‹ Nouveau traité de médicine (volume 5)Chapitre 55 sur 224 · FORMES MALIGNES. — FORMES COMPLIOUÉES · texte numérisé non relu

FORMES MALIGNES. — FORMES COMPLIOUÉES

La Varicelle est habituellement une maladie si bénigne, que le plus souvent on ne se donnait point la peine de formuler un pronostic. Et cependant, il est des complications, sans doute exceptionnelles, mais graves; il esi aussi des formes sérieuses, même malignes de la Varicelle.

Les faits que j'ai observés me permettent de considérer que les formes malignes avec anomalies éruptives, sont moins rares que les formes compliquées.

Je n'ai guère relevé parmi les nombreux cas de Varicelle que j'ai eu à soigner depuis seize ans, de complications d'ordre viscéral.

Parmi les Varicelles graves possibles, il convient de signaler la Varicelle ulcéreuse dont la cicatrisation se fait mal, en raison de mauvaises conditions de terrain; la Varicelle gangreneuse. La plaque de sphacèle se forme aux dépens des éléments vésiculeux (Barlow, Charmoy), soit que ces éléments prennent un caractère hémorrhagique, et, en se desséchant, forment des croûles noirâtres qui s’entourent d’une réaction inflammatoire plus ou moins intense, au niveau de laquelle se fait un sillon d'élimination; soit qu'il s'agisse simplement d’une évolution gangrènense des bulles de Varicelle (Crocker). On a signalé des cas où la gangrène a délerminé un état de septicémie mortelle (Hutchinson), ou encore comme dans les observations de Harvard, se produisaient des foyers profonds de gangrène sous-cutanée.

Il peut y avoir des Varicelles hémorrhagiques, évoluant au milieu d’un état apparemment excellent ou au contraire d’un syndrome général grave. Parfois, comme dans une observation relatée par Roger, cet aspect hémorrhagique tient à l'association d’un purpura antérieur à la Varicelle.

Il peut y avoir des Varicelles pemphigoïdes; Roger en rapporte six cas. J'en ai observé également plusieurs. Cette variété de Varicelle doit être rangée parmi les formes graves bien qu’elle puisse coexister avec une éruption discrète.

Il est enfin des Vanibbiles hyperthermiques, dans lesquelles l’hyperthermie semble semble bien relever d’un état de septicémie secondaire, en pense streptococcique (une observation de Roger) (!).

Pour la Varicelle, comme pour les autres maladies exanthématiques, le rôle des infections secondaires est des plus importants, et lorsqu'on analyse

1. MORICHEAU-BEAUCHANT a rapporté en 1909, des cas de Varicelle maligne, avec phénomènes nerveux de nature convulsive, aboutissant au coma et à la mort durant

l’éruption.

DESCRIPTION CLINIQUE. VOS ET AT

les faits ou ont pu exceptionnellement se développer ces infections secondaires, on peut se rendre compte que ce rôle est dominant.

La pleurésie (Semtschenko), la pneumonie avec abcès pulmonaire (Rille), le phlegmon du cou, la parotidite suppurée, la polyarthrite simple (v. Bokay, Perret), la polyarthrite suppurée (Semtschenko), sont les localisations diverses d’une pyohémie à streplocoques ou à staphylocoques. Procèdent également de cette mème pathogénie : les faits de polyomyélite antérieure (paralysie spinale de l’enfance) et de polyencéphalite supéreure (Marfan) qui ont élé signalés (!).

Pour ce qui est de la néphrile, éludiée surtout par Henoch, en 1884, el dont des observations ont été notamment rapportées par cet auteur, puis par Rasch, Hoffmann, Semtschenko, Unger, Baginsky, elc., on ne saurait dire, réserve faite des cas où l’albuminurie se rencontre au début sans lésions rénales, la part de la Varicelle ou de l'infection secondaire. Il semble bien d’ailleurs que ces néphrites n'apparaissent guère que sur des terrains prédisposés, présentant, par exemple, les stigmates de la Svphilis, ou qui auront élé préalablement atteints de Fièvre typhoïde.

On a signalé des cas de néphrite catarrhale légère avec diminution des urines, albuminurie, et la présence de quelques cylindres, sans élévation réelle de la température, qui guérissent facilement en huit ou quinze Jours; plus exceptionnellement des faits de néphrite diffuse, avec fièvre, anasarqué, | ischurie et albuminurie se terminant en quelques jours ou en trois semaines par les convulsions et le coma.

J'ai déjà signalé la possibilité de la laryngite varicelleuse. Mon collègue Lesné, en 1915, a relaté deux faits d'appendicite au début d'une Varicelle, chez deux enfants dont le passé ne comportait aucun trouble intestinal.

Celle brève énumération semblerait démontrer que la Varicelle n'est point aussi bénigne qu’il est de règle de l’affirmer. A vrai dire, il s’agit là de curiosités pathologiques, qui ne sauraient en rien modifier ce caractère bénin de la Varicelle, et dont la pathogénie d’ailleurs complexe, relève de prédispositions organiques ou d'associations accidentelles. À ces associa- Lions, il convient d'ajouter les associations de maladies, qui peuvent être en tout état de cause, des raisons d'erreurs diagnostiques.

Page 1