PIAÆN CET BOUBA
les couches cornées épidermiques en provoquant de vives douleurs qui diminuent lorsque la peau se fend, laissant une large ulcération. Ces aecidents, d'après Chalmers et Archibald, peuvent être graves au point de faire confondre le pian avec un mycétome. L'examen microscopique du pus ne montrant ni grains ni filaments, ni corps éosinophiles, facilitera le diaonostic. Enfin, lorsque le pian se localise sur les ongles, on observe une forme d'onvxis persistante, qui, d'après Jeanselme, favorise probablement la réinfection par grattage. :
Cet aspect dure un temps variable, de quelques semaines à plusieurs mois; puis l'éruplion diminue, les papillomes s’affaissent, finalement tout rentre dans l'ordre en laissant des cicatrices ayant l'aspect du vitihigo.
L'éruplion pianique s'accompagne de symptômes divers qui peuvent parfois manquer.
On observe souvent de l’adénile banale qui prend rarement la forme suppurée. Outre les douleurs rhumatoïdes et ostéocopes de la période d’invasion, on constate de la :périostite, surtout au niveau des phalanges digilales, simulant plus ou moins le spina ventosa. Quant aux articulations, elles deviennent douloureuses, on y perçoit de la fluctuation, rarement de l'anlrite suppurée. Ce sont surtout les grosses articulations qui sont atteintes. Enfin l'hyperhydrose est fréquente.
Dans la plupart des cas, la maladie se termine à ce moment; cependant cerlains auteurs, notamment Castellani, admettent une période tertiaire qu'ils décrivent ainsi.
Elle est caractérisée par des nodosités gommeuses pouvant se disséminer dans tout l'organisme. Celles qui se trouvent dans le Lissu cellulaire souscutané sé ramollissent en produisant de profondes ulcérations à bords Laillés à pic et à fond granuleux. Plus souvent encore, on observe de vastes ulcérations fongueuses de forme irrégulière. En guérissant, ces lésions laissent de grandes cicatrices, parfois vicieuses, provoquant des rétrae- Lions.
Il existe également des lésions osseuses. Castellani pense que la gangosa nest autre qu'une manifestation terliaire de pian. Rappelons que l’on appelle ainsi une affection assez mal connue, caractérisée surtout par des ulcérations naso-pharyngiennes,; s’accompagnant de nécrose. On l'a dis- Linguée de la syphilis par sa distribution géographique, l'absence du Fréponème pâle el l’inefficacité du traitement spécifique.
Enfin, d'après Harper et d'autres auteurs, il pourrait y avoir des accidents quaternaires, labes el paralysie progressive.
Agent pathogène. — Treponoma pertenue (Castellani, 1905). Synonymie : Spirochæla perlenuis Castellani, 1905; Spirochæta patllidula Castellani, 1905.
Morphologie. - En 1905, Castellani décrivit dans les lésions pianiques un Tréponème, lrès voisin de Treponema pallidium (Schaudinn et Hoffmann, 1905), parasite de la syphilis. H. Noguchi, faisant une revision du groupe des Spirochèles (sensu lato), la maintenu dans le genre Treponema (Schaudinn, 1905), dont le typeest 7. palliduin, ainsi défini : corps spiralé, flexible.
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avec filaments lerminaux, sans membrane ondulante, tours de spires rigides, surtout régulières, pendant la vie ou après la mort.
Treponema pertenue, dont nous avons à parler, est un organisme très fin, comme l'indique son nom. On peut l’observer à l’état frais en utilisant l'éclairage à fond noir; les méthodes dérivées du Romanovsky le colorent assez difficilement, le procédé de Fontana-Tribondeau : mordançage au tanin et imprégnation au nitrate d'argent donne de bons résultats. Le parasile mesure généralement 7 à 20 & de long, présentant d’ailleurs des variations de taille assez considérables. Les extrémités sont effilées ou obtuses. Il se différencie morphologiquement de Treponema pallidum par ses tours de spires moins réguliers et sa forme générale plus effilée, il est un peu plus réfringent à l’état frais. Mais ce sont là des différences minimes sur lesquelles d’ailleurs les descriptions des auteurs ne concordent pas toujours. La véritable distinction se fait par les méthodes biologiques dont nous allons parler.
La présence de T. pertenue est constante dans les lésions primaires non encore ulcérées, avant que les croûtes soient tombées. On le trouve ensuite associé à d’autres Tréponèmes : refringens, tenuis obtusa, tenuis acuminata et à une foule de microbes. Il existe dans la rate, les ganglions 1 1h atiques, la moelle des os. Le liquide céphalo-rachidien ne le contient pas, ni le sang. Cependant ce dernier inoculé aux animaux leur communique la maladie, 1l est doncivirulent. |
Castellani a décrit des corps arrondis, contenant des ponctuations chromatiques, intra-leucocvtaires ou libres, qui auraient peut-être un rapport avec le cycle évolutif du parasite. L'auteur n’est d’ailleurs pas affirmatif.
Culture. — 71°. pertenue a été cultivé par Noguchi en utilisant une technique très compliquée dans le détail de laquelle nous ne pouvons entrer ici. Il perd d’ailleurs sa virulence dans ces conditions artificielles el ses inocurlations demeurent négatives.
Étude expérimentale. — Syphilis et pian. — Neisser, Baermann el Halberstädter, puis Castellani ont inoculé le pian à divers singes et réussi à conserver le virus par passages d’un animal à lPautre. La période d’incubation varie de 16 à 92 jours. Chez les Singes inférieurs (Macacus, Semnopithecus) on n'obtient qu'une éruption primaire; le 7. pertenue se trouve dans'la rate et dans les ganglions Ilymphatiques ainsi que dans la lésion. Chez l'Orang-Outang, Halberstädter a obtenu en outre une éruption secondaire. Nichols et Castelli ont aussi inoculé le Lapin avec succès.
Nous avons déjà dit que le sang des malades donnait le pian au Singe. au contraire du liquide céphalo-rachidien.
Grâce à ces expériences, on a pu préciser les rapports du pian et de la syphilis. Nous savons que les manifestations cutanées syphilitiques peuvent être confondues avec le pian et que, d'autre part, les Tréponèmes de ces affections sont très difficiles à distinguer. Aussi pendant longtemps un certain nombre de médecins ont cru devoir réunir les deux maladies sous une même étiquette. Cependant, dès 1881, Charlouis avait inoculé la syphilis avec succès à un sujet atteint de pian. Les auteurs précédents, reprenant
Cu. Joyeux.
eu
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celle expérience sur le Singe, ont confirmé ce premier résultat. L'animal ayant reçu du virus pianique est sensible’ au virus syphilitique el réciproquement. Cependant Levaditi a constaté que les Singes immunisés contre le pian ne le sont pas contre la syphilis, mais que ceux qui sont immunisés contre la syphilis le sont partiellement contre le pian. L'organisme ne deviendrait réceptif à l’inoculation du deuxième virus que lorsque les Fréponèmes du premier sont disparus. D'autre part, Castellr a montré que, chez le lapin, les deux Tréponèmes donnent deux affections d'allure ehinique différente.
De tous ces faits, on peut conclure que le pian et la syphilis ont entre eux d'étroites ressemblances, mais ne sont pas identiques.
Anatomie pathologique. — L'étude histologique du bouton pianique a été faite par Jeanselme. Le début se fait dans la couche superficielle du derme dont les papilles s'hypertrophient. On observe une dilatation des capillaires sanguins et Iymphatiques et une abondante infiltration de plasmocytes. L’épiderme est considérablement épaissi, grâce à la multiphcation des assises du corps muqueux de Malpighi. « En résumé, entre la lésion histélogique du plan et celle de la vérole, 1l existe des différences fondamentales : en premier lieu, le plasmome pianique est peu développé, il n'est pas dense, continu et centré par des axes vasculaires comme celui de la syphilis; en second lieu, les altéralions des vaisseaux relevés dans un élément de pian sont celles qui appartiennent aux bourgeons charnus, ce ne sont pas ces vascularités avec épaississement considérable des parois vasculaires qui caractérisent la syphilis. » (Jeanselme.)
Réactions biologiques. — Elles ont été étudiées par Schüffner et par Violle. La réaction de Wassermann est nettement posilive au début de l'affection, puis le pourcentage des cas positifs diminue ensuite. 1
Contagion. -—- Nous avons dit que l'accident primitif se développait au niveau d’une excoriation, d’une pustule vaccinale, d’une lésion de gale. il semble qu’une solution de continuité des téguments soit nécessaire pour la pénétration du FTréponème.
La contagion se fait surtout par contact direct. La promiscuité dans laquelle vivent les indigènes est un élément favorisant pour la dispersion de la maladie. Souvent l’éiologie est facile à observer : ainsi les nourrices contaminées par leur nourrisson ont leur accident primitif au sein. Le linge soullé, les objets usuels passant des malades à des sujets sains jouent probablement un certain rôle dans la contagion.
Les Mouches suçant le pus de boutons pianiques et allant se poser ensuite . sur des parties saines du corps doivent aussi contribuer à la dissémination du pian. Castellant examimant des mouches (Musca domestica L. et espèces voisines) qui s’élaient nourries sur des papillomes pianiques a rene le Treponema pertenue dans leur tube digestif.
Diagnostic. — Le diagnostic est généralement facile lorsqu'on se trouve
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en présence de l’éruplion typique. Seule la syphilis pourrait être confondue avec le pian. Les anamnestiques (phénomènes généraux du début, prurit), l'allure générale, le siège des lésions qui ne touchent presque jamais les muqueuses, enfin la répartition géographique de l'affection fournissent de bons caractères pour la distinction des deux maladies.
Le Treponema pertenue se voit en grande abondance dans les lésions non ulcérées, il devient rare et disparaît ensuite.
Pronostic. — Le pronoslic est généralement bénin. La maladie guérit d'elle-même sans soins particuliers.
Cependant, dans les milieux indigènes, on observe parfois des infections secondaires, dues à la négligence et à la malpropreté. Il peut alors en résulter des plaies phagédéniques, parfois des septicémies avec toutes leurs conséquences. Ce sont là d'ailleurs des raretés et les statistiques accusent moins de ! pour 100 de mortalité.
Traitement. — Les soins d'hygiène locale consisteront en netloyages fréquents de la peau, pansement des boutons avec divers antisepliques. Il conviendra d'y ajouter le traitement général. Le mercure donne des résultats assez douteux, l’iodure de potassium convient mieux. Actuellement on préconise surtout le néo-salvarsan et les produits arsenicaux similaires. La technique des Imjections est la même que pour la syphilis, ainsi que la posologie. Généralement les symptômes s’amendent dès la première injection; trois à six suffisent pour amener la guérison complète. L'émé- Lique associé à l’iodure de potassium donne aussi de bons résultats.
CarJjoveux.
FIÈVRES RÉCURRENTES
Par Charles NICOLLE et 15 BEAI7ZOINR
Directeur de l’Institut Pasteur de Tunis. Chef de faboratoire de l’Institut Pasteur de Tunis.
Ce groupe renferme deux maladies distinctes que sépare, plus que leurs parasiles très voisins et leurs symptômes assez semblables, le mode particulier de transmission de chacune. Des deux, la plus récemment connue est celle dont le mode de propagation a été le premier élucidé : la fièvre des liyues (Uick-fever) qui sévit dans toute l’Afrique intertropicale. L'autre, dont l'aire de distribution géographique est beaucoup plus étendue, a d’abord élé décrite en Europe et retrouvée successivement dans les autres parties du monde. Bien que les rechutes fébriles appartiennent en commun aux deux maladies, c’est cependant à la dernière seule qu'on réserve la dénominalion de fièvre récurrente.
Nous décrirons séparément les symptômes cliniques, ainsi que l’éüologie de ces deux affections. Leur parenté nous permettra de traiter, dans un chapitre commun, ce qui concerne leur étude expérimentale et leur trai-
tement.
* FIÈVRE RÉCURRENTE Les Anglais disent relapsing-fever, les Allemands rückfallfieber.