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ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE

La cellule, du point de vue de la physiologie générale, possède deux fonctions principales : fonction de croissance (prolifération et destruction), commune à tous les éléments cellulaires, et fonction de métabolisme

Gusrave Roussy et Maurice Worr,

(absorption, transformation et élimination), qui a des caractères spécifiques suivant les différents types de cellules envisagés.

Du point de vue de la physiologie normale, ces deux formes de l’activité cellulaire ne sont pas en proportion égale dans tous les éléments de l’organisme. Certains éléments comme le spermatozoïde, les cellules du centre germinatif des organes lymphoïdes, les cellules basales des épithéliums malpighiens sont surtout différenciés dans le sens de la croissance; les cellules des revêtements cylindriques glandulaires, celles des parenchymes ont surtout des fonctions sécrétrices.

Nous avons fait l'étude des modifications prolifératives morphologiques que présentent les cellules cancéreuses à propos de la morphologie générale des tissus cancéreux; 1l nous reste ici à étudier les modifications fonctionnelles des cellules et des tissus au cours de leur évolution néoplasique. Si, dans le cancer, les fonctions prolifératives sont particulièrement exagérées, au contraire, les fonctions générales de nutrition sont atteintes à des degrés divers et parfois même complètement abolies. Les premières sont en effet des fonctions purement cellulaires, et les secondes des fonctions. tissulaires ou d'organes.

Les fonctions cellulaires à proprement parler : mouvements amiboïdes, phagocylose, accumulation d'éléments de réserve, ébauche d’un métabolisme propre, avec formation de vacuoles digestives, rapprochent la cellule cancéreuse d’une cellule de culture sur sérum ou même d’un microbe ou d’une amibe, et lui donnent une autonomie plus marquée.

Les fonctions tissulaires diffèrent suivant lé caractère du tissu d’origine; elles sont particulièrement nettes dans les tumeurs d’origine glandulaire.

Aïnsi, dans le cancer primitif du foie, la sécrétion biliaire est fréquemment exagérée, d’où formation de véritables tacs biliaires, par hypersécrétiou des cellules néoplasiques. «

De même les épithéliomas de l'intestin peuvent sécréter du mucus, du suc intestinal plus ou moins altéré et les tumeurs salivaires produire, pendant un certain temps, une salive se rapprochant de la normale.

Dans les tumeurs des glandes à sécrétion interne, la persistance dela fonction glandulaire est particulièrement évidente et appréciable en clinique. On en connaît un certain nombre d'exemples démonstratifs. Le plus anciennement connu est celui de von Eiselsberg : dans un cas de tumeur du corps thyroïde, cet auteur vit se développer un myxœdème très prononcé après l’extirpation du goitre cancéreux, troubles qui s’amendèrent progressivement au fur et à mesure que se développa dans le sternum un noyau secondaire; après extirpation de celui-ci, la cachexie strumiprive ne disparut pas, malgré l’appariltion d’une deuxième métastase. Ceci prouve d’une façon évidente que les éléments néoplasiques thyroïdiens peuvent conserver pendant quelque temps la propriété de sécréter une substance analogue à celle de la cellule thyroïdienne normale.

Il ‘en est de même pour le pancréas dont les tumeurs primitives ne s’accompagnent qu'exceptionnellement de diabète. Les tumeurs primitives des glandes surrénales, même bilatérales, ne déterminent qu'exceptionnellement le syndrome addisonien, alors qu’au contraire, ce syndrome appa-

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raît d’une facon précoce dans les tumeurs secondaires de ces glandes.

Dans un cas de cancer du testicule, Sacchi a noté un développement extrêmement précoce de tout le corps aveë présence des signes sexuels secondaires chez ùn enfant de cinq ans et demi; le développement de l’organisme s'arfêta après l’extirpation de la tumeur.

Dans les tumeurs épithéliales malpighiennes, la persistance ou la viciation des fonctions cellulaires, quoique moins apparente, existe néanmoins. On retrouve fréquemment, la formation d’éléidine ou de kératine dans les tumeurs: malpighiennes, de chondrine et d’osséine dans les tumeurs cartilagineuses ou osseuses. ou encore l'apparition de pigment dans les tumeurs mélaniques. Ces fonctions ne persistent que dans les tumeurs dont la structure rappelle encore celle du tissu originel; elles disparaissent à mesure que les éléments tumoraux se dédifférencient. Aussi dans les tumeurs très atypiques, toute production fonctionnelle a complètement disparu; seules persistent les fonctions cellulaires de prolifération et d’accroissement.

ESSAIS D'INTERPRÉTATION DE LA CELLULE CANCÉREUSE D APRÈS LES DONNÉES RÉCEMMENT ACQUISES EN HISTOLOGIE NORMALE

L'étude que nous venons de faire de la cellule cancéreuse correspond aux données fournies par l’histologie normale et pathologique classique. Or, l’histologie est à l'heure actuelle en pleine évolution et tend de plus en plus à abandonner le cadre restreint de la micrographie pour évoluer vers la physiologie. |

On n’étudie plus simplement la « forme inerte », mais on scrute le « mouvement » ét la « transformation » et ainsi on retrouve dans la cellule une application des lois de « cet univers colloïdal dans lequel l'unité est le millionième de millimètre (le uu) où dominent les actions de surface, de tension superficielle, d'adhésion moléculaire, de phénomènes capillaires, ete. » (Policard). C’est dans la physique et la chimie colloïdale qu'il faut rechercher les causes du mouvement vital des cellules et de leurs modifications évolutives.

Cellule normale. — L'étude de la cellule vivante est de date bien ancienne, mais elle vient, par les progrès dé la technique microscopique et gràce à des recherches physico-chimiques récentes, de s'enrichir de nouvelles données.

La cellule étudiée à l’état vivant se présente comme une gouttelette liquide contenant des substances non miscibles, solides ou liquides. L'examen à l’ultramicroscope montre qu’on a affaire à un milieu colloïdal homogène, caractérisé chimiquement par sa teneur en corps phospho-lipoprotéiques. Dans ce milieu on peut distinguer un centre, dû à la condensation de la substance chromatinienne qui dans les êtres inférieurs est éparpillée dans tout le corps cellulaire; ce peloton central représente le noyau, élément vital de Ia cellule. Le cytoplasme contient en outre des éléments disséminés mais nettement individualisés : les mitochondries. Noyau et mitochondries sont les deux éléments de la cellule sur l'importance desquels tout le monde s'accorde aujourd’hui.

Le noyau de la cellule présente, on.le sait, une forme arrondie ou ovoiïde sur des cellules fixées et colorées, tandis que sur les cellules vivantes sa forme varie à l'infini et s'adapte à celle du corps cellulaire. Ce noyau ne se distingue que peu du protoplasma par une différence de réfraction de la lumière, aussi bien à l'examen direct que sur fond noir, différence due vraisemblablement à ce que la constitution physico-chimique des deux milieux n’est pas la même. Du point derzue chimique, cytoplasme et noyau sont formés par des substances du même groupe, des nucléoprotéines; celles-ci sont dues à la combi-

GusraAve Roussy et Maurice Wozr,

naison plus ou moins lâche d'un acide nucléique, possédant un fragment d'acide phosphatique, qui est apte à fixer les colorants basiques et d’une lipoprotéine (liaison à caractères basiques de protéines plus ou moins complexes avec des lipoïdes). Acides et protéines alcalines se saturent plus ou moins complètement et la coloration dépendra de la prédominance de chacun d’eux. Dans le noyau, il semble qu'une partie de l'acide soit libre, démasquée, comme dit Policard; c’est ce qui conditionne la coloration basique du noyau. La limite périphérique du noyau apparaît assez nettement à l'examen de la cellule vivante pour que l’on puisse la considérer comme une membrane plasmatique, relevant de la condensation périphérique ‘des lipoïdes. Parmi les substances spéciales et innombrables décrites dans le noyau, une seule paraît certaine : la chromatine qui apparaît nettement à l'examen direct, ou après coloration et qui impressionne même la pellicule photographique à l’éclairage ultra-violet. On ne sait si cette chromatine fragmentée en microsomes est dis- : posée ou non sur un réseau de linine sous-jacent, mais on admet qu’elle est constituée par un élément spécial, homogène, de constitution voisine de celle de la nucléo-protéine et qu'elle a une importance fondamentale dans la multiplication du noyau par division mitotique, seul moment où elle SÉTERAL distinctement divisée en chromosomes.

Cariocynèse. — On sait qu'à l’état normal, la cariocynèse est représentée par un déplissement du peloton chromatinien avec disposition équatoriale d’anses qui se dédoublent par un clivage longitudinal et se pelotonnent à nouveau dans deux noyaux nouvellement formés. Ce phénomène, de la plus haute importance biologique, semble commun à l'immense majorité des êtres vivants (exception faite pour les protophytes où la chromatine est éparpillée) ; on peut l’étudier aussi bien sur éléments fixés et colorés que par examen direct et cinématographique. Dans les tissus normaux de l’homme et des animaux supérieurs, on ne retrouve guère de mitoses que dans l'organisme embryonnaire et dans les assises génératrices qui constituent chez l'adulte des réserves tissulaires importantes et particulières à chaque tissu (couche basale de l’épiderme ou de l’épithélium intestinal, moelle osseuse, centre germinatif des follicules clos, spermatogomies de la série séminale ou cordons de Pflüger).

Quel est le mécanisme de la cariocynèse et comment faut-il l'interpréter? —

L'examen direct des cellules a montré l'existence dans le cytoplasme de courants liquides convergeant en rayons vers deux nodules de condensation polaire dénommés sphères attractives. Celles-ci semblent représenter des tourbillons intra-cellulaires, dus à des chutes de pression ou à des modifications de condensation intra-cellulaire assez importantes pour entraîner une coordination ou floculation radiaire du contenu cellulaire, avec fragmentation du volume chromatinien en anses disposées dans le sens du courant maximum. Ces anses se dissocient toujours dans le sens du courant endo-cellulaire et le

fragment entrainé dans le tourbillon polaire y forme un filament Secondaire.

Ainsi la cariocynèse peut être considérée comme un phénomène dû à des

influences physico-chimiques de condensation parcellaire, avec chute de pres-

sion suffisante pour créer des courants intra-cellulaires et au point de rencontre de ces courants, des tourbillons. Ces modifications qui ne se développent qu'à partir d’un certain âge de la cellule sont dues à l'accumulation de substances de déchets, de fragments amino-acides qui entraînent des chutes considérables de Ia tension superficielle à l’intérieur de la cellule, créant ainsi la dénivellation nécessaire à la naissance des courants. La présence de sphères attractives permet également de comprendre le centrosome auquel on a attribué un rôle fondamental dans le mécanisme cellulaire. Parmi les fragments hétérogènes suspendus dans le milieu homogène du cytoplasme, certains auteurs (Chambers) distinguent des macro- et des microsomes:; ce sont des granulations de grandeur très inégale, douéës de mouvements browniens et qui peuvent être entraînées dans les grands déplacements intra-cellulaires. Elles

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peuvent ainsi parvenir au centre d’une sphère ‘attractive par condensation (Gaidukow) et y former un petit amas qui en imposera pour une formation spéciale, le centrosome. Il semble donc qu'à l'heure actuelle il faille ne voir dans le centrosome qu’une formation accidentelle, irrégulière et transitoire due à la coaptation des grains intra-cellulaires. En effet, les propriétés colorantes du centrosome ne diffèrent en rien de celles qui sont dues aux corpuscules disséminés au hasard de la cellule et, à l'examen direct, il n'est pas plus apparent que les autres granulations intracellulaires.

Cytoplasme. — Le protoplasme cellulaire présente des caractères physicochimiques très semblables à ceux du noyau parce qu'il est, nous l'avons vu tout à l'heure, composé d’une nucléoprotéine très sensiblement analogue à celle du noyau. Cependant, dans le protoplasme, l'acide n'apparaît pas et la combinaison de l’acide nucléique et du composé lipoprotéique donne une réaction neutre, sinon nettement alcaline. C’est ce qui fait que les colorants acides (éosine, fuschine acide, ete.) sont électivement fixés sur le cytoplasme.

Le protoplasme cellulaire, dans lequel on s’est efforcé de retrouver une foule d'éléments différenciés apparaît à l'heure actuelle comme un milieu colloïdal, homogène, constitué par deux éléments semblables non miscibles lun à l’autre. Le protoplasme semble ainsi constitué par deux phases, ou états du même complexe lipoprotéique en solution faible (sol) et en solution concentrée (gel). Pour les uns, le sol est suspendu en micelles dans le milieu de dispersion à l’état de gel; pour les autres, c’est l’inverse. Quoi qu'il en soit, 1l ne semble pas y avoir de grande différence entre ces deux phases car leurs indices de réfraction sont peu différents et 1l est permis de supposer, d’après l’homogénéité de la lumière à l’ultra-microscope, que les micelles sont trop rapprochées pour permettre une réfraction latérale, ainsi que cela se passe pour la plupart des milieux colloïdaux hétérogènes. On peut donc se représenter le cytoplasme comme un réseau Cxrémement fin de courants canaliculaires séparant des blocs de consistance légèrement différente. Ceci explique d’une part « lapparenl réticulaire » des auteurs italiens et permet de comprendre la {rophosponge que l’on a décrite à l’intérieur des cellules. Ce contenant réticulaire — qu'il soit plus ou moins consistant, c’est-à-dire à l'état de gel ou de sol vis-à-vis de son conteriu — semble jouer un rôle très important dans la viscosité générale du. milieu cytoplasmique, ainsi que dans les échanges inter-cellulaires ou inter-tissulaires. Les recherches d’'Hardy ont montré que, suivant le fxateur employé, on pouvait mettre en évidence soit l'appareil réticulaire (fixation au sublimé), soit les amas isolés (acide osmique).

La forme, le volume’ et la consistance de ces composants cellulaires varient constamment suivant les influences physico-chimiques du moment. Il en résulte des modifications souvent importantes de la consistance du milieu el de la viscosité du protoplasme; celle-ci à son tour règle l’action des ferments endo-céllulaires, non seulement dans la vitesse de leur action, mais aussi et surtout dans leur mode d'action synthétique ou hydrolysant (Bourquelot). Les effets de la viscosité du cytoplasme ont donc une importance de premier plan dans le métabolisme intra et inter-cellulaire, mais- il est difficile à l'heure actuelle d’en apprécier la valeur et la nature.

D’autres éléments jouent un rôle important tant dans les échanges que dans les actions diastasiques; ce sont les métalloïdes et les halogènes; le rôle des alcalins dans la perméabilité des membranes cellulaires et nucléaires (Meyer et Schäffer), le potentiel électrique dans les états colloïdaux (P. Girard, Nernst, Arrhenius) et dans les échanges intra et inter-cellulaires (Loeb) commencent seulement aujourd'hui à nous être connus. (

Il faut considérer que ces échanges intra-cellulaires ont lieu d'une façon continue dans toutes les cellules vivantes et qu'ainsi chacune d'elles représente un petit organisme complet, comparable à une amibe ou à une algue. La limite entre Je noyau et le protoplasma”est plus ou moins perméable et permet les échanges suivant la condensation des lipoïdes constituants et la teneur

GusrTaAve Roussy et MaurICE Wozr,

en sels alcalins. Les membranes cellulaires animales atteignent rarement la consistance solide des membranes cellulaires végétales. Les échanges intra et extra-cellulaires s’établissent grâce au changement continuel de la composition du milieu. Il en résulte un mouvement permanent de la pression osmotique en raison des modifications constantes de la tension superficielle et du potentiel électrique de la cellule à l'égard de son milieu. La tension superficiélle est la condition première des condensations périphériques intra-cellulaires ; elle règle la perméabilité de la membrane cellulaire et ainsi les entrées et les sorties. ?

Quant au contenu cellulaire, il ne se résume pas à la suspension colloïdale, que l’on peut mettre en évidence au moyen de fixations délicates. On y trouve des éléments hétérogènes, dont les uns font partie de ce contenu, comme les mitochondries, dont les autres sont introduits par phagocytose ou pe raissent dans des conditions pathologiques.

Les mitochondries sont, avec le noyau, l’élément le plus constant de la cellule. Ce sont des corps extrèmement petits, décelables sur le vivant grâce à leur nature spéciale. Elles semblent jouer un rôle important dans les fonctions sécrétrices et héréditaires des cellules et se divisent indépendamment du noyau pour se répartir dans les cellules filles.

Il a été démontré que la cellule fixe d’une manière élective, parmi les substances multiples que la Iymphe amène à son contact, celles qui sont utiles à son fonctionnement (Regaud). Ces substances sont élaborées et transformées par les mitochondries. Qu'il s'agisse de préparer les matériaux d’une sécrétion, de constituer une réserve, même de construire une fibre musculaire, le premier phénomène histologiquement constatable est la différenciation d’une mitochondrie. Dans les cellules végétales, c'est au niveau des mitochondries que se forment l’amidon, la chlorophylle, beaucoup de pigments (Guilliermond).

Les mitochondries ont donc des fonctions très importantes et très diverses, correspondant à des constitutions chimiques elles-mêmes très différentes. Ces différences, non seulement entre les mitochondries des diverses cellules, mais entre les diverses mitochondries d’une même cellule peuvent être mises en évidence par l'examen histologique (Linossier).

L'importance biologique des mitochondries est donc considérable, elle a été l’origine de l’ingénieuse hypothèse des « Symbiotes » de Portier.

Cellule cancéreuse. — Voyons maintenant si les caractères histophysiologiques de la cellule normale, tels que nous venons de les exposer, nous fournissent des renseignements susceptibles d'éclairer les caractères biologiques de la cellule cancéreuse. Celle-ci, rappelons-le, n’a guère fait l’objet jusqu'ici de recherches méthodiques orientées dans ce sens et l’on ne peut encore raisonner que par analogie.

Le noyau de Ia cellule cancéreuse diffère souvent peu, du pomt de vue morphologique, de celui de la cellule normale. Nous avons vu que le noyau cancéreux est ordinairement caractérisé par une affinité tinctoriale pronchcée pour les colorants basiques, cette hyperchromatophilie étant attribuée à une surcharge en chromatine dont on ne connaît guère la cause. Il est possible que cette propriété hyperchromatophile soit due à une augmentation du noyau en acide libre, c’est-à-dire à un déplacement interne dans la constitution de la nucléoprotéine nucléaire; ceci semble d'autant plus vraisemblable que le cytoplasme des cellules cancéreuses présente, lui aussi, une exagération de ces affinités tinctoriales basophiles, propriétés relevant d’une modification analogue à celle du noyau. Il est difficile à lFheure actuelle, sinon impossible, de juger de la valeur de cette hypothèse.

Cette hyperchromatophilie a été également invoquée pour expliquer les anomalies caryocinétiques si fréquentes dans les cellules cancéreuses. Nous avons rappelé les lois physico-chimiques qui régissent les mouvements endo-

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cellulaires, lois qui, très vraisemblablement, doivent trouver leur application dans la cellule cancéreuse. Mais on sait que dans celle-ci les échanges du métabolisme étant plus fréquents et plus abondants, les différences de pression osmotique et de tension superficielle y sont plus marquées. On peut supposer qu'il y a, dans la cellule cancéreuse, une plus grande quantité de courants intra-cellulaires,-orientés dans des sens plus nombreux et qui confluent en un nombre plus grand de sphères attractives, ce qui expliquerail le plus grand nombre de cenlirosomes el de fiqures milotiques. Ces mitoses seront nombreuses et régulières si les courants restent indépendants les uns des autres; elles conflueront d'autant plus que les phénomènes d'attraction moléculaire, d’aspiration capillaire, ete., entraineront des perturbations plus importantes dans la direction de ces courants; elles finiront même par se fusionner complètement, en formant des spirales ou des couronnes. Ces faits sont éminemment variables. Si l’on peut retrouver en effet dans le monde cellulaire infiniment petit des analogies avec ce qui se passe dans le monde astral infiniment grand, 1l faut remarquer que les changements d'orientation, de vitesse et de masse se font avec une rapidité qui nous paraît extrêmement grande, vis-à-vis de la lenteur apparente des transformations cosmiques. Quoi qu'il en soil, ces transformations aboutissent, pour la cellule cancéreuse, à une multiplicatioh exagérée. Il serait intéressant de savoir si cette propriété biologique nouveille est commune ou non à toutes les cellules-filles cancéreuses. C'est là une question qui nous semble importante, parce qu'elle permettrait de retrouver, au moyen de la culture de tissus vivants, des descendances de races vivaces à côté d'autres, de vitalité amoindrie. Ceci n'a pas été étudié jusqu'ici, mais certaines observations de Bashford et de ses collaborateurs, sur le rythme de la virulence du cancer et les zones de prolifération dans le nodule tumoral, semblent indiquer que de telles différences doivent exister entre les divers types de cellules cancéreuses.

Le cytoplasme de la cellule cancéreuse n’a guère été étudié encore par les méthodes histo-physiologiques modernes, et l’on ne sait rien sur la structure colloïdale des milieux protoplasmiques cancéreux, pas plus que sur la composition stéréophysique de ses organites. Nous avons dit ailleurs que les #nitochondries y sont aussi nombreuses que dans la cellule normale el que les granulations d’Altmann, peut-être identiques aux mitochondries, ont été observées plus souvent dans l’épithélioma que dans le sarcome.

Les dégénérescences cellulaires, si fréquentes au sein des tumeurs, reconnaissent des causes multiples. En dehors-des conditions vasculaires, sanguines ou lymphatiques, ou des conditions de l'ophicilé nerveuse qui sont des causes fréquentes de dégénérescences, 11 est vraisemblable que celles-ci apparaissent plus souvent spontanément dans la cellule cancéreuse que dans la cellule normale. Les travaux de Waldvogel, Saxl, Launoy et d’autres sur l’autolyse aseptique, ont montré en effet que lapparilion de gouttelettes graisseuses dans l’aultolyse tient uniquement à ce que des graisses liées auparavant à d’autres substances protoplasmiques (protéiques) et jusqu'alors invisibles ont été démasquées et rendues visibles : 11 y a eu lipophanérose.

Or toute cellule, ou toute partie de cellule qui cesse de fonctionner, subit immédiatement l’autolyse, c'est-à-dire dégénère et meurt. Cette dégénérescence n’est que l'apparition de combinaisons chimico-physiques qui ne sont stables que tant que l'apport d'oxygène et lélimination des déchets se fail régulièrement. Ainsi la dégénérescence n’est, que la traduction de l'arrêt d’une fonction cellulaire avec déplacement immédiat des liaisons biochimiques et précrpitation de substances dues aux modifications de la suspension colloïdale. Ce ne sont donc pas des substances nouvelles qui apparaissent dans la cellule dégénérée, par absorption ou transformalion, mais bien des corps faisant partie de l'élément cellulaire qui sont mis en évidence, démasqués suivant l'expression de Policard. Ceci concerne surtout les substances grasses qui forment la majorité du corps cellulaire, mais il peut en être de même pour les

Gusrave Roussy et Maurice Wozr.

substances hydrocarbonées ou azotées. De plus, l'arrêt progressif des fonctions physiologiques de sécrétion cellulaire aboutit à une accumulation et à une surcharge de matières de réserve au sein même de la cellule cancéreuse. Cette accumulation de substances de réserve ou de déchets crée une augmentation considérable des contacts chimico-physiques et par conséquent une intensification du métabolisme cellulaire, qui, en fin de compte, peut provoquer l'arrêt de toute fonction, puis PATES et la mort de la cellule.

Conclusions. — La cellule cancéreuse nous apparaît donc comme un organisme différent de la cellule normale, au triple point de vue : morphologique, biochimique et stéréophysique.

Du point de vue morphologique, l'aspect et le volume des cellules présentent des caractères particuliers et souvent spécifiques. Les mitoses y sont nombreuses et se retrouvent dans toute l'étendue du tissu cancéreux. Le cancer crée {oujours, à nouveau, dans ses cellules-filles, son potentiel générateur.

Du point de vue biochimique, l'intensité et les modifications du métabolisme endocellulaire sont évidentes et des plus importantes. Elles entraînent l'arrêt des fonctions physiologiques, avec apparition de substances par autolyse et élimination des déchets anormaux : les « toxines cancéreuses ».

Du point de vue stéréophysique, on note avant tout l'augmentation de la tension superficielle, sur le compte de laquelle on peut mettre la mobilité exagérée, les mouvements amiboïdes et le haut pouvoir phagocytaire de la cellule cancéreuse. Ce sont des causes du même ordre qui provoqueront l’augmentation de nombre et l'irrégularité des figures mitotiques. Enfin les effets pathologiques des actions diastasiques, et le manque de régulation diastasique de l'assimilation et de la désassimilation, trouveront en partie leur explication dans les modifications de la viscosité.

Ainsi l’étude biologique de la cellule cancéreuse met bien en évidence l'existence d’un bouleversement des fonctions endo-cellulaires qui entraîne la perte du rythme physiologique cellulaire.

Physiologiquèment, on peut considérer que la vie cellulaire est liée à un équilibre entre les fonctions d’assimilation et de prolifération d’une part, de désassimilation et de réduction d’autre part. Cet équilibre est rompu à à chaque instant par des perturbations mécaniques, chimiques ou physiques qui aboutissent au rétablissement de l’équilibre physiologique, ou à l'arrêt des fonctions avec autolyse cellulaire: ceci grâce au concours de certains catalyseurs, soit électrolytes alcalins, soit hormones inhibiteurs ou accélérateurs, soit peutêtre des deux à la fois. Dans certaines conditions physiologiques, comme le développement de l’œuf ou des tissus embryonnaires, l'intensité des fonctions d'assimilation est considérablement accrue, probablement par la présence en quantité exagérée de catalyseurs physiologiques minéraux ou organiques.

Don eme on peut noter dans l'inflammation, dans lhypertrophie ou dans la néoplasie bénigne une accentuation encore plus évidente des fonctions prolifératives cellulaires, qu'elle qu'en soit la cause, c’est-à-dire quelle que soit la lésion ou l'excitation initiale. Là aussi, on peut, supposer la présence de catalyseurs physiologiques et pathologiques, qui agissent à la fois sur des tissus différents, mais en respectant leurs connexions physiologiques tissulaires, au cours de leur hyperplasie. Mais l'équilibre physiologique intracellulaire finit par se rétablir et la prévalence de la fonction proliférative s'arrête, peut-être sous l'action frénatrice de l’un des deux tissus sur l’autre, ainsi que cela a été observé dans les cultures de tissus vivants (Champy).

Dans le cancer, le rvthme vital endo-cellulaire disparaît définitivement et la régulation des phénomènes physiologiques normaux ne se rétablit plus. Ce phénomène n'intéresse plus ici des tissus différents, mais bien une cellule unique, ou quelques cellules, qui formeront un néo-tissu. Le processus cancéreux se distingue donc des autres grands processus ARTE par un phénomène biologique négatif.

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Ce dérèglement intra-cellulaire devient héréditaire et se transmel de la cellule-mère cancéreuse aux cellules-filles ; 1l semble pouvoir être comparé au phénomène mis récemment en valeur par d'Hérelle, phénomène qui consiste dans un déréglement héréditaire avec prédominance des phénomènes désassimilateurs.

Quant à la cause de ce déréglement héréditaire, elle nous est à lheure actuelle tout à fait inconnue. Kabeshima propose d'interpréter le phénomène d'Hérelle dans le sens de la transmission héréditaire cellulaire d’un ferment autolytique nouvellement acquis. On peut supposer que dans le cancer, il v a perte du ferment réversible qui maintient l'équilibre physiologique de la cellule et dont la disparition permet la prolifération indéfinie des éléments néoplasiques. Mais on ne peut pas cependant éliminer complètement l'hypothèse de l'acquisition nouvelle, par la cellule cancéreuse, d’un ferment assimilateur, agent chimique ou virus (Loeb) comparable à celui qui existe dans certaines épithélioses. Toutefois les cellules atteintes par ce dernier virus ne présentent pas de propriétés biologiques aussi définies que la cellule cancéreuse.

Enfin les recherches de Ringer, de Hôber, de Clark de Clowes et d'autres auteurs ont bien mis en évidence l’action réciproquement frénatrice de cer-tains électrolytes (soude, potasse, chaux et magnésie) et les travaux de Ber-brand et de Naegeli, l’action oligodynamique de certains métalloïdes (manga-

nèse, zinc, cuivre). On peut donc supposer — et les constatations chimiques faites chez les cancéreux nous y autorisent — que le manque plus où moins

complet de chaux et de magnésie dans la cellule cancéreuse provoque lirréversibilité des diastases régulatrices de la cellule normale.

Si nous sommes entrés dans ces détails d'ordre cyto-physiologiques, ce n'est pas que nous ayons voulu apporter, après lant d’autres, une théorie nouvelle du cancer. Mais il nous a semblé intéressant d'essayer d'interpréter Île phénomène de la cancérisation cellulaire (et non d’en préciser la cause intime) en nous dégageant des conceptions classiques (infectieuses, parasilaires ou autres invoquées jusqu'ici), pour envisager le phénomène d'un point de vue biologique très général.

GusraAve Roussy et Maurice Wozr.

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