COMPLICATIONS DE LA VARIOLE
Bien que la malignité intervienne dans l’aggravation du pronostic de la Variole plus que les complications proprement dites, aujourd'hui surtout que les épidémies sont au point de vue prophylactique ou thérapeutique plus judicieusement combattues qu'autrefois, 1l n’en résulte point que dans les épidémies actuelles, les complications soient supprimées. Il en est encore de multiples, de variées, quant à leur bénignité ou à la gravité de leurs conséquences. Si les unes, comme la suppuralion de la peau et du tissu cellulaire ne péuvent guère occasionner de danger réel, les autres comme la broncho-pneumonie, comme les lésions du foie mettent les jours du malade en danger. Les unes et les autres pouvant intéresser tous les tissus, tous les viscères sont d’ailleurs souvent l’origine d'infirmités He el durables. /
Leur fréquence varie selon les épidémies, selon les formes de Variole, selon les phases d'évolution de la Variole.
L'influence des épidémies ne saurait-être mise en doute, qu'il s'agisse de l'existence des complications ou de leur variété. Il se passe pour la Variole ce qui se passe pour toutes les maladies contagieuses où les prédominances lésionnelles dépendent en une certaine mesure des conditions de conlagiosité qui ont dirigé le développement de l'épidémie.
Si les complications peuvent. apparaître dans toutes les formes de la Variole, dans la Variole discrète comme dans la Varioloïde ou la Variole confluente, c'est dans cette dernière qu'elles sont les plus habituelles. Si ces complications peuvent se développer à toutes les phases, c’est à la phase de suppuration plus encore de dessiccation qu'elles se rencontrent surtout. | |
Toute une série d’autres raisons peuvent d’ailleurs intervenir à cet égard. Il semble que les complications soient plus précoces pour la Variole confluente que pour la Variole discrète, que les complications qui résultent d’une septico-pyohémie soient plus tardives que celles qui dépendent de l'intensité du processus variolique (ex. : asphyxie par énanthème laryngobronchique intense, abcès du poumon).
Le rôle des infections secondaires par les microbes pyogènes (strepto-
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coque, pneumocoque, etc.), est des plus importants, créant là, l'infection locale, le foyer de nécrose ou de suppuration, ici, l’élal septicémique ou septico-pyohémique; justifiant à lui seul les mesures de prophylaxie, d’isolement et de traitement, telles qu’elles sont aujourd'hui appliquées, permettant de comprendre que l'application même de ces mesures en ont réduit notablement la néfaste influence.
Mais le contraste entre les faits du passé'et ceux du présent ne dépend pas exclusivement d’une prophylaxie et d’une thérapeutique mieux comprises; il tient en quelque mesure aux progrès mêmes de la clinique, qui nous à permis de refuser à cerlains symptômes la valeur qui leur avait été reconnue et nous a conduit à douter de l'existence de certaines de ces complications. Si, en effet, grâce aux données prophylactiques et thérapeutiques actuelles, nombre de complications qui élaient habituelles autrefois, ne se voient plus aujourd'hui et sont devenues en quelque sorte historiques, l'on comprend mieux — à se placer sur lé terrain clinique -— pourquoi l'étude des complications, sans faire table rase des notions que nous ont transmises les descriptions anciennes, doit cesser de s’en inspirer par trop, comme il semble en avoir été jusqu'ici pour les articles des traités. Les progrès de la sémiotique nous permettent également de mieux dépister aujourd’hui les complications viscérales légères dont les relations d'autrefois ne font pas mention, l'insuffisance des méthodes d'exploration justifiant l'ignorance où l’on était à leur égard. Et désormais nous pouvons donner d’un certain nombre de symptômes une interprétation plus rationnelle et plus précise de leur valeur réelle. C’est pour toutes ces raisons que l'étude actuelle sera quelque peu différente des études similaires parues 1l ÿ a peu d’années: c'est aussi pourquoi nombre de complications considérées comme les plus importantes seront l’objet d’une brève mention ou mériteront même quelques réserves.
APPAREIL CARDIO-VASCULAIRE
Un des meilleurs exemples à l'appui de ce qui vient d’être dit est donné par l'étude des complications cardio-vasculaires, que l’on considérait, il y a environ quarante ans, comme parmi les plus habituelles et les plus précoces.
Selon les travaux de Desnos et Huchard concernant le myocardite, ceux de Brouardel pour les lésions de l’endo-péricarde qui résument les recherches poursuivies par ces auteurs à l’occasion de l’épidémie si meurtrière de 1870, la Variole agit fréquemment sur le cœur, surtout sur le myocarde dès la période d'invasion, puis sur l'aorte, sur l’endocarde valvulaire et le péricarde dans la proportion de 14 0/0 environ (Brouardel) à titre de lésion isolée ou associée. L'aortite et l’endocardite apparaissent à la phase d’éruption le plus souvent, la péricardite à la phase de suppuration et de dessiccation (péricurdite fibrineuse, séro-fibrineuse, purulente ou hémorragique). Il est à remarquer, car le fait est d'importance, que Brouardel émet l'opinion que l’aortite et l’endocardite peuvent disparaître après la convalescence sans laisser de traces el qu’il note, après avoir signalé des faits d'insuffisance aortique, que l’endocardite végétante siège très exceplionnellement à la valvule mitrale.
P.-J. TrErssrer:
Quant à la myocardite, participant anatomiquement et cliniquement dés myocardiles infectieuses, spéciale aux formes graves et confluentes, susceptible de provoquer la mort vers le 11° jour et même le 5° jour, elle pourrait donner naissance plus tardivement au syndrome de l’asys tolie (Jaccoud). Les abcès du myocarde ont été également signalés. C’est ainsi, en définitive, que Desnos et Huchard considèrent que la Variole est la cause la plus habituelle et la plus commune dés lésions du myocarde, et que ces lésions sont la raison déterminante de la terminaison fatale précoce.
Or, même à tenir compte de la fréquence des infections secondaires dans les épidémies d'autrefois, du caractère particulièrement entaché de malignité des premières invasions de Variole en Europe, des conditions de carence, qui ont existé en 1870 pour l’armée ou. la population française, en 1914 pour les armées ou les populations civiles des puissances centrales, il ne paraît pas que ces assertions, non plus que les proportions admises par Brouardel pour les lésions de lendo-péricarde soient justifiées.
Les faits qu'il m'a été donné d'observer dans des enquêtes minulieuses me conduisent à admettre que dans les conditions d'observation actuelle, les lésions de l’endocarde d’origine directement variolique sont praliquement inexislantes, que les lésions de l’endo-péricarde par infection secondaire sont aujourd'hui beaucoup plus rares que dans le passé, en raison de la moindre fréquence des infections secondaires (‘). Nombre des souffles par lesquels, et selon une erreur clinique souvent commise encore aujourd'hui, on a voulu affirmer l'existence des lésions de l’endocarde, n'étaient que des souffles de nature extra-cardiaque (Potain, Roger, P. Teissier, Nobécourt). Si, au cours de la Variole, on élimine les souffles cardio-pulmonaires, pour ce qui est des lésions valvulaires ; le rôle de la lésion aortique antérieure pour ce qui est de l’aortite; et pour le péricarde, les hémorragies du péricarde, on doit considérer, à mon avis, que les complications endo-péricardiques, endartériques (aortite) sont exceptionnelles au cours de la Variole. | |
Pour ce qui est de la myocardite, la même conclusion s'impose. En dépit de la tachycardie qui se manifeste de façon plus marquée dans les formes graves (confluentes) ou malignes (hémorragiques), il est également exceptionnel de constater les phases successives d’éréthisme et d’affaibhissement cardiaques, schématisées de façon excessive par le travail de Desnos et Huchard, les signes d’une dilatation aiguë du cœur (?); ou le développement d’un syndrome asystolique. | . Les constatations anatomiques sont d’ailleurs conformes, pour ce qui est. de l’endocarde, et du myocarde surtoul, aux faits cliniques (). Si dans
4. La rareté des septicémies secondaires est la principale raison de l'absence des abcès de myocarde. Dans la Variole comme dans les autres maladies infectieuses, réserve faite des maladie: à caractère exotique dont les épidémies importées offrent parfois dans nos pays d'Europe le caractère de malignité des maladies pestilentielles d'autrefois, on ne retrouve pour ainsi dire plus de lésions suppurées düu myocarde.
2. Je n'ai relevé au cours de plusieurs épidémies qu’un seul fait de duiatahon des. cavités droites chez un varioleux syphilitique.
3. Dans la série des observations concernant exclusivement des sujets morts de Variole maligne ayant évolué rapidement, l’examen systématique du myocarde que nous avons poursuivi avec M. Tanon, n’a décelé que des lésions insignifiantes de
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les Varioles confluentes à évolution plus durable, 1l est possible de retrouver des lésions du muscle cardiaque (Regaud et Boigey), ces lésions sont insuffisantes pour provoquer la mort.
Pour la même raison, on peut considérer comme de véritables curiosités pathologiques, les quelques observations qui ont été signalées de phlegmatia alba dolens (Balzer et Dubreuilh), de thrombose de l'artère poplitée (Lang). Je n’en dirai pas autant pour les lésions des petites artérioles, ni pour les modifications des capillaires artériels et veineux qui peuvent
aboutir aux raptus que l’on retrouve dans les viscères notamment dans les formes hémorrhagiques précoces.