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III. — COMPLICATIONS

En dehors des formes malignes, qui sont, il convient de le répéter, relativement exceptionnelles, peuvent se développer des Rougeoles graves d’'emblée ou aggravées, dont la: gravité ou l’aggravation tient à de multiples complications. Ces complications relèvent de conditions pathogéniques diverses : elles peuvent se produire au cours des Rougeoles bénignes, comme des Rougeoles intenses. L'intervention de ces complications est pour le pronostic de la Rougeole un élément plus important que la malignité.

Ces complications peuvent intéresser tous les Lissus, tous les viscères.

On comprend que la diversité des conditions qui règlent la contagion dans les collectivités diverses, créant là des associations morbides, ou provoquant l'apparition de la Rougeole chez des sujets atteints de maladies antérieures (infectieuses ou non) porteurs de lésions viscérales, seront l’occasion de véritables coïncidences pathologiques avec toutes les conséquences qui pourront résulter des influences réciproques; que la Rougeole, maladie à localisation éruptive cutanéo-muqueuse, puisse favoriser le développement des complications cutanées et muqueuses; que la Rougeole, maladie à exanthème naso-laryngo-bronchique. puisse plus particulièrement être l’occasion majeure d'infections bronchiques.

[l n’est pas, semble-t-il, de maladies, — à l'exception peut-être de la Coqueluche — qui chez l'enfant prépare plus merveilleusement le terrain à l’infeclion bronchique. On admet que ces conditions agissent en favorisant simple-

P.-J: Trissrer.

196 ue ROUGEOLE.

ment l’exaltation du virus rubéolique. Je crois plutôt qu'elles agissent en rendant le terrain propice à la localisation du germe sur lPappareil respiratoire. L'on peut opposer à cet égard, la fréquence, dans les épidémies d’hiver, de la Rougeole suffocante ou des complications broncho-pulmonaires, à la fréquence et à l’intensité de la diarrhée ou des complications intestinales dans les épidémies d'été.

De fait, les complications respiratoires sont celles qui, dans la pratique médicale, représentent l'élément primordial de gravité dans une maladie, qui, malgré ses variations d'intensité, reste le plus souvent bénigne et plus particulièrement dans la Rougeole des enfants du premier âge ou la Rousœeole observée à l'hôpital. Elles représentent dès lors les complications qu'il convient d'éviter par les mesures de prophylaxie les plus actives, ou de soigner avec le plus d'énergie. |

Elles doivent donc être D lutene au premier rang dans l’étude des compli-

cations de la Rougeole.

Complications broncho-pulmonaires. — Les complications respiratoires de la Rougeole comprennent tous les processus inflammatoires qui de la muqueuse pituitaire à lendothélium de l’alvéole pulmonaire peuvent se développer, mais pratiquement et malgré que certaines rhinites, laryngites ou localisations exclusivement pulmonaires ne puissent être considérées comme négligeables, elles répondent surtout aux complications bronchopulmonartres.

La connaissance des conditions dans lesquelles se développent ces complications sont indispensables en ce qu'elles éclairent le pronostic et dictent les mesures prophylactiques: en ce qu'elles nous expliquent notamment, pourquoi elles s’observent le plus habituellement et sont le plus généralement graves dans cerlains milieux ou à certains âges, pourquoi la Rougeole; maladie bénigne à la campagne, plus facilement compliquée à la ville, est surtout meurtrière là où le défaut d'hygiène ou le défaut d'isolement se font sentir, là où sont réunies les conditions d’encombrement.

Trois causes prédisposantes principales, que l’on retrouve à vrai dire dans l'origine de toutes les complications de la Rougeole commandent, peut-on dire, l’apparition des complications broncho-pulmonaires, en dehors du Lerrain favorable local que réalise le catarrhe morbilleux dans l'arbre bronchique ; ces causes tiennent à l’âge, au mode d'hospitalisation, aux caractères de‘ l’épidémie.

Les complications respiratoires sont d'autant plus graves et plus fréquentes que l'enfant est plus jeune, réserve faite des premiers mois. L'organisme de l'enfant est moins résistant; l'appareil respiratoire de l’enfant jeune se défend moins contrée l’envahissement des germes. Dans une statistique de jo sont relevés les chiffres suivants :

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16 broncho- -Preumonies chez 45 enfants âgés de 1 an el atteints de Rougeole

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COMPLICATIONS. Fasc. II. — 121

Une hospitalisation défectueuse, parce qu’elle réunit dans une même salle des enfants de résistance inégale de par leur constitution héréditaire ou acquise, des enfants porteurs d'infections secondaires multiples, et concentre ainsi des foyers d'infection secondaire dont la virulence se trouve exaltée, suffit à expliquer que la mortalité ait pu passer de 3 pour 0/0 à 30/40 pour 0/0.

L'on peut imaginer à ces influences ambiantes des mécanismes divers : c'est un enfant atteint de broncho-pneumonie à streptocoques qui est. admis dans la salle où d’autres enfants vont être atteints de lésions bronchopulmonaires; c’est un enfant atteint de tuberculose pulmonaire qui sera plus précisément victime d’une lésion broncho-pulmonaire associée; ce peut être un enfant atteint de foyers multiples et superficiels de suppuration, qui pourront être pour les voisins un élément de contagiosité.

L'on comprend que, dans ces milieux où l’affluence peut être excessive, où l'air est contaminé par la présence de pneumocoques, de streptocoques et de staphylocoques virulents (constatations de Netter, Mosny, Méry, Boulloche), cette contagion soit pour ainsi dire obligatoire, eu égard à la multiplicité des contacts poly-infectants, et que la gravité de cette contagion soit des plus grandes grâce aux passages successifs des éléments microbiens à travers des organismes divers.

Il est enfin des épidémies, où il semble bien que sous l'influence de conditions difficiles à préciser, l’exaltation du virus morbilleux ait favorisé les localisations broncho-pulmonaires. On à dit, etle fait n'est pas impossible, que l’exagération du processus catarrhal habituel, par virulence plus grande ou dose plus massive du virus morbilleux, peut conduire à la bronchite capillaire, facilitée sans doute par une fragilité particulière préalable de l'appareil respiratoire. En réalité, et c’est là un point que le P' Bard avait mis en évidence dès 1887 surtout pour les lésions broncho-pulmonaires, il s'agit d'infections secondaires, réalisées par le mécanisme de l’auto-infection, ou par le mécanisme de l’hetéro-infection simultanée ou successive. Les travaux de Queissner, Neumann, Morel, Mosny, Hutinel, Netter, Boulloche, Méry, Barbier ont établi la réalité de ces deux modes pathogéniques pour le streptocoque, le pneumocoque, le bacille de Friedlander.

Cliniquement, les complications respiratoires. se présentent sous des types multiples, depuis la Congestion pulmonaire dont les foyers successifs surajoutés à la bronchite peuvent faire craindre une complicalion grave, par la brutalité de leur apparition, jusqu'aux lésions broncho-pulmonaires qui entraînent la mort en 2 ou 35 jours. Mais deux formes cliniques prédominent, l’une dont j'ai déjà ébauché l’évolution symptomatique et qu'il n’est pas sans intérêt de préciser, par comparaison avec l’autre : la bronchite capillaire, habituellement plus précoce, se manifestant à la période d’invasion ou avant la période d’éruption, pouvant toutefois survenir à une période tardive, plus solennelle et plus bruyante dans son apparition; la seconde : la broncho-pneumonie, plus tardive dans son apparition qui, le plus généralement, se produit à la période d’éruption mais peut aussi n'avoir lieu qu’à la période de desquamation, moins bruyante à ses débuts, plus difficile à

PJ. TEISSIER.

dépister, et dont les indices signalétiques seraient : pour Trousseau la teinte plus pâle d’une éruption jusque-là très vive, alors que la fièvre augmente et que les râles mobiles semblent se fixer; pour d'Espine et Picot, pour Grancher, l'hyperthermie, c'est-à-dire la persistance au delà du troisième jour d’une température élevé ée; pour Guinon, la dyspnée.

De ces deux ados l’on peut de que tout GRISES atteint de

rougeole est menacé.

Dé peut, comme l'a fait [Hutinel être schématisée sous trois formes Done : la forme suraiguë qui appartient surtout au catarrhe suffocant; la forme aiguë plus particulière à la broncho-pneumonie ; une forme subaiguë ou traïnante qu'Hutinel a appelé la broncho- pneumonie pseudo-tuberculeuse, parce qu'elle peut simuler la tuberculose.

Bronchite capillaire. — Qu'elle soit généralisée d'emblée (c’est la forme qui figure sous le nom de forme suffocante maligne de la rougeole), où qu'elle succède à une bronchite aiguë, sa caractéristique clinique est d’évoluer comme une affection suraiguë à caractère suffocant.: Comme le disait Andral, par son extension aux extrémités bronchiques elle gêne au maximum lhémalose et provoque: l’asphyxie durant que l'accumulation des exsudats bronchiques au niveau des fines bronches facilile la toxémie microbienne.

Elle peut précéder l’éruption qui alors se fait mal ou est modifiée dans son aspect. Elle peut apparaître, et c’est là le cas le plus fréquent (Hutinel) au début de Péruption ; elle peut apparaître après. Elle commence brutalement, et dès les premiers moments l'enfant est aux prises avec l’asphyxie contre laquelle il s'efforce de lutter. Cette phase de réaction est rapidement suivie d’une phase d’affaissement durant laquelle l'enfant vaincu ne se défend plus. Dans la première phase, l'enfant assis sur son lit, la tête relevée, la poitrine en avant, les mains crispées sur tout ce qui peut lui servir de point d'appui, les narines dilatées, respire 60 à 80 fois par minute d’une respiration sifflante, brève, régulière, avec tirage, à laquelle tous les muscles participent et dont l'inspiration et l'expiration présentent la même durée. Son visage est pâle, parsemé de plaques de cyanose, la physionomie est angoissée. La fièvre est vive, peut aller au delà de 40° et le pouls dépasse ordinairement 150, ou est incomptable. Une toux fréquente, par secousses brèves, pénibles, intervient, suivie chez l'enfant plus âgé de l’expectoration d’un mucus plus ou moins épais, nageant dans une écume striée de sang. Si on ausculte l’enfant, on n'entend que des râles sonores entremèêlés de râles crépitants très irrégulièrement répartis, mais plus particulièrement nombreux dans les régions postérieures. C’est comme on l’a dit, une véritable pluie de râles fi avec parfois un léger souffle hilaire.

Le caractère tragique de cette scène clinique laisse dans l’ombre tous les signes qui ne dépendent pas de l'appareil respiratoire. Je note seulement que les urines sont rares et albumineuses, que le foie peut être augmenté de volume.

Bientôt l’enfant s’épuise; il reste alors étendu sur son lit, le teint mat, livide ou marbré de taches violacées, les lèvres bleu noirâtre, les yeux

COMPLICATIONS. Easc IF 490

excavés, cerclés de violet, les pupilles rétrécies, les cornées comme ternies, la bouche sèche. La respiration est encore précipitée et formée tout d’abord d'inspirations et d’expirations superficielles et comme inachevées, puis elle se ralentit peu à peu alors que les battements du Cœur se précipitent, qu'une sueur froide couvre le corps, suivie parfois d’érythèmes infectieux ou de purpura, et que les urines se suppriment. La respiration devient bientôt convulsive avec pauses inspiratoires, le cœur s’irrégularise et, dans un coma entrecoupé de convulsions, la mort survient après un délai habituel de 5 jours ou après 2 à 5 jours seulement. A l’auscultation, c’est toujours la même . pluie de râles, mais au milieu de zones sonores peuvent apparaître quelques zones éparses de submatité.

Chez les jeunes enfants et surtout chez Ponant débilité ou en état de cachexie, l’agitation du début peut faire défaut, la phase de FEV ee TPE

réaction n'être qu'ébauchée. THON RE EDAUTEOU Au milieu de l’asphyxie sur- RENTREE THeIR ER

aiguë, de l’hypothermie |

(Parrot, Hutinel), l’assoupissement précurseur de la mort apparaît rapidement. | Dans les cas, plus rares où la bronchite capillaire survient plus tardivement, à la période de desquamation, l'état général, la physionomie prennent plutôt l'aspect d’une toxémie grave. La fièvre remontant subitement, la respi-

ration, sans fréquence excessive, devient d'emblée irrégulière, avec un type de Cheyne-Stockes ; des symptômes nerveux d’allure méningée apparaissent en même temps que surviennent des érythèmes polymorphes ou purpuriques, et la mort survient dans les convulsions ou le coma.

Je n'ai eu en vue dans cette description que la bronchite capillaire de l'enfant, tellement est exceptionnelle la bronchite capillaire de l'adulte. Elle est d’ailleurs, à la gravité près, cliniquement similaire; chez l’adulte, en effet, à moins qu'une tare locale (lésion cardiaque, emphysème) n'intervienne, la guérison est possible, alors que chez l'enfant l'évolution est pour

ainsi dire fatale, surtout, de l’avis de Claisse, quand le streptocoque est en jeu.

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Fig. 3. — Courbe thermique d’une Rougeole avec broncho-pneumonie.

Broncho-pneumonie. — Son évolution est plus aiguë que suraiguë, quoique susceptible de grandes variations. Sa gravité, l'étendue des lésions, dif fèrent également dans la mesure où interviennent l’âge, le terrain organique antérieur, la virulence des germes.

La forme la plus précoce est toutefois la plus grave, elle peut précéder l'éruption (auquel cas le malade a été infecté antérieurement à la Rougeole); apparaître pendant l’éruption, les symptômes qu'elle provoque se con-

P.-J. Tessier,

fondant avec ceux de la Rougeole, qu’elle va quelque peu modifier; il faut alors recourir à l'examen du poumon pour la découvrir. Elle survient ordinairement après l’éruption, elle est alors facile à déceler.

En règle générale, quand les macules morbilleuses ont envahi tout le tégument, si la température, au lieu de baisser rapidement, reste élevée, si le pouls conserve sa fréquence, si la toux, la dyspnée persistent, si en définitive on ne perçoit aucune amélioration, il faut examiner le poumon avec grand soin, car les signes locaux prennent ici l’importance prédominante que revêtent les signes généraux pour la bronchite capillaire.

Dès ce moment, on peut relever la présence de zones de submatité au niveau des deux bases ou au voisinage de la région hilaire, et l'apparition de râles fins. La dyspnée commence, d’abord sous la forme d’une polypnée (50 à 60 respirations), puis d’une gêne respiratoire suivie de tirage. L'hyperthermie dépasse ou atteint 40°, la tachysphygmie marchant de pair. Si l’enfant est déjà grand, il accuse des ‘douleurs thoraciques ou thoraco-abdominales. Puis l’auscultation laisse entendre, d’un seul côté ou des deux côtés, : un souffle peu intense, qui parfois n'apparaît qu'avec le cri, la voix ou la toux provoqués de l’enfant; cri, voix ou toux dont le retentissement est très marqué dans les mêmes points. Parfois, tous ces signes répondent à un foyer assez étendu et à limites précises : il s’agit de la forme pseudo-lobaire, le foyer siégeant en général à la base ou dans la région lobaire; quelquefois au sommet; dans d’autres cas, ce sont des foyers plus petits, au niveau desquels, en dehors des râles on trouve de la respiration soufflante, plus que du souffle, avec le même retentissement du cri ou de la toux. -

On a dit (c’est la notion qui est ressortie surtout des études de Mosny) que la broncho-pneumonie à forme pseudo-lobaire était plutôt d’origine pneumococcique et qu'il s'agissait d’une forme moins grave se rencontrant plutôt en clinique urbaine; que la broncho-pneumonie en foyers petits, multiples et à limites imprécises, relevait plutôt du streptocoque et représentait une forme plus grave : la broncho-pneumonie de lhôpital. Cette schématisation est trop absolue et ne saurait s'appliquer à toutes les variétés étiologiques qu’on rencontre; par ailleurs, d’autres signes peuvent apparaître, qui s'associent à lasymptomatologie qui vient d’être décrite, en même temps que les lésions anatomiques se compliquent : par exemple, eczéma: impétigineux chez les enfants atteints de broncho-pneumonie à staphylocoques (Hutinel); érythèmes infectieux, lésions bucco-pharyngées parfois ulcéreuses au cours de broncho-pneumonies à streptocoques particulièrement graves: symptomatologie plus complexe quand la broncho-pneumonie relève de lassociation de la Rougeole et de la Grippe et est due au coccobacille de Pfeiffer (Meunier); symptomatologie pleuro-pulmonare, lors des bronchopneumonies dues au bacille de Friedlander. |

Mais quelle que soit, pour le diagnostic étiologique, la valeur des groupements symptomatiques, nombre de fois, ni la symptomatologie, ni les lésions anatomiques, ni l'examen bactériologique (vu les associations d'infections secondaires) ne permettent de préciser avec exactitude l’origine réelle.

Le professeur Hutinel a dissocié un troisième type auquel il a donné, avons-nous dit, le nom de broncho-pneumonie pseudo-tuberculeuse, qui sur-

COMPLICATIONS. Fasc. II. — 15!

vient à la période d’éruption ou durant la convalescence. La broncho-pneumonie évolue normalement, sans caractère spécial de gravité, s’affirmant par les signes qui viennent d’être décrits; puis les jours se passent, la fièvre qui a été plutôt modérée ne diminue pas, elle présente même le soir des exacerbations régulières, le pouls garde sa fréquence; les signes locaux persistent ou s’accentuent : tels les souffles, les râles qui prennent un caractère plus humide et comme cavernuleux. L'enfant pâlit, maigrit ; la peau se sèche, les lèvres se fissurent, se fendillent; la diarrhée, de petites hémorragies apparaissent, le foie augmente de volume, les ganglions semblent encore plus hypertrophiés. Immobile dans son lit, le petit malade prend de plus en plus la physionomie de l'enfant phtisique, et il est difficile de ne pas songer à la tuberculose, diagnostic d’ailleurs erroné que l'examen nécropsique (car la mort survient le plus habituellement) vient rectifier.

Si la guérison a lieu, l’emphysème ou la dilatation bronchique pourront s'installer de façon définitive; c’est en pareil cas qué la moindre poussée bronchique prendra le caractère apparemment menaçant qui fera croire à une poussée aiguë de tuberculose.

L'étude de ces manifestations broncho-pulmonaires, qui sont les plus habituelles, ne clôt pas le chapitre des complications pulmonaires de la Rougeole : la pneumonie, la congestion pulmonaire se peuvent également observer.

L'apparition de la pneumonie peut être précoce (au cours de là période éruptive); elle est plus habituelle lors de la convalescence (Sanné).

MM. Weil, Mouriquand, Gardère ont insisté sur l'importance pronostique de la pneumonie de la Rougeole. Toutefois de nombreuses divergences existent concernant sa fréquence. Pour Darrier, d'Espine, Damas. chino, elle n'existerait pas; pour Lépine, elle serait exceptionnelle, alors que chez l'enfant, Rilliet et Barthez la considèrent comme fréquente et que Bottomby est d'avis qu'elle est plus fréquente que la broncho-pneumonie. Cette dernière opinion est assurément exagérée; il est plus exact de dire, avec Vulpian, C. de Gassicourt, Comby, Netter, etc., que la pneumonie est une complication rare parmi les complications respiratoires de la Rougeole. Ces divergences peuvent s'expliquer par les difficultés de diagnostic de la pneumonie avec la broncho-pneumonie-pseudo-lobaire, par le fait de l’assoclation à la pneumonie du catarrhe bronchique de la Rougeole, aussi par le petit nombre de signes physiques au début, d’où habotlente de l’examen aux rayons X qui montrera l'ombre triangulaire classique.

Au milieu du syndrome général, caractérisé par un abattement profond, une ascension thermique à 40-4° avec tachysphygmie, avec un minimum d'oppression, de toux et de cyanose, se développent les signes physiques: puis vers les 8°, 9°, 10° jours, la défervescence peut se faire brusquement, à moins qu'une pleurésie purulente se soit développée, dont pourra témoigner une fièvre à grandes oscillations irrégulières. |

Le pronostic de la pneumonie, tout en étant plus favorable que are de la broncho-pneumonie rubéolique, est plus grave que celui de la pneumonie classique, eu égard à la possibilité de l’évolution vers l’hépatisation grise qui serait toutefois exceptionnelle chez l'enfant.

PT. TEIssIER.

La congestion pulmonaire se manifeste souvent sous la forme de poussées associées à la broncho-pneumontie ou à la bronchite capillaire. Elle peut exister, quoique exceptionnellement, pour son propre compte. Dans ce cas, elle peut affecter également une évolution en foyers successifs, et c’est avec raison que Cadet de Gassicourt a insisté sur les erreurs cliniques Aer elle peut prêter.

En dehors des lésions bronchiques et pulmonaires, des localisations peuvent se faire en d’autres régions des muqueuses respiratoires; telles surtout les complications laryngées, qui peuvent s'associer à des lésions

nasales ou angineuses graves.

Complications laryngées, nasales, auriculaires. — Elles sont de nature diverse, mais répondent surtout à deux types cliniques principaux :

La laryngite pseudo-membraneuse.

La laryngite ulcéreuse.

La laryngite pseudo-membraneuse s’observait autrefois fréquemment dans les hôpitaux d'enfants; de nature diphtérique le plus habituellement, elle pouvait exceptionnellement reconnaître d’autres causes, les exsudats fibrineux pouvant exister également sur la muqueuse buccale (Barbier, Veillon) et recouvrir çà et là des ulcérations plus ou moins profondes de la muqueuse. :

Le croup morbilleux, apparaissant à la période d’éruption, se manifeste parfois d'emblée, c'est-à-dire sans angine préalable: en pareil cas il est difficile de le dépister, les modifications de la toux ou de la voix pouvant être considérées comme relevant de la persistance du catarrhe des muqueuses. La période d'état elle-même peut rester pour ainsi dire silencieuse, car l'expulsion des fausses membranes est exceptionnelle et la voix et la toux sont moins éraillées, les accès de suffocation moins fréquents, la dyspnée ‘plus tardive quoique intense dès son apparition, la respiration moins sifflante: 1l semble que l’obstacle soit moins prononcé que dans le croup primitif. Par contre le processus diphtérique s'étend plus facilement à la trachée et aux bronches, d’où l’inefficacité possible du tubage ou même de la trachéotomie. L'examen laryngoscopique précoce est donc absolument indispensable quoique souvent fort difficile, car l'isolement comme la sérothérapie s'imposent dans un délai aussi rapide que possible. C’est une complication redoutable, aujourd’hui heureusement plus exceptionnelle, chez l’enfant comme chez l’adulte. Elle est redoutable par elle-même, et aussi parce qu'elle peut être aggravée par la survenue de lésions de bronchopneumonie ou de gangrène pulmonaire, ou parce qu'elle s'associe à une angine pseudo-membraneuse et, chez l'enfant surtout, à un corysa diphtérique, plus rarement à la stomatite ulcéro-membraneuse. Le coryza diphtérique, quoique encore plus exceptionnellement que la laryngite diphtérique, peut exister isolément : soit sous une forme bénigne, insidieuse, en dépit d’un écoulement séreux, puis louche, qui en raison parfois de l’obstruction nasale se déversera dans le pharynx, ou d’un écoulement avec exsu-

KZ -

COMPLICATIONS. Fasc. II. — 155

dat fibrineux aboutissant rapidement à l’obstruction; soit sous une forme grave qui évoluera au milieu d’un syndrome général toxique des plus marqués, caractérisé par l’adynamie profonde, la cyanose des téguments, la teinte plombée du facies et qui s’affirmera par un véritable jetage d’un liquide épais, sanieux, franchement purulent, toujours abondant et fétide, où le bacille de Lôffler sera souvent décelé. Cette forme provoque le plus habituellement la mort par asphyxie ou par complications broncho-pulmonaires. Elle peut s’observer chez le nourrisson, qui, en raison de l’obstruction des fosses nasales, ne peut ni prendre le sein, ni boire au biberon.

En dehors du coryza diphtérique, il n’est pas rare d'observer de la con-

| jonctivile diphtérique, exclusive de toute autre localisation pseudo-membra-

neuse..

Laryngite ulcéreuse. — Le docteur Coyne.a depuis longtemps montré la fréquence au cours de la Rougeole des ulcérations du larynx, siégeant de

préférence au niveau de la région aryténoïdienne, des bandes ventriculaires,

plus rarement sur les replis épiglottiques.

Ces ulcérations sont quelquefois assez profondes pour entraîner la nécrose du cartilage ou la gangrène, qui sont, à vrai dire, aujourd'hui, de plus en plus rares; elles succèdent le plus souvent à l’inflammation et à la suppuration des glandes de la région aryténoïdienne. L'infiltration leucocytaire peul gagner en profondeur et déterminer des lésions définitives des “muscles du larynx.

Ici encore les signes cliniques sont peu précis, en ce sens que l’enrouement, la raucité de la voix et de la toux peuvent être attribués aussi bien au catarrhe naso-laryngien. En pareil cas, le catarrhe, au lieu de céder dès l'apparition de l’exanthème, persiste ; les troubles fonctionnels s’accusent, le larynx devenant douloureux à la pression, et la déglutition elle-même étant particulièrement pénible. Parfois cependant de véritables accès de suffocation se produisent, que provoque l’œdème glottique, ou une expectoration striée de sang se manifeste.

L'examen laryngoscopique n’est pas toujours facile; quand il est possible, il-permet de reconnaître la présence de ces ulcérations et la non-existence des fausses membranes; l'absence d’adénopathies, d’albuminurie, un meilleur état général plaident plutôt en faveur de lulcération-laryngée.

Cette laryngite peut guérir, elle est moins grave que la laryngite pseudo-

- membraneuse avec laquelle on la peut confondre le plus facilement.

En dehors du coryza que je viens de signaler, il peut y avoir au début de la Rougeole une aggravation notable du catarrhe pituitaire, qui s'affirme par une sécrétion purulente, abondante, s'étend à l’'amygdale pharyngée et peut s'accompagner d’olite.

L'ofite, bien que moins fréquente et moins grave dans la Rougeole que dans la Scarlatine, sauf chez les très jeunes enfants où elle peut être méconnue, reste cependant aujourd'hui encore une complication qu'il n’est pas rare d'observer. Trousseau avait soin de dire que l'attention doit se porter vers l'oreille quand la température reste élevée sans raison apparente ou que

P.-J. TErssrer.

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l'enfant crie sans motif. Cette méfiance légitime peut éviter de grosses fautes thérapeutiques.

Cette otite peut évoluer rapidement au milieu d’un véniable syndrome méningé (phénomènes délirants ou convulsifs) qui cède la place à Ia torpeur ou au coma. On songerait à la méningite si la perforation rapide du tympan ne donnait issue à un liquide purulent ou séro-sanguinolent, fétide.

Parfois la forme reste sournoise durant toute son évolution, comme dans la Scarlatine. Elle est la plus dangereuse parce que méconnue, et eonduit alors à la surdité par destruction des osselets, à la mastoïdite ou à des: complications méningées. Aussi importe-t-il de surveiller de façon systématique les oreilles des rougeoleux, un diagnostic précoce d’otite suppurée et une ponction rapide atténuant singulièrement le pronostic et permettant de préserver l'avenir.

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