses, généra-
E. SACQUÉPÉE el GARGIN.
lement secondaires, une fois primitives (Lafont, Lecomte et Heckenroth)(.
Chez la femme enceinte, l'infection, particulièrement sévère, entraine à peu près toujours l'avortement et la mort.
B) Peste pulmonaire. — Les manifestations pulmonaires de la peste sont signalées depuis la plus haute antiquité; mais elles n’ont pas toujours été rapportées à leur vraie cause: témoin la peste de Vetlianka dont les localisations pulmonaires furent prises pour des pneumonies croupales.
Il a fallu arriver aux temps modernes pour différencier nettement cette affection. Telles sont les épidémies de peste pulmonaire de l’Assyr en 1874; de l’Irak-Arabie en 1875-77; de Vetlianka en 1878; de Bombay en 1897; de Beyrouth en 1909; de Mandchourie en 1910-1911.
La peste pulmonaire est une broncho-pneumonie primitive à bacille de Yersin.
Son début, parfois brusque et analogue à celui de la peste septicémique, est le plus souvent quelque peu trompeur : un malaise vague, des frissonnements, une céphalalgie d'intensité variable en constituent les signes habituels, et ne laissent guère prévoir les graves accidents qui vont éclater. Mais très vite, dans le cours même de la première journée, survient de la dyspnée, avec une toux sèche, en même temps que la température monte à 39 ou 40° et plus ; l’expectoration, d’abord muqueuse, ne tarde pas à rougir. Ce ne sont point les crachats rouillés et adhérents au vase, habituels dans la pneumonie franche ; c’est une expecloration mousseuse, rosée, sanglante. À l’examen des poumons, on trouve un ou des foyers de râles crépitants ou sous-crépilants fins, et un peu de submatité, témoins d’une lésion bronchopulmonaire. L'état général s'aggrave rapidement, il apparaît de la stupeur et du délire, de l’adynamie ; et on est surpris de la disproportion entre le degré des lésions pulmonaires qui semblent légères, et l'intensité des manifestalions générales qui sont très menaçantes. L'issue fatale se produit à peu près toujours, après 2 à 4 Jours de maladie, sans autres manifestations caractéristiques. | |
C) Peste septicémique. — La peste septicémique est une peste généralisée avec multiplication des bacilles dans le sang et les organes.
Dans cette forme, encore appelée par les auteurs peste typhoïdique, la virulence du bacille est telle que l une de l’organisme est presque totale d'emblée.
Le début est brusque, marqué par un frisson, une violente céphalalgie, une élévation de température à 40° ou au-dessus ; dans les premières heures il peut exister du délire, mais très vite s’installe un état de stupeur, qui persistera en s’accentuant jusqu’au coma. La dyspnée est habituelle, mais sans lésions pulmonaires appréciables. Presque toujours le malade succombe en 2 à 6 Jours. Tantôt il ne se manifeste aucun symptôme de localisation, tantôt, au contraire, d’après Simond, plusieurs ganglions se tuméfient et deviennent douloureux, mais le véritable bubon n apparaît que rarement et. d’une manière tardive.
Dans cette forme, la mort est souvent annoncée par des hémorrhagies,
1. Des états méningés sont signalés par L. Guinon. Trousser et Mile pe PFEFFEL, et par P. HALBRON et J. LANGLE. — P. TEISSIER à observé un cas d’endocardite mitrale.
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qui impriment à la maladie une physionomie nouvelle. C’est la peste noire.
Peste noire. — La mort noire au xvi* siècle reçut sa dénomination des accidents hémorrhagiques qui en furent la manifestation la plus frappante.
Chicoyneau observa des hémorragies fréquentes dans la peste de Marseille en 1720.
Castaldi et Cabiadès dans celle de lIrak-Arabie en 1875-1877 où ces accidents se montrèrent dans 1 pour 10 des cas.
Les épidémies observées en Perse depuis une vingtaine d’années offrent presque constamment le type hémorrhagique (D' Tholozan).
Au Maroc, au cours de l'épidémie du Doukkala, 1912, nous en avons observé un nombre considérable de cas.
D'une façon générale nous avons remarqué que la peste prend volontiers la forme hémorrhagique lorsque la virulence du bacille est portée à son maximum. C’est donc lorsque l'épidémie est à son apogée que les cas sont les plus nombreux. La forme hémorrhagique peut alors devenir prédominante.. C’est ainsi que chez les Ouled Amran (tribu des Doukkala) en janvier - 1912 presque tous les atteintes furent hémorrhagiques, tandis que plus tard, en avril 1912, chez les Ouled Fred] (autre tribu des Doukkala) sur 2000 cas de peste observés nous n’avons pas rencontré une seule forme hémorrhagique.
Le sang peut s’extravaser dans tous les tissus, s’écouler par toutes les voies : tantôt ce sont des pétéchies roses, pourprées, violettes ou noires qui bigarrent la peau; tantôt de vastes ecchymoses qui bleuissent les téguments. Des épistaxis, des hémoptysies, des hématémèses, des hématuries se produisent. Du mælena s’observe. Autant de signes avant-coureurs d’une fin prochaine inéluctable.
D) Peste foudroyante. — La peste foudroyante, pestis siderans, n'est qu'une modalité encore plus grave de la peste septicémique, c’est le plus haut degré de l'infection pestilentielle. Le malade est frappé en pleine santé, au milieu de ses occupations. Il chancelle, délire, tombe dans un coma profond et meurt en quelques heures sans avoir repris connaissance. Ces formes bien étudiées par Chicoyneau dans la peste de Marseille, observées à nouveau par Yersin, marquent le début ou le summum des grandes épidémies.
E) Peste à forme gastro-intestinale. — La persistance et la gravité des troubles digestifs avec vomissements bilieux ou muqueux, la prédominance de phénomènes intestinaux avec diarrhée profuse et tenace ont fait admettre par quelques auteurs une forme gastro-intestinale de la peste.
L'épidémie de Recht en 1877 est signalée comme ayant présenté un grand nombre d’atteintes à allure gastro-intestinale.
S'agit-il réellement dans ces formes d’une localisation de la peste sur le tube digestif comme tendrait à le démontrer la présence du bacille pesteux, trouvé par Wilm dans les selles? C’est possible. Mais la lésion pesteuse intestinale, pathognomonique, reste à trouver. La présence du bacille de Yersin dans les selles n’est pas une preuve suffisante, le bacille pouvant provenir de la bile, de crachats déglutis, de suffusions sanguines, etc.
Jusqu'à plus ample informé nous considérons que ces phénomènes gastrointestinaux ne caractérisent que de véritables décharges stomacales ou gastro-inteslinales au cours d’une peste à allure septicémique.
E. SAcQUÉPÉE et GARCIN.
002 LAPESTE.
F) Peste ambulatoire. Pestis minor. — C’est une peste bubonique atténuée. Cliniquement, on observe un bubon, évoluant en 2 à 4 semaines en moyenne, sans altération appréciable de l’état général. Cette forme n’est pas rare : Chicoyneau en aurait compté 15 à 20000 cas pendant la peste de Marseille, en 1720. Dutheuil, de 1856 à 1861, puis Batailley, de 1873 à 1877, observent à Bagdad de véritables épidémies de tumeurs ganglionnaires. Cabiadis, dans ses relations sur la peste de l’Irak-Arabie en VIP signala l’apparition d'engorgements ganglionnaires bénins, 2 ou 3 mois avant l’éclosion de la grande .
L’épidémie d’Astrakan (1877-78) est un des exemples les plus récents de ces formes légères de la peste. Ce furent des atteintes buboniques qui portèrent sur 100 personnes environ et n’occasionnèrent aucun décès.
La peste ambulatoire est une forme importante à connaître car souvent ces états ganglionnaires légers passent inaperçus et peuvent être une cause de propagation de la maladie. Telle est l’origine de la peste des Doukkala, Maroc (1911-1912), importée par les Draouat, population nomade du Sud marocain qui vient estiver chaque année dans les Doukkala.
Rechutes. — Récidives.
Rechutes. — Elles se caractérisent par une réapparition de la fièvre à la période de la convalescence avec recrudescence de tous les autres symptômes de la maladie. Barozzi en fait mention au cours de l'épidémie de. Cyrénaïque. S'agit-il de rechutes véritables ou de complications, c’est ce qu'il est difficile de dire. | |
Simond les considère comme très rares; on n’en connaîtrait qu'un seul cas, rapporté par le D' Weir, et survenu au cours de l’épidémie de Bombay en 1896-1897. ;
Récidives. — Presque tous les auteurs en ont signalé l'existence. Bertrand cite des personnes qui subirent jusqu’à trois atteintes de peste au. cours de la même épidémie (peste de Provence, 1721).
Barozzi, Arnaud, en observent des cas en Égypte; Matignon en Mongolie; Simond à Cutch-Mandri; Weir à Bombay. Au Maroc, nous en avons observé trois cas (peste des Ouled-Fred]j, 1912). Il est intéressant de signaler que dans ces trois cas la récidive s’est produite dans le cinquième mois qui a suivi la première infection, ce qui indique que limmunité acquise par une atteinte de la maladie est parfois de courte durée. |
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Dans la forme bubonique, le bubon constitue la lésion pathognomonique. C’est une adénite symptomatique de l'infection du système lymphatique. L’inflammation des ganglions superficiels peut se propager aux ganglions profonds et gagner les ganglions médiastinaux, péri- bFONCDIAUSSS iliaques et mésentériques.
A la coupe le ganglion présente tous les aspects der l’inflammation jusqu’à la suppuration, phase ultime.
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DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE. Fasc. III. — 503
Le tissu cellulaire environnant est le siège d’une infiltration séro-sanguinolente dont l'aspect rappelle la gelée de coings ou de groseilles selon son degré de coloration et dont la présence constitue un signe macroscopique important.
Le pus du ganglion, d'aspect crémeux, contient en abondance le bacille pesteux. Dès que la suppuration est ouverte le bacille disparaît.
, Dans la forme pneumonique, on trouve au niveau des poumons les lésions ordinaires de la broncho-pneumonie, caractérisées par des noyaux d'infiltration avec nodules de pneumonie lobulaire.
En aucun cas on ne constate les lésions de la pneumonie franche avec hépatisation de tout un lobe.
Dans la forme seplicémique hémorrhagique, toutes les muqueuses, les séreuses, le tissu cellulaire sous-cutané sont le siège de suffusions sanguines allant depuis le piqueté hémorrhagique jusqu’à la plaque ecchymotique.
Le foie et les reins n'offrent généralement rien de bien caractéristique. On y retrouve les lésions de congestion communes à toutes les septicémies.
La rate au contraire est toujours considérablement augmentée de volume, de coloration noirâtre, très molle, diffluente, gorgée de sang. Elle renferme en abondance le bacille pesteux.
Le cœur dilaté renferme du sang liquide et quelquefois des caillots.
Le sang ne contient le bacille pesteux qu’au moment de la mort ou dans la phase pré-agonique.