TUBERCULOSE CHEZ LES EXOTIQUES
Comme on l'a vu précédemment, la tuberculose, malgré une tendance nette à s'étendre, est encore rare parmi la plupart des populations exotiques. Elle est d’ailleurs toujours cantonnée aux grands centres côtiers et ne pénètre pour ainsi dire pas à l'intérieur. Par contre, importésen Europe, lesexotiques, les nègres en particulier, se luberculisentavec une grande fréquence, présentant souvent des formes spéciales de tuberculose qui ont été bien étudiés ces dernières années à la faveur du séjour de nombreuses troupes noires en France par Borrel (2), par Roubier (3), par Broquet(4). G. E. Gruber(5)a fait en Allemagne chez des prisonniers des observations identiques.
(1) R. S. Bercnorr, Measles, a predisposing factor towards pulmonary tuberculosis. {llinois med. Journ., février 1919, n° 2, p. 62.
(2) Borrez, Pneumonie ct tuberculose chez les troupes noires. Annales Instilut Pasteur, mars 1920, n° 3, p. 105.
(3) RouBier, Les formes cliniques de la tuberculose chez les troupes exotiques. Gazette des hôpitaux, n° 84, 2 octobre 1920, p. 1333.
(4) Broquer, Tuberculose pleuro-pulmonaire des noirs. Revue de la Tuberculose, n°* 2, 3, 1920, p. 143.
(5) GRuger, Remarques sur la tuberculose des nègres du Sénégal. Zeitschrift fur Tuberkulose, n° 1, oct. 1920.
M. LETULLE et P. HALBRON.
Ces formes cliniques ne sont, d’ailleurs, nullement spéciales à la race noire. :
En Amérique et dans nos vieilles colonies, les nègres soumis aux mêmes conditions que les Européens se tuberculisent avec la même fréquence et selon un mode identique. Cela tient aux conditions spéciales de l'infection des nègres importés en Europe. Ceux-ci sont, en effet, pour la plupart, vierges d'infection
tuberculeuse, ont une cuti-réaction négative et se comportent, vis-à-vis d'une
premièreinfection tuberculeuse, commedes nourrissons ou des jeunes enfants. C’est dire que, comme chez ces derniers, la dose bacillaire inhalée et la répétition des inoculations dominera la forme clinique. | Aussi les formes aiguës ou subaiguës sont-elles fréquemment observées : granulie (70 p. 100), broncho-pneumonie caséeuse à marche rapide (30 p. 100). Comme l’a bien montré Borrel, la maladie évolue la plupart du temps en deux périodes. Une période initiale, latente, est caractérisée essentiellement par l'atteinte ganglionnaire qu'il faut savoir dépister. On trouve des ganglions
sus- ou sous-claviculaires, du volume d’un pois ou une noisette, plus rarement
siégeant au niveau du cou ou des aisselles. D’autres fois, c'est la toux qui attire l'attention, traduisant une adénopathie trachéo-bronchique visible à l'écran. Au bout de deux outroiïs mois, l’état général s’altère, l'’amaigrissement apparaît, les muscles deviennent flaccides, la peau prend un aspect terne et écailleux, puis la fièvre monte et on décèle des lésions caséeuses rapidement extensives. Dans d’autres cas, une granulie termine plus rapidementencore la maladie. La mortestà peu près constante; aussi est-il important de dépister la tuberculose au début par la recherche des adénopathies et la cuti-réaction,
lorsque 50 p. 100 des malades peuvent encore $e rétablir, grâce au repos, à la
suralimentation et àun climat approprié.
À l’autopsie, les lésions sont tout à fait comparables à celles du nourrisson et de l'enfant. Les lésions sont fréquemment généralisées, avec tuberculose granulique du foie, dela rate, des reins, des testicules. Les ganglions trachéo-
bronchiques sontpris dans 80 p. 100 des cas. La granulie est fréquente, occa- |
sionnant la mort dans 70 p. 100 des cas (Borrel).
Chez l'Indo-Chinois, qui est bien plus fréquemment exposé dans son pays à la contamination tuberculeuse, l'évolution est. moins grave et ressemble plus à celle de l’Européen. Cependant Roubier insiste sur la fréquence des lésions osseuses et articulaires, ainsi que séreuses. Les lésions pulmonaires sont peu importantes et secondaires.
Chezles Malgaches, l'aspect està peu près le mêmeque chez les Sénégalais, mais l’évolution est souvent plus prolongée.