PRONOSTIC ET DIAGNOSTIC
Pronostic. — Le lyphus récurrent est infiniment moins grave que le Lyphus exanthématique. La mortalité a parfois atteint autrefois 8 pour 100; elle était le plus souvent moindre. Le pronoslic est devenu tout à fail bénin depuis la découverte des composés arsenicaux spirillicides. On ne meurt plus de fièvre récurrente si le diagnostic a été posé à temps.
Diagnostic. — Au début, aucun symptôme ne permet de poser le diagnoslic: la maladie ressemble à la plupart des pyrexies et pourrait être confondue avec la grippe. À la période d'état, le diagnostic clinique est souvent facile. Trois symptômes dominent en effet le tableau et l'éclairent : lièvre élevée, hypertrophie douloureuse du foie et de la rate. À ces symplômes, viennent s'ajouter encore d’autres signes de moindre importance : céphalée, courbature, pouls rapide, bon élat général, conservation des facultés intellectuelles, langue humide, constipation. Enfin, lictère, lorsqu'il existe, constitue une présomption importante. Cependant, le diagnos- Lic resterait souvent hésitant, si l’évolution caractéristique de la maladie ne venait après quelques jours lever tous les doutes. Il n’est pas besoin d'attendre cette confirmation; le diagnostic sera posé systématiquement, d'une façon précoce, par l'examen du sang.
Des maladies avec lesquelles la confusion est la plus fréquente, la première est le Lyphus exanthématique. Les deux infections se développent dans les mêmes régions et dans les mêmes conditions, ce qui peut rendre la connaissance des premiers cas d’une épidémie, malaisée. La distinction se fera surtout par l'évolution de la maladie, les rechutes jugeant défimtivement entre les deux affections. La crise de défervescence s'accompagne de sueurs beaucoup plus abondantes dans la fièvre récurrente. Dans le Lyphus exanthématique, on ne trouve pas une augmentation hépatique el splénique aussi considérable; la douleur à la pression de l'abdomen y est beaucoup moins vive el ne se localise pas au foie et à la rate. Les symptômes généraux du {yphus, en particulier les symptômes nerveux, sont plus accentués; l’obnubilation des facultés intellectuelles contraste avec la conservalion de l’intelligence, que l’on rencontre habituellement dans la spirillose. Cependant, dans certains cas de fièvre récurrente grave ou avec exanthème, le diagnostic demeurerait impossible en dehors de Fexamen microscopique.
Le paludisme risque souvent d’être confondu avec la fièvre récurrente. Lorsqu'il s'agit de fièvre intermittente à accès francs, le diagnostic est vite posé; mais, lorsqu'il s'agit de rémitltente palustre, la différenciation peut devenir beaucoup plus délicate. L'intensité de la fièvre, la crise de défervescence, l'accès sudoral, l’état général, l'hypertrophie de la rate, tout semble contribuer à rendre le diagnostic différentiel impossible. Cependant, on remarquera que les douleurs hépatique et splénique sont plus vives dans la fièvre récurrente, qu'un frisson plus violent à ordinairement marqué le début de l'accès malarique: enfin, l'efficacité des sels de quinine Dont en
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aide au diagnostic. Il est cependant de nombreux cas où, seule, la recherche des parasites dans le sang permet de se prononcer.
La fièvre typhoïde et les fièvres paratyphoïdes sont ordinairement moins difficiles à distinguer de la spirillose. La prédominance des symptômes intestinaux, la diarrhée, le début plus lent, une hypertrophie beaucoup moins considérable de la rate et du foie sont des signes ordinairement suffisants pour permettre l’élimination. L'élat général et lictère constituent les seuls symptômes qui, dans certains cas, pourraient laisser un doute, facile encore à lever par l'examen microscopique.
La fièvre méditerranéenne est parfois difficile à distinguer de la fièvre récurrente. Les douleurs articulaires, les crises sudorales, les rechutes, l'état général assez bon malgré la fièvre sont des symptômes communs el qui peuvent amener une confusion. Un bon symptôme différentiel sera Fabsence habituelle d'hypertrophie de la rate dans la fièvre méditerranéenne. L'examen du sang y montrerail en outre une mononucléose qu'on ne rencontre pas dans la spirillose.
La spirochétose ictérohémorrhagique ne donne pas le tableau d'accès aussi typiques que ceux de la récurrente. L'iclère y est constant, les symptômes rénaux dominent, les hémorrhagies y sont aussi plus importantes. En cas d'incertitude, la recherche des spirilles dans le sang lèvera, si elle est positive, l'hésitation en faveur de la récurrente: l’inoculalion des produits (sang, urines) au cobaye tue celui-ci avec des lésions typiques s'il s’agit de spirochétose ictéro-hémorrhagique.
La confusion de la fièvre récurrente avec d'autres maladies aiguës comme la méningite cérébro-spinale, la grippe, la dengue, la pneumonie, ete., ne saurait être de longue durée. Des symptômes anormaux peuvent seuls faire hésiter quelque temps en présence de maladies d'évolution et de détlermination cliniques aussi différentes.
La forme bilieuse de Ia spirillose pourrait, dans certains pays, faire penser à la fièvre jaune; c'est une difficulté de diagnostic qui n'existe que dans certaines régions et que le microscope au demeurant lèverait.
La recherche des spirilles dans le sang pendant les accès est, en définitive, le moyen fondamental et infaillible de diagnostic de la fièvre récurrente.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
La rate est loujours augmentée de volume: son parenchyme ramolli, mais non liquéfié; la pulpe splénique de couleur bleu foncé. Les follicules sont modérément tuméfiés; ils présentent une teinte grise et tranchent moins sur le fond de l'organe qu'à l’état normal. On y trouve plus souvent des infarctus hémorrhagiques que dans la fièvre typhoïde. Ils peuvent se ramollir, se transformer en une masse purulente et ces foyers sont capables de déterminer une périlonite suppurée.
Le foie est volumineux. Les reins tuméfiés, à parenchyme mou, présentent une substance médullaire hypertrophiée. Le cœur est flasque: le myo-
Ca-Nicorire et: LL. BLAïZzOT:
carde pâle, couleur feuille morte, friable. La moelle osseuse, ramollie, offre, par foyers, une coloration puriforme.
L'examen microscopique montre une grande quantité de cellules granuleuses qui-déterminent des obstruetions vasculaires dans la rate/et la moelle osseuse. Ponfick a établi que, dans le cinquième des cas, la mort survenait par rupture de la rate. 8 pour 100 des décès sont imputables à la myocardite: les autres succèdent aux complications respiratoires (broncho-pneumonie, pneumonie).