‹ Nouveau traité de médicine (volume 3)Chapitre 27 sur 204 · MÉDECINE · texte numérisé non relu

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ANATOMIE PATHOLOGIQUE. Fasc. III. — 65

* niveau les mêmes modifications de la sous-muqueuse qu’au niveau des plaques de Peyer.

L'examen histologique d’une coupe de l'intestin passant par une plaque de Peyer tuméfiée montre dans la couche profonde de la muqueuse des follicules volumineux formant des taches sombres dues à la multiplication des cellules Iymphatiques serrées les unes contre les autres; sur elles tranchent des taches de teinte plus elaire, constituées par des groupes de cellules plus volumineuses que les lymphocytes et les moyens mononucléaires, arrondies ou polygonales : ce sont les cellules typhiques de Rindfleisch. Il s’agit là des cellules Iympho-conjonctives, qui contiennent souvent, inclus dans leur protoplasma, des débris de globules sanguins rouges et blancs. On doit les ranger parmi les macrophages de Metchnikoff.

La prolifération leucocytique ne se limite pas aux organes lymphoïdes. Les couches superficielles de là muqueuse sont infiltrées de lymphocytes. Les villosités intestinales sont tellement remplies de ces éléments qu'elles paraissent élargies el plus courtes.

Dans l'intervalle des glandes en tubes, même infiltration leucocytique. Cependant ces glandes semblent élargies et allongées; leur lumière est encombrée de débris épithéliaux desquamés et de globules blancs. Vers l’extérieur, on trouve également de très nombreux leucocytes gagnant les diffé-

rentes couches de l'intestin jusqu'à la tunique séreuse. . En même temps que l'infiltration leucocylique, un deuxième point apparaît comme très remarquable sur les couples histologiques : c’est la dilatalion considérable des vaisseaux, ant à l’intérieur des plaques de Peyer qu’à leur périphérie. Non seulement lès vaisseaux Sont bourrés de globules rouges, mais encore ils présentent des lésions inflammatoires netles : les endothéliums sont tuméfiés et les vaisseaux un peu volumineux sont entourés d’un manchon leucocytique. Les artérioles peuvent présenter de l’endar- térite avec thrombose oblitérante. Si l’examen histologique porte sur des lésions plus âgées, 1l permet de reconnaître des altérations nécrotiques à leur début : en certains points, des groupes de cellules perdent leurs affinités tinctoriales. La recherche du bacille d'Eberth dans les coupes montre qu'ils forment de véritables amas au milieu des cellules nécrosées. On peut en trouver un grand nombre dans certains Ilymphatiques. On en voit également dans les autres points de la muqueuse, mais plus disséminés.

À la période d'infiltration fait suite la période d’ulcération qui survient le dixième ou le onzième jour. L'ulcéralion intestinale typhique est la conséquence de la mortification et de l'élimination des plaques de Peyer et des: folhicules clos.

La mortification des plaques de Peyer s'annonce par l’apparition de taches jaunâtres, opaques, qui s'étendent rapidement et peuvent se fusionner. Les follicules isolés deviennent plus saillants, presque acuminés et jaunâtres à leur sommet, si bien qu'on a pu les comparer à des pustules (One pustuleuse de Cruveilhier).

L'élimimation de l’escarre formée au niveau de la plaque-de Peyer peut se faire de deux façons différentes : tantôt la plaque se mortifie en bloc ; l'escarre volumineuse, teintée de jaune par la bile, qui a, dans la dothié-

F. Wipar, À. LEMIERRE et P. ABrAMi.

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nentérie, une coloration spéciale, s'isole des parties avoisinantes par. un sillon e entouré d’une zone congestive, puis se détache; tantôt il se forme à la sur face de la plaque de Peyer une série de petits over nécrotiques jaunâtres qui sont entraînés isolément, ou de petites collections suppurées qui s'ouvrent dans la lumière de l'intestin. De toute façon, il en résulte une série de cratères minimes qui se fusionnent peu à peu. Finalement Pen-. semble de la plaque est éliminé el l’ulcération se constitue. L'élimination en bloc de l’escarre appartient aux plaques dures ; l'élimination par pee foyers successifs aux plaques molles.

L'ulcération typhique, résultant de la nécrose des organes lymphoïdes, siège.

principalement sur le dernier segment de l’iléon, et occupe le bord de lintes

tin opposé à l'insertion du mésentère. Les ulcérations correspondant aux plaques de Peyer détruites sont elliptiques, à grand axe parallèle à Paxe de l'intestin et peuvent atteindre deux ou trois centimètres de longueur, d’autres sont circulaires. |

Enfin la fusion de plusieurs pertes de substance donne des ulcérations. irrégulières, ayant parfois trois ou quatre centimètres de diamètre. Le bord. de ces ulcérations n’est ni épaissi, ni décollé. Sa couleur est rouge pourpre ou gris ardoisé. Le fond est rouge ou rosé, net, ou recouvert de débris mortifiés, sanieux, adhérents, qui se délachent peu à peu. La profondeur de … l’ulcération dépend de l'épaisseur de l’escarre. La perte de substance peut être minime et n'intéresse que la partie la plus superficielle de la muqueuse. Mais elle peut comprendre toute l'épaisseur de cette membrane, la sous. muqueuse el même la musculeuse. Le fond de lulcération n'est plus alors constitué que par la séreuse. On comprend que cette dernière tunique puisse elle-même ne pas résister el qu'il en résulte une perforation intestinale. On comprend également que la chute de l’escarre ou les progrès de. l’ulcération puissent entraîner l'ouverture de vaisseaux assez FOporo et des hémoriagies intestinales. | |

Les follicules clos isolés donnent naissance à des ulcérations arrondies, parfois cratériformes, résultant de l'élimination d’une sorte/de bourbillon … jaunâtre, comparable à celui d’un furoncle, ou de l'ouverture d'une véri table collection suppurée. Ces ulcérations sont souvent profondes, aboutissant. à l’'hémorragie ou à la perforation. |

L'examen histologique montre le fond des ulcérations constitué ‘par des leucocytes, par des débris de lissu réticulé, parfois par la musculeuse ou par la séreuse hyperémiées et infiltrées. Les bords sont formés par la muqueuse infiltrée de leucocytes au milieu desquels on reconnait des culs-desac glandulaires; en certains points se voient de petites zones nécrotiques ou de petits abcès, qui s'ouvrent dans l’ulcération ou dans la lumière intestinale. Les parois des vaisseaux situés au voisinage du fond de l’ulcère sont …

souvent nécrosées; de plus, beaucoup de vaisseaux néoformés ont des parois embryonnaires fragiles qui prêtent facilement aux hémorragies.

À la période d’ulcération succède la période de réparation et de cicatrisation. L'ulcère se déterge; du fond s’élévent des bourgeons charnus, rougeàtres, qui comblent bientôt la perte de substance. Les bords de l’ulcération se rapprochent et la cicatrice se constitue peu à peu. Cette cicatrice est légè-

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rement déprimée. Elle est constituée par un placard de issu conjoncüf qui se substitue aux éléments détruits; aussi la paroi intestinale apparaît-elle plus mince à son niveau. Le Lissu fibreux cicatriciel est recouvert d'un épithélium qui dérive vraisemblablement de lépithélium intestinal resté intact autour de l’ulcération. La cicatrice est plate et souple, parfois un peu plissée : mais jamais elle ne donne naissance à une bride ou à un rétrécissement.

Le travail de cicatrisation commence vers la 4° semaine de la maladie el dure 15 à 30 jours: il paraît débuter par les plaques les plus voisines de la valvule de Bauhin. La trace même de l’ulcération typhique finit par disparaître. Rokitanski, Guéneau de Mussy, ont pourtant prétendu que, chez certains sujets ayant eu autrefois la fièvre typhoïde, les plaques de Peyer pigmentées conservent un aspect de barbe rasée témoignant de leur atteinte antérieure. Cornil et Ranvier pensent aussi que la cicatrice se pigmente en noir et que cet aspect peut persister pendant plusieurs années.

Lésions du gros intestin. — Le gros intestin n'est jamais intact dans la fièvre typhoïde; mais habituellement on n’y relève que des lésions banales : météorisme, hyperémie et catarrhe de la muqueuse. Une fois sur trois seulement, d’après Louis, Leudet, Griesinger et Hoffmann, le gros intestin présente les lésions spécifiques de la fièvre typhoïde. Il peut même arriver, à titre tout à fait exceptionnel, que les lésions spécifiques n’existent que sur le gros intestin; ces cas ont été désignés sous le nom de coléo-typhus.

Les lésions prédominent au cœcum; elles sont absolument comparables à celles de l'intestin grêle. Les follicules clos passent par les stades successifs d'infiltration, d'ulcération et de réparation. Les ulcéralions, dérivées de follicules isolés sont étroites; mais elles peuvent être profondes, destructives et aboutir à la perforation intestinale. Parfois le tissu péri-folliculaire de la muqueuse participe à l’inflammation de l'organe lymphoïde et fait saillie en même temps que lui : il en résulte de véritables plaques dures, rosées, rappelant des plaques de Peyer tuméfiées. Les ulcéralions qui en résultent sont naturellement plus larges. D'autre part la fusion de plusieurs petites ulcérations cratériformes nées de la mortification des follicules isolés peut réaliser des pertes de substances assez étendues,

Lésions de l’appendice cæcal. — Luschka a comparé l’appendice cœcal, en raison de sa richesse en tissu lymphoïde, à une plaque de Peyer enroulée en tube. Aussi. n'est-il pas surprenant que cet organe soit fréquemment atteint dans la fièvre typhoïde.

Le plus souvent il s’agit de modifications inflammatoires légères ne donnant lieu à aucune manifestation clinique (Tripier et Paviot, Letulle). Parfois le bacille d'Eberth y provoque des allérations aussi intenses que celles de l'iléon. Murchison, Launois, Huchard et Guéniot, Letulle et Barbe, Tripier et Paviot, Decloux et Ribadeau-Dumas y ont observé des ulcéralions et dés perforations. Decloux et Ribadeau-Dumas insistent sur la formation d’escarres étendues, sèches et sans odeur, attribuables sans nul doute à l’action spécifique du bacille d'Eberth, sans intervention des anaérobies.

Chauffard, Galton et Dreyfus ont signalé la présence d’ulcérations du diverticule de Meckel.

F. Wipar, À. LEMIERRE et P: ABraMi.

68 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.

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