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CINQUIÈME MALADIE

Professeur de clinique des maladies infectieuses à [a Faculté de Paris. Membre de {Académie de Médecine.

L'œuvre de dissociation ne devait pas se borner à la quatrième maladie. À la suite de faits insolites observés, comme pour cette dernière (le fait est à noter), au cours d’épidémies de Rubéole et aussi, quoique à un degré moindre de fréquence, d’épidémies de Rougeole, une cinquième maladie, aussi bénigne heureusement que la quatrième et ne comportant pas plus qu’elle des mesures de prophylaxie et de thérapeutique particulières était décrite. Ces descriptions se firent jour et se poursuivirent plus spécialement en Autriche et en Allemagne, alors qu’en France on tendait à nier l'existence de cette nouvelle entité. ns

Historique. — Il semble que l'étude de cetle maladie s'affirme tout d’abord, dans les observations de Tschamer, qui, en 1886, décrit, sous le nom de Rubéole locale, des exanthèmes respectant de façon absolue le cou et’le tronc; puis dans les observations relatées en 1891 par Gumplowiez, concernant 17 cas d’une maladie éruplive que cet auteur fut à même d’étudier à la clinique d'Escherich en 1890 et qui, distincte de la Rougeole sévissant en même temps, se localisait aux joues et surtout aux surfaces d’extension des membres supérieurs, de flexion des membres inférieurs. Gumplowicz, comme Tschamer rattachent cette maladie à la Rubéole.

Escherich observant peu après une épidémie de Rubéole, signale, à son tour, des faits qu'il rapproche de ceux décrits par les auteurs précédents, et qui, d’après sa communication au Congrès de Moscou, FREE à son avis, à un type différent de la Rubéole. |

(ae épidémie mixte de Rubéole et d'érythème infectieux survenue à Gratz en 1899, le confirme dans cetle opinion et le D' Schmid l’un de ses assistants décrit les caractères différentiels de l’érythème aigu et de la Rubéole.

Antérieurement au mémoire de Schmid, Sticker, au cours d’une épidémie qu'il observe à Wetzlar en 1899, donne le nom d'érythème infectieux aigu à une maladie exanthématique qu'il distingue des fièvres éruptives; l’un de ses élèves, Berberich consacre sa dissertation inaugurale à cet érythème.

Depuis, soit en Allemagne, soit en Autriche, les faits se multiplient, qui servent à édifier Dhitère étiologique el clinique du nouveau type morbide, histoire qui peut se résumer de la façon suivante. |

Etiologiquement. -— Il s'agit d’une maladie contagieuse et a | dont les épidémies sont le fe généralement associées à une épidémie de

1. Dénommée également : Érythème infectieux aigu de Sticker: Érythème simplex =

Mmarginatum de Feilchenfeld; Megalérythème épidémique de Plachte.

DESCRIPTION CLINIQUE. Fasc. IT. -— 107

Rubéole ou de Rougeole. Elle frappe les enfants d'une même famille, les élèves d’une même école, de préférence de la 4 à la 12° année. Schmid a rapporté toutefois l'observation d’un nourrisson de l4 mois qui présenta les symptômes de cette maladie. | |

Elle survient le plus habiluellement au printemps ou au cours de l'été.

Cliniquement. — Après une période d'incubation, d’une durée moindre que celle de la Rubéole, et dont lés variations seraient de 6 à 14 jours, de 6 à 10 jours pour Plachte, elle débute le plus souvent par l’exanthème, qui en peut constituer l’unique symptôme. Parfois l’exanthème est précédé d’un syndrome général des plus minimes et de douleurs pharyngées sans énanthème.

‘éruption se limite donc au tégument externe, débutant par la face, notamment par les Joues, qui deviennent chaudes, rouges, turgescentes, sans que le sujet éprouve prurit ou douleur; confluente en ces points, elle s'arrête aux sillons naso-labiaux, respectant le menton et les alentours de la bouche, qui tranchent par leur pâleur.

Elle est formée de taches assez étendues, de coloration rose pâle ou rouge violacé, présentant une partie centrale œdématiée, saillante et dont la saillie va se dégradant vers la périphérie. Ces taches, maculo-papuleuses, persistent de 24 à 48 heures, puis s’affaissant en leur centre deviennent d’un gris brunâtre, le reste du tégument reprenant une coloration normale,

Durant que l’éruption de la face subit cette régression, apparaît au niveau des membres un exanthème analogue, qui se propage de la racine aux extrémités, celles-ci étant atteintes en dernier lieu. Les taches sont ici plus étendues (dimensions d’une pièce de cinq francs); lors de la régression de la partie centrale, elles affectent à leur périphérie la forme d’une bande rouge, finement dentelée et simulant les contours d’une carte géographique. L’éruption épargne le (ronc, ou s’y manifeste de façon très discrète.

Durant son évolution, la langue reste saburrale; les muqueuses nasale, laryngée, conjonclivale, ne réagissent point. Il n'y a ni réaction ganglionnaire, ni fièvre; les urines restent normales.

Stucker et Berberich ont relevé au cours de la convalescence, dans deux observations, des manifestations douloureuses, localisées au niveau des articulations du genou ou du pied.

À ce type habituel, dont la durée est de 6 à 10 jours, susceptible de reitération sous l'influence de frictions exercées sur les membres, d’exercices physiques trop violents ou de l’action de læ lumière solaire (Berberich), Popischill ajoute une variété scarlatinoïde., une variété morbilloïde et propose de réunir tous ces faits sous le nom d’exanthème variabile. Slicker accepte que ces trois formes puissent s’observer sur le même sujet, simultanément, ou aux divers moments de l’évolution.

S1 cette description clinique établil, sans qu'il soit nécessaire d'y revenir, les éléments par lesquels on a voulu différencier cette maladie d'avec la Rubéole, la Rougeole et aussi la Scarlatine (si l’on admet la variété de Popischill), elle montre aussi à quel point la confusion est possible avec ces trois maladies. | /

Jusqu'à la découverte de la nature du virus, qui nous sortira de notre

Ù P.-J. :TEIsstrER.

108 SYNDROME DE SAWIL.

ignorance quant à la cause et aux condilions pathogéniques de la cinquième maladie, et nous apportera relativement à son existence l'élément de confirmation indispensable, toute réserve est légitime. Il paraît difficile de prendre parti entre ceux qui croient à cette entilé où ceux qui Ja COnSIdèrent comme répondant aux deux types de Rubéole, Et comme la cinquième maladie, ainsi que la quatrième, a été observée surtout hors de France: les hésitations restent permises, plus encore, semblent surtout usées pour la médecine française. | | ; Un fait doit d’ailleurs nous rassurer; le caractère essentiel de bénienité de la cinquième maladie ; cette bénignité expliquant peul-être en partie-pourquoi son étude reste à ce point incertaine. |

SYNDROME DE SAWIL

Si la cinquième maladie est de pronostic bénin, il n’en serait pas de même d’un autre lype morbide; Lype d’attente, ajouterai-je, car Je ne sache pas que des faits similaires aient été Hi depuis ceux que rapportait Sawill en 1892.

À cette époque, ce médecin américain décrit, d’après 63 cas, une dermatite exfoliatrice, épidémique, de cause inconnue, affectant surtout les caractères d’un exanthème scarlatiniforme, parfois avec une sorte de vésiculation fine, qui se termine par une desquamalion plus ou moins abondante.

L'évolution se fait en sept ou huit semaines, au milieu d’un syndrome

général intense, et peut aboutir à la mort. Si la guérison survient, .la

récidive est possible, bien qu'il semble qu'un certain degré d’immunité atténue l'intensité de la deuxième atteinte.

Par P.J. TEISSIER

Professeur de Clinique des maladies infectieuses à [a Faculté de Paris Membre de 1’ Académie de Médecine,

La Rougeole est une. maladie contagieuse, épidémique, dont l'étude se place logiquement après celle de la Scarlatine, le type éruptif qu’elle représente dépendant comme dans cette maladie d'un processus congestif avec un degré léger quoique plus marqué d'exosérose ou d'æœdème.

Historique. — Il semble que les épidémies meurtrières de cette maladie aient surtout ravagé l'Europe vers le vn° siècle, avec les épidémies de Variole, importée comme elle, par les Sarrasins, de l'Afrique ou de l'Orient.

Représentée dès le 1x° siècle dans les descriptions de Rhazès, elle reste confondue notamment avec la Variole jusqu'au xvrrt siècle, et même jusqu'au xvuie siècle. Morton et Huxham qui en décrivirent l’exanthème estiment qu'ils ne peuvent le distinguer de celui de la fièvre pourprée, qu'ils considèrent comme une variété de Rougeole.

C'est Sydenham qui, étudiant l’une des épidémies qui régnèrent en Angleterre de 1760 à 1764, admit que la Variole, la Scarlatine, la Rougeole, dite encore roséole ou morbilli, représentaient lrois maladies distinctes.

Cependant au xix° siècle encore on discute sur son existence nosographique, sa nature contagieuse et la réalité de l'existence d'un virus rubéoliforme. C'est l'époque de la Rougeole : phlegmasie de la peau ou des muqueuses.

À vrai dire sous la dénomination de Rougeole ou morbilli vont longtemps encore se confondre :

a). Les Roséoles que Trousseau différenciera ;

b) La Rubéole dont la distinction ne sera faite que plus tard;

c) Certains érythèmes rubéoliformes ou roséoliformes dont la description nous sera donnée principalement par Hutinel et son élève Mussy.

L'on retrouvera dans les divers chapitres qui vont suivre, les noms des médecins dont les travaux ont contribué le plus à la détermination nosographique et chnique de cette pyrexie.

1. Autres dénominations françaises : Roséole, Morbilli; pays de langue anglaise : Measles; pays de langue italienne : Rosolia: pays de langue espagnole : Sarampion : pays de langue allemande : Masern.

PTE CTEISSIER.

DESCRIPTION CLINIQUE

Il existe même en dehors de toute complication et des formes anormales

de la Rougeole, formes frustes ou formes malignes, de nombreuses moda-

lités cliniques, que peut expliquer l'intervention d’un terrain organique variable ou de la virulence inégale du virus morbilleux. Toutefois la description nosologique d'une forme régulière de Rougeole peut être considérée comme répondant au plus grand nombre de cas.

On doit, en dehors de la période d’incubation, distinguer à l’évolution de la Rougeole, trois périodes :

Une Héiode d'invasion, dite aussi période prodr omique e et qui serait plus justement dénommée période de catarrhe où d’énanthème ;

Une période d’éruption, plus exactement une période d’éxanthème qui marque l’acmé de la maladie ; | o

Une période de desquamation qui coïncide plus ou moins exactement avec la convalescence.

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