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Cu. Nicoze et E. Conseïr.
CLIS | TYPHUS EXANTHÉMATIQUE. =
Ch. Nicolle et Ch. Comte avaient montré que les cultures du micrococcus biens agent de la fièvre méditerranéenne, étaient facilement agelutinées par le sérum des malades atteints de typhus et qu'on pouvait utiliser au besoin celte méthode non spécifique pour le diagnostic. Les Allemandsont
‘écemment amélioré ce procédé en remplaçant les cultures dem. melitensis … celles d’un b. proteus vulgaire; Lelle est la méthode connue sous le nom de Weill Felix; elle donne des résultats intéressants. Le pouvoir aggelutinant du sang des malades sur ce b. proteus dépasse généralement 100; le résultat de la réaction doit être lu après une heure de séjour à l étuve à 31°; souvent il est acquis en quelques minutes.
ÉTIOLOGIE DU TYPHUS EXANTHÉMATIQUE
Ce chapitre, autrefois un des plus obscurs et des plus discutés de la pathologie, est devenu l’un des plus clairs. Le rôle du pou permet d'élucider et de tout comprendre. Aussi serons-nous plus brefs en ce chapitre que ne l’ont été nos devanciers, scrupuleusement attachés à déterminer et . peser les données exactes qui pouvaient conduire à la solution du problème.
Nul ne pourrait plus aujourd’hui soutenir, comme le faisait encore Murchison, que le typhus peut naître spontanément, lorsque les coùditions de son développement (misère, disette, encombrement) se trouvent réunies. À ces causes accessoires et banales, il faut bien que se joignent les deux facteurs indispensables, qu’elles avaient jusqu'à présent masqués, la présence du réservoir de virus (homme malade) et celle de linsecte transmetteur | (pou). Chauffard niait déjà cette origine spontanée el, suivant minutieusement les cas supposés isolés de l'épidémie de 1893, Netter et Thoinot avaient montré qu'ils procédaient les uns des autres et qu'on Pie tous les ramener à un même point de départ.
On comprend aisément aujourd hui le rôle de ces facteurs, considérés comme primordiaux et qui ne constituent en somme que de conditions favorables. i
Il est naturel qu'une maladie transmise par les poux se montre exclusivement en Europe sur la classe pauvre, chez les imdigents, dans les asiles de nuit et les auberges de dernier ordre ; on comprend qu'elle soit contagieuse à l'extrême, que, dans une famille nombreuse, un cas de typhus ne demeure guère isolé el que, lorsqu'un typhique est venu chercher abri dans un asile de nuit, il s’ensuive presque toujours une explosion épidémique.
De même, en Afrique Mineure, le typhus sévit parmi les ouvriers indigènes entassés dans les cafés maures et surtout chez les nomades qui se contaminent par l'échange de leurs poux aux relais Rs de leurs pérégrinations. |
Seuls, de la classe aisée, sont atteints au même degré que les miséreux ceux que leur profession met en contact immédiat et prolongé avec ceux-ci ou leurs effets : médecins, infirmiers, blanchisseuses, cafetiers aubergistes, gardiens de prison, ele. |
Quelques exemples montreront la fréquence des contaminations dans ces
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cas : en Crimée, où le typhus causa la mort de 80 médecins militaires, au plus fort de l'épidémie, en 57 jours, 605 infirmiers sur 840 contractèrent la maladie; pendant la guerre turco-russe, à l'hôpital de Jassy, 7 médecins sur 8, toutes les religieuses, 79 pour 100 des infirmiers tombèrent malades, el à Bela 16 médecins sur 18 furent contagionnés.
Cependant à la porte des hôpitaux bien tenus, la maladie s'arrête; de lit à lit, point de contagion; seuls le personnel de la porte, les infirmiers chargés de recevoir les malades, de trier, de laver leur Hinge, les employés des bains sont atteints. Ce fait de connaissance ancienne est l’un de ceux qui nous avaient le plus nettement frappés dans nos premières études des épidémies africaines. Netter s'était basé sur de semblables observations pour montrer que la contagion ne se faisait pas par l'air.
Partout où l’insecte vecteur trouve à se réfugier, la maladie guette celui qui l'approche. Pringle a rapporté Pobdee ation de 25 ouvriers de Gand qui contractèrent le typhus pour avoir réparé de vieilles tentes employées à l'hospitalisation des malades. De même, les locaux ayant abrité des typhiques restent quelque temps contagieux (prisons, bagnes, postes de police, etc.). Thoinot cite le cas d’un juge qui contracta le typhus en prenant place dans une voiture qui avait servi le matin même à transporter 2 malades. Il ne semble pas cependant que les objets contaminés puissent demeurer longtemps dangereux, car le pou ne peut vivre sans se nourrir de sang et il ne pique que l’homme ; en outre les poux nés de poux infectieux ne semblent point hériter de leur infection, ce qui rend peu probable le rôle des lentes.
La contagion (c’est-à-dire le pou) est donc le facteur essentiel et nécessaire de la transmission du typhus. À côté de lui, viennent se ranger un certain nombre de causes prédisposantes ou adjuvantes, qui interviennent pour mieux assurer la contagion. |
L'influence du sexe est nulle ; le sexe le plus frappé dans une épidémie est le sexe le plus exposé aux contacts infectieux. L'âge adulte est le plus atteint ; dans presque toutes les épidémies, on note une prédominance des cas de 15 à 25 ans. Cependant le typhus peut se rencontrer à tout âge. Sa rareté au-dessous de 10 ans n’est peut-être due, compte tenu des RACE facilités de contagion, qu'à la méconnaissance des cas frustes de l'enfance.
L'influence de l'acclimatement parail nulle; la résistance de certains autochtones doit être attribuée à une immunité conférée par une atteinte antérieure. Nos expériences ont prouvé qu'une première atteinte de typhus, pourvu qu'elle ait été grave, conférail au singe une immunilé durable. La plupart des cliniciens sont du même avis en ce qui concerne l’homme. Mürchison en particulier déclarait que, dans sa longue pratique, il n'avait jamais observé un seul cas authentique de récidive. On ne doit donc accepter que sous réserves les observations de seconde atteinte. Cette méfiance est d'autant plus légitime que les épidémies de fièvre récurrente coïncident fréquemment avec celles de typhus ; Murchison l'avait remarqué en Irlande, et la chose s'explique aisément puisque les deux maladies ont le même agent de transmission, le pou. Or, en l'absence des données de laboratoire, celle d'épidémicité manquant également, il est parfois délicat d'établir à coup sûr le diagnostic entre ces deux fièvres. Nous avons pu, d’autre part, nous
Cu. NicozLE et E. ConNseir.
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rendre compte, par l'observation successive des deux infections chez un
même individu, que le typhus exanthématique ne vaccinait pas contre Îla spirillose et l’un de nous a démontré expérimentalement, avec Blaizot, que cette dernière ne donnait pas toujours une immunité durable vis-à-vis d’ellemême. pce
On doit donc tenir pour très suspectes les observations de récidive du typhus.
L'influence des saisons nous paraît indiscutable. La plupart des épidémies débutent en hiver et s’éteignent en été. De graves épidémies ont coïneidé avec des hivers rigoureux. Le & o1d n’agit vraisemblablement qu'en amenant l’entassement as miséreux dans les ie. confinés et en rendant plus
facile l'échange des parasites. En outre, chez les gens exposés aux intem-.
péries, la crainte du froid rend les soins de propreté plus précaires, ee assure un port constant du même linge, réduit la durée de la vie au dehors et mulüplie toutes les occasions de contacts infectieux. Nous avons remai-
qué d'autre part sur les mendiants de Tunis que les poux, d’une extrême
fréquence en hiver et surtout au printemps, deviennent très rares en été; cette opinion avait été déjà soutenue.
La famine et les privations jouent un rôle important dans léclosion des épidémies. Ce rôle, qui leur a été reconnu de tout temps, est facile à comprendre. La misère s'accompagne en effet d'un exode des gens de la cam-
pagne vers la ville. Ces individus, peu habitués aux soins corporels, vont
s’entasser dans des locaux encombrés. Ils viennent des pays les plus pauvres, de points où la maladie sévit sous forme endémique et limitée, ils la con-
voyent avec leurs poux vers les villes, où se trouvent réunies toutes les
conditions nécessaires pour faire, avec ces cas isolés, une épidémie.
On comprend maintenant l'influence des disettes, des guerres, des grands.
sièges, des longues traversées, de toutes les souffrances collectives de l'humanité et l’on conçoit que le typhus en ait été durant des siècles et
puisse encore en être, dès que ces conditions se retrouvent, le compagnon
désigné.
L'histoire entière du typhus, ses fréquentes épidémies d'autrefois, sa disparition des nations civilisées avant ces dernières années, sa A réapparition au cours de la guerre mondiale, sa localisation aux pays mal propres, la constance de sa menace, tout s'explique avec le rôle du pou. Refoulé comme ce parasite, comme lui non vaincu, le typhus ne disparaîtra qu'avec lui, | N
PROPHYLAXIE
La connaissance de léliologie du typhus exanthématique a permis.
d'établir une prophylaxie rationnelle qui a déjà donné les plus remarquables résultats. Le but que poursuivra l'hygiéniste sera de déceler le plus rapidement possible les malades, puis de les débarrasser eux, leurs voisins, ainsi que les locaux qu'ils ont occupé, de tous les parasites.
La recherche des malades est souvent chose difficile par suite de la pré-
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PROPHFYLAXIES * Fasc. II. — 421
dominance du typhus chez des vagabonds qui changent sans cesse de logis et disséminent, partout où ils passent, les germes de la contagion. Si le malade est un de ceux-ci, il faudra retrouver ses compagnons de route, d'asile, désinfecter les divers gites qui les ont abrités et surtout débarrasser tous les individus suspects de leurs parasites.
En cas d’épidémie, il y a avantage à procéder à la visite systématique de tous les asiles de nuit et à les désinfecter fréquemment. La désinfection en cas de typhus est un peu particulière. En effet, les parasites cutanés, en particulier les poux, demeurent ordinairement attachés à la peau et aux vêtements des individus; ils n’abandonnent que rarement l’homme pour se réfugier dans les matelas ou les nattes. De sorte que, lorsqu'on désinfecte une maison ou une auberge, les habitants qui ont abandonné le local pendant la désinfection ont emporté avec eux la plus grande partie des parasites infectés. [ls les y rapportent, la désinfection lerminée, rendant ainsi celle-ci inefficace. Il importe done de compléter la désinfection des locaux par la désinfection de tous leurs habitants et des vêtements.
En temps d'épidémie, il est indispensable de procéder à l’ébouillantement des effets et au nettovage de tous les clients des geôles, prisons, asiles de nuit, au moment de leur entrée.
Des mesures prophylactiques sévères devront être également prises du côté des malades afin de tarir le réservoir de virus ; les typhiques devront être placés à l'hôpital dans une salle spéciale bien que, s'ils ont été bien débarrassés de leurs parasites, le danger de contagion soit théoriquement nul. Mais, en milieu indigène, il faut prévoir l'introduction toujours possible de parasites par les visiteurs. À son entrée, le malade sera entièrement changé d'effets, baigné, enduit d'huile camphrée et ses cheveux coupés courts. On pourra -amsi réduire au minimum la contagion hospitalière. Lorsque le malade a été isolé, les locaux occupés auparavant par lui doivent être désinfectés au moyen des vapeurs de soufre, la literie passée à l’étuve, toute la lingerie ébouillantée. Cette désinfection sera complétée par le nettoyage de tous les habitants de la maison, surtout s'il s’agit d'un milieu pauvre ou d'habitations communes. Avec de semblables précautions, le malade pourrait en cas de nécessité être soigné dans sa famille; mais il faudra toujours se méfier de l'apport de poux par les siens ou ses amis.
Dans certains milieux, à la campagne, une prophylaxie rigoureuse pourra facilement être réalisée par un simple bain individuel et l’ébouillantement des effets des malades et des suspects; on peut alors se contenter parfois d'exposer au soleil pendant- quelques jours les objets de literie, si les circonslances empêchent de les désinfecter.
La simple application de ces mesures judicieuses a déjà permis d'arrêter rapidement des épidémies et même de faire disparaître presque complètement la maladie de centres où elle sévissait depuis longtemps sous forme endémique. À cet égard, l'exemple fourni par la ville de Tunis est partieulièrement remarquable, car il apporte la confirmation indirecte du rôle exclusif des poux dans la transmission du typhus. L'application systémalique et rigoureuse des mesures de prophylaxie contre les ectoparasites, et contre eux seulement, a fait tomber le tvphus dans cette ville de 856 cas
CH. NicozEé et E. Conseïr.