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CRÉOSOTE

Ce médicament a joui d’une vogue extrême dans le traitement de la tuberculose ; actuellement, son emploi est beaucoup moins fréquent. Introduite dans la thérapeutique par Reichenbach, en 1830, la créosote fut étudiée très complètement, au point de vue expérimental et thérapeutique, de 1874 à 1877, par Bouchard et Gimbert. On décrit, sous le nom de créosote, les huiles lourdes qui proviennent de la distillation des goudrons de diverses espèces végétales, du hêtre, en particulier. C’est un mélange complexe et très variable, aussi ne faut-il employer qu’une créosote très pure, bien purifiée, la créosote officinale, qui doit renfermer 25 p. 100 degaïacol. C’est un liquide très fluide, incolore ou légérement teinté en jaune, d'odeur très pénétrante, caractéristique, de saveur caustique très désagréable. Très soluble dans l'alcool et dans l'huile, elle se dissout dans l’eau à 1 pour 200.

La créosole peut-être administrée par la bouche, malgré sa saveur très désagréable, qui en rend souvent l'emploi intolérable. Bien qu'on lui ait, avec Bouchard, accordé une action favorable sur les fonctions digestives, elle est souvent irritante et mal tolérée par l'estomac et l'intestin. On ne doit pas dépasser la dose de un gramme par jour. On peut la prescrire en cachets (0,25 de créosote et 1 gramme de phosphate de chaux), en pilules (0 gr. 10 de créosote, 0 gr. 25 de savon amygdalin) (Bouchard), en capsules gélatineuses (la créosote étant dissoute dans de l'huile de foie de morue ou du baume de Tolu). L'huile de foie morue créosotée (40 à 50 grammes de créosote par litre) a été très en faveur; elle exige un estomac particulièrement complaisant. |

La voie rectale se prête très bien à l'administration et l'absorption de la créosote. La créosote peut être dissoute dans de l'huile et émulsionnée avec de l’œuf, ou simplement dissoute dans l’eau ou enfin, ce qui est le plus simple, dissoute dans du lait, dans la proportion de 1 p. 30. Ces lavements sont généralement bien tolérés. On a également prescrit des supposiloires avec 0 gr. 50 de créosote.

M. LETULLE et P. HALBRON.

La voie sous-cutanée emploie des solutions à 1 p. 15 de créosote dans l'huile. Gimbert injectait 10 à 20 centimètres cubes de solution. Burlureaux, qui a été le grand défenseur des injections de créosote, injecte jusqu’à 150 centimètres cubes d'huile créosotée.Cesinjections,outreles accidents locaux (escarres,embolies huileuses, absence de résorption), peuvent entraîner des accidents généraux d'intoxication, qui ont fait abandonner, en général, l'emploi des doses élevées.

L'étude expérimentale de la créosote faite par Bouchard et Gimbert, avait fait naître de grandes espérances fondées sur son action antiseptique sur les bacilles tuberculeux, sur sa faible toxicité et sur son action favorable sur l'évolution de la tuberculose, que Bouchard retrouvait eu clinique. Cependant, on a reconnu que tous les tuberculeux ne supportaient pas bien la créosote. Avec des doses faibles, on peut observer des accidents toxiques annoncés par une saveur persistante de créosote dans la bouche et une coloration noirâtre des urines. Les accidents peuvent être graves, allant au collapsus. Les tuberculeux fébriles supportent particulièrement mal la créosote:chez eux, on observe de fortes réactions thermiques, suivies de collapsus. Au niveau des lésions, apparaissent des réactions congestives, comparables à celles que détermine la tuberculine. Ainsi, les contre-indications de son emploi sont très nettes : il faut l’interdire aux tuberculeux fébriles, aux tuberculeux cachectiques, aux malades à réactions congestives faciles ; enfin, tout symptôme d’intolérance à la créosote doit en arrêter l'administration.

Les effets thérapeutiques de la créosote portent sur l’état général, qui s’'améliore parfois de façon surprenante ; on peut constater une influence particulièrement favorable sur les fonctions digestives (surtout si la créosote n’est pas introduite par les voiesdigestive). Elle modifie l'expectoration, qui devient moins abondante, moins épaisse, moins purulente. Cette action utile se manifeste surtout lorsque la tuberculose a présenté des poussées congestives ou que les infections associées sont très développées. La créosote a également, une action locale sur les lésions qui se modifient et s’améliorent, après avoir présenté une réaction congestive, Cette action, comme les réactions locales excessives et dangereuses que nous avons mentionnées, rappelle l'influence de la tuberculine sur les foyers tuberculeux. :

De ces effets de la créosote, on déduit les principales indications de son emploi : les formes fibro-caséeuses, torpides, non fébriles, pas trop étendues et aussi, selon Küss, les formes latentes et larvées, et les formes à lente germination. Cependant, dans ces derniers cas, l'emploi de la créosote ne semble pas très nécessaire. L’indication thérapeutique la plus admise, à condition de surveiller tout signe d'intolérance, paraît lé traitement des tuberculoses compliquées de-catarrhe chronique ou subaigu des voies aériennes, et les. formes scléro-bronchitiques traînantes. |

Les dérivés dela créosote sontnombreux. On les a employés, soit POUF AVOIR un agent plus fixe, soit pour obtenir des effets thérapeutiques pEné nie avec une toxicité moindre.

Le carbonate de créosote, ou créosotal est de saveur moins désagréable et de causticité moindre que la créosote. Ilpeut être plus facilement donné par voie gastrique, mais il serait moins actif que la créosote. On le prescrit à la dose de 6 à 8 grammes par jour.

MÉDICATIONS CHIMIQUES ET PHYSIQUES. Fasc. XII. — 299

Le phosphate de créosote, ou phosote n’a pas de saveur désagréable. I] ne se décompose que dans l’intestin. I unirait aux avantages de la créosote ceux de l'acide phosphorique. On peut en administrer 2 à 3 grammes par jour. Son emploi peut être suivi de polynévrites, par la présence simultanée d’arsenic. Il faut avoir soin de ne pas l’administrer en même temps ou sitôt après un traitement arsenical.

On a encore utilisé le {anno-phosphate de créosote ou taphosote, le phosphile de créosote ou phosphotol, le valérianate de eréosote ou cosole, le camphorate de créosote ou créoso-camphre, le créosoforme et le tanno-créosoforme, etc., etc,

Le gaïacol constitue le principe le plus actif et le plus important de la créosote. IT a été obtenu, par synthèse, à l’état cristallisé et peut être facilement employé par voie buccale. On l’administre aussi en cachets ou en pilules, à la dose de 0 gr. 40 à un gramme par jour.

Il est fréquemment injecté sous la peau, en solution huileuse, habituellement à 10 p. 100, quelquefois jusqu'à 50 p. 100. On peut en injecter jusqu'à un gramme par jour, mais son emploi doit être très prudent et il faudra craindre les accidents toxiques.

Les badigeonnages de la peau au gaïacol liquide, pur ou en dilution, ont été préconisés par Scirolla (de Gênes) contre la fièvre des tuberculeux ; ils : l’abaissent, en effet, avec une grande rapidité, mais de façon temporaire et en amenant parfois des accidents graves de collapsus. Ces applications occasionnent quelquefois des PR a intenses. Il est recommandé de ne pas employer plus de 1 gr. 50 à 2 grammes par badigeonnage et de s’en abstenir chez les tuberculeux cavitaires.

Le carbonate de gaïacol est une poudre blanche cristallisée, sans odeur ni saveur, non caustique. Il se donne à la dose de 1 à 4 grammes par jour en cachets ou en suspension dans un julep. Beaucoup moins toxique que le gaïacol, il est aussi beaucoup moins actif.

Le thiocol ou sulfo-gaïacolate de potassium, renferme 50 p. 100 de gaïacol. C'est une poudre blanche, sans odeur, dont la saveur n’est ni caustique, ni toxique. On peut en donner de 3 à 5 grammes par jour, en cachets ou en potion. Son efficacité, très chaudement prônée par certains, est fortement mise en doute par Küss. ;

Le cinnamate de soude a été préconisé par Landérer. Il dérive du baume du Péron, employé depuis longtemps dans les tuberculoses externes.

Landerer n'aurait obtenu de résultats que par l'injection intra-veineuse de cinnamate de soude. Jacobson (1) a repris ses recherches avec un autre produit dérivant du baume du Pérou, l’éther cinnamique à l’alcool éthylique. En injectant sous la peau cet éther en solution huileuse à 4 pour 500 (un demi à un centimètre cube), cet auteur a obtenu des modifications intéressantes de l'état général et de l'état pulmonaire.

(1) Jacogsow, L'éther éthyl-cinnamique dans le traitement de la tuberculose pulmonaire. Thèse Paris, 1918-1919.

M. LETULLE et P. HALBRON.

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