IMMUNITÉ
Une première atteinte de fièvre récurrente confère d'ordinaire à sa suite une immunilé solide. Le sérum des sujets guéris immobilise et agglutine les spirochètes in vitro; en outre, il jouit de propriétés préventives; comme tel, il peut protéger une sourfs à laquelle on l’inocule en même temps qu'une
Cu: NicozrEe et L. BExIzoT.
soute de ‘sang infectieux. L’immunité, invincible dans les premiers jours qui suivent une première atteinte, faiblit à la longue. Nous manquons à ce sujet de données certaines sur l’homme, mais nous avons pu constater nous-mêmes le fait sur des singes inoculés expérimentalement. De sept macaques, infectés une première fois par nous, quatre élaient de nouveau réceptifs au bout de délais variant de à mois et demi à 8 mois et demi après la première atteinte; un de nos singes put même être rémoculé positivement une troisième fois. ;
ÉTIOLOGIE
Les conditions de développement de la fièvre récurrente sont celles du Lyphus exanthématique : misère, disette, saleté, mauvaise hygiène individuelle ou collective, entassement. En dehors de ces conditions, linfection choisit presque exclusivement ses sujets parmi ceux que leur profession met en contact avec des malades ou les objets qui leur ont servi : médecins, infirmiers, blanchisseurs, agents de police, habitués des asiles, aubergistes. Bref, sa contagion obéit exactement aux mêmes lois que celles du Lyphus exanthématique el cela est naturel, puisque les deux maladies sont transmises par les poux.
Les premiers chercheurs ont cependant cru trouver chez d'autres insectes, puces, punaises, elc., les agents propagateurs de la fièvre récurrente. Ce fut dans ce sens que S'orientèrent en particulier Tictin (1897), Karlinski (1902), Schaudinn. Mais l'attention se trouva également portée vers les poux. Mackie (1908), Graham (1909) Bousfield (1911), les ont successivement incriminés sans apporter de preuves valables. Il à fallu les recherches d'Edmond Sergent et Foley pour que cette doctrine s’'appuyât sur des expériences valables.
Ces derniers auteurs, étudiant une épidémie du Sud-Oranais, éliminèrent par une enquête scrupuleuse l'action des puces, punaises, argas et abou- Lirent à une seule hypothèse possible celle du pou. Ils apportèrent en outre, à côté de cinq essais négatifs de reproduction de la maladie chez l'homme el le singe avec des inoculations du produit de broyage de poux nourris depuis 55 heures à 7 jours sur l'homme malade, deux expériences de même ordre posilives (poux inoculés 5 et 6 jours après le repas infectant). [ls virent aussi la fièvre récurrente paraître chez deux hommes qu'ils avaient enveloppés de couvertures empruntées à des malades.
Ces intéressantes constatations, qui font date dans l'histoire étiologique de la spirillose humaine, semblaient cependant contredites par léchec de tous les auteurs qui avaient tenté la reproduction de la maladie chez l’homme el le singe par la piqûre de poux nourris sur des individus atteints de fièvre récurrente. À ee point de vue, Edm. Sergent et Foley avaient apporté eux-mêmes des faits négatifs; les résultats obtenus par l’inoculation de poux broyés n'expliquaient pas le mécanisme de la conta: oion naturelle. |
Nous avons repris celle étude à Finstitut Pasteur de Tunis en apportant
ÉTIOLOGIE. Fase; V. — 51
à la solution du problème deux avantages nouveaux : l'emploi de lPultramicroscope, non utilisé par nos devanciers et sans lequel la recherche des spirilles est tout à fait incertaine (à tel point qu'on ne peut faire état des résultats négatifs), et une bonne technique d'élevage des poux, à laquelle nous avaient conduits les expériences antérieures qui nous avaient permis d'établir la transmission -du Lyphus exanthématique par les mêmes parasites.
Nous avons, en premier lieu, prouvé définitivement l'innocuité de la piqûre des poux, en multipliant les essais sur le singe el sur lhomme et en variant les conditions de ces expériences. Un homme, entre autres, dans
Sang humain
1noCu/afion-
ne pursubineanss, dourPo Ge Kièvre récurrente éxpérimentale ra te PET san d’un singe infecté par inoculation de sang de aucun inconvénient 6615 piqûres lie
par sept séries de poux nourris
depuis quelques heures à 20 jours sur des gens ou des singes malades. Dans des recherches plus récentes, ce nombre de piqûres inefficaces par poux cependant infectieux a été porté pour le même individu à 20000.
Nos prédécesseurs n'avaient jamais constalé chez les poux infectés la présence de spirilles; des examens pra- Liqués peu de temps après la conlamination les montraient déjà absents.
Nous avons suivi patiemment la disparition des spirochètes ingérés par nos poux lors du repas infectant el constaté qu'elle était complète après quelques heures. Les jours suivants, lPultra-microscope confirmail leur destruction. Mais, poursuivant # SES 2 plus loin nos recherches, nous Îles D eee hiceté par inpeulaton 2005 Ya réparalire entre le 8° .el
d’un pou virulent. le 1% jour sous forme de spirilles
| très fins et très mobiles et qui ac-
HET RDHIDHE DEEE
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SR LPS == = == ==
quièrent en quelques jours la dimension des spirilles adultes du sang. Ces nouveaux spirilles sont virulents pour l'homme et le singe. Leur persistance chez le pou ne paraît pas excéder 8 jours. Après ce délai, ils disparaissent à nouveau et, semble-t-il, pour toujours, car, à dater du 20e jour, nous n’en avons plus rencontré. :
Ces spirochèles du pou sont localisés à la cavité lacunaire de l’insecte le
CHe Nicorre et Le brizon
tube digestif, l'appareil buccal n'en montrent jamais, leurs crottes n’infectent pas le singe. L'innocuité des piqûres trouve là son explication très claire. ;
Le mécanisme de la transmission de la fièvre récurrente ‘devient-dès lors
des plus aisés à comprendre. Intact, le pou, gorgé'cependant de spirilles,
demeure inoffensif. [suffit que l'ongle du porteur le déchire(") pour que les
spirilles mis en liberté pénèlrent par la plus petite excorialion de la peau que réalisera le grattage ou bien par souillure de la conjonclive avec le doigt contaminé. Une infection falale s’ensuivra. Nous avons. réalisé ces deux modes de contagion sur l’homme, au moyen de poux infectés depuis 9 jours.
Une expérience positive nous a montré que l’hérédité de linfection s’observait chez l’insecte et que la maladie pouvait être reproduite par l’inoculation de poux de la seconde génération.
L'un de nous a repris récemment ces expériences
de préciser avec plus de rioœueur le parallélisme de , Run l'évolution des spirilles chez Evolution des spirochètes chez le pou telle que la Red ] démontrent les examens des coupes (Ch. Nicolle et le pou et de la virulence de Ch. ILebaïlly). cel insecte. Ces nouvelles Fig. 1. — Pénétration des spirochètes ingérés dans : k L FE GP MNT E ele D Qo “echerches, pratiquées les cellules stomacales. rech ee ches,] 1 Fig. 2. — Localisation des spirochètes reparus dans exclusivement sur le singe,
les espaces lacunaires des pattes. | ont montré que du 4% au
4 jour (inclus) qui suivent
le repas infeclieux, ie pou ne montre pas de spirilles et qu'il n'est pas
virulent; que la virulence paraît le 5e et le 6° jours, alors que des examens
répétés à l’ultra microscope n’y font pas encore voir de spirilles el que,
vers le 10° ou le 19 jours, lorsque les spirilles ont atteint les dimensions de ceux du sang, la virulence devient nulle.
1. Des recherches encore plus fines, pratiquées par Cu. Lepaizzy et l’un de nous;
ont montré que, chez le pou infecté, les spirochètes se localisent presque exclusivement aux espaces lacunaires des pattes. La fragilité de celles-ci est extrême. Le plus petit traumatisme de l’ongle les brise. Le liquide lacunaire, riche en spirochètes virulents, souille aussitôt la peau excoriée. (Cf. les deux figures de cette page.)
avec G. Blanc dans le but
ORNITHODORUS MOUBATA. Fasc. V. —
En rapprochant ces constatations du résultat des expériences antérieures réalisées sur l’homme, on est amené à conclure que c’est avant leur réapparilion, alors qu'ils sont encore invisibles et aux premiers jours de celle-ci, lorsque leur taille minuscule n’a point acquis son complet développement, que les spirilles se montrent exclusivement virulents.
Le pou de la tête se comporte comme celui du corps.
L'éiologie de la fièvre récurrente, le mécanisme de sa transmission par les poux ont trouvé dans ces expériences leur éclaircissement définitif,
Livingston le premier, en 1857, fit connaître l'existence dans l'Afrique tropicale d’une maladie particulière succédant aux piqûres des tiques. Dutton et Todd, au Congo (1905), puis Koch, dans l'Afrique orientale allemande, démontrèrent que celle maladie était une spirochelose et qu'elle était transmise par Ornithodorus moubata. Son agent pathogène porte le nom de Spirochaete Duttoni.
| ORNITHODORUS MOUBATA
Les deux genres Ornithodorus et Argas forment le groupe des Argasidlae, qui se distinguent des autres tiques (fxodidae) par la position de leurs pièces buccales; elles sont placées chez les Argasidae à la face inférieure du corps, chez les Ixodidae à l'extrémité antérieure de ce dernier. Tandis que les Ixodidés s’attachent à demeure à leur hôte, les Argasidés viennent piquer rapidement leur proie, de préférence la nuit et se retirent ensuile dans leurs cachettes.
Le tégument des argas est foncé, celui des ornithodores porte de petits tubercules. Les parois dorsale et ventrale, chez les argas, se réunissent suivant un angle aigu; chez les ornithodores, elles forment un bord arrondi. Ornithodoltus moubata est dépourvu d’yeux, tandis qu'une espèce voisine, Ü. savignyi en porte deux paires.
Un O.‘moubata adulte, qui vient de se gorger, mesure environ 12 millimètres de longueur sur 10 de largeur et 7 d'épaisseur. Ses œufs sont déposés par petits amas de 40 à 50, leur forme est presque sphérique, d'un diamètre de 0 mm. 8. Au 15° jour, l'œuf s'ouvre, mais la larve (hexapode) y: demeure pour y subir une prémière mue; elle en sort au 20° jour sous forme de nymphe et, 5 ou # jours plus tard, elle est apte à sucer le sang des mammifères. Elle atteint sa maturité sexuelle au bout de 2? mois.
Les tiques vivent dans les fentes .du sol en terre battue des cases indigènes, en particulier celles où les caravanes de voyageurs s'arrêtent pour passer la nuit. Elles se tiennent aussi dans les nattes, les paillons, Îles chaumes des toits. Elles piquent les hommes et les animaux endormis. Leur piqûre est douloureuse et détermine une rougeur el une tuméfaction locales.
Cu. "Nrcoëce-et LL. BLaAizor.
N Janvier 1911 ATP 3 À ES TE Fevrter 1911:
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