PRET
COURBE 5. — Fièvre récurrente irrégulière par persistance de spirochètes dans Îles intervalles, d’ailleurs minimes des acces.
a noté 17 fois cette forme à accès unique, landis qu'il comptait 72 cas avec 2 accès complets, 9 avec 5 et 5 avec 4 accès véritables.
Durée dés accès. — La durée des accès est très variable suivant les cas et selon qu'il s'agit, pour un même cas, du premier accès ou de rechutes. Les périodes fébriles paraissent plutôt diminuer de durée à chaque nouvelle rechute. Il n’en est cependant pas loujours ainsi el, dans cerlains cas
CreNico LUE et 1 2BLAIZOT.
graves, les accès successifs augmentent au contraire d'intensité et de longueur. En moyenne, le premier accès dure de 5 à 9, le second de 2 à % jours; la plupart du temps le troisième accès, quand il survient, avorte et ne se traduit que par une élévation thermique de un ou deux jours. Le quatrième accès, lorsqu'on observe, est également fruste.
Périodes apyrétiques. — La période apyrétique qui sépare les accès n’est point loujours aussi nelle que dans les observations typiques. Il arrive assez souvent qu'entre deux accès le malade conserve un état subfébrile continu ou bien que cette période soit entrecoupée de petits accès, qui donnent à la courbe de températuré un aspect voisin de celui que présentent souvent les fièvres paludéennes. Lafforgue a insisté avec raison sur ces formes qui pourraient égarer le diagnostic. Dans d’autres cas, la période apyrélique est coupée par un nouvel accès précoce. La succession de ces accès presque subintrants donne à la maladie un aspect de fièvre continue. Parfois, la crise ne se fait point brusquement, mais par une série d’oscillalions, en Ivsis. Il peut en être de mème de l'ascension du début de accès.
Le premier intervalle sans fièvre présente une durée moyenne de 7 à 9 jours, le deuxième serait plutôt moins long (5 à 7 jours); la troisième période apyrétique paraît variable. E. Conseil observe que, d’une façon générale, si on envisage chaque cycle comprenant la période apyrétique et la rechute fébrile qui suit, la durée des cycles diminue régulièrement de durée et d'intensité.
Durée. - La durée moyenne de la fièvre récurrente se déduit de ces données : deux accès fébriles de 5 à 6 Jours chacun, séparés par une période apyrélique d'environ 10 jours. Elle serait donc de 20 jours. Mais la fréquence d'une troisième et même d'une quatrième rechute empêche d’autoriser la sortie du malade avant le quinzième jour d'apyrexie complète.
Symptômes digestifs. — Dès le début de la maladie, l’anorexie est la règle: elle dure toute la période fébrile et reparaît à chaque accès. I est au contraire remarquable de voir combien l'appétit renaît vite, aussitôt après la crise. Pendant les accès, la langue saburrale, blanche el épaisse au milieu, rouge sur les bords reste presque toujours humide, contrairement à ce que l’on observe dans le typhus exanthématique et dans la fièvre tvphoïde.
La sensalion pénible qu'accuse le malade à la palpation de l’estomac et de l’abdomen pendant les accès, paraît due au voisinage de la rate et du foie, dont l'hypertrophie douloureuse constitue un des symptômes les plus importants de l'infection. | |
Les vomissements, fréquents au cours des accès, sont presque constants dans les cas accompagnés d'ictère. Ce sont des vomissements bilieux, rarement alimentaires; ils s’accompagnent habituellement de nausées pénibles el de douleurs épigastriques. Le ventre est souvent et légèrement météorisé, à cause de la constipation si fréquente.
Symptômes hépatiques et spléniques. -- Dès le début de laccès, le foie s'hypertrophie, la palpalion en est douloureuse. Fréquemment même, celle douleur hépatique est spontanée. L'hypertrophie et la sensibilité du foie sont surtout marqués pendant les accès: mais elles existent parfois
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aussi après la crise. Ordinairement, au moment de celle-ci, le foie diminue rapidement de volume, pour augmenter à nouveau lors de la rechute. La douleur rétrocède moins vite que Fhypertrophie et l'on peut presque tou- Jours la retrouver pendant les périodes d’apyrexie; on la note même parfois encore chez le convalescent. L'intensité de cette douleur est variable: elle peut être tellement vive au cours des aecès qu'avec l'hypertrophie concomitante elle égare un médecin non prévenu et le fait songer à une complication du côté de cet organe.
L'ictère, plus ou moins prononcé, ne s'accompagne pas de rétention bihaire: les selles restent colorées; l'agent pathogène agit sur la cellule hépatique même el la détruit. Les malades atteints d'ictère présentent presque toujours des vomissements bilieux ou même noirâtres qui pourraient, dans les pays où celte maladie existe, faire penser à la fièvre jaune. L'ictère débute souvent dès le premier accès et dure toute la période fébrile ; 1l rétrocède pendant la période d’apyrexie, pour subir une nouvelle poussée au moment des rechutes.
La rate présente des modifications parallèles: ses variations de volume sont même plus variées que celles du foie. Dès le début de l'accès, la rate devient nettement perceplible à la palpation; au bout d’un jour ou deux, elle atteint fréquemment la ligne médiane et descend jusqu’à la hauteur de l’ombilic. Cette hypertrophie de la rate est plus rapide et plus considérable que dans le paludisme; elle offre de plus cette particularité d'être douloureuse à la pression; c'est là un des symptômes les plus importants pour le diagnostic.
La rate ne revient point à ses dimensions normales el reste presque toujours douloureuse à la pression entre les accès. Cette douleur splénique persiste parfois longtemps pendant la convalescence.
Symptômes respiratoires. — Les troubles de l'appareil respiratoire sont peu marqués : bronchite diffuse, congestion el engorgement des bases. Certaines épidémies cependant sont remarquables par la fréquence de ces complications pulmonaires.
Symptômes circulatoires. — Dès le début de la maladie, le pouls devient fréquent. On compte, pendant la période fébrile, de 120 à 150 pulsations. La courbe du pouls est parallèle à celle de la température, exagérant même encore les écarts constatés pendant les diverses périodes de la maladie. Ordinairement, le ralentissement des pulsations succède à la crise de défervescence et ne la précède point. Pendant les apyrexies, on constate une bradycardie assez marquée; le nombre des pulsations peut descendre jusqu'à 60 et même 50. Le pouls se relève à la normale dès la convalescence. Au cours de ces variations de rythme, il reste toujours plein et bien frappé; on ne note pas de modification appréciable des bruits cardiaques.
Symptômes nerveux. -— Les symptômes nerveux sont ordinairement peu accentués. Si, dans quelques cas, on observe un élat typhoïde assez marqué, accompagné de prostration, d’abattement, de stupeur même, dans la majorité des cas, cel élal typhoïde manque. Pendant la période qui précède el suit la défervescence, on note seulement de l'asthénie. Presque
CH Nicorre et L. Brarzor.
toujours, même au plus fort de l'accès, le malade conserve son intelligence enlière, el celle lucidité contraste avec la température élevée et l’acuité des symptômes généraux. ;
Toutefois, celte absence de signes nerveux n’est point constante; dans quelques cas, on observe un véritable syndrome méningé; dans d’autres, le malade présente au complet l’état de prostralion et de stupeur, qui est habituel dans le {yphus; parfois même on observe un délire plus ou moins violent et qui peut revêtir le Lype onyrique à forme ambulatoire.
Symptômes urinaires. -— La fièvre récurrente retenlit d’une façon marquée sur le rein. Pendant les paroxysmes, l’excrélion urinaire est diminuée. Il se produit au moment de la crise une polyurie parfois très abondante. On constate souvent une albuminurie transitoire. Celle albuminurie est rarement considérable et disparaît à la fin de la maladie.
La diazo-réaction d'Ehrlhich est le plus souvent négalive. Presque aussi fréquemment que l’albumine, on décèle la présence de pigments biliaires dans les urines; elle se constate même dans les cas où lictère n’est point appréciable à la vue; les pigments deviennent particulièrement abondants dans les formes bilieuses. 5
L'examen microscopique de l'urine y montre souvent des cylindres, parfois des globules rouges. Quelques auteurs y auraient trouvé des spirilles.
Symptômes cutanés. -— Pendant les périodes fébriles, la face est habiluellement rouge et congestionnée, les conjonctives injectées. Lorsque le malade a présenté plusieurs accès successifs, son teint devient pâle et terreux, semblable à celui des impaludés. Au début, on note fréquemment de l’herpès labial.
Les sueurs profuses sont un des signes les plus constants. Elles surviennent à peu près chez tous les malades au moment des crises. On n’observe habituellement pas d’exanthème.
Symptômes de l'appareil locomoteur. -- Presque tous les malades accusent une courbalure généralisée comme premier symptôme: Dès le début de laccès, ils éprouvent des douleurs musculaires et articulaires extrêmement vives. Ces douleurs persistent encore souvent après la défervescence.
Sang. — Le sang présente des modifications assez accusées. C'est d'abord une déglobulisation, de plus en plus marquée à mesure que les accès se répèlent. Le nombre des globules rouges peut s’abaisser à 2 500 000. L'hémoglobine diminue d’une façon parallèle, la valeur globulaire restant normale. |
On trouve presque loujours au moment des accès une leucocylose assez accentuée (15 à 25 000 globules blancs). La formule leucocytaire s'éloigne peu de la normale. Il existe le plus souvent une polynucléose relative. La résistance globulaire paraîl également augmentée; mais aucune de ces modificalions sanguines n’est assez conslante, ni assez importante pour relenir l'attention.
Formes cliniques. — On les a multipliées suivant l'intensité d’un symplôme ou la localisation plus spéciale à un organe. Une seule mérite d'être retenue à cause de sa fréquence et des modifications qu'elle apporte
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à l'aspect du malade, lorsque le retentissement de l'infection sur le foie imprime à la maladie une allure vraiment particulière.
Cette forme bilieuse appartient surtout aux cas graves. Elle est caractérisée par un iétère plus ou moins accentué, qui se montre le plus souvent au premier accès fébrile. Le foie, plus hypertrophié et plus douloureux que dans les autres formes, ne diminue pas complètement de volume après la crise. Les urines présentent des pigments biliaires dès les premiers jours de la maladie et, presque toujours, on observe de la diarrhée, des vomissements bilieux, verdâtres, parfois mème noirâtres, analogues à ceux de la fièvre jaune. Les épistaxis répétées sont de règle; quelquefois on voit se produire des hémorrhagies cutanées, gingivales ou viscérales. Enfin, ce qui, avec l'ictère, caractérise cette forme, c’est un tableau typhique accentué. La stupeur, l’état gastrique, les fuliginosités de la bouche donnent à cette forme une allure de gravité impressionnante. L'évolution cyclique de la maladie y est presque toujours modifiée et la crise moins nette. Celle-ci se fait lentement et s'accompagne d'une adynamie profonde, de ralentissement du pouls, de dépression cardiaque. Les périodes d'apyrexie sont troublées par de petites poussées fébriles:; la sécrétion urinaire reste minime el, l’état général ne s'étant pas amélioré, la rechute trouve le malade dans un état précaire. La mortalité, dans cette forme bilieuse, es! assez élevée (1 sur 5). La terminaison fatale se montre le plus souvent pendant la période apyrétique et, dans quelques cas, au cours de la convalescence. Lorsque la guérison survient, l’ictère diminue peu à peu, les urines augmentent de quantité; mais le malade ne se rétablit que très lentement.
Complications. — Les complications les plus habituelles sont l'herpès, les infections secondaires de la peau et de la cavité buccale, les adénites, l'otite, la parotidite. On note souvent aussi une tendance aux hémorrhagies. qui se traduit communément par de simples épistaxis, mais parfois par des mœlena. L'avortement est fréquent; il est suivi d'hémorrhagies utérines graves et qui peuvent entraîner la mort de la mère: l'enfant succombe presque toujours. Il y a là un trait de ressemblance remarquable avec la syphilis. Dans l’une et l’autre de ces maladies, les spirochètes infectent le fœlus qui présente à leur égard une sensibilité marquée; la mort du fœtus est la conséquence et lexpulsion suit. Dans le typhus exanthématique au contraire, en cas d'accouchement prématuré, l'enfant naît vivant.
L'inflammation de l'œil s'observe souvent pendant la convadescence; elle commence par la rétine, s'étend à l'iris et à la sclérotique. Malgré sa durée, celte complication n'entraîne généralement aucune altération de la vision.
Un accident relativement fréquent est la rupture de la rate; son augmenlation brusque de volume peut, surtout lorsqu'elle se trouve bridée par des adhérences anciennes, amener son éclatement et une hémorrhagie mortelle. Dans certaines épidémies, les complications pulmonaires sous forme de pneumonies lombaires, constituent un grave danger.
CuÆeNicoLrE el -LBraïzoT:
16 Ne FIÈVRE RÉCURRENTE.