LÉSIONS DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE
Larynx. — La muqueuse du larynx est normalement infiltrée de leucocyles qui y constituent une sorte de tissu adénoïde diffus, où Coyne a même signalé de véritables follicules clos. Il n’est donc pas étonnant que le bacille d’Eberth puisse s’y localiser et provoquer des lésions parfois très intenses signalées par Louis, Chomel, Trousseau et Belloc, Rokitansky, Wunderlich, Dittrich, Charcot et Dechambre, Sestier.
Presque constamment, il existe de la laryngite catarrhale érythémateuse, caractérisée par de la dilatation des capillaires de la muqueuse, une infiltration leucocytique de la couche conjonctivo-élastique et de la desquamation épithéliale. À un degré plus accentué, on voit trancher sur l'infiltration diffuse de la muqueuse des nodules leucocyliques, surtout constilués par des polynucléaires : c’est la laryngite folliculaire de Teissier.
Enfin, l'infiltration nodulaire peut aboutir à la formation d’ulcérations, : qui, si elles se développent dès la deuxième semaine de la maladie, se localisent surtout à l’épiglotte et peuvent rester peu profondes. À partir du troisième septénaire, peut se développer une forme d'ulcérations plus graves désignées par Rokilasky, sous le nom de laryngo-typhus, par Sestier, sous le nom de laryngite nécrosique, et par la plupart des auteurs, sous le nom de laryngite ulcéro-nécrosante.
Sur l’épiglotte, à la partie postérieure des cordes vocales, sur la paroi postérieure du larynx, ou même du pharynx, l’inflammation du tissu adénoïde aboutit à la formation d'une escarre, puis à une ulcération qui, gagnant en profondeur, atteint parfois les cartilages et détermine des périchondrites suppuratives. Les cartilages cricoïde et arythénoïdes peuvent se nécroser. Suivant que les collections purulentes ne se sont pas encore ouvertes ou se sont déjà fistulisées, on trouve à l’autopsie soit un œdème énorme par infiltration diffuse de la muqueuse, soit un sphacèle presque total de celte muqueuse transformant la cavité laryngée en un putrilage noirâtre et d’odeur repoussante.
Les constatations bactériologiques de Tuffon, de Weill-Hallé et H. Lemaire, de Schutz, de Blumenau, de Lucatello, mettent hors de doute le rôle du bacille d'Eberth dans la production des lésions laryngées. L'aspect si parliculier des lésions montre bien, du reste, qu’elles sont spécifiques. Il est vraisemblable, pourtant, qu'une fois les ulcérations constituées, d'autres bactéries interviennent. pour compliquer les altérations commencées par le bacille typhique.
Bronches et poumons. -— Il est extrêmement rare de trouver à l’au-
F. Wipa, À. LEMIERRE et P. ABRrAMI.
T8 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.
topsie des typhiques l'appareil broncho-pulmonaire en état d'intégrité pars faite. La muqueuse trachéale et bronchique est hyperémiée et recouverte d’un enduit catarrhal. Elle peut être le siège d’ulcérations comparables. aux ulcéralions laryngées.
Les lésions pulmonaires que l’on observe ordinairement à l’autopsre sont la congestion et la splénisation. Or a.
La congestion pulmonaire est uni- ou bilatérale. Le plus souvent, elle est localisée aux bases; quand elle est très étendue, c’est aux bases qu'elle prédomine. Les régions congestionnées sont augmentées de volume, tendues, violacées, lisses à la surface. A la section, on voit s’écouler un liquide: abondant, rouge et spumeux. L'examen histologique montre les capillaires alvéolaires turgescents el distendus par les globules rouges; les cellules de l’épithélium alvéolaire sont gonflées, granuleuses, desquamées, et la cavilé alvéolaire renferme un liquide albumineux tenant en suspension des globules rouges et blancs et des éléments épithéliaux desquamés:
À un degré plus avant, on observe la splénisation appelée aussi engouement hypostatique où pneumonie hypostatique, qu'on trouve surtout à lPautopsie des sujets ayant succombé dans l’adynamie. Elle siège à la base. A son niveau le poumon est violet sombre ; sa consistance est augmentée ; un fragment prélevé tombe au fond de l'eau. La coupe est lisse ; elle laisse ” exsuder de la sérosité sanglante ou du sang non mélangé d'air. L'examen histologique montre des lésions analogues à celles de la congestion, mais on note dans l’exsudat épanché dans les alvéoles la présence d’un léger réticulum fibrineux. "
On peut trouver à l’autopsie de certains typhiques des lésions de pneumonte, de broncho-pneumontie, des infarctus hémorragiques, de l'œdème, des foyers de gangrène. Ce ne sont pas là des lésions habituelles et elles. constituent des complications très particulières. |
On peut observer également des ypleurésies sèches, séro-fibrineuses, hémorragiques où purulentes, qui seront éludiées en même temps que les complications.