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II. — FORMES ANORMALEFS DE LA ROUGEOLE

Le type de Rougeole régulière qui vient d’être décrit, dégagé de toutes complications, est plus habituel dans les milieux familiaux aisés que dans les intérieurs misérables ou même dans les hôpitaux; dans les hôpitaux d'isolement cependant, il s’observe plus qu'autrefois. ù

Il peut se produire dans cette forme régulière, certaines anomalies concernant l’exanthème, que j'ai déjà signalées. Il est aussi des formes anor-

1. L. Mayet a rapporté un cas d'évolution apyrétique de Rougeole typique chez un. enfant de 9 ans. Cette Rougeole apyrétique donna naissance à des Rougeoles fébriles chez d’autres enfants et à une Rougeole grave chez une jeune femme.

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males que l’on peut distinguer en formes irrégulières de pronostic bénin ou formes alténuées, où formes anormales, malignes, auquel cas la Rougeole en raison de la virulence spéciale de certaines contagions ou de prédispositions organiques particulières prend d'emblée et en dehors de toute complication une allure grave.

1°: Formes anormales par leur bénignité.— a) Elles sont caractérisées par l’atténuation des phénomènes de catarrhe. Certains médecins ne croient pas à l'existence de cette forme atlénuée de Rougeole et pensent qu'il s’agit de roséole.

b) Elles peuvent être caractérisées par l’atténuation de l’exanthème. C’est ce que J'ai déjà signalé sous les noms de Rougeole sans Rougeole, morbilli sine morbillis (Sydenham, Trousseau, Blache). La plupart des auteurs les admettent. Elles s’observent surtout dans certaines épidémies (Embden). En pareille circonstance, el contrairement au cas précédent, tout paraît se borner au catarrhe, et l’on peut croire à une infection catarrhale saisonnière ou grippale.

c) L'atténuation portera sur les phénomènes généraux. Ce sont notamment les formes apyréliques.

d) L’atténualion intéressera surtout la durée; ce sont les formes aborlives, ou toutes les manifestations se font discrètement et rapidement, el. qu'il convient de distinguer d'avec les cas où la Rougeole disparaît devant une complication viscérale grave.

2 Formes anormales par leur gravité. — Formes malignes. Le caractère malin de la Rougeole ne s'affirme pas, le plus généralement, par l’ensemble symptomatique de la Scarlatine : on n’y trouve pas cette triade symptomatique si évidente de l'hyperthermie, de la dyspnée, de la tachycardie.

Si l'élévation marquée de la température, et une chute anormale de la pression artérielle peuvent avoir dans certains cas, comme il m’a paru, une signification d'alarme, il semble, à en croire Borsieri, qui le premier décrivil les formes malignes de certaines épidémies de Rougeole, que la symptomatologie du début de la Rougeole maligne ne soit guère différente de celle qui marque l'invasion de la Rougeole régulière; ce sont les mêmes signes, plus intenses et plus durables. Toutefois il est un certain nombre de caractères que Borsieri avait observés, qui paraissent dominer par leur répétilion plus habituelle. Je veux parler des troubles nerveux, de langoisse extrême, de la céphalée violente, de l’adynamie profonde de certains sujets; des troubles cardio-respiratoires, dyspnée coïncidant avec la tachy-arythmie ; des troubles digestifs, notamment la diarrhée particulièrement abondante : enfin des hémorrhagies répétées et parfois considérables ; le tout pouvant précéder ou accompagner une éruption anticipée, retardée ou mal venue. Or chacun de ces signes que l’on peut trouver réunis, subissent dans cerlaines conditions une telle accentuation qu'ils représentent un type spécial de forme maligne. C’est ainsi qu’on a pu distinguer : des Rouyeoles hémorrhagiques, des Rougeoles nerveuses où ataxo-adynamiques, des Rongeoles suffocantes, qui peuvent avoir comme caractère commun, lorsqu'elles .sur-

P.-J. TEIssIER.

viennent d'emblée, de coexister avec une éruption qui sort mal, qui avorle ou quand elles sont plus tardives, de sembler provoquer la rétrocession de l’éruption (!).

l° Rougeoie hémorrhagique. — C’est la Rougeole noire de Willan, fréquente dans les épidémies d'autrefois, plus exceptionnelle aujourd’huï, sinon inexistante. -

Le type décrit par Willan correspondait surtout à des formes foudroyantes entraînant la mort avant toute éruption et dont la confusion avec le rash hémorrhagique de la Variole ou avec le purpura était facile. [devait répondre aussi à ces formes qui peuvent se rencontrer aujourd'hui et qui deviennent hémorrhagiques en raison de lésions rénales ou hépatiques préexistantes, formes moins fréquentes dans la Rougeole que dans la Scarlatine parce que la première de ces maladies retentit moins sur le rem ou sur le foie que la:seconde; il pouvait également comprendre les cas de Rougeole hémorrhagique qui relèvent d'une septicémie associée, particulièrement d’une septicémie streplococcique, quand il y a notamment association d’mfection puerpérale ou diphtérique.

En pareils cas l’éruption mal venue reste pâle; au bout de 94 ou 96 heures, les suffusions sanguines cutanées, sous-cutanées apparaissent en même temps que des hémorrhagies multiples, et la mort survient au milieu d'un syndrome, ou à côté des hémorrhagies, dominent lhyperthermie et un état d'excilaltion ou d’adynamie nerveuse.

2° Rougeole nerveuse ou ataxo-adynamique. -— Les signes nerveux peuvent se développer en dehors de Lout syndrome hémorrhagique. Il ne: s'agit pas là d'une forme foudroyante, mais d’une évolution symptomatique pouvant apparaître soit au début de la période d’éruption, soit un peu plus tardivement en pleine période d’éruption.

Dans le premier cas, la période d’invasion peut se poursuivre normalement et au moment où l'éruplion apparaît ou est déjà généralisée; hyperthermie, tachy-arythmie, abaissement de la pression artérielle, angoisse respiratoire se développent. En même temps que l’éruption semble s'arrêter ou rétrocéder, la céphalée devient violente, le malade délire (délire de parole ou d'action, qui chezles enfants peuts’accompagner desoubresautstendineux, de convulsions). La langue est sèche, la peau brûlante, les urines sont rares, foncées; il peut y avoir de la diarrhée el comme une sorte d'état typhoïde que la mort dans le coma peut terminer en 5 ou 4 jours. La guérison est toutefois possible.

Dans le second cas, les périodes d’invasion et d’érythème, sont pour ainsi dire normales, puis brusquement les troubles nerveux déjà décrits apparaissent en même temps que l’exanthème pâlit et que des phénomènes de collapsus ou que le coma surviennent.

1. La rétrocession de l’exanthème qui correspondait aux «éruplions rentrées » d’autrefois était alors considérée comme une cause de malignité — elle en est bien plutôt une conséquence. Ce n’est pas simplement comme le suppose mon collègue Enriquez, que des congestions viscérales multiples et intenses viennent diminuer l'intensité de la congestion dermique. Elle n’est que l'un des éléments qui M à du déficit de la réaction organique.

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5° Rougeole suffocante. — Son existence est généralement admise, elle répond à la localisation précoce du virus morbilleux sur l'arbre bronchique, localisation dont la dyspnée est la principale expression clinique.

Il convient de la distinguer de la Rougeole compliquée de broncho-pneumonie, la détermination pulmonaire répondant en ce cas à une infection secondaire par le streptocoque, le pneumocoque ou le bacille de Friedlander. |

Cette forme suffocante caractériserait certaines épidémies. Elle s’observe plus particulièrement dans certaines conditions de saison (l'hiver notamment) d’encombrement ou de surmenage. Ce peut être la forme de Rougeole des hôpitaux d'enfants assistés ou la forme des jeunes recrues dans les casernes, à laquelle les médecins militaires donnent le nom de Rougeole des bronches ou de bronchite capillaire épidémique.

On décrit à ce type les caractéristiques cliniques suivantes : avant l’exanthème qui sort mal ou avorte dès la période d’invasion, rapidement ou parfois de façon foudroyante, la dyspnée s’installe, dyspnée violente avec toux incessante et chez l'adulte expectoration spumeuse abondante; dyspnée aboutissant, au refroidissement, à la cyanose, à l’asphyxie qui vient terminer la scène, à moins qu'une syncope ne survienne. L'examen du poumon dénote avec une sonorité pulmonaire exagérée, une diminution du murmure vésiculaire, et la dissémination des râles fins dans les deux poumons. À la dyspnée peuvent s'associer l'hyperthermie et la tachy-arythmie.

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