II. — FORMES GRAVES
À l'opposé des cas que nous venons de décrire, se placent les cas graves, à symptomatologie très complexe et toujours sévère. Ils correspondent aux formes : ataxo-adynamique — cholérique — hémorragique.
l° Forme ataxo-adynamique ou hyperpyrétique. — Dans cette variété, bien décrite par les classiques, trois ordres de phénomènes prédominent : l'ataxie, marquée par un délire continuel, souvent violent, accompagné d’hallucinations, de crises convulsives, de soubresauts tendineux; l’adynamie, constituée par la prostration excessive, l’incontinence des réservoirs, la fréquence et la précocité des escarres; enfin, l’hyperthermie
continue, dont le plateau oscille faiblement autour de 41°, 419,5. La stupeur extrême, la sécheresse absolue de la bouche, les phénomènes de parésie
cardiaque, l’albuminurie abondante sont ici de règle. La mort est à peu près fatale. Elle survient parfois vers les troisième ou quatrième jours (formes foudroyantes; Murchison, Trousseau); elle se produit le plus souvent au décours du deuxième septénaire.
Ces formes ataxo-adynamiques ont été fréquentes au début de la campagne de 191%; chez nos soldats surmenés. À Marseille, M. Jouve-Balmelle(!) a pu en observer 180 cas, sur 600 typhiques soignés par lui. Il a pu mettre
en lumière un certain nombre de faits nouveaux. C’est en premier lieu.
l'existence fréquente chez ces sujets de symptômes méningés : contractures, rigidité spasmodique du tronc, des membres, de la nuque, accompagnées parfois du signe de Kernig et de troubles pupillaires, sans réaction cytologique du hHquide céphalo-rachidien. C’est, en outre, l’existence constante d'une azotémie qui se chiffre par 1 gramme, 2 grammes, 4 grammes et
même davantage d'urée par litre de sérum. L'évolution de cette rétention
uréique s’est montrée parallèle à celle de la maladie, l’azotémie s’atténuant avec l’amélioration des symptômes, persistant et augmentant avec son aggravation. Des constatalions analogues ont été faites par MM. Rathery et
Vanstenberghe. Il s’agit évidemment là d’un collapsus du fonctionne-
1. Jouve-BALMELLE. Considérations sur la. fièvre typhoïde. Progrès Médical, 5 septembre 1916.
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ment rénal, comme il y a collapsus des autres fonctionnements viscéraux.
2 Forme cholérique. — Carles(!) a décrit, au cours de la dernière guerre, une forme cholérique’de la typhoïde. Cette forme, particulière aux sujets qui souffraient depuis quelque temps déjà d’une entérite — et l’on sait combien celle-ci s'est montrée fréquente pendant les premiers mois de la guerre — se caractérise par l'existence d’une diarrhée profuse, incoercible, qui déshydrate le malade très rapidement et lui donne l'aspect typique d'un cholérique. “
La température baisse progressivement; le malade semble fondre, s’amaicrit d'heure en heure; sa peau se ride, ses yeux s’excavent, le nez s’effile ; en deux jours, il prend l'apparence d’un squelette et ne tarde pas à succomber dans l’hypothermie et l’algidité. Cependant Carles, à pu voir de ces malades se remonter peu à peu, et finalement guérir, sous l'influence de l’hydratation massive par le sérum artificiel et des cardiotoniques.
3 Forme hémorragique. - Comme toutes les grandes septicémies, la fièvre typhoïde peut revêtir la forme hémorragique. Les observations de Griesinger, de Leudet, ont mis en valeur l'influence épidémiologique: celles de Gerhard, l'influence de la débilitation du terrain frappé. Au cours de la guerre de 1914, la forme hémorragique a été rarement observée pourtant : les cas de Petges, Dumora et Peyri(*), et de Salomon (°), ne sont pas nombreux.
Le syndrome hémorragique peut se constituer dès le début de la maladie, comme dans la variole; ce sont les cas les plus graves, ceux que les anciens observateurs appelaient « la fièvre putride hémorragique ». Il apparaît d’autres fois au milieu de la période d'état (syndrome hémorragique secondaire), ou même, ce qui est plus rare, au voisinage de la convalescence (syndrome hémorragique tardif).
On peut voir survenir, isolées ou associées, toutes les manifestations des grandes formes hémorragiques : le purpura pétéchial ou ecchymotique, les épistaxis, les stomalorragies, avec état scorbutique des gencives, les hémaätémèses, les hémorragies inteslinales, utérines, rénales, etc. L'état général est des plus graves: à ladynamie, qui est extrême, à l'hyperthermie, s'ajoutent rapidement des phénomènes de collapsus cardiaque.
La mort rapide est la terminaison habituelle. On peut cependant ne la voir survenir, comme dans une observation de Griesinger, qu'au bout de plusieurs semaines. La guérison, exceptionnelle dans les formes à syndrome hémorragique précoce, l’est moins dans les formes tardives. (Griesinger, Salomon).