VACCINATION ET TRAITEMENT
Il est un fait qui domine toute l’histoire du charbon, c’est que la virulence de la bactéridie n’est pas fixe: on peut, comme pour bien d’autres microbes, la diminuer ou l’accroître dans des proportions extraordinaires. Là plupart des substances qui détruisent le bacille charbonneux sont capables, sr leur action est moins énergique, d'affaiblir ou d’abolir son pouvoir pathogène. Le virus ainsi allénué pourra être impunément introduit dans l'organisme, l'animal résistera, et, à la suite de cette inoculation, il deviendra capable de supporter un virus plus énergique qui tue les animaux non préparés. On arrive ainsi, en opérant progressivement, à rendre les animaux réfractaires à des virus de plus en plus forts. Tel est le principe de la vaceination ee rienne. | ; Bien des procédés permettent d’atténuer le charbon; quelques-uns n ont qu'un intérêt théorique; c’est ainsi que la bactéridie s’atténue dans le corps de la grenouille (Lubarsch), ou quand on la cultive dans le sang dé moutons
1. Mazvoz. Sur la transmission intraplacentaire des micro-organismes. Annales de Pinstitut Pasteur, 1888. — Le passage des micro-organismes au fœtus. /bid., 1889.
2. Lixéarn. Ein Beitrag zur Kenntniss der Schutzimpfung gegen Anthrax. Fortschr. d. Medicin., 1889.
VACCINATION ET, TRAITEMENT. Fesc. II.
vaccinés (Metchnikoff). Elle s’atténue également sous l'influence de la lumière solaire (Arloing), des antiseptiques et particulièrement de l'acide phénique à 1/800 et du bichromate de potasse à 1/1500 (Roux et Chamberland), sous l'influence de l’oxygène comprimé (Chauveau et Wosnessenski) et surtout de la chaleur (Pasteur).
C'est à Toussaint que revient le mérite d’avoir essayé le premier de vacciner les animaux contre le charbon; il chauffait du sang charbonneux à 55° pendant 10 minutes, et pensait tuer ainsi lés bactéridies; en inoculant ce sang, il voyait périr un certain nombre d'animaux, mais ceux qui résistaient étaient devenus réfractaires. Toussaint croyait vacciner avec des produits stérilisés ; en réalité 1l vaccinait avec des microbes atténués. C’est ce que démontra Pasteur, qui, en soumetlant les cultures à l’action de la chaleur, arriva à créer des vaccins qu'on peut graduer exactement.
Pasteur fait une culture à 42°; le microbe se développe, mais ne donne pas de spores et sa virulence diminue de plus en plus. Si, au bout d’un certain temps qu'il a séjourné à 42°, on reporte le microbe modifié dans un milieu nouveau et si on le place à une température favorable, il se développe, donne des spores, mais conserve le degré d'atténuation auquel il était parvenu. En partant de ce principe, Pasteur prépare deux vaccins; l’un, dit premier vaccin, provient d’un microbe qui a été maintenu de 15 à 20 jours à 429; 1l tue encore le cobaye d’un jour, mais reste sans aclion sur le cobaye adulte ; en le faisant passer successivement par des cobayes de plus en plus âgés, on peut arriver à lui rendre son pouvoir pathogène. Le deuxième vaccin ne séjourne que 10 ou 12 jours à 42°; il tue la souris, le cobaye, et quelquefois le lapin.
Nous ne pouvons décrire les nombreuses méthodes employées pour préparer des vaccins charbonneux, Chauveau en a fait connaître deux : lune où l’atténuation est obtenue en chauffant pendant 3 ou 4 heures à 47° une culture âgée de 24 heures et qui, depuis son ensemencement, a été maintenue à 42°; l’autre repose sur l'emploi de l'oxygène comprimé. Par des procédés très ingénieux, Chauveau est arrivé à créer de véritables races à virulence
déterminée; les vaccins ainsi obtenus offrent des caractères invariables. En
partant d'une culture qui ne tue plus la souris, Chauveau rend à ce microbe inoffensif une partie de sa virulence en le faisant. pousser dans un bouillon additionné de sang, ou en le cultivant dans une atmosphère raréfiée. Par ces divers systèmes on arrive à rendre réfractaires au charbon les animaux sensibles à la maladie. Tout le monde se rappelle la célèbre expérience de Pouilly-le-Fort, où Pasteur démontra définitivement la valeur de sa méthode. Aujourd'hui le doute n’est plus possible : de 1882 à 189% on a vacciné en France 1788677 moutons et leur mortalité a été de 0,9%pour 100, alors qu'autrefois elle atteignait 10 pour 100. Pour les bœufs, au nombre
. de 200902, la mortalité est tombée de 5 à 0,34 pour 100 (!). De nombreux
laboratoires de vaccination se sont formés à l'étranger (Vienne, Madrid, Turin, Buenos-Ayres, Odessa, etc.), et leurs résultats sont venus confirmer l’efficacité de la méthode.
1. CHAMBERLAND. Résultats pratiques des vaccinations contre le charbon. Annales de l'Institut Pasteur, 1894.
G.-H. RoGeEr.
Traitement. — Lorsqu'on est appelé auprès d’un individu qui s’est piqué en maniant des animaux charbonneux, on devra traiter le point d'inoculation comme on traite les plaies infectées : faire couler le sang par des pressions réitérées, puis débrider et cautériser. Tous les peuvent servir. D'après Colin, le nitrate d'argent ‘est plus efficace que le thermo-cautère, c'est du moins ce qui résulle des expériences que cel auteur a faites sur des lapins inoculés à l'oreille.
Le plus souvent on se trouve déjà en présence d’une pustule maligne bien développée. La gravité de la lésion avait conduit les chirurgiens à avoir recours à des traitements très énergiques et à ne pas. reculer devant des délabrements considérables pour détruire le foyer primitif d'infection.
Fournier et Chambon préconisaient l’extirpation de la pustule, moyen douloureux et infidèle ; aussi est-il généralement abandonné aujourd'hui. Pourtant Bryant et Baker rapportent 8 succès obtenus en excisant largement le lambeau de peau qui entoure la lésion et en cautérisant la surface mise à nu. Cette méthode donne lieu à de grandes pertes de substance et, par conséquent, à des cicatrices apparentes et souvent difformes.
La cautérisation est plus fréquemment employée : on a recours soit au cau- tère actuel, soit aux caustiques. Les auteurs du Compendium de chirurgie recommandent, quand les accidents sont graves, d’éteindre plusieurs cautères nummulaires dans la plaie, puis de circonscrire l’eschare par une incision circulaire sur la peau vive et de cautériser cette plaie saignante. Ce traitement, qui est extrêmement douloureux et nécessite l'emploi des anesthésiques, provoque aussi des cicatrices vicieuses. Le même reproche peut être adressé à la méthode de Th. Anger, qui extirpe la pustule au thermo-cautère, el débride les tissus Ve par des incisions pouvant avoir jusqu’ à 10 centimètres de longueur.
Les inconvénients inhérents à l emploi du fer rouge sont en partie évités par l'usage des caustiques. Enaux et Chaussier recommandaient le chlorure d’antimoine liquide : des boulettes de charpie imbibées de liquide étaient appliquées sur les vésicules, après ouverture, et sur la plaie résultant de l’extirpation de l’eschare. D’autres ont préconisé l’usage de la potasse caustique, du caustique de Vienne ou du caustique de Filhos. Bourgeois pro-. mène circulairement la potasse à la surface de l’eschare; s'il craint d’avoir pratiqué une cautérisation insuffisante, il laisse au fond de la plaie un morceau du caustique.
Le bichlorure de mercure, employé depuis longtemps par les vétérinaires, a été vanté par les médecins de la Beauce; on excise l’eschare, et on remplit la perte de substance avec de la poudre grossière de bichlorure qu’on mainüent avec du diachylon. Roméi a obtenu 80 succès en appliquant un mélange de sublimé et d'essence de térébenthine; au bout de 24 heures il renouvelle l'application et, s’il le faut, il pratique, le quatrième jour, une incision cruciale qu'il saupoudre de sel mercurique.
L'emploi du sublimé a l'avantage d'associer un antiseptique à un caustique; mais cette substance n’est pas sans inconvénient : elle détermine souvent des douleurs vives, parfois des hémorragies abondantes ou des cica-
VACCINATION Ë1 TRAITEMENT: Fasc. II. — 593
trices vicieuses; enfin elle donne lieu à des empoisonnements (Enaux et Chaussier, Régnier). | :
Aujourd'hui on tend à se servir de substances antiseptiques non causliques. Pomeyrol et Raphaël de Provins avaient préconisé les feuilles de noyer; cette médication, acceptée par Nélaton, est complètement abandonnée. Davier-Colléy (‘) prétend avoir obtenu d’excellents résultats par l'usage intus et extra de la poudre d'ipéca : on applique sur la pustule une bouillie préparée en mélangeant cette poudre avec de l’eau et on en fait avaler toutes les quatre heures une dose de 08,3.
Généralement on a recours à l’acide phénique ou à l’iode qu'on injecte sous la peau, autour de la pustule. Quelques chirurgiens russes se sont servis, dans le même but, d’une solution de sublimé. On:a souvent obtenu de bons résultats avec l’acide phénique à 1,5 pour 100; ce liquide est bien supporté et n'amène pas d'accident. En France on donne la préférence à l'iode ; Davaine et Cézard, qui l’employèrent les premiers, commencèrent par des dilutions au quatre-millième et arrivèrent au quatre-centième. On s’est servi ensuite de liquides plus concentrés, au deux-centième (Verneuil), au centième (Sereins); Th. Anger préconise la teinture diode pure dont il injecte 2 ou 35 gouttes. Nous conseillons la solution d’iode à 1/20 dans de l'eau iodurée. On en injecte matin et soir 15 à 20 gouttes par 3 ou 4piqüres, pratiquées autour et en dehors de la zone vésiculaire, dans les parties œdématiées. L’aiguille est introduite obliquement sous la peau et le liquide poussé avec une grande lenteur. On aura le soin aussi de pratiquer des inJections sous-cutanées autour des ganglions engorgés. Le traitement est conünué ainsi chaque jour, en réglant la quantité de liquide à introduire sur l'état général du sujet et l'aspect de la lésion locale. On le cessera lorsque l'amélioration sera très marquée, que l’œdème aura diminué et que la peau sera devenue souple. Pendant et après l'emploi des injections iodées, on fera bien de maintenir la pustule recouverte d’un pansement antiseptique, liqueur de van Swieten, onguent mercuriel (Cucco), naphtol camphré, etc. Quand l’eschare se détache, on saupoudre la partie d’iodoforme; on évite ainsi le développement trop actif des agents pyogènes et les accidents qui peuvent en être la conséquence.
Les injections sous-cutanées de teinture d’iode sont bien supportées, quoique un peu douloureuses; elles sont souvent suivies de quelques phénomènes passagers d’iodisme. Dans plusieurs cas, nous avons observé, à la place où les piqûres avaient été faites, de petites indurations douloureuses qui ont fini par guérir, sans autre accident, au bout de quelques semaines.
Verneuil employait un traitement mixte: il extirpait l’eschare au thermocautère, lardait les vésicules de pointes de feu, puis injectait de la teinture d’iode dans la région œdématiée; il recouvrait ensuite d’un pansement antiseptique. Quelques chirurgiens opèrent différemment : ils pratiquent les injections autour de la pustule et extirpent les ganglions Iymphatiques engorgés. Kaloff, qui a publié sa propre observation, se fit enlever les gatglions axillaires, dans lesquels la culture démontra la présence de bactéridies.
1. Davier-CoLey. Report on cases of Anthrax or malignant pustule. Guy's Hospital Reports, London, 1890.
G.-H. RoGERr.
094 CL'ARBON.
Le traitement général, le seul auquel on puisse recourir quand il n'existe pas de manifestation extérieure, ne doit pas être négligé. Il faut autant que possible soutenir les forces du malade en lui conseillant de s’alimenter : on lui fera prendre du quinquina, du vin, de l’alcoo!, du café, des potions avec une pelite quantité d’acétate d’ammoniaque. On pourra lui administrer à
l’intérieur des substances antiseptiques: c'est surtout à l’iode qu'on a.
recours. On peut donner par jour de à à 10 et même 16 gouttes de teinture dans un verre d’eau sucrée.
Dans ces dernières années, on a utilisé les injections intra-veineuses de certains antiseptiques. On employa d’abord lélectrargol. Bettmann et Becker ont obtenu de bons résultats en injectant du salvarsan.
La bactériologie possède deux nouvelles inéthodes thérapeutiques : lune bactériothér Tapie l’autre sérothérapique.
La première s'inspire des expériences qui démontrent l'action favorable de cerlaines associations microbiennes. L. et Ch. Fortineau(!) ont eu reccurs à l’injeclion de cultures pyocyaniques, débarrassées des germes vivants par filtration sur bougie de porcelaine, ou d’un extrait de culture désigné sous le nom de pyocyanéine. Le traitement, expérimenté avec succès sur les animaux, cobaye, lapin, mouton, a été utilisé chez l'homme dans 50 cas. La mortalité a été de 9,7 pour 100 chez les malades atteints de pustule maligne et de 11,1 chez les malades atteints d’œdème malin. La plupart des sujets qui
ont succombé ont été traités tardivement. La dose de pyocyanéine qu'il con:
vient d'injecter est de 10°à 20 cc.; dans beaucoup de cas une injection suffit.
La méthode sérothérapique a été inaugurée par les recherches de Sclavo (?), Marchoux (5), Pane et Trapani (*). Elle consiste essentiellement à préparer des animaux, mouton, âne ou cheval, en leur injectant le premier, puis le deuxième vaccin charbonneux et à renforcer l’immunité par des inocula- Lions virulentes. La prise de sang peut être faite deux ou trois semaines
après la dernière injection. De nombreux succès ont été rapportés tant en
France qu'à l'étranger. Bormann a relevé 500 cas favorables. Perrim et Modot (5) ont publié une intéressante statistique recueillie à lhôpital de Saint-Denis : de 1875 à 1890, ils relèvent 72 cas, donnant une mortalité de 14 pour 100; de 1897 à 1904, sur un total de 47 cas, la mortalité est de 10 pour 100. De 1905 à 1908, on commence les injections de sérum quon
applique à 85 malades; la mortalité tombe à 3,6. Enfin de 1909 à 1949, les
personnes traitées au nombre de 59 guérissent toutes. La dose employée
élait de 20 à 50 centimètres cubes le premier jour et de 20 centimètres
cubes les deux ou trois jours suivants. On a pu encore utiliser le sérum anticharbonneux dans un but prophy-
1. L. et CH. FORTINEAU. Essais de de du charbon bactéridien par les injections de culture pyocyanique stérilisée. C. R. Acad. des Sciences, 6 avril 1914. 2. ScLAvo. Ueber die Bereitung des Serums gegen der Milzbrand. Centralb. für. Bakter HE 1895, XVIII, p. 74%, et Congrès de Rome, 22 octobre 1895. Marcnoux. Sérum anti- charbonneux. Soc. de biologie, 2 novembre 1895; Annales Re ati Pasteur, novembre 1895.
PanE e TraPpanI. Sulla STARS nell’ infezione carbonicha dei conigli, Revista cie e terap'ulica, 1896.
. PERRIN et Monor. Charbon et pustule maligne. Évolution et traitement, daris la région de Saint-Denis. { vol. in-8 de 197 p. Paris, 1914
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lactique, en le combinant le plus souvent aux vaccins charbonneux. Une seule injection suffit à conférer une immunité, bien appréciable au bout de 10 ou 12 jours.
Si l’on n’a pas à sa disposition de sérum anticharbonneux, on pourra injecter du sérum de cheval normal. Langon a traité ainsi 15 malades atteints de pustule maligne; 1ls ont tous guéri après avoir reçu de 40 à 100 cc. de sérum.
La vaccination et la sérothérapie ont transformé l’histoire du charbon et finiront par faire disparaître cette terrible maladie. Cependant, malgré les ressources que la science moderne nous fournit, il ne faut pas négliger les règles de la prophylaxie et de la police sanitaire. Nous avons, chemin faisant, indiqué les principaux points relatifs à l’abatage des animaux, à leur enfouissement, qu'on devrait remplacer par la crémation, ou, tout au moins, qu'on ne devrait pratiquer qu'après une immersion prolongée dans l'acide sulfurique; nous avons montré avec quel soin il faut procéder au nettoyage des laines el autres objets de provenance suspecte; nous avons établi qu'on devra toujours rejeter la viande et les autres parties des animaux malades, et soigneusement désinfecter les endroits, contaminés; et nous devons encore, en terminant, insister sur l'importance des vaccinations pastoriennes. qui, en diminuant la maladie chez les animaux, diminue les chances de contamination chez l'homme.
G.-H. Rocer.
FYPHUS EXANTHÉMATIQUE
Par Charles NICOLLE et E. CONSEIL
Directeur de l'Institut Pasteur de Tunis. Chzf du Bureau municipal d'hygiène de Tunis.
Le terme typhus exanthématique est de Sauvages (1760); il a été adopté par Murchison, le meilleur auteur qui pendant longtemps ait traité de ce mal, et justement consacré par l'habitude, puisqu'il résume en lui les deux symptômes capitaux de la maladie : la stupeur et léruption. On peut regretter seulement la quasi-similitude de nom avec la fièvre typhoïde ; mais il n’y a rien à faire contre les droits acquis de l'usage.
Synonymie. — La plupart des noms proposés autrefois désignaient plus spécialement l'importance attribuée à un symptôme, tel que les phénomènes nerveux : Typhus comatosus, fièvre adynamique (Pinel, 1798); l’éruption : Morbus pulicaris (Cardan, 1545); Febris pestilens quam cuticulos velpunctita vocant(Fracastor, 1546), Tabardiglio et Puntôs (de Torres, 1574), Poupre (vieux auteurs français), Febris petechialis (Hoffmann 1700), Febbre petechiale (Rasori, 1809) ; le caractère épidémique : Febbre epidemica (Rasori), Epidemia fever, Contagious fever (auteurs anglais); un facteur étiologique : Typhus des camps (Louis 1829), Maladie des prisons, Ship fever, etc.
Les Allemands disent Fleck typhus ; les Anglais, Typhus fever; les Espagnols de l’Ancien ou du Nouveau Monde, Tabardillo.
Lorsque l’éiologie du typhus exanthématique eut élé éclairée par nos travaux, Cardalhaguet, en Tunisie, a proposé, dës 1909, la désignation Mard el Qmel, maladie du pou. (Les indigènes de la Régence disaient jusque-là Mard el Schems, maladie: du soleil, en raison de la céphalalgie violente et subite par laquelle débute le mal et qui donne en effet l'impression d’un coup de soleil.) En milieu indigène ou populaire, la diffusion de semblables : termes est une arme de prophylaxie.
HISTORIQUE
Le typhus exanthématique est assurément une des maladies les plus anciennes de lhumanité. Il semble qu'on puisse le reconnaître dans la plupart des pestes des temps antiques. Ces épidémies n'étaient pas la peste vérilable, puisque les descriptions qui nous en sont restées ne mentionnent pas, avant l’épidémie justinienne, celle-ci légitime, la présence si caractéristique des bubons. On ne peut cependant en inférer avec certitude que toutes ces épidémies étaient le typhus.
NV
HISTORIQUE. Fasc. II. — 597
Une seule exception doit être faite. Elle concerne la peste de l’année 253 de l’ère chrétienne, dite peste de Gallus et Volusien. Saint Cyprien, évèque de Carthage sous ces deux empereurs africains, nous en a laissé dans son traité de Morbilitate un tableau symptomatique Pop et dans lequel nous avons reconnu avec certitude le ty phus.
Néanmoins, c’est à Fracastor qu'on doit la première description véritablement scientifique. Témoin des épidémies italiennes du début du xvi‘ siècle, il distingua nettement le typhus des autres maladies pestilentielles et lui donna le nom presque définitif de Morbus lenticularis (1546).
Depuis cette époque jusqu'à nos jours, les descriptions du typhus exanthématique abondent. Chercher à faire l'historique de ses épidémies serait énumérer les uns après les autres les guerres, les sièges, les famines, les expéditions lointaines, toutes les souffrances collectives dont ce fléau était le compagnon inséparable.
Ces communes occasions d'observer la maladie nous ont valu des relations détaillées dont plusieurs pourront être lues encore avec une curiosité rétrospective; telles sont les œuvres de Sydenham (1675), Hoffmann (1699), Husham (1759), etc.
Au début du dernier siècle, les guerres de la Révolution et de l'Empire ont ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire du typhus, tant pour l'importance des épidémies que pour la valeur des monographies cliniques et la recherche des causes et du mode de transmission de la maladie. Les noms de Rasori, d'Hildebrand, de Larrey demeurent attachés à cette période.
Après 1814, le typhus exanthématique est devenu très rare en France. On pensait même que le bien-être général l’avait fait entièrement disparaître, lorsqu’'en 1895 une petite épidémie sévit dans le nord-ouest de notre pays et attira l'attention sur l'existence de petits foyers endémiques non éteints en Bretagne.
En Angleterre et surtout en Irlande, le début du xix° siècle vit d’importantes épidémies. Elles permirent à Murchison ses études. En Bohême, en Silésie, en Galicie, des épidémies meurtrières sévirent jusqu'au milieu du même siècle. | |
Les guerres d'Italie, de Crimée, la guerre russo-turque de 1877, les guerres plus récentes des Balkans ont été accompagnées ou suivies de l’'éclosion du typhus. La conquête française de J’Afrique du Nord a remis souvent notre race en contact avec cette maladie presque disparue de notre pays.
Il était réservé à la guerre mondiale de 1914-1918 de redonner une actualité nouvelle au typhus et de permettre à ce fléau en voie d'extinction de retracer à notre époque l'image des pires épidémies des temps anciens. On a vu, dès le début de la guerre, la maladie faire tache d'huile autour de ses foyers anciens, envahir et désoler des pays entiers, comme la Serbie, la Galicie, le Caucase, l'Asie Mineure, accompagner les armées en retraite (armée serbe jusqu’en Albanie et à Bizerte; armée roumaine, armées russes), s'installer dans les camps de prisonniers en Allemagne, en Autriche, dans les pays d'Orient, régner endémiquement dans les régions en proie aux misères
de la guerre civile (Russie). La connaissance du mode de propagation de la
Cu. Nicozze et E. ConNsEIL.
398 TYPHUS EXANTHÉMATIQUE.
maladie à permis pourtant, grâce aux efforts hygiéniques mondiaux, de réduire le danger; les pays occidentaux, la Francé en particulier, sont demeurés à peu près indemnes.
Distribution géographique. — Avant la dernière guerre, on pouvait dire que:le typhus exanthématique occupait encore dans le monde les régions où les notions de propreté individuelle et collective ne s'étaient pas
imposées. Il y avait peu de pays sans doute qui en fussent indemnes: il nv
en avait pas dont certaines provinces ne pussent être de temps en temps frappées.
C'eût été une erreur de croire que, pour exceptionnel, qu'il y fût devenu, le typhus ne se rencontrait plus en France. Jusqu'aux dernières années d’avant-guerre, le mal se réveillait de temps en temps dans la péninsule bretonne. Gillet, Martin, Gesltin surtout l'avaient reconnu comme eéndémique dans certains villages du Morbihan et du Finistère. Quelques épidémies localisées y avaient sévi à Riantec (1869-1871), dans l’ile de Molène (Dangüy des Deserts 1877), dans l'île Tudy (Thoinot et E. Calmette, 1891).
Netter el Thoinot, qui suivirent l'épidémie de 1892-93 de village en village dans le nord-ouest de la France et qui en ont laissé une description si exacte et si utile, ont montré que son point de départ était la Bretagne.
Ce fut là le dernier exploit du typhus dans notre pays jusqu’à la guerre: depuis, il n’en avait plus été parlé. Cependant, ainsi que l’a démontré Netter en 4917, le typhus existait normalement à Paris sous forme atténuée dans la colonie slave nécessiteuse. Il sera nécessaire à l'avenir de lv dépister el d'exercer une surveillance sévère sur les émigrants d'Orient dans nos ports: et sur les irlandais qui visitent si souvent la Bretagne.
Avant la guerre, les grandes nations civilisées, débarrassées elles-mêmes du mal, le voyaient encore à leurs frontières. L’Angleterre avait à le redouter de l'Irlande, foyer important et toujours actif, quoique en voie de régression depuis quelques années (9354 décès en 1880, 45 en 1909), lAllemagne et l'Autriche de leurs provinces slaves (Silésie, Galicie, Bohême, Bosnie), les États-Unis de leur clientèle cosmopolite ét de leurs voisins du Sud. AO :
La Russie était toujours profondément atteinte : les statistiques officielles portaient 71818 cas en 1905; 47545 en 1907; de même, les États balkaniques où les malheurs des dernières luttes avaient amené une recrudescence du fléau. La Grèce, l'Italie (39 décès en 1907), l'Espagne (207 décès la même année), le Portugal n'étaient pas indemnes.
Il n’est pas douteux que, lorsque les dernières misères causées par la guerre auront pris fin, le typhus exanthématique se localisera de nouveau en Europe dans ses foyers anciens. Il y sera toujours à redouter tant qu'il n'en aura pas été exlirpé par l'hygiène et tant que des calamités pareilles aux guerres seront possibles.
Le typhus exanthématique demeure l’une des maladies les plus impor-
tantes de l'Afrique Mineure. Il y sévit de façon endémique ainsi qu’en Lybie. Depuis 1861, date à laquelle il fut signalé pour la première fois par les médecins français d'Algérie (Léonard et Maret), des épidémies nombreuses, souvent annuelles, y ont été observées ; celles de 1868 (Vidal) et de
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SYMPTOMES®. Fasc. IT. — 599
1909 (Conseil) semblent avoir été les plus sévères. Le mal existe en permanence dans les villages des Hauts Plateaux : de ces foyers, il est dispersé chaque printemps dans les villes et dans tout le pays par les nomades au moment de la reprise des travaux des champs. I y a peu d'années, en Tunisie, les prisons et pénitenciers lui offraient des stations de renforcement el des centres de diffusion nouveaux. L'effort des hygiénistes a permis que la Régence fût le premier pays qui bénéficiät de nos découvertes. Le typhus, supprimé des prisons, arrêlé à l'entrée des villes, combattu dans ses foyers anciens, y est en voie de régression rapide. La Tunisie offrira bientôt, nous l’espérons, le premier exemple d’un Etat qui se sera débarrassé rationnellement du mal et non, comme l'Europe, du fait du mécanisme secret de la civilisation.
L’Asie présente d'importants foyers de typhus : Arabie, Perse, Chine, Indo-Chine, Japon. Les missionnaires en observent chaque hiver des épidémies considérables sur les hauts plateaux du Thibet et du Yunnam.
Dans le Nouveau Continent, le typhus sévit principalement au Mexique. Ce pays constitue sans doute actuellement le foyer le plus important du monde. On y a enregistré pour la seule ville de Mexico en 1907, 1908 et 1909: 485, 745 et 583 décès par typhus. Le Mexique ne paraît pas à la veille de se débarrasser de ce mal: l'Académie de médecine de Mexico s'est officiellement prononcée à la veille de la guerre contre le rôle du pou dans la transmission du typhus.
Aux Etats-Unis, en particulier à New-York, le mal se rencontre assez fréquemment sur les émigrants et chez les personnes qui les hébergent ou les approchent. Il y a été découvert par Brill et désigné quelque temps sous son nom comme une maladie particulière. Anderson et Goldberger ont, en ces dernières années, démontré expérimentalement sa véritable nature.