HISTORIQUE
C'est en Écosse que la notion de l'existence particulière de cette maladie se fit jour pour la première fois; elle y fut décrite au cours de l'épidémie de 1845, par Craigie et Henderson qui, du mème coup, identifièrent cette épidémie à d’autres qu'on avait observées antérieurement en Irlande, en 1800-1801, puis en 1817-1819. Il ne faut pas s'étonner de voir la connaissance de la fièvre récurrente s'affirmer pour la première fois dans le Royaume- Uni; la maladie s'y élait montrée déjà sous formes d’épidémies nombreuses pendant le cours du xvur siècle : à Dublin, en 1758, 1741, 174. 1748 el 1764; à Plymouth en 1741, comme en témoignent rétrospectivement les descripüons de Rutty et Huxham.
Jusqu'en 1873, partout où on la décrivit, elle ful reconnue seulement par
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ses symptômes cliniques. A celle date, Obermeier découvrit son agent pathogène dans le sang des malades en période fébrile ; aussi le désigne-t-on justement sous le nom de Spirochaete Obermetieri.
La découverte d'Obermeier inaugura l'ère expérimentale de l'étude de la maladie. Les premiers efforts, tentés dans cette voie, eurent pour résultat de reproduire lFinfection humaine sur divers animaux, ce qui permit l’entretien indéfini du virus dans les laboratoires. C’est grâce à celle conservalion du virus, inaugurée depuis des années, qu'Erhlich et Hata purent poursuivre patiemment leurs études de chimiothérapie contre les infections à spirochètes; elles ont abouti en 1911 à la découverte de plusieurs substances douées d’énergiques propriétés spirillicides.
Cet utile progrès devait avoir un contre-coup heureux. En procurant aux médecins une arme certaine contre la fièvre récurrente, il leur devint possible de chercher sur l’homme certaines constatations que n'auraient pu fournir les expériences sur les animaux de laboratoire. Nous lui devons d’avoir pu établir en 1915 le mode et le mécanisme exacts de propagation de l'infection.
Ces recherches ont fait de: la fièvre récurrente l’une des maladies humaines les plus parfaitement connues.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Jadis, l'Irlande constituait un des foyers les plus importants de linfection; la maladie semble avoir été importée de ce pays en Écosse et en Angleterre. Comme le lyphus exanthématique, elle y est devenue rare aujourd'hui.
Elle est loujours endémique en Russie et en Pologne. C'est de ces contrées que sont parties les nombreuses épidémies de Silésie, de Prusse, de Galicie et de Bohème. En Russie, elle sévit de la Baltique à la mer Noire, où son foyer le plus important est représenté par Odessa; elle se relie par celte voie aux divers foyers méditerranéens; celui de Roumanie. celui de Bosnie-Herzégovine; ceux de Syrie, d'Égypte, de Tripolitaine, de Tunisie, d'Algérie et du Maroc. La guerre mondiale 1914-1918 a étendu singulièrement l’aire de ses ravages. Des épidémies de fièvre récurrente ont toujours accompagné celles de typhus exanthémalique; mais concernant une maladie moins grave, elles ont été parfois confondues sous l’étiquette générale de typhus.
La fièvre récurrente a été décrite par Mackie aux Indes anglaises (Bombay). Les relations de Schneider montrent son existence en Perse. Elle est fréquente en Chine. Elle a été trouvée à New-York par Ch. Norris. Il n'existe guère de point du globe, récemment exploré au point de vue médical, sur lequel on ne l'ait observée en quelque centre; aucune condi- Lion chmatérique ne paraît s'opposer à son extension.
CH NICOLLE ét LD" BLalzoOr.
SYMPTOMATOLOGIE
L'évolution, plus que les symplômes eux-mêmes, caractérise la fièvre récurrente. Elle débute habituellement par un brusque malaise, rapidement suivi de courbalure généralisée, de céphalée violente et de fièvre. La face devient rouge et chaude, les yeux injectés; on note souvent de petits frissons et des nausées. Ce début ressemble à celui de la grippe.
Au bout de quelques heures, le malade, en proie à une sensalion intense de lassitude, doit s’aliter. La courbature et la céphalée augmentent, la température dépasse 39°; le pouls, rapide, reste bien frappé. Le tableau clinique, qui persistera plusieurs jours, se trouve dès lors constitué. Le malade se présente couché, aballu, mais avec toute sa connaissance; sa face est congeslionnée, ses yeux larmoyants, sa peau ‘brûlante. Chaque mouvement réveille les douleurs: les articulations sont libres, mais tous les muscles paraissent douloureux. La céphalée et la courbature demeurent les symptômes dominants. Dès le début, linsomnie est complète, les quelques instants de sommeil sont entrecoupés de rêves, parfois de délire. Durant les premiers jours, les petits frissons du début se répètlent fréquemment; le malade accuse lui-même la sensation d'être brûlant. L'appétit, complètement disparu, fait place à une soif vive, qui détermine souvent dès vomissements par la quantité de liquide absorbée. La langue est rouge sur les bords, saburrale au milieu, elle reste humide; la constipation est de règle. Le ventre n'est pas ballonné, mais douloureux à la pression au niveau des régions épigastrique, hépatique et splénique. Rapidement, le foie et la rate s’hvpertrophient; en 2% à 48 heures, la rate double ou triple son volume. Vers le 4° jour, apparaît une légère jaunisse. Les urines qui, dès le début, élaient rares et foncées deviennent alors franchement ictériques. Get ietère se rencontre à un degré plus ou moins accentué dans environ la moitié des cas. Le pouls concorde avec la température; 1l bat presque constamment aux environs de 129. La respiration reste normale; on note parfois un peu d'oppression.
Cet élal persiste sans rémission pendant 7 jours: seul, l’abattement augmente: puis, survient un accès de sueurs profuses; le malade sort alors de sa lorpeur, il urine abondamment, la température passe rapidement de 40° à 57° el le pouls diminue parallèlement de fréquence. Fatigué par cette sudation abondante, le patient demeure abattu, mais il accuse une sensation de bien-être extrême et se déclare guéri. Bientôt il réclame à manger; le ventre reste encore un peu douloureux, le foie et la rate un peu gros, mais déjà on constate une diminution considérable de leurs dimensions. Du côté de la rate, les modifications de volume sont si rapides qu'on a pu comparer l'organe à un accordéon.
Pendant quelques Jours, le malade se croit guéri, ses forces reviennent, il demande à se lever. Cet état d’apyrexie dure de # à 15 jours; püis: subitement, un nouvel accès éclate, semblable au premier. Bien que plus court d'ordinaire, 11 paraît cependant plus grave, si le malade ne s’est pas
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rétabli complètement pendant la période d’apyrexie. De nouveau, foie et rate s’hypertrophient; ce second accès est plus fréquemment encore accompagné d'ictère. Vers le 5° jour, une nouvelle crise de sudation termine cette rechute; elle laisse le patient plus prostré. Parfois, après une période d’apyrexie d'environ une semaine, on assiste à un troisième accès habituellement moins violent que les précédents.
La convalescence est relativement rapide, quoique le malade conserve pendant quelque temps de l’asthénie générale et une sensibilité douloureuse des-masses musculaires. La douleur splénique à la pression persiste parfois plus longtemps; mais tous ces symptômes s’atténuent en somme assez rapidement et les forces reviennent, amenant la guérison définitive.
Tel est le tableau clinique habituel. Chacun des symptômes peut présenter des modifications capables d'imprimer un aspect un peu particulier à la maladie.
Incubation. — L'incubation de la fièvre récurrente est variable; de nombreuses contaminations accidentelles ou expérimentales ont permis d'établir qu'elle pouvait osciller de 2 à 10 jours.
Début. — La brusquerie du début est un des symptômes les plus conslants; elle est telle dans certains cas qu’on a vu tomber des malades au milieu de leur travail. Dans d’autres cas, au contraire, on remarque quelques prodromes : malaise, nausées, anorexie; il semble bien qu'ils soient exceptionnels. Parfois, le début à lieu par un frisson violent, au lieu de frissonnements répétés. La courbature précoce, la rapidité du pouls, la température très élevée, constituent des éléments précieux et permettent d'établir souvent le diagnostic, principalement en milieu infecté.
Cycle thermique. — Le caractère le plus net de la fièvre récurrente est son évolution et son cycle thermique parüculier. Celui-ci permet généralement de porter un diagnostic rétrospectif sur la vue seule de la feuille de température. Cependant, des modifications considérables peuvent être notées dans la durée des accès, le nombre des rechutes et la longueur des périodes apyrétiques (1).
Nombre de rechutes. — La fièvre récurrente ne comporte habituellement que deux ou trois accès fébriles. Toutefois, dans certains cas, lorsque l’on cherche à compter sur la courbe le nombre exact des accès, on se trouve parfois très embarrassé par suite de l'existence de petits accès frustes, que suivent de véritables rechutes el qui surviennent comme les accès complets après une période d’apyrexie de 5 à 15 jours. De semblables accès minuscules peuvent se placer entre deux périodes Lypiques et modifier ainsi l'aspect de la courbe. Ces accès surajoutés offrent en effet tous les degrés, depuis l'attaque complète durant plusieurs jours jusqu'à une simple élévation passagère de température révélée seulement par le thermomètre. On constate surtout leur existence à la fin de la maladie; ce sont eux ‘qui constituent d'ordinaire les troisième et quatrième rechutes. Dans ces accès frustes, il arrive souvent qu'un examen minutieux du sang ne décèle pas la présence de spirilles. Si l’on tient compte de ces poussées, on observe que
1. Les courbes thermiques de malades que nous donnons sont empruntées à E. Conseiz (épidémie tunisienne de 1911).
CrrNIcozrr ets LB LAIZOT