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ANIMAUX À SANG CHAUD

I. Mammifères domestiques. — Ce sont les animaux domestiques qui ont fait l’objet d'observations les plus nombreuses. Les infirmeries vétérinaires instituées dans tous les pays depuis la fin du siècle dernier ont contribué à nous fournir des données générales sur la répartition et la fréquence des tumeurs chez les animaux, en particulier chez les animaux domestiques.

Gusrave Roussy et Maurice Wozr.

Nous citerons ici les noms de Gabriel Petit en France, de Roger Williams en Angleterre, de Sticker en Allemagne, qui tous trois ont publié d'impor- Lants travaux analytiques, statistiques et synthétiques sur la question.

Cancer du chien. —- Le chien est de tous les animaux, celui dont on connaît le mieux la pathologie tumorale. Déjà Gasparin avait noté la fréquence des tumeurs chez le chien. Des travaux récents ont donné des chiffres qui ont permis de confirmer les observations de Gasparin et de constater que non seulement le chien présentait plus souvent des tumeurs que les autres animaux, mais qu'il en était également plus souvent atteint que l’homme. Toutes les formes et tous les aspects des tumeurs humaines ont été retrouvés chez cet animal, mais avec certaines différences de réparlition et de fréquence.

Les tumeurs bénignes, plutôt rares, ne présentent rien de parti culier; elles siègent un peu partout et avec une fréquence à peu près égale à tous les âges et au niveau de tous les organes.

Le cancer, au contraire, forme la grande majorité des tumeurs chez. cet animal. C’est à l’âge de 7 à 8 ans quil alteint sa plus grande fréquence ; le chien attergnant rarement plus de 11 ans. Le

sarcome paraît un peu plus fréquent

pr OR AE = Fig. 95. — Tumeur de la mamelle (épithé ŒUE l’épithélioma. Le siège le plus lioma) chez une chienne. commun du cancer est celui de la

(Musée d’Anatomie Pathologique

de la Faculté de Paris.) peau el de la glande mammaire; ce

dernier, d'après Bashford, s’observe aussi bien chez le chien mâle que chez la femelle. Les métastases, loin d’être rares se localisent surtout aux poumons. Tous les tissus et tous les organes peuvent faire des tumeurs malignes; nous ne citerons que les plus communes. | Le cancer de la glande mammaire estaussi souvent un sarcome qu’un épithélioma, parfois même ce sont des tumeurs combinées, sarco-épithéliomes. | L'appareil génital est affecté en une proportion beaucoup moindre. Le vagin est surtout le siège de Iympho-sarcomes ; l’épithélioma y prend des aspects papillaires ou compacts. L’utérus présente souvent des myomes, moins souvent des épithéliomas cylindriques encéphaloïdes; les ovaires surtout des kystes.

Chez le mâle, les observations de cancer génital sont beaucoup plus nombreuses que chez la femelle. C’est ainsi que les tumeurs du testicule, sur-

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tout chez les cryptorchides {sarcomes et épithéliomas de diverses formes : tumeurs interstitielles, wolfiennes], les épithéliomas de la prostate, les épithéliomas et les sarcomes des bourses ont fait l’objet d'observations nombreuses. Les voies digestives supérieures sont rarement le siège de cancer, alors que le tube digestif inférieur, en particulier l'anus, en présente très souvent. RTL | “à

Le cancer de l'anus chez le chien prend son origine dans les glandes sébacées péri-anales qui offrent chez cet animal une disposition anatomique

Fig. 94. — Epithélioma de la glande mammaire chez la chienne (Roussy). A. Acini néoplasiques, — B. Stroma de la tumeur (même pièce que fig. 95).

particulière. La tumeur envahit rapidement le tissu lâche qui environne les organes pelviens, sans jamais pénétrer ceux-ci; extirpée, elle se reproduit avec grande facilité. Sa structure histologique rappelant en plusieurs points celle des glandes sébacées embryonnaires, l'aspect adulte des cellules et leur métamorphose sébacée presque constante font de ces tumeurs “un type à part, qu'il serait difficile de comparer aux tumeurs sébacées de l'homme, d’ailleurs très rares (Jaeger).

Les cancers des téguments sont habituellement des épithéliomas se développant sur des adénomes sudoripares ou sébacés. Ces derniers sont d’un type identique aucancer de l’anus, tandis que les premiers rappellent de très près l’épithélioma des glandes mammaires. L'adéno-cancer du foie avec cirrhose a été observé quelquefois.

On a décrit chez le chien des tumeurs du système hémolymphatique à manifestations locales (Iymphosareomes) et générales (leucémies). Sticker a décrit une tumeur particulièrement intéressante. Il s'agit d’une tumeur

GusraAve Roussy et Maurice Wozr.

bourgeonnante de la verge, à développement assez lent, et correspondant

Fig. 95. — Tumeur du vagin chez la chienne (Iymphocytome). — A. Noyaux néoplasiques. — B. Peau de la vulve.

histologiquement à un lympho-sar-

come. Cette tumeur ne s'accompagne pas de modifications sanguines appréciables ; elle est contagieuse et se transmet par le coït à la femelle sous la forme de tumeurs vaginales dont

la structure est identique à la tumeur

du mâle. La nature de ce Iympho-

sarcome n’est pas établie encore, et

l’on ne sait s’il s’agit d’un véritable cancer ou plutôt d’une lésion inflammatoire infectieuse comparable à la lymphogranulomatose. |

Cancer du cheval. — Chez le cheval, le cancer est moins fréquent que chez le chien, mais il atteint cependant la fréquence du cancer de l'homme. Comme chez le chien les

tumeurs bénignes du cheval sont un

peu plus rares que les cancers, mais tandis que chez le premier les tumeurs bénignes siègent indistincte-

(Collection du professeur G. Petit, à Alfort.) ment partout, laissant aux tumeurs

Fig. 96. — Lymphocytome atypique du vagin chez la chienne (même pièce que fig. 95). A. Epithélium muqueux du vagin. — B. Nodule néoplasique. formé de lymphocytes atypiques:

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malignes la préférence pour certains organes, chez le cheval le siège de prédilection des tumeurs bénignes présente une courbe parallèle à celle du cancer. C’est ainsi qu'il frappe surtout le système uro-génital, puis le naso-pharynx et les sinus de la face, soit sous la forme de ‘sarcome, soit d'épithélioma. L'âge de prédilection du cancer chez le cheval est de 15 à 18 ans, pour un âge moyen de 25 à 25 ans.

Les épithéliomas des parties supérieures

Fig. 98. — Métastases dans la rate d'un sarcome mélanique chez le cheval blanc.

G A noter la présence d’un vo-

x É lumineux noyau cancéreux non

Fig. 97. — Mélanome de la région péri-anale chez un pigmenté (leuco-sarcome) et cheval blanc hors d'âge atteint de mélanose généra- de plusieurs noyaux fortement lisée (Morel). pigmentés (mélano-sarcome).

(Musée d’Anatomie Pathologique de la Faculté de — (Musée d’Anatomie Patho- Paris.) | | logique de la Faculté de Paris.)

de l’appareil respiratoire sont généralement du type malpighien à globes cornés, ceux des parties inférieures et surtout des poumons sont toujours du type cylindrique et affectent des formes alvéolaires, tubulaires ou même glandulaires. Cliniquement, le cancer du poumon se manifeste par d'abondantes hémorragies par le naseau. Le sarcome peut présenter toutes les variétés connues et l’on peut rencontrer en particulier des lympho-sarcomes qui sont identiques aux tumeurs médiastinales de l’homme.

GusTave Roussy et Maurice Worr.

Le cancer génital, plus fréquent encore que le cancer des voies respiratoires, est, à l'inverse de l’homme, plus souvent observé chez le mâle que chez la femelle. Chez celle-ci on connaît de nombreux cas d’épithéliomas à globes cornés du vagin ou de la vulve, une dizaine d'observations de cancer de l'utérus (surtout des épithéliomas) et trois ou quatre observations de cancer de l'ovaire dont la description ne permet guère de préciser le type histologique. Chez le mâle, le cancer de la verge est plus fréquent chez le cheval hongre que chez l’étalon; l’absence d’érection chez le premier favoriserait le dépôt de smegma et d’impuretés, source d’excoriations et d’ulcérations qui aboutiraient au néoplasme. L’épithélioma de la verge est géné-

Fig. 99.— Métastase osseuse (colonne cervicale) d'un sarcome mélanique chez un cheval blanc. (Roussy). A. Cellules sarcomateuses pigmentées. — B. Travées osseuses.

ralement du type malpighien lobulé et peut former de grosses tumeurs en choux-fleurs. L'épithélioma testiculaire peut être du type wolfen, mais souvent il présente l'aspect d’un séminome ou d’une tumeur interstitielle, comme dans les cas étudiés par P. Masson. L’épithélioma papillaire de la vessie, le cancer du rein et celui de la surrénale sont tout à fait semblables à leurs homologues chez l’homme. À noter cependant que la forme d’épithélioma du rein dite hypernéphrome paraît exceptionnelle; nous n'en avons relevé aucun cas dans la littérature. |

Dans le tube digestif, la rareté du cancer des parties supérieures déjà notées chez le chien, se retrouve chez le cheval comme chez d’autres amimaux. Ceci est d'autant plus remarquable que les nombreuses excoriatiôns produites par les aliments provoquent des granulations hyperplasiques qui aboutissent souvent à une véritable RU Te des voies desiss supérieures, mais très rarement au cancer.

LA

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L’estomac du cheval est caractérisé anatomiquement par un large cul-desac œsophagien à revêtement pavimenteux. Cette région est souvent le siège de parasites, surtout de larves d’oestres, qui pénètrent en profondeur et provoquent des réactions inflammatoires, ulcéreuses où hypertrophiques. Il peut en résulter, soit un état d’anémie pernicieuse, type de l’anémie de Biermer, due, en plus des hémorragies superficielles, à un produit hémolytique particulier de ces larves (Seyderhelm), soit de véritables cancers, épithéliomas pavimenteux lobulés dont on doit la description à Gabriel

Fig. 100. — Adénome du foie chez le bœuf (Morel). (Musée d’Anatomie Pathologique de la Faculté de Paris.)

Petit. La région glandulaire proprement dite fait surtout des épithéliomas du type squirrheux (lihite plastique) étudiées par P. Masson.

Les autres parties de l'intestin sont le siège de tumeurs de toutes sortes sans caractères particuliers. |

Parmi les cancers d’autres tissus ou organes nous ne cilerons que ceux dés téguments, où l’épithélioma peut se développer sur des excoriations chroniques dues à des pièces d’attelage. Le papillome du sabot du cheval longtemps considéré comme une tumeur et dont la nature infectieuse a été démontrée doit être rangé aujourd’hui dans le cadre des tumeurs inflammatoires.

Du point de vue de la pathologie générale, les tumeurs les plus intéressantes du cheval sont les mélanomes. Ce sont des tumeurs fréquentes (12 pour 100 du total des tumeurs), qui s’observent surtout chez le cheval

Gusrave Roussy et Maurice Wozr.

blanc, qui apparaissent à l’âge de 6 à 10 ans el présentent nettement un caractère héréditaire. Leur siège est surtout tégumentaire; on les trouve en particulier à la racine de la queue et au niveau des orifices naturels avoisinants, et sur les séreuses (plèvre, péritoine). La tumeur la plus fréquente est le naevus pigmentaire bénin aboutissant, après un temps souvent très prolongé, à de volumineuses tumeurs, très dures, riches en fibres conjonctives.

Les cancers mélaniques peuvent être des sarcomes secondairement pigmentés, éontenant de la mélanine à l’état solide ou liquide.

Fig. 104. — Epithélioma du gros intestin chez une vache hors d'âge. Tumeur secondaire |

dans les ganglions, dans le foie et le poumon. (Musée d’Anatomie Pathologique de la Faculté de Paris.)

Les naevo-cancers ou épithéliomas naeviques peuvent se présenter, comme chez l'homme, sous l’aspect de tumeur pigmentée ou non. | |

D'autre part, la mélanine peut être produite physiologiquement en excès, pour aboutir à l’imbibition pigmentaire ou mélanose des chevaux.

Les cancers de l’Ane et du Mulet sont tout à fait semblables à ceux du cheval, bien que beaucoup plus rares. |

Chez les Bovidés, le cancer est également moins fréquent. On rencontre

plus particulièrement des néoplasmes de l'appareil génito-urinaire et du foie. Parmi les premiers, les épithéliomas de l’utérus forment le coôntingent le plus important. Moins fréquents sont les épithéliomas et les autres cancers de l'ovaire, tandis que les néoplasmes du pis de la vache sont tout à fait exceptionnels. Les tumeurs dé l'appareil urinaire et celles du tube digestif sont identiques à celles du cheval. Cependant à côté de l’intégrité presque absolue de l’œsophage, il est intéressant de noter que le

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sarcome de l’estomac des bovidés se voit plus souvent que l’épithélioma, fait qui s'explique peut-être par le peu d'années que vivent en général les bovidés.

Le foie du bœuf ou de la vache est un siège très fréquent d'adénomes, d'épithéliomas ou de sarcomes, presque toujours associés à la présence de parasites (nématodes).

L'épithélioma lobulé de la queue dont nous avons pu étudier récemment quelques beaux exemples dans la collection de G. Petit à Alfort, est une tumeur assez commune. |

Il existe enfin, chez les bovidés, une tumeur de l'œil, un sarcome partant

Fig. 102. — Epithélioma primilif du foie chez le mouton (Morel). (Laboratoire d’Anatomie Pathologique de la Faculté de Paris.)

de la caroncule et qui présente le plus souvent le type lymphocytaire. Signalée en 1782 par Chabert, au cours d’une épizootie épidémique en Bretagne, cette tumeur a été rencontrée fort souvent depuis. En Amérique ellé a sévi d’une façon endémique et a causé ‘de nombreux nee parmi

, les élevages. Grâce à des mesures prophylactiques, on est arrivé à enrayer

son extension, fait qui plaide en faveur de la nature inflammatoire de cette

pseudo-tumeur.

Parmi les Ovidés, le foie du Mouton et de la Brebis, presque toujours

parasité, présente des tumeurs fréquentes, qui sont semblables à celles des

bovidés.

Chez la Chèvre, on ne connaît jusqu'ici qu un seul et unique cas de tumeur, un épithélioma de la mamelle, ce qui permet de supposer que le cancer est plus rare chez ces animaux.

GusTAvE Roussy et MAURICE Wozr.

Le Porc et les Suidés sont surtout affectés par des tumeurs du tissu musculaire, aussi bien lisse que strié, myomes et myosarcomes de l'utérus, de l'intestin et des muscles striés, adéno-sarcomes du rein forment la

grande majorité des cancers des suidés. Il est intéressant de faire remar-

quer que les seules tumeurs observées jusqu'alors chez l'éléphant el l’hippopotame, animaux parents des suidés, sont également des myomes et

des myo-sarcomes. | Enfin le Chat est surtout sujet à des épithéliomas mammaires, dont

Fig. 105. — Epithélioma de l'intestin chez le bœuf (Roussy). (Gr: 16/1). À A. Muqueuse.— B. Fibres musculaires coupées transversalement. — C. Fibres musculaires longitudinales. D. Noyau épithéliomateux en profondeur.

nous devons un certain nombre d'observations à Gabriel Petit et à Jean Clunet. Les autres tumeurs du chat, très nombreuses, ne diffèrent en rien de celles que nous avons étudiées chez les autres mammifères.

Le Cancer des rongeurs, en particulier celui de la souris et du rat, présente un très haut intérêt, en raison de sa facilité de reproduction en série: aussi a-til servi de base pour l'étude du Cancer expérimental, depuis les travaux de Moreau en 1891. ; :

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