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Par PJ. TEISSIER et M. DUVOIR Professeur de Clinique des maladies infectieuses . Professeur agrégé à la Faculté de Médecine à la Faculté de Paris, de Paris.

Membre de {’Académie de Médecine. Médecin des hôpitaux de Paris.

La Scarlatine est une maladie infectieuse, contagieuse, endémique et épidémique dont l'agent pathogène est encore inconnu. C'est la maladie éruptive dans laquelle l’exanthème répond à la réaction cutanée la plus simple, au processus congestif. La coloration de l'élément éruptif a servi à la dénommer.

Historique. — Décrite par les auteurs arabes, elle semble avoir été importée en Europe au 1x° siècle. La première description de quelque valeur est due à Ingrassias qui, en 1556, l’appela rossania. Puis elle fut étudiée par Jean Coyttar, médecin de Poitiers qui en 1578 lui donna le nom de fièvre pourprée et, à l'étranger, par Mercatus, Heredia, Sgambatus, et autres auteurs espagnols et italiens du xvi° siècle.

Au siècle suivant, la Scarlatine donna lieu aux descriptions cliniques de Sennert (1654) et de Sydenham surtout qui l’appela scarlatina et la différencia nettement des autres fièvres éruptives avec lesquelles certains médecins persistaient à la confondre. Cetle confusion est maintenue d’ailleurs, du moins avec la Rougeole, au xvmr siècle, par Forthergill, Morton. Et il faut arriver au début du siècle suivant, à Bretonneau, pour que la diffé renciation soit nettement et définitivement établie dans les descriptions, restées Justement classiques, des épidémies qu’il observa.

Durant cette période purement clinique de l’histoire de la Scarlaline, l'opinion que l’on acquiert de la maladie varie, selon que les épidémies sont graves ou bénignes. Il est, à cet égard intéressant de relever que la Scarlatine dont la malignité est habituelle encore de nos jours en Angleterre et contraste avec la bénignité ordinaire des épidémies françaises, fut, au contraire, au xvir et xvine siècles, bénigne en Angleterre alors qu'elle n’était pas sans gravité en France.

D'ailleurs, même en France, cette gravité fut essentiellement différente selon les épidémies. L'exemple de Bretonneau est là pour en témoigner: puisque c’est la meurtrière épidémie qui sévit à Tours en 1824, qui modifia l'opinion favorable qu'il avait gardée des premières épidémies de 1789 et de 1802200

1. Pays de langue anglaise : Scarlet fever; pays de langue italienne : Scarlatina ; pays de langue espagnole : Escarlatina; pays de langue allemande : Scharlachfieber.

P.-J. Trissrer et M: Duvorr.

Au xix° siècle, et après que les caractères généraux de la maladie eurent. été définis par la magistrale leçon clinique de Trousseau, ce sont surtout les complications dont l'étude est poursuivie, notamment la néphrite, le rhumatisme, les angines précoces ou tardives de la Scarlatine et tout le cortège symptomatique qui devait être réuni sous le nom de « syndrome infecbieux secondaire » (Roger). |

Ces recherches bénéficièrent tour à tour des données qu’allaient successivement apporter l'anatomie pathologique, la bactériologie et tout récemment les sciences biologiques. C’est ainsi que l’on verra s’échafauder toute une série de doctrines pathogéniques dont le caractère hypothétique ne pourra disparaître que par la découverte de l’agent pathogène de la maladie. À ce moment sans doute, quelques-unes des notions que nous considérons comme acquises devront s’effacer et la prophylaxie comme la thérapeutique de la maladie aux progrès desquelles toutes les études faites de nos jours n’ont pas été étrangères, reposeront sur une base réellement scientifique.

DESCRIPTION CLINIQUE

Incubation. — Ce qu'a dit Trousseau : que la durée de la période d’incubation, c’est-à-dire du délai compris entre l’inoculation accidentelle et le début apparent de la maladie, ne saurait être déterminé avec certitude, reste vrai aujourd’hui malgré les résultats positifs des inoculations de la Scarlatine chez les singes d'espèce supérieure. Nous n'avons, en effet, comme point d'appréciation, que la notion du temps écoulé entre le contact avec un scarlatineux et l'apparition des premiers signes d’invasion. Or, cette. méthode d'appréciation est purement arbitraire, car le contact étant établi avec un malade porteur du virus, nombre de causes que les recherches expérimentales ont permis de mettre en évidence, peuvent intervénir An facilitent ou retardent la contagion.

Quelle que soit la nature di virus scarlatineux, il semble soumis qu'aucun autre, à en juger par les faits cliniques, à des variations de virulence. On peut admettre que lincubation sera d'autant plus courte que les microorganismes inconnus de la Scarlatine auront été plus abondants ou plus virulents ou que le terrain aura été plus apte à les recevoir. Il est légitime de penser que le virus scarlatineux puisse séjourner à l’état latent au niveau des premières voies digestives ou respiratoires pendant un temps variable. Selon la remarque fort juste de Trousseau, dans une même famille composée de plusieurs personnes, la maladie pourra mettre plusieurs semaines à gagner toute la famille. Il se passe en définitive pour la Scarlatine ce qui se passe pour toutes les infections qui sont à virus variable.

D'autre part, il se peut que l’angine, localisation initiale de la Scarlatine soit antérieure à celle-ci, n’en dépende point, mais lui prépare le terrain. Toutefois et eu égard au grand nombre de faits qui légitiment en faveur de celte donnée, la durée moyenne, classique, est de 4 à 5 jours; c’est le chiffre qu'avec la majorité des médecins, nous avons pu observer dans les conditions où il a été possible de préciser les commémoratifs. Mais à côté

DESCRIPTION CLINIQUE. Fasc. II. — 5

de cette durée moyenne, des chiffres existent de quelques heures ou de quelques semaines (7 semaines). Si le chiffre minimum est possible, le chiffre maximum nous paraît sujet aux controverses dont nous avons exposé les raisons plus haut; en pareil cas, la contagion est très postérieure au contact. Comme exemple d’inoculation rapide, observation de Trousseau est démonstrative : un négociant de Londres avait séjourné tout l'hiver à Paris avec une de ses filles; au moment de retourner en Angleterre, une autre de ses filles vient Le retrouver, qui, dans son voyage de Londres à Paris, est prise pendant la traversée de fièvre, d’angine, el arrive à Paris avec une Scarlatine, fort grave dès le premier abord. La sœur cadette bien portante couche dans sa chambre; vingt-quatre heures après, elle éprouve les symptômes de début d’une Scarlatine qui devait être bénigne. Le P' Roger a rapporté les observations de trois infirmières qui présentèrent les premiers symptômes, 68, 70, 72 heures après avoir été employées dans les salles de Scarlatine.

Il reste admis que la période d’incubation de la Scarlatine est de toutes les maladies éruptives, la plus courte. Paget, Sœrensen ont mentionné que la brièveté s'observerait surtout dans les Scarlatines dites puerpérales, ou encore les Scarlatines chirurgicales (notamment après l'opération de la trachéotomie). Ce sont là des points sur lesquels nous reviendrons, car sur ces variétés de Scarlatine les controverses subsistent. Il nous semble que la différence de porte d'entrée peut expliquer l’action plus rapide du virus.

Il est classique de décrire à la Scarlatine de nombreux aspects cliniques. Depuis Rilliet et Barthez, on groupe ordinairement, à côté d’une forme normale, sous le nom de formes anormales, des Scarlatines bénignes ou malignes, ou des Scarlatines dont l’évolution se trouve modifiée du fait de la prédominance d’un symptôme ou de l’adjonction d’une complication. En fait, il existe deux grandes classes de Scarlatines : les Scarlatines régulières plus ou moins bénignes que l’on observe en France, dans la majorité des cas, chez l’adulte comme chez l'enfant; et les Scarlatines malignes, graves en elles-mêmes, heureusement rares et ne constituant pas pour cette raison le facteur le plus important de mortalité de la Scarlatine. Les unes et les autres peuvent en effet comporter des complications dont la description doit être logiquement réunie en un chapitre d'ensemble.

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