‹ Nouveau traité de médicine (volume 4)Chapitre 39 sur 197 · PLANCHE X · texte numérisé non relu

PLANCHE X

Demoulin, Sc. ÆE. Normand, Phot.

Grossissement —

Paroi de Caverne pulmonaire.

Masson ET Ciïi*, ÉDITEURS.

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ANATOMIE PATHOLOGIQUE. Fasc. XII. — 75

La pneumonie ardoisée est un des types de lésions de guérison, qui ont été étudiés par Trouvé (1). Nous avons déjà cité les tubercules anthracosiques, qui représentent le mode de guérion le plus habituel, les cavernes de gué: rison très rares, les tubercules enkystés. 11 faut y ajouter la lésion de sclérose avec emphysème, qui donne le « poumon frisé ». Ces lésions tuberculeuses guéries sont très fréquentes; sur 571 autopsies faites à l'hôpital Boucicault de sujets morts de maladies autres que la tuberculose, M. Letulle trouve 303 cas, dans lesquels il y a des lésions tuberculeuses guéries.

Élastigénie pulmonaire. — La réaction hypertrophique des fibres élastiques, au début de laquelle on n’assiste pour ainsi dire jamais, se produit avec une lenteur extrème ; elle demeure circonscrite, insulaire, et le nodule fibro-caséeux pneumonique lui sert manifestement de centre ; elle s'enfonce plus ou moins dans le tissu pulmonaire sous-jacent, encore sain ; elle

s'arrête brusquement sans qu’il soit possible de déterminer la raison de cette suspension. Vers la plèvre, l’alvéolite élastigène s'élève, d'ordinaire jusqu'à la séreuse ; celle-ci a subi d’ailleurs, le même procédé d'hyperplasie élastique et ses deux limitantes fondamentales se dessinent sous l'aspect de gros cordages distincts, parallèles à la surface du poumon. Dans les cas, fréquents, où existe un îlot de symphyse pleurale correspondant au bloc de pneumonie ardoisée, la limitante élastique de la plèvre pariétale subit le même travail d'hyperélastigénie. | arts

Trois preuves de l'âge avancé de toutes ces lésions hyperplasiques sont fournies : par l'existence d'un large placard de sclérose hyaline invasculaire de la portion de plèvre viscérale qui les recouvre ; par les nombreuses plicatures pleurales anciennement soudées, bord à bord, qui déforment l'écorce du poumon à ce niveau ; enfin, par le tassement, souvent extrême, du tissu pulmonaire en état d” « hyperélastie », tassement indiqué par le rapprochement très accusé, parfois jusqu’à l’accolement, des parois des alvéoles oblitérés et qui se sont couchés parallèles à la surface du poumon.

Il s’agit donc de lésions très âgées ; et, cependant, la matière caséeuse emprisonnée ainsi dans ce parenchyme renforcé de lanières élastiques est, très souvent encore, infectante, même quand elle apparait infiltrée d'immenses dépôts de charbon et de masses calcaires : on y peut colorer des bacilles ; de plus, on aperçoit, çà et là, disséminés dans-quelques petits carrefours du voisinage, desilots folliculaires jeunes, pourvus ou non de cellules géantes et ponctués de bacilles de Koch.

Mieux encore, il arrive, plus souvent qu'on ne saurait le croire, que le tissu de pneumonie ardoisée, tout scléreux, tout hyalin, tout anthracosique qu’il soit, est, à nouveau, envahi par la caséose : des cavernules se forment aux dépens de ces vieux blocs anthracosiques, parmi-ce tissu de cicatrice merveilleusement riche en trousseaux élastiques : nouvelle et dernière preuve de la puissance invincible du bacille de Koch incrusté à demeure dans le tissu pulmonaire.

Pour compléter cette esquisse de l’élastigénie pulmonaire dans la tuber-

(1) Trouvé, Etude historique et statistique sur les preuves anatomiques de guérison de la tuberculose pulmonaire. Thèse Paris, 1903.

M. LETULLE et P. HALBRON.

culose, nous n’ajouterons que deux courtes remarques terminales. Les nodules broncho-pneumoniques enkystés au centre du poumon sont, èn général, beaucoup moins élasligènes. En second lieu, la paroi d’une caverne en voie d'ulcération lente provoque, très habituellement, autour d'elle, la formation d'une certaine quantité d’ «îlots élastiques », les uns-alvéolaires, les autres, vasculaires, assez mal ordonnés. Ces îlots s'élaborent au sein d'une zone étroite du tissu pulmonaire, juste au-dessous de la bande de sclérose cicatricielle réédifiée sans cesse, au contact de la matière caséeuse bacillifère, au fur et à mesure de son extension centrifuge. En somme, ces désordres s’identifient à ceux, si caractéristiques, du « nodule pneumonique » ; mais la proportion est, ici, centuplée ; de plus, les détritus caséeux s'évacuent, au fur et à mésure, par les bronches et la pullulation des bacilles se poursuit, à Pair libre, dans la paroi et à la surface de l’ulcère. |

Les détails qui précèdent montrent quel intérêt s'attache, lors de l’examen microscopique d'un crachat tuberculeux, non seulement à la découverte de fibres élastiques, mais à leur forme, à leurs dimensions, à leur nombre même. On conçoit les déductions que le pathologiste et le clinicien ont le droit d’en tirer, concernant les variétés de la tuberculose chronique ulcéreuse et le (terrain pulmonaire » remanié, cicatriciel, sur lequel la phtisie est obligée de jeter à l'attaque ses germes caséogènes pour entretenir et pour : étendre ses ulcérations spécifiques.

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