‹ Nouveau traité de médicine (volume 4)Chapitre 71 sur 197 · TUBERCULOSE ET FIÈVRE TYPHOIDE · texte numérisé non relu

TUBERCULOSE ET FIÈVRE TYPHOIDE

Pendant très longtemps, à la suite d'Hunter, on affirma l’antagonisme de la fièvre typhoïde et de la tuberculose. Cependant, dès 1830, les observations anatomiques de Louis, les recherches cliniques d’Andral montraient la fréquence de la tuberculose chez les typhoïdiques. Celan’empêchait pas, en 1853, Thirial de déclarer que l’antagonisme était évident entre la fièvre typhoïde et la phtisie. Rilliet et Barthez partageaient cette opinion, la fièvre typhoïde « contribuant à faire passer les Lubercules à l’état crétacé » et Perroud alla jusqu'à proposer l’inoculation de la fièvre typhoïde pour empêcher l'éclosion de la tuberculose. Peter, le premier, dans sa thèse d’agrégalion, montra l'inanité de ce dogme et, depuis, tous les auteurs partagèrent son opinion. Léon Bernard (1) a publié, en 1916, une mise au point de cette question.

Expérimentalement, Arloing et Dumarest démontrèrent que les cobaÿes auxquels on avait injecté le bacille ou la toxine typhique se tuberculisaient exactement comme les animaux témoins. De même, employés à titre curatif, bacilles ou toxine n’ont aucune action sur l’évolution de la tuberculose expérimentale. Rodet, dans des expériences analogues, arrive aux mêmes conclusions. La tuberculose et la fièvre typhoïde peuvent s'associer chez un même individu suivant trois modalités assez nettes :

1° La tuberculose est antérieure à la fièvre typhoïde. — Le plus souvent alors, les lésions tuberculeuses restent indifférentes. Rarement elles reçoivent un coup de fouet qui les fait évoluer avec rapidité (Letulle, Magnier) (2).

Quant à la fièvre typhoïde, elle ne paraît pas non plus influencée.

2° Dans d’autres cas, on voit évoluer une tuberculose pulmonaire subaiguë ou chronique chez un convalescent de dothiénentérie. Apparaissant tantôt après quelques jours d’apyrexie, à la façon d’une rechute, tantôt plusieurs, mois après une fièvre typhoïde dont le malade ne s’est d’ailleurs jamais remis éclatent des signes de tuberculose pulmonaire ou pleurale. Dans d’autres cas, comme l’a observé Léon Bernard, l’évolution tuberculeuse prolonge directement l'évolution éberthienne. La cachexie apparaît au cours de la fièvre typhoïde, occasionnant la mort en un ou deux mois. Ces formes souvent sont faussement cataloguées formes cachectisantes de la fièvre typhoïde.

Dans quelques cas, cette tuberculose post-dothiénentérique n’est que le réveil d’une lésion latente, mais chez d'autres malades la tuberculose résulte d’une infection ou d’une réinfection au cours même de la fièvre typhoïde. Trop souvent encore, dans nos hôpitaux, les typhoïdiques sont au contact immédiat de tuberculeux contagieux.

Dans certains cas exceptionnels, une fièvre typhoïde et une tuberculose aiguë granulique peuvent évoluer chez le même malade. Seule, dans ces cas. l'étude bactériologique et radiologique permet le diagnostic, que confirmera l’autopsie (Letulle et Verliac) (3). En effet, il faut différencier ces cas des

(1) LéÉON BERNARD, Tuberculose et fièvre typhoïde. Paris médical, 15 janvier 1916, p. 86.

(2) Macxrer, Tuberculose et fièvre typhoïde, Thèse Paris, 1914.

(3) Leruzce et Vercrac, Fièvre typhoïde et granulie. Soc. méd. des hôpilaux de Paris, :2 juin 199 i.

typho-bacilloses simulant une fièvre typhoïde et des granulies à forme typhoïde. Quand les deux affections évoluent parallèlement, l’une masque souvent l’autre, le malade ayant l'aspect tout d’abord d’un tuberculeux et présentant subitement une manifestation d'ordre typhoïdique (perforation intestinale, hémorragie intestinale, taches rosées...) ou bien il se présente comme un typhoïdique, les lésions tuberculeuses passant d’abord inaperçues. C’est l'apparition de symptômes péritonéaux ou méningés ou de signes pue monaires qui attirera l'attention. |

Dans un ordre d'idées analogue, il faut signaler l'influence fächeuse que peut avoir dans certains cas la vaccination antityphoïdique chez les tuberculeux occasionnant parfois une évolution tuberculeuse subaiguë (Méry, Guillain). Ces faits sont, il est vrai, exceptionnels. L'apparition d'hémoptysies est plus fréquente. La tuberculose pulmonaire quand elle présente le moindre. caractère d'activité est une contre-indication formelle aux vaccinations antityphiques.

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