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DIAGNOSTIC CLINIQUE

Forme bubonique. — C'est la plus facile à reconnaître, et cependant elle est souvent méconnue, surtout au début des épidémies.

Adénites infectieuses banales. — Les adénites subaiguës ou chroniques liées habituellement à la tuberculose, à la syphilis ou aux néoplasmes, ne prètent guère à confusion.

Il doit en être de même des adénites aiguës, liées à une infection localisée, telle que lésion suppurative de la peau, du tissu cellulaire, lésion dentaire, maladie vénérienne: on rencontre exceplionnellement en pareil cas les caractères spéciaux du bubon pesteux, lésion œdémateuse, douloureuse, d'apparition très rapide, accompagnée d’un état général grave, sans porte d’entrée apparente (à moins qu'il n'existe une phlyctène précoce).

Bubon climatique. — Le bubon climatique, un peu douloureux, accompagné de quelques symptômes généraux et d’une légère hyperthermie, dénué lui aussi de porte d'entrée apparente, n’est pas sans analogie avec le bubon pesteux. Cantlie a même avancé que le bubon climatique est une manifestation de la peste. En réalité, les examens pratiqués en pareil cas, spécialement. ceux de Simond en Extrème-Orient et ceux que. nous avons exécutés en Afrique, démontrent qu'il ne s’agit pas de peste, car la culture du suc ganglionnaire ne donne jamais le bacille pesteux. Reconnaissons toutefois qu'on ne peut affirmer un diagnostic de bubon climatique, qu'après avoir constaté l’absence du bacille pesteux.

E. SAcQUÉPÉE et GARCIN.

Forme pneumonique. — En dehors du temps d’épidémie; la peste pneumonique est habituellement confondue avec les affections pulmonaires plus fréquentes, spécialement la pneumonie, la broncho-pneumonie ou les diverses formes de congestion pulmonaire. On ne peut présumer la véritable nature de l'infection qu'en se basant sur la disporportion entre la gravité de l’état général et le peu d'intensité des manifestations thoraciques. L'examen clinique ne peut pas donner davantage qu’une présomption.

Forme septicémique. — En raison de son allure, cette forme rappelle au début, soit le typhus exanthématique, soit certaines infections typhoïdes ou paralyphoïdes à début brusque; lorsqu'il existe des vomissements sanglants, elle fait songer à la fièvre jaune, ou aux fièvres hémorrhagiques.

En temps d’épidémie, l'attention étant éveillée, le diagnostic de peste peut être posé parfois par les seules ressources de la clinique, tout au mois en ce qui concerne la peste bubonique, et éventuellement la forme pneumonique.

Mais, en dehors des périodes d’épidémie, l'examen clinique est à peu près toujours insuffisant pour affirmer la nature pesteuse d’une maladie. Le but du « diagnostic chinique » est alors beaucoup moins de poser un diagnostic ferme, que de discerner les faits cliniques devant lesquels un examen bactériologique doit être pratiqué pour décider si, oui ou non, il s’agit de peste.

En pratique, le diagnostic bactériologique doit toujours être tenté dans les cas suspects.

DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE

Le diagnostic bactériologique se propose avant tout de déceler l'agent pathogène ; si cette découverte est impossible ou improbable, on s'adresse à la recherche des anticorps. |

I. Gonstatation de la présence du bacille pesteux. — Le bacille peut être cherché, suivant les cas :

1° Dans le bubon;

20 Dans les crachats ;

3° Dans le sang.

1° Recherche dans le bubon. — Aussi longtemps qu'il n’est pas ouvert, le bubon renferme le bacille pesteux à l’état de pureté, mais sitôt le bubon ouvert, le pus est rapidement infecté par des microbes divers, staphylocoque surtouL. :

Si le bubon n’est pas ouvert : ponctionner en plein centre avec une seringue fonctionnant bien, munie d’une aiguille de petit calibre, aspirer. Généralement la sérosité ou le pus n’est aspiré qu’en petite quantité et reste dans l'aiguille. Retirer seringue et aiguille, expulser le contenu de lPaiguille sur un tube de gélose. Avec un fil de platine, étaler une partie de la sérosité à la surface du tube, prélever une autre partie pour examen direct.

Celle ponction peut avoir pour effet d’essaimer le bacille dans l’organisme, aussi est-il prudent en pareil cas de pratiquer en même temps une

DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE. Fase. III. — 505

injection sous-cutanée de sérum antipesteux, comme le recommande Sala-

noûe-[pin.

S1 le bubon est ouvert, le pus est prélevé comme d'ordinaire ; on pratique ensuite des ensemencements sur gélose ordinaire et un examen direct.

Dans les deux cas, bubon fermé ou bubon ouvert, s’il s’agit de peste :

L'examen direct permet de voir des bacilles ne prenant pas le Gram ;

Les cultures donnent des colonies de bacilles pesteux, qu'il faut ensuite identifier, en recherchant les caractères indiqués plus haut. (V. Bactériologie.)

2° Recherche dans l'expectoration. — Elle est applicable dans la peste pneumonique ; 1l faut s'adresser aux crachats sanguinolents.

Comme pour le bubon, on pratique des examens directs et des cultures. Avant d'ensemencer, on aura soin de laver au préalable les crachats dans l’eau physiologique.

5° Recherche dans le sang. — Le bacille est généralement présent dans le sang au cours de toutes les formes mortelles, qu’elles soient buboniques, septicémiques ou pneumoniques. Les chances d'obtenir une culture positive

: sont d'autant plus grandes qu’on s'approche de la terminaison fatale.

Prélever le sang comme d'habitude, au pli du coude, en quantité d’au moins 1 à 2 c. c., ou mieux » à 10 c. c. ; ensemencer au bouillon ordinaire, suivant les procédés habituels. Si la culture est positive (Hiquide clair avec ogrumeaux au fond) réensemencer sur gélose pour obtenir des colonies isolées, et identifier le microbe en partant d’une colonie isolée.

4° Diagnostic sur le cadavre. — Si le cadavre n’est pas putréfié, faire des prélèvements du sang du cœur, de pulpe splénique, et dans les ganglions hypertrophiés s’il en existe. Pratiquer l’examen direct et l'isolement comme ci-dessus.

Si le cadavre est putréfié, on peut encore isoler le bacille, sans tuer l’animal par les microbes de la putréfaction : inoculer la pulpe d'organes par frottis sur la peau du cobaye, rasée au préalable. Le bacille pesteux seul infectera l'animal dans ces conditions.

Remarque. — Toutes les fois que, pour une raison quelconque, on est amené à inoculer des animaux avec des produits pesteux ou suspects, 1l faut avoir soin de se mettre à l'abri de toute contamination, spécialement par les puces : employer des cages n’ayant qu'une seule ouverture, grillager cette ouverture (la gaze suffit). Si l'animal succombe, tuer les insectes cuticoles (acide sulfureux, chloroforme, éther, etc.).

Il. Recherche des anticorps. — Lorsque la découverte de l'agent spécifique est impossible ou demeure négative, on aura recours à la recherche des anticorps, surtout agglutinine et sensibilisatrice. Conformément à une règle générale, ces anticorps ne sont décelables qu'après plusieurs Jours de maladie.

Agglutination. — Le sérum présente des propriétés agglutinantes spécifiques, peu élevées, souvent 1 pour 40 à 1 pour 150. Déviation du complément. — Mis en présence de cultures vivantes, et

même de cullures chauffées, le sérum des malades atteints de peste fixe le complément (Joltrain).

E. SAcOUÉPÉE et GARCIN.

Ces deux épreuves, agglutination et déviation du complément, paraissent

spécifiques, et peuvent être utilisées pour un diagnostic tardif.

PRONOSTIC

Forme bubonique. — L'absence de stupeur, une tension artérielle soutenue, l’apparition de la suppuration sont des symptômes favorables.

La présence de bubons multiples siégeant en particulier dans les régions axillaires et cervicales aggrave le pronostic.

Un coma précoce et lo un affaiblissement progressif de la tension artérielle, l'évolution d’une pneumonie, l'apparition de pétéchies, d’hémorrhagies diverses, sont des signes qui font prévoir une mort PAR à ee échéance.

Formes pneumonique et septicémique. — Elles comportent un pronostic fatal comme nous allons le voir. |

Mortalité. — Formes pneumonique et septicémique. — Dans ces deux formes la mortalité atteint presque 100 pour 100.

Forme bubonique. — La mortalité est moins élevée dans cette forme.

Elle varie d’ailleurs suivant les épidémies et . les races. La race Jaune”

et la race noire, très sensibles, accusent environ 75 à 85 pour 100 de mortalité; la proportion est moindre, 40 à 50 pour 100, pour la race blanche. Au “re chez les indigènes, nous avons constaté une mortalité de 50 pour 100.

Les formes atténuées de la peste, du type ambulatoire, n’occasionnent qu’un très petit nombre de décès.

PROPHYLAXIE

L’étiologie étant bien connue dans ses grandes lignes, il est relativement facile de connaître quelles mesures de prophylaxie doivent être opposées à la peste. La plupart d’entre elles sont toutefois difficiles à réaliser d’une manière complète dans la pratique. Appliquées au début d’une épidémie, elles sont presque toujours efficaces ; appliquées trop tard, leurs chances de succès deviennent aléatoires. Principiis obsta.

La peste est pour nous une maladie d'importation. D'où deux ordres d'indications qui visent respectivement la prophylaxie internationale, destinée

à empêcher l’importation, et la prophylaxie en temps d'épidémie dont le but.

est d'empêcher l'expansion de la maladie déjà importée:

Prophylaxie en temps d'épidémie. — La prophylaxie en temps d’épidémie comporte une série de mesures, les unes concernant le malade, son entourage et son milieu ; les autres, d'ordre général.

Mesures concernant les malades, leur entourage et leur milieu. — La peste figure sous le n° 9 sur la liste des maladies dont la déclaration est obligatoire. Nulle obligation n’est plus justifiée.

Tout malade atteint de peste sera immédiatement isolé d’une manière rigoureuse, dans un local spécial, jamais à domicile. Ses habits, son linge

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seront désinsectés et désinfectés. Toutes précautions seront prises pour éviter l’accès des insectes et des rats dans le local. On maintiendra lisolement jusqu’ à guérison complète.

Les voisins, de même que les personnes ayant élé en contact avec le malade, seront transportés dans un autre local, leur linge et leurs vêtements doivent être soumis immédiatement à la désinseclion ; surveillance médicale suivie pendant 5 jours au moins.

Vis-à-vis des locaux contaminés, dératisation et désinsection.

Le personnel médical sera réduit au strict minimum ; il prendra les précautions voulues pour éviter la contamination par les insectes, de même que la contamination directe. Ce personnel sera exclusivement affecté aux pesteux. Il devra être immunisé. En cas de peste pneumonique, le port du masque est indispensable ; en Mandchourie, 9 médecins sur 10 ont payé de leur vie la méconnaissance de cette précaution.

Mesures d’ordre général. — La lutte contre la peste vise deux grands ennemis : les rats et les puces, tous deux difficiles à exterminer, par leur prolificité et leur instinct de conservation. Elle trouve un auxiliaire précieux dans l’immunisation.

Lutte contre les rats. — Elle devrait être poursuivie en tous temps, pour des motifs multiples. En temps d’épidémie de peste, elle constitue une mesure de salut public. Pour exterminer les rats, il faut :

Leur interdire l'accès des locaux: grillage ou obturation des orifices, étanchéité des murs et des parquets, suppression des espaces morts inaccessibles à la surveillance, etc. ;

Leur couper les vivres : ne leur abandonner aucun aliment, protéger les stocks de grains ou denrées ;

En détruire le plus possible, par les procédés de dératisation.

Dératisation. — Il existe plusieurs façons de la réaliser :

a) La sulfuration constitue le procédé de choix toutes les fois qu’elle est praticable (dans les habitations, les docks, les égouts, les navires, etc.) parce qu'elle permet la destruction simultanée de la puce et du rat.

b) Les préparations toxiques, à base de phosphore, arsenic, strychnine, vulgairement appelées « mort aux rats » sont assez efficaces, mais les rats morts libèrent un nombre considérable de puces.

c) Le virus de Danysz, préparé à l’Institut Pasteur, est passible des mêmes inconvénients. C'est un cocco-bacille virulent pour l'espèce murine et inoffensif pour l’homme. Contre les rats eux-mêmes, extrêmement actif dans certains cas, il se montre inefficace dans d’autres.

d) Les pièges ont un rendement faible.

e) La chasse aux rats avec primés pratiquée à l’aide d'équipes organisées est certainement le meilleur système à employer.

On n’oubliera pas de faire connaître aux personnes appelées à manipuler les rats, qu'elles s’exposent à l'infection; on leur fera connaître quelles mesures de précautions doivent être prises; il est prudent de les vacciner.

Lutte contre les puces. — Les puces se nourrissent du sang de l’homme et des animaux ; elles vivent habituellement dans le milieu extérieur, literie, habits, boiseries, sol; les œufs peuvent se trouver dans les cheveux ou les poils.

E. SACQUÉPÉE el GARCIN.

On éliminera tout d’abord leurs hôtes animaux ; les rats (dératisation) ; les chats et les chiens qu'il faut éloigner des habitations. :

Ensuite on cherchera à les détruire ou à les éloigner.

Destruction. — Sur les cheveux : frictions au Kérosène, à la benzine (dangereux : inflammables) ou au phénol 5 pour 100.

Dans les locaux: fumigation à l’acide sulfureux, à la naphtaline, non à l'acide cyanhydrique (dangereux: toxique). Pour les parquets, laver au phénol ou au pétrole. |

Pour les habits, le linge : sulfuration, ébullition, passage à l’autoclave, immersion dans un désinfectant.

Eloignement. — Pour se mettre à l'abri des piqûres de puces, on peut utiliser avec succès les applications de poudre de pyrèthre, d’iodoforme, et les onctions d'huile. L'huile en effet ou les corps gras d’une façon générale éloignent les puces et peut-être rendent leur piqûre inoffensive, fait connu des anciens qui avaient observé l’immunité complète à l'égard de la peste bubonique des indigènes porteurs d'huile ou employés dans les moulins à huile.

Mais tous ces agents, iodoforme, pyrèthre, huile, ne peuvent être préservatifs qu'’autant que leur emploi est renouvelé chaque jour. Leur action est donc aléatoire puisqu'il suffit d’une seule négligence pour que la contagion puisse se produire. |

Les vêtements, fortement imprégnés d’un insecticide,° seront fortement serré au cou et au poignet. Aux jambes, des bandes molletières,ou, si l’on est bien exposé à la contagion, porter une « combinaison » bien serrée au cou, au poignet et au cou-de-pied. Grâce à ces précautions, au Maroc, nous n'avons pas observé un seul cas de contagion parmi nos équipes de désinfection.

Immunisation préventive. — L’immunisalion peut être réalisée par vaccination, par inoculalion de sérum ou par séro-vaccination. Sérothérapie préventive. — D'un effet presque immédiat, mais d’une

efficacité limitée à une dizaine de jours environ, la sérothérapie préventive n’a que des indications limilées. On inocule alors 40 €. c. de sérum antipesteux.

Vaccination (1). — Roux, Calmette et Borrel ayant démontré (1895) qu'il est possible de vacciner les animaux de laboratoire contre la peste à l'aide de l’injection préalable de cultures chauffées, Haffkine (1897) applique la méthode chez l’homme. Elle a été largement utilisée depuis.

Les principaux vaccins employés sont :

Le vaccin ou « lymphe » de Haffkine, culture en bouillon de bacille pesteux stérilisée par chauffage à 60°;

L'émulsion en eau physiologique de cultures sur gélose, stérilisées également par la chaleur, procédé utilisé en particulier par l’Institut Pasteur.

Ces vaccins, les premiers surtout, peuvent amener quelques réactions

locales (œdème, douleur) ou générales (fièvre, céphalée, courbature) d’ailleurs peu durables.

1: DusaRDIN-BEAUMETZ. Bibliot. de thérapeutique de GILBERT et CARNOT, vol. Médicaments microbiens (Vaccination et sérothérapie)

Laits à

PROPHYLAXIE. Fasc, III. — 509

L'immunité est acquise au plus tard vers le 7 jour, et probablement bien plus tôt. Elle persiste au moins six mois. Peut-être les sujets inoculés sontils un peu plus sensibles à l'infection pendant les premiers jours après l'inoculation (phase négative), mais cette période d’hypersensibilité est très passagère.

Les résultats obtenus par la vaccination sont incontestablement satisfaisants, exception faite pour l'épidémie particulièrement virulente de Mandchourie (peste pneumonique), où elle se montra peu efficace. L'expérience a été faite sur une large échelle, spécialement aux Indes. Sans être infaillible, la vaccination tout au moins, diminue d’une manière appréciable le nombre et la gravité des atteintes.

En moyenne, chez les vaccinés, la morbidité est # fois moindre, la mortalité 10 fois moindre que chez les non-vaccinés, et le rapport est même souvent beaucoup plus élevé. Contentons-nous de signaler les vaccinations pratiquées dans le Pendjab en 1901-1902: 2355 766 sujets vaccinés donnent pour 1000, 4 atteintes dont 1 décès ; parmi 3900326 non-vaccinés, on enregistre pour 1000, 68 malades avec 44 décès.

Séro-vaccination. — La séro-vaccination se propose pour but d'obtenir à la fois l’immunisation immédiate par le sérum, et l’immunisation durable par le vaccin.

On peut, comme l’indiquent Calmette et Salimbeni, mélanger au vaccin une petite quantité de sérum.

Ou bien, comme nous l'avons fait avec succès au Maroc, injecter séparément, vaccin et sérum ; une seule piqûre suffit, en injectant vacein et sérum à des profondeurs différentes. Par ce procédé. dans le milieu marocain où la morbidité des non-vaccinés atteignait 50 pour 100, nous avons enregistré seulement une morbidité de 2 pour 100 chez les séro-vaccinés.

Mais nous croyons qu’en pareil cas, le mieux serait de s'adresser au vaccin sensibilisé de Rescedka, c’est-à-dire aux corps microbiens ayant fixé les anticorps du sérum spécifique. Ce vaccin a élé utilisé avec succès dans l'Amérique du Sud.

Choix d'un procédé de-vaccination. — Lorsqu'on veut obtenir une immunité rapide, mais passagère (par exemple sur les bateaux contaminés), la sérothérapie préventive suffit.

Dans tous les autres cas, la préférence doit aller soit à la séro-vaccination, soit à la vaccination. Il en est ainsi en particulier lorsqu'on veut vacciner en masse une population exposée à la contagion.

Prophylaxie internationale. — Faisant partie des trois maladies dites pestilentielles, la peste est soumise à des mesures de prophylaxie interna tionale, réglées actuellement par la « Convention de Paris » du 17 janvier 1912.

Retenons de ces mesures celles qui sont d’une application générale :

1° Prescriptions à observer dans les pays signataires de la Convention dès que la peste apparaît sur leur territoire. — L'apparition de la peste doit être notifiée aux autres gouvernements. Cette notification fera connaitre entre autres les zones atteintes, le nombre des cas, l'existence ou non de peste chez les rats. Les mesures défensives à prendre sevont limitées aux

E. SAcQUÉPÉE et GARCIN.

seules circonscriptions (département, ville, quartier de ville, etc.) contaminées.

Pour qu’une circonscription ne soit plus considérée comme contaminée, il faut :

a. Qu'il n’y ait aucun cas nouveau depuis 5 Jours après la guérison ou la mort du dernier malade :

b. Que les mesures de désinfection et de dératisation soient appliquées.

Dans les ports contaminés, toutes mesures seront prises pour éviter lembarquement des malades, des rats et des marchandises contaminées.

920 Mesures de défense contre les territoires contaminés. — En ce qui concerne les ports :

Sont infectés, les navires ayant présenté un cas de peste depuis 7 jours;

Sont suspects, les navires-ayant présenté un cas de peste à bord, sans cas nouveau depuis 7 jours;

Sont indemnes, les navires n'ayant pas présenté de peste à bord, bien qu'ils proviennent d’un port contaminé.

Pour les navires-infectés, après visite médicale, les malades sont isolés, les personnes considérées comme suspectes sont soumises à l’observation (isolement) ou à la surveillance (à leur point de destination) pendant 5 Jours au maximum ; on prescrit, en outre, la dératisation et la désinfection.

Pour les navires suspects, après visite médicale, les personnes peuvent être soumises à la surveillance ; en outre, désinfection et dératisation.

Les navires imdemnes reçoivent la libre pratique.

En ce qui concerne les frontières de terre, seuls les malades présentant des symptômes de peste peuvent être retenus. Mais ce principe n'exclut pas le droit de fermer les frontières.

En ce qui concerne les marchandises, la désinfection peut être appliquée aux marchandises ou objets contaminés; en outre, les linges de corps, vêtements portés, les chiffons et drilles, peuvent être, en tout cas, soumis à I désinfection et même prohibés.

TRAITEMENT

1° Traitement symptomatique. — Essentiellement toniqué, il s’adresse aux différents symptômes présentés par le malade, tels que délire, coma, dyspnée, hémorrhagies, etc.

On constate que dans la plupart des cas, il est absolument inefficace.

2° Traitement spécifique. — Sérothérapie. — Il consiste dans l’administration du sérum antipesteux. Le sérum actuellement employé est le sérum de Yersin (!). La facon de le préparer est à peu près la même dans tous les laboratoires. On l’oblient en injectant des chevaux par voie veineuse avec des cultures d’origine humaine, d’abord chauffées, puis vivantes.

Ce sérum antipesteux a une activité telle qu’à la dose de 1/10 de c. e., il est capable de guérir une souris 16 heures après son ‘inoculation. Mais, plus l’intervention est tardive, plus les doses de sérum doivent être crois-

1. YERSIN. Ann. Inst. Pasteur, 1894, t. VIII, p. 662; — VYERSIN, CALMETTE et BoRREzL. Ann. Inst. Pasteur, 1895, t. IX, p. 589.

TRAITEMENT. Fasci TI: 511

santes et plus les chances de guérison diminuent. C' est là une loi générale.

5° Résultats de la sérothérapie. — C'est en Chine en 1896, que Yersin (!) fit les premières injections de sérum. Il obtint 24 guérisons sur 26 pesteux traités, soit 7,6 pour 100 à peine de mortalité.

Mais à Bombay, Yersin eut moins de succès : 7 guérisons seulement sur 24 traités, soit 71 pour 100 de mortalité.

Ce traitement est ensuite appliqué : à Nouméa, par Noc, en 1901 47 pour 100 de mortalité; à Fou-Tchéou, par Rouffiaudis, en 1902 : 50,7 pour 100 de mortalité; à l’hôpital Paula Candido, à Rio, de 1900 à 1905 : 26 pour 100 de mortalité.

Comme on le voit toutes les tentatives de sérothérapie n’ont pas toujours donné les mêmes résultats. Cela tient à des causes diverses et éminemment variables, telles que la forme, le moment de l'épidémie; la valeur du sérum ; la dose et le mode d'administration employés, l’état du malade, etc.

Les résultats ne peuvent donc pas être comparables.

C’est ainsi qu'une statistique de Simond nous montre que le traitement a d'autant moins de chance de guérir qu’il est employé plus tardivement.

On constate 12 p.100 de mortalité sur les malades traités le 1° jour de la maladie.

— 20 — — —— le 2 — — — 96 — —— lé 3 a Et 66 — — ee lé re ee

Les doses primitivement employées étaient beaucoup trop faibles. La seule chance qu'on ait en effet de juguler la maladie, c’est de frapper vite et fort. Des injections massives poussées dans les veines devaient réaliser ces desiderata.

C’est à Calmette et Salimbeni(?) que revient l'honneur d’avoir essayé pour la première fois à Oporto, en 1899, l'injection intraveineuse.

Sur 142 pestiférés traités à l'hôpital Bonfin, 21 seulement sont morts, représentant une mortalité de 14,7 pour 100 alors que la mortalité pour les pestiférés non traités par le sérum s’est élevée à 67,7 pour 100.

Immédiatement adoptée, la méthode des injections intraveineuses se généralise. Elle est appliquée successivement par Vassal à la Réunion, par Noc à la Nouvelle-Calédonie. Aux doses primitives de 40 et 60 c. c. utilisées par Calmette et Salimbeni, Penna, à Buenos-Ayres, en 1905, substitue des doses de 100 c. c. d'emblée, qu'il répète toutes les 24 heures jusqu’à cessation de la température. Sur 204 cas ainsi traités, il obtient 175 guérisons avec une mortalité de 14,2 pour 100.

Ferrari, en 1907, opérant de même à l'hôpital de Sâo-Sebastiâäo, obtient une mortalité de 7,2 pour 100 avec 5 décès sur 69 patients traités.

Par contre, en Mandchourie, contre la peste pneumonique de 1910-1911, le traitement sérothérapique a échoué.

Cette exception mise à part, ilest certain que la sérothérapie anti-pesteuse, par voie intra-veineuse, donne de bons résultats.

Mode d'administration du sérum et choix d'une méthode. — Le traite-

1. YERSIN. Ann. Inst. Pasteur, 1897, t. XI, p. 81. 2. CALMETTE et SALIMBENI. Ann. Inst. Pasteur, 1899, t. XIII, p. 865.

E. SACQUÉPÉE et GaARGIN.

ment sérique doit être appliqué le plus vite possible pour pouvoir produire son maximum d'action. : |

Les doses de sérum devront être massives et répétées...

L'injection intraveineuse, de beaucoup la plus efficace, doit être seule employée. On injectera d'emblée 100 à 150 c.c. de sérum.

Les injections seront répétées toutes les 24 heures jusqu'à apyrexie complète.

Lorsque le sérum est cessé trop tôt ou interrompu brusquement, 1l n’est pas rare de’constater une nouvelle recrudescence de la maladie contre laquelle toutes les injections ultérieures demeurent impuissantes.

La crainte des accidents sériques ou du choc ne tient pas devant la gravité d’une affection qui tue dans 75 pour 100 des cas (!).

E ffets thérapeutiques du sérum. — Aussitôt après l'injection intraveineuse massive, le malade peut être pris d’une agitation extrême : il est secoué de frissons violents; il est baigné de sueurs. Sa physionomie s’altère. La cyanose et le délire augmentent. s

Puis petit à petit le calme se rétablit. La stupeur disparaît ; la tension artérielle se relève, le pouls se régularise. Le malade éprouve une sensation de bien-être indéfinissable. La température s’abaisse de quelques degrés, puis tombe brusquement, annonçant une guérison prochaine.

Comme on le voit, tout au moins dans les formes cliniques habituelles, le sérum antipesteux constitue une arme thérapeutique de très haute valeur.

1. La valeur du traitement sérothérapique intraveineux est confirmée récemment par Ep. DuJARDIN-BEAUMETZ et Ep. JOLTRAIN, et par P. TEISSIER, L. TANON, et P. GASTINEL.

Par À. À. DE AZEVEDO SODRÉ

Professeur de clinique médicale à [a Faculté de médecine de Rio de Janeiro.

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