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TUBERCULOSE PULMONAIRE ET SYPHILIS

L'étude de cette association est très importante, en raison de la fréquence des deux maladies, qui devait faire rechercher leur influence réciproque. En effet, nombre de travaux ont été consacrés à étudier, après avoir réfuté un prétendu antagonisme, l’action fâcheuse, fatale même, de la syphilis sur la tuberculose. Puis on est arrivé à cette conclusion que, dans certaines conditions, le mariage des deux grandes infections donnait parfois des formes de tuberculose relativement bénignes.

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TUBERCULOSE PULMONAIRE ET SYPHILIS Fasc. XII. — 251

À. Fournier avait montré la gravité de la tuberculose survenant dans les premiers mois ou les premières années de l'infection syphilitique. Landouzy et son élève Jacquinet ont également indiqué la très fâcheuse association que constituaient syphilis et tuberculose; mais ils ont aussi signalé que, si la tuberculose survient chez un vieux syphilitique, la tendance sclérogène de la Syphilis tertiaire fai: évoluer la tuberculose vers la phtisie fibreuse. C’est surtout E. Sergent (1) qui, dans un grand nombre de travaux, à étudié avec grand soin les réactions réciproques des deux infections.

La syphilis peut créer des portes d'entrée pour le bacille tuberculeux, ce qui serait particulièrement fréquent au niveau du larynx ; mais la prédisposition à l’autre infection créée par la syphilis résulte surtout de l'atteinte profonde de l’état général qu'elle détermine.

Sergent signale l'association des lésions, syphilitiques et tuberculeuses, qu’on constate surtout au niveau des lésions cutanées, mais qui peut se manifester au poumon par la greffe de la tuberculose sur une pneumopathie syphilitique (Potain, Gougenheim;, Sergent). Sur une caverne gommeuse se développent des bacilles tuberculeux qu’on peut retrouver dans les crachats. En pareil cas, la tuberculose est habituellement bénigne et ne modifie pas la marche torpide, sclérosante, de la syphilis pulmonaire ; mais au point de vue pulmonaire, ce qui intervient surtout, c'est l'hybridité de terrain, c'est-à-dire les modifications apportées à la résistance du sujet et à ses réactions parl’association, sous des modes divers, de la tuberculose et de la syphilis.

Pour un tuberculeux qui contracte la syphilis, l'opinion générale est que le pronostic est très mauvais. Dans le cas, heureusement rare en raison même de son état, où un tuberculeux avancé se contamine, l’aggravation de son état est rapide et le pronostic fatal à brève échéance. Quand le tuberculeux est résistant et est atteint d’une tuberculose peu évolutive, l'association de la syphilis compromet évidemment sa santé de façon très sérieuse; il supportera souvent très mal la période secondaire avec l'atteinte profonde de l’état général qu'elle détermine, et la tuberculose pourra prendre à ce moment un caractère d’évolution aiguë. Cependant, si cette période dangereuse peut passer sans dégâts irrémédiables, la tuberculose reprendra sa forme et sa marche antérieure sans être modifiée par la syphilis ; elle pourra même emprunter du fait de celle-ci un caractère fibreux salutaire. Il faut ajouter que le traitement arsenical intensif et précoce, si le tuberculeux est dans un état permettant de l'instituer, pourra, en supprimant ou atténuant les accidents secondaires, rendre encore moins nocive l’association dela syphilis.

La tuberculose aura une évolution différente suivant la période de la syphilis où elle apparaîtra. Au début de la syphilis, au moment des grands troubles généraux d'infection par le tréponème, la tuberculose évolue chez des sujets déprimés, infectés et intoxiqués, anémiés ; elle est presque toujours -grave et prend souvent une forme aiguë, rapidement fatale. C’est à ces cas que faisaient surtout allusion Fournier et Landouzy, quand ils redoutaient tant l’association des deux maladies. Au déclin de la période secondaire, dans la

(1) E. Seuxcexr, Syphilis ettuberculose, Paris, 1907 ; Études cliniques sur la tuberculose. Paris,

M. LETruLLE et P. HALBRON.

deuxième ou troisième année de la syphilis, le malade est encore fatigué et fournit un terrain favorable au développement de la tuberculose pulmonaire, qui sera surtout grave, mais avec un pronostic cependant meilleur qu'au début de la syphilis. ,

Sur une syphilis ancienne, lertiaire, la bo pulmonaire affectera souvent un aspect particulier, sans parler du cas d’hybridité que nous avons signalé, où le bacille de Koch s'implante sur un foyer de syphilis pulmonaire.

Pour Sergent, bon nombre de tuberculoses fibreuses et de ri pulmonaires ne doivent leur évolution torpide et souvent masquée sous l'apparence d'emphysème ou de bronchite banale, qu’à ce qu’elles évoluent chez un ancien syphilitique. Il faudrait même, dans tous les cas de sclérose pulmonaire tuberculeuse, essayer de dépister la syphilis par la recherche des sligmates cliniques et de la réaction de fixation. L'hérédo-syphilis, qui serait pour le jeune enfant une cause prédisposante de la tuberculose, a, plus tard, une influence sclérosante marquée sur la tuberculose pulmonaire et s'associe à la tuberculose dans l'étiologie des scléroses pulmonaires et médiastinales de l'enfant (Nadal) (1).

En tout cas, si la tuberculose pulmonaire des syphilitiques anciens est relativement favorable, les accidents récents de syphilis aggravent la tuberculose pulmonaire et il est nécessaire de les soigner énergiquement. L'iodure de potassium a une action néfaste sur les lésions pulmonaires dues au bacille, mais le mercure et les arsénobenzols sont généralement bien supportés par les tuberculeux, à condition que l’état général du malade ou que des lésions hépatiques ou rénales ne contre-indiquent pas un traitement, qui devra toujours demeurer très prudent. |

La suppression des lésions syphilitiques amène une amélioration générale du tuberculeux pulmonaire, on peut même espérer une amélioration locale, en raison des lésions syphilitiques, qui peuvent s'associer au processus tuberculeux pulmonaire.

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