II. — BILHARZIOSE ARTÉRIOSO-VEINEUSE
Cette maladie, caractérisée par une hypermégalie hépatique et splénique et des troubles dysentériformes, est due à la présence dans les vaisseaux sanguins, artères el veines, du Schistosoma japonicum Katsurada, 1904, dontles œufs accumulés dans les organes provoquentles symptômes signalés ci-dessous. |
Cette affection est souvent étudiée dans les ouvrages, sous les noms de bilharziose sino-japonaise et de maladie de Katayama, du nom d'une localité japonaise où la maladie est très fréquente chez l’homme et chez les animaux.
C'est en 1888 que Majima, de Tokyo, découvrit des œufs d’un parasite nouveau dans une cirrhose particulière du foie bien connue des médecins japonais. En 1904, Katsurada reconnut que les œufs trouvés dans les selles des malades sont bien ceux d'un trématode, car ils renferment un miracidium voisin de celui du Schistosoma hæmatobium. I ne trouva pas la forme
i. Indication transmise par le D' H. Cabre, de la Basse-Terre (Guadeloupe).
BILHARZIOSE ARTÉRIOSO-VEINEUSE. Fasc. V. — 355
adulte à l’autopsie d’un malade, mais il fut assez heureux pour la trouver dans les vaisseaux sanguins de deux chats de la zone endémique.
Quelques mois plus tard, Catto trouva l’animal adulte et les œufs chez un Chinois, mort du choléra à Singapour. |
Cette bilharziose existe en diverses provinces du Japon (Bingo, Yamanoshi, Hiroshima, Saga, etc.), où elle est connue cliniquement depuis longtemps; en Chine, dans les provinces du Fo-Kien (Catto), du Hounan (Logan); aux îles Philippines, où elle a été signalée deux fois (Wolley, Phalen et Nichols). La maladie se rencontre généralement dans les pays bas inondés, jamais dans les régions élevées ou montagneuses.
Étiologie. — Le ver qui détermine cette maladie est le Schistosoma japonicum, qui diffère de deux autres espèces parasites de l’homme par sa taille un peu plus petite et la nature de ses téguments. Comme toutes les bilharzies, ce ver se distingue des autres trématodes, qui sont hermaphrodites, par l’existence d'animaux mâles et d'animaux femelles ainsi que par l'existence d’un tube digestif dont les deux branches se soudent en arrière du corps en une branche unique, par des œufs dépourvus de clapet et l'absence du canal de Laurer.
Le mâle (fig. 15) mesure de 9 à 12 millimètres de . long sur 0,5 à 1 millimètre de large, suivant qu'il est enroulé ou étalé; il possède 6 à 8 lobes testiculaires. La femelle mesure 12 à 15 millimètres de long sur
0 m.3 de large. (os Les ventouses dans les deux sexes et la face ven- Fig: 15: — Schisiosoma
> : ; japonicum mâle grossi trale du mâle sont pourvus de petits spicules, le 7 fois. D'après Manson.
reste des téguments est lisse. La femelle pond des œufs longs de 60 à 75 u, larges de 45 à 55 , pourvus d’un éperon obtus très petit passant généralement inaperçu.
Dans la pratique, on peut considérer ces œufs comme dépourvus d’éperon, ce qui permet de les distinguer facilement de ceux des autres espèces parasites de l’homme. Ces œufs renferment un embryon miracidium tout formé au moment de la ponte.
Ce ver vit dans le système veineux et le système artériel de l’homme, du bétail, de Bossinicus, du cheval, de la chèvre, des porcs, des chats et des chiens dans les conditions naturelles, et chez les singes, lapins, cobayes, rats et souris dans les conditions expérimentales (Katsurada, Fujinami, Narabayashi, Yokogawa, etc.).
Les œufs sont pondus dans les vaisseaux'sanguins et beaucoup d’entre eux restent dans les organes et les tissus où ils sont destinés à périr et à se calcifier. Seuls ceux qui atteignent la paroi de l'intestin ont des chances de pouvoir être rejetés à l'extérieur et de poursuivre leur évolution.
Ce trématode peut se trouver en grand nombre chez l’homme. Plus de 20 000 exemplaires ont pu être récoltés chez un cheval infesté expérimentalement (A. Fujinami).
E. Brumpr.
394 LES BILHARZIOSES,
On ne connaît pas exactement la longévité du S. japonicum chezl’homme, mais chez le cheval on estime qu'il ne vit guère plus de 270 jours. Cettelongévité varie suivant les hôtes et les organes infestés (Narabayashi, 1916).
Ce trématode renferme des ferments, notamment une diastase et un corps protéique voisin de la trypsine qui digère l’albumine en milieu alcalin. La méthode optique d’'Abderhalden ne permet pas de mettre en évidence les ferments dans le sang des animaux infestés. Sueyasu, en 1916, a obtenu la fixation du complément en utilisant le sérum d'animaux guéris.
L'évolution (fig. 4, page 517) de ce ver est bien connue depuis les travaux de Miyairi et de Suzuki, en 1915. Les découvertes de ces auteurs ont été le point de départ des travaux de contrôle de Leiper et Atkinson (1914) et ont ensuite permis à Leiper de découvrir, en Égypte, le cycle évolutif de deux autres espèces de bilharzies parasites de l’homme: S. hæmatobium et S. Mansoni. Les œufs du S. japonicum, éliminés dans le tube digestif, gagnent le milieu extérieur. L'éclosion a lieu quand les selles sont diluées dans l’eau, le miracidium est alors mis en liberté. Cette éclosion se produit parfois dans l'intestin de lhôte et l'embryon peut être pris pour un infusoire cilié. Les œufs peuvent rester vivants pendant 10 jours dans des selles s0lides (Leiper-et Atkinson).
C'est en partant de déjeclions de moutons parasités que Mivairi et Suzuki, en 1915, ont constaté que les miracidium nageant librement dans l’eau sont attirés par un petit mollusque brun, très répandu au Japon, le Bland/fordia japonica (Adams 1861) (— Xatayama nosophora Robson, 1915). Ce mollusque (5, 4, fig. #) exerce une attraction intense sur les miracidiums qui en quelques minutes se fixent sur la tête et le pied du mollusque qu'ils irritent fortement. Parmi les centaines d'embryons fixés, un seul, rarement deux; ainsi qu'il semble résulter des études de Tanabe et de Yokogawa, évoluent complètement. te
Le miracidium se transforme en Sporocyste, lequel donne environ cinquante Sporocystes fils cylindriques dans lesquels les cercaires sont disposées sur une file. Ce cycle s'effectue chez le mollusque en 3 semaines. Toutes les cercaires d’un même sporocyste sont du même sexe\et, comme le plus souvent un seul sporocyste primitif se développe chez un mollusque, on observe dans les infestations expérimentales, par une seule Bland/fordia, des bilharzies d’un seul sexe (Tanabe, Yokogawa).
Les cercaires de la bilharzie japonaise diffèrent peu de celles des autres bilharzies, il est cependant possible de les différencier (Leiper, Gort) : elles sont dépourvues de bulbe pharyngien, présentent une queue bifide (furcocercaires); le corps mesure une longueur totale de 550 & et peut -être vu à l'œil nu. Ces cercaires sont éliminées par les Bland/fordia, dans les mares et les canaux, au printemps, en été et en automne. Il est probable que les cercaires non éliminées en automne attendent dans le mollusque Jusqu'au printemps suivant.
Ces cercaires meurent rapidement si elles ne rencontrent pas un hôte favorable. Narabayashi a constaté qu'elle fuient la lumière et qu’elles ne peuvent vivre au-dessus de 50° ou au-dessous de %. Elles meurent rapidement dans le suc gastrique artificiel, dans l’eau salée à 10 pour 100; elles
BILHARZIOSE ARTÉRIOSO-VEINEUSE. Fasc. V. — 535
succombent en une demi-heure dans l’eau de chaux à 1 pour 1000. On peut facilement étudier leur structure à frais et en s’aidant des colorations vitales au brun de Bismarck et au rouge neutre. Elles pénètrent activement à travers la peau dès que la température de l’eau atteint 20° C.
Ces cercaires sont très ubiquistes et traversent la peau de l'homme et d’une foule d'animaux sensibles et même réfractaires comme les canards et les grenouilles ; chez ces derniers animaux elles n’atteignent pas le système porte. Elles peuvent même pénétrer dans des fragments de peau de rat, de souris, de poulet (Fujinami ét Sueyasu, 1917). Trois jours après l’infestation par la voie cutanée on peut trouver des parasites de 150 dans le système porte. On peut reconnaître le sexe dès que les animaux mesurent de 500 à 1000 UE
Les animaux s'accouplent vers le 20° jour et les femelles pondent des œufs vers la troisième semaine.
Après avoir traversé la peau des animaux de laboratoire, les cercaires, qui ont perdu leur queue, suivent la voie veineuse, traversent les poumons et, par la grande circulation, arrivent finalement dans les vaisseaux où elles deviennent adultes (Miyagawa). D'après Narabayashi (1916), ce cycle est exceptionnel. Les cercaires, jetées dans les poumons par les artères pulmonaires, quittent ces organes el
cheminent par le médiastin postérieur Jusqu'au Fig, 14. — Cangue pour infoie et aux divers vaisseaux où elles se fixent. fecter les animaux avec les La voie lymphatique est peu favorable, car ‘rcaires du 8. japonicum
ae ii : D’après Katsurada et Hasles cercaires sont détruites dans les ganglions. hegawa (in Langeron).
Le cycle évolutif bien connu de ce parasite nous permet de comprendre toutes les conditions étiologiques générales et individuelles, qui favorisent le développement de cette maladie saisonnière qui se contracte du printemps à l'automne (Katsurada). Les cercaires vivent dans l’eau, s’attaquent aux gens qui se baignent et en particulier à ceux qui travaillent dans les rizières et les canaux d'irrigation où abondent les mollusques spécifiques et les déjections de l’homme ou des animaux domestiques. La contamination peut se faire à n'importe quel âge, et, si dans les régions endémiques les enfants et les jeunes animaux domestiques sont plus infectés que les adultes, cela tient à une immunité active acquise par ces derniers (Fujinami, 1917). L'homme est plus souvent infecté que la femme parce que, par son travail, 1l est plus exposé qu'elle à la contamination.
L'infection peut être congénitale, Narabayushi a observé des œufs de Schistosoma japonicum dans les selles de 5 enfants nouveau-nés dont les mères avaient travaillé pendant leur grossesse dans les rizières contaminées. L'infection du fœtus s’observe également chez les animaux tels que le chien et le cobaye (Fujinami et Makansura, Narabayashi).
Pathogénie et anatomie pathologique. — Les vers adultes vivent indif-
féremment dans les veines et dans les artères; la présence d'œufs dans les ganglions lymphatiques permet de penser que des femelles fécondées
E. BruMPT.
236 LES BILHARZIOSES.
erratiques peuvent vivre parfois dans les vaisseaux lymphatiques. La distribution des œufs dans les organes est très variable suivant les localisations du parasite. Les organes macroscopiquement et microscopiquement les plus altérés sont le foie, l'intestin et la séreuse péritonéale.
À l’autopsie on constate, sur le cadavre, des signes de péritonite chronique avec ascite; le mésentère et les franges épiploïques sont épaissis et
OEuf Début de OEuf sclérose.
OEuf dans anneau scléreux.
Veine sushépatique.
Fig. 15. — Coupe de foie humain. Original.
parfois adhérents; la cavité du petit bassin est parfois envahie par du tissu fibreux.
Le foie, cirrhotique, entouré d’une capsule épaissie, est souvent volumineux, parfois légèrement atrophié.
La ‘lésion histologique des organes a été étudiée par Miura, Katsurada, Brumpt, Letulle et Nattan-Larrier. Ces lésions sont dues surtout aux œufs embolisés dans les organes, très rarement aux vers adultes. La capsule du foie très épaissie renferme des œufs en assez grand nombre. Le parenchyme hépatique présente des nodules parasitaires limités par un anneau scléreux et surtout une cirrhose très étendue périportale. Des travées fibréuses longues, minces, irrégulières, plus ou moins bourrées d'œufs, réunissent les divers espaces portes entre eux et prennent la place du tissu hépatique. Les grosses veines portes présentent parfois de l’endophlébite.
Les lésions intestinales sont relativement peu importantes, malgré le grand nombre d'œufs qu'on y observe. En certains points, la couche glandulaire est détruite et laisse tomber, dans la lumière de l’intestin, les œufs accumulés dans le chorion; dans d’autres points, les culs-de-sac glandulaires
BILHARZIOSE ARTÉRIOSO-VEINEUSE. Fasc. V.
sont kystiques. On n’observe pas dans la sous-muqueuse les curieuses altérations d’endophlébite décrites par Letulle dans la bilharziose intestinale à S. Mansoni. Les couches musculeuses longitudinales et transversales renferment des œufs en assez grand nombre, mais beaucoup moins que la sous-muqueuse. La séreuse péritonéale et la couche cellulaire péritonéointestinale renferment beaucoup d'œufs par endroits sans aucune lésion veineuse. On observe très rarement des fibro-adénomes du rectum (Kanamori). |
Les autres organes sont parfois allérés. La rate est surtout hypertrophiée el pigmentée ; le pancréas, les ganglions Iymphatiques sont sclérosés. Parfois les œufs peuvent s’accumuler dans le poumon et dans le cerveau et produire des troubles plus ou moins graves.
L'examen du sang peut mettre en évidence une éosinophilie variant de 14 à 60 pour 100 pendant la durée de la maladie. |
Quant les cercaires pénètrent dans la peau, elles produisent le plus souvent un simple point rouge mais parfois aussi une papule ou une pustule. Au point de vue histologique, on observe une infiltration cellulaire de l’épiderme, un léger œdème, une dilatation des vaisseaux et de petites hémorragies. Les vaisseaux sont entourés d’une légère infiltration de leucocytes neutrophiles et éosinophiles (Narabayashi.)
Symptomatologie. — La pénétration massive des cercaires à travers les téguments de l’homme produit un prurit assez intense qui est bientôt suivi de lésions cutanées connues dans la région endémique sous le nom de « kabure » (expériences auto-personnelles de Narabayashi).
Cette affection cutanée est provoquée par le passage des larves et aussi par leur action toxique bien que jusqu’à ce jour on n'ait pu isoler de loxine du corps des cercaires. A la suite de cette infection le malade présente un état fébrile à type généralement intermittent, la chute de température s’'accompagnant de transpiration comme dans certaines formes de paludisme. |
Cette période fébrile, qui dure de 5 à 6 semaines, s'accompagne souvent d'œdèmes passagers, d’urticaire, de douleurs épigastriques, de diarrhée ou de constipation, d’un certain degré de dépression mentale, enfin d’une éosinophilie marquée de 14 à 60 pour 100.
La seconde période est caractérisée par l’hypertrophie hépatique et splénique. Le malade anémié, maigrit, présente de faibles élévations de température et des troubles dysentériformes avec ténesme ou simplement des crises de diarrhée ou de constipation. Les œufs des parasites se rencontrent facilement dans les selles. Enfin, si l’infestation initiale a été intense, ou si le malade n'a pas acquis l’immunité, l'infection progresse, la cirrhose du foie évolue et s'accompagne d’ascite, d'œdèmes des extrémités, d’anémie, de troubles intestinaux, le malade cachectisé meurt dans le marasme après une infection ayant débuté trois ou quatre ans plus tôt.
Nous avons vu que la maladie typique est caractérisée par l’hypertrophie douloureuse du foie et de la rate, accompagnée d’ascite et de troubles dysentériformes. On peut, avec Houghton, reconnaître un certain nombre de
E. Brumer.
958 LES BILHARZIOSES.
variétés dues aux localisations des vers ou de lèurs œufs dans l'organisme. On peut observer une forme splénique avec ou sans dysenterie,.une forme cérébrale, une forme fébrile accompagnée d’urticaire et d’éosinophilie, une forme caractérisée surtout par l’éosinophilie, enfin des formes latentes, sans aucun symptôme clinique, montrant des œufs dans les déjections. |
Dans un cas cérébral, observé par Tsunoda et Shimamura, le malade avait présenté d’abord des tROubLES de la parole, de la céphalalgie, des troubles mentaux el des tremblements des extrémités supérieures et inférieures, puis plus tard des vertiges et deux ou trois accès d’épilepsie jaksonienne par jour, enfin de l'hémiplégie droite.
Jl n'existe pas de forme urinaire.
Le pronostic de cette affection est très variable suivant les cas. Dans les formes typiques, la mortalité due directement aux parasites serait de 10 pour 100, mais, en ajoutant à ce chiffre les cas de mort causés indirectement par les bilharzioses qui aggravent certaines affections, le chiffre serait probablement plus élevé (Katsurada, Castellani et Chalmers).
D'autre part, les infections intenses contractées dans le jeune âge nuisent au développement physique des individus.
Diagnostic. — Pendant la période fébrile initiale, une forte éosinophilie de 14 à 60 pour 100 survenant chez des malades habitant les zones endémiques pourra orienter le diagnostic; celui-ci ne pourra être définitivement établi que par l’examen microscopique des selles.
Les œufs du S. japonicum sont faciles à reconnaître : ils sont pourvus d’un éperon latéral très court, généralement placé de telle façon qu'il est le plus souvent invisible; ils renferment un embryon cilié. |
On peut encore faire le diagnostic, dans les cas ou les examens de selles sont négalifs, par la recherche de la réaction de Bordet, en se servant comme anligène d'extraits alcooliques de vers adultes.
Sans le secours du microscope, le diagnostic est très difficile, car la maladie simule une foule d’affections RES hépaliques, spléniques, sanguines communes dans les pays chauds.
Traitement. — Il est probable que le traitement par le tartre stibié donnera dans cette maladie les mêmes résultats que dans les autres bilharzioses (p. 522).
Prophylaxie. — Nous avons vu que le mollusque nommé Bland/ordia japonica (Adams, 1861) élimine, du printemps à l’automne, des cercaires qui infestent indifféremment l'homme et les animaux domestiques qui, à leur tour, rejettent des œufs embryonnés infectieux pour les mollusques. Tous nos efforts vont se borner à essayer de rompre ce cycle dans les conditions les plus économiques. ,
Blandfordia japonica (5,4, fig. 4) est un petit mollusque operculé, brun, long de 6 à 9 millimètres sur 2,5 à 5,4 millimètres de large et présentant 8 à 8 lours et demi de spire. Chez les exemplaires âgés la pointe est émoussée el il manque 2 ou5 tours. Il appartient comme les Melania à la
BILHARZIOSE ARTÉRIOSO-VEINEUSE. Fasc. V. — 539
famille des Mélanidés. La chair du mollusque est gris ardoisé. On observe de grandes variations de forme et de taille.
Cet animal vil en grande quantilé dans la mousse humide et l'herbe qui croît sur le bords des canaux d'irrigation ainsi que dans les rizières. Quand le niveau des eaux baisse, Blandfor dia japonica rentre son corps dans sa coquille qu'il obture avec son opercule. Dans ces conditions, le mollusque peul vivre longtemps. C'est ainsi que le professeur Fujinami de Kyoto à pu en expédier à sec, dans une boîte, au professeur C. A. Kofoid en Californie. Après cinq semaines de séjour hors de l’eau, 85 pour 100 des mollusques sont vivants (W. W. Cort.).
Il est probable que dans la nature celte résistance est encore plus grande.
Ce mollusque se reproduit une seule fois par an, à la fin du printemps ou au début de lété.
L'infestation expérimentale avec les miracidiums semble réussir dans 100 pour 100 des cas. Dans la nature, on observe 5 à 4 pour 100 de mollusques infestés, mais ce nombre peut être plus élevé et semble proportionnel à la fréquence de la maladie, soit chez l’homme, soit chez les animaux domesliques agissant comme réservoirs de virus.
Ces quelques données biologiques nous montrent que la lutte contre les Blandfordies n’est pas aisée. L'agent destructeur le plus économique et en même temps le plus utile pour l’agriculture est la chaux vive. Cette substance, en solution à 1 pour 1000 tue les cercaires en 50 minutes. Il est difficile d'empêcher les déjections de l’homme ou des animaux de contaminer l’eau des canaux où abondent les mollusques.
Les cercaires infestantes pénétrant par la peau ou avec l’eau de boisson, il faudra éviter le contact des eaux souillées, ce qui n’est pas toujours aisé durant les travaux agricoles, et boire de l’eau filtrée ou stérilisée par des procédés chimiques.
Comme une première atteinte semble conférer l'immunité, peut-être pourra-t-on arriver à préservér les individus exposés à la contamination, en les vaccinant avec des extraits de vers ou en provoquant une faible infestation naturelle. Chez l'animal, des essais d’immunisation avec le sérum d’animaux guéris ont donné des résultats négatifs (Narabayashi).
De La HA F3
Nous avons vu, dans les chapitres qui précèdent, que dans ces dernières années (1910-1917), le mystère qui enveloppait l’étiologie des bilharzioses a été éclairci. Nous connaissons le cycle évolutif des parasites et nous devons essayer de l’atteindre à son point le plus vulnérable. Le tout est de savoir si la lutte que nous voulons engager est possible et si les résultats économiques que nous en lirerons Jusüfieront les dépenses qu'il nous faudra faire. Quoi qu'il en soit un vaste champ d’études fécondes s'ouvre devant les naturalistes. Quand ils nous auront fait connaître la biologie précise, les coutumes, les ennemis naturels des miracidiums, des cercaires, des mollusques, nous pourrons entrer dans la voie des réalisations et résoudre scientifiquement les problèmes médico-économiques posés par les redoutables bilharzioses.
E. Brumrr.
Par Gustave ROUSSY et Maurice WOLF Professeur agrégé à (a Faculté de Médecine Chef adjoint de Clinique à {a Faculté de Paris. de Médecine de Paris.
Médecin de {’Hospice Ancien chef dés travaux d’anatomie pathologique Paul-Brousse. | à Strasbourg.
Le mot Cancer (1) se retrouve dans les plus vieux textes de la Médecine. Pris au sens étymologique (cancer — crabe ou écrevisse), il servait à désigner les tumeurs que les anciens comparaient à un crustacé mullipode, avec sa masse centrale, le nodule tumoral, et ses arborisations périphériques, les traînées lymphatiques irradiant dans les tissus environnants.
Peut-être aussi le mot cancer, pris dans un autre sens, s’appliquait-il à une maladie dont les douleurs rongeantes pouvaient être comparées au pincement du crabe ou de l'écrevisse.
Qu'’entend-on aujourd'hui par cancer, ou plus exactement que doit-on comprendre sous cette appellation?
La réponse à celte question n’est point aisée et l’on en est presque à dire aujourd'hui, avecles auteurs du siècle dernier, que « le cancer est aussi difficile à définir qu’à guérir ».
Une bonne définition nosographique, en effet, doit être avant tout pathogénique; on comprendra donc qu'il soit difficile de fixer d’une façon précise les limites du cadre d'une maladie comme le cancer dont la cause nous est encore totalement inconnue.
Ces réserves faites, et à défaut d’une définition, nous allons essayer, au début de cet article, de préciser ce que l’on doit comprendre aujourd'hui sous le nom de Cancer. Nous verrons ensuite quelle est la place qu'il faut lui attribuer, du moins provisoirement, dans le cadre nosographique.
Le sens donné au mot, cancer, a varié suivant les époques et varie encore suivant les pays. Il suffit, en effet, de parcourir les grandes étapes de l'histoire de la médecine pour se rendre compte des nombreuses fluctuations dont ont été l’objet les conceptions sur les tumeurs. Adoptée sans conteste jusqu’au xvur siècle l'appellation de cancer ne résiste pas aux premières tentatives de classification des tumeurs qui, avec Laennec et Lebert, prennent pour base l’anatomie pathologique. Elle revient en honneur au milieu du xIx° siècle avec les chirurgiens qui, au nom de la clinique, désignent sous le terme de cancer, toutes les tumeurs malignes, toutes celles qui progressent, qui récidivent et qui tuent.
Puis, sous l'influence des fondateurs de l’histologie pathologique, de
1; En latin cancer, en grec xapaivs.
Gusrave Roussy et Maurice Worr.
Virchow notamment, l'École allemande crée le mot de carcinome qui s'applique aux tumeurs à structure alvéolaire. En France, Cormil et ses élèves adoptent ce terme el réjéttent.entièrement celui de cancer comme étant trop vaste, trop imprécis et trop général.
« Les mots de cancer, de tumeurs cancéreuses, de vice cancéreux — dit Cornil dans son article du Dictionnaire Dechambre — n’ont plus aujourd'hui une signification scientifique définie et n'ont de valeur au’au point de vue de l’histoire médicale et de la critique Historique. C’est uniquement sous ce rapport que nous les envisagerons, en nous bornant à renvoyer le lecleur aux mots où ils trouveront la description de chacune des tumeurs confondues sous le nom de cancer jusque dans ces dernières années. »
Enfin, par un de ces remous fréquents dans l’histoire des sciences biologiques, le mot Cancer reprend à nouveau droit de cité au cours de ces vingt dernières années, non seulement en France, mais aussi à l’Étranger. |
Des associations, des sociétés, des ligues pour l'étude du cancer se fondent dans tous les pays; on y entreprend la Lutte anticancéreuse, on crée des Hôpitaux pour les cancereux, des Instituts pour le cancer; partout on s'attaque au Problème du cancer.
Le mot cancer a donc résisté à toutes les critiques; consacré par l'usage, il a acquis dans la nomenclature médicale une place qu’on ne peut plus lui discuter. | Ù
Sous le nom de Cancer nous grouperons donc une, ou plutôt des maladies communes à l'homme et aux animaux, maladiés-qui n’entrent pas dans le cadre des maladies infectieuses ou parasitaires connues, dont nous connaissons les caractères objectifs et évolutifs, mais dont nous ignorons complètement la cause. Q À
C'est la conception généralement admise en France sur le cancer tandis qu'à l’étranger, son cadre est plus restreint. En Angleterre, en Amérique, en Allemagne et dans la plupart des pays inféodés à l'école anatomo-pathologique allemande, le mot cancer est aujourd'hui synonyme de carcinome et ne comprend que les tumeurs épithéliales. Les sarcomes se trouvent ainsi éliminés du cadre du cancer, et pourtant il y a lieu de remarquer que dans les laboratoires comme dans les hôpitaux, les auteurs étrangers continuent à se servir de l'appellation générale de cancer (Jowrnal of Cancer Research; —Zeuschrift für Krebsforschung) pour désigner toutes les tumeurs malignes.
Une telle discordance dans l'interprétation des termes employés dans les différents pays est pour le moins fâcheuse et de nature à créer des confusions regreltables dans les discussions internationales; aussi serait-il désirable de voir un jour s’unifier à ce propos le vocabulaire scientifique international.
Nous pensons qu'à cause même de son imprécision, le terme de cancer mérite de conserver dans la nomenclature médicale la place que lui a consacrée l'usage depuis les temps les plus reculés, place que n’ont pas réussi à lui enlever les attaques qu’il a subies au cours des siècles derniers. A l'appui de’cette façon de voir, il y a d’autres raisons péremptoires qu’il nous faut souligner {En effet, le problème du cancer dépasse aujourd’hui de beau-
DÉFINITION. Fasc. V. — 545
coup le cadre des sciences purement morphologiques dans lequel il fut trop longtemps enserré, pour venir confiner de plus en plus au domaine de la biologie générale. Les acquisitions récentes de la biochimie et de la biophysique, le bouleversement apporté à ces sciences par la découverte des corps radioactifs el par celle des colloïdes marquent sur la route de l’évolution scientifique médicale une étape aussi importante que fut celle de la microbiologie au début du xix° siècle.
Nul doute que l’étude des tumeurs ne soit influencée par cette nouvelle orientation scientifique dont elle subit déjà les contre-coups. Venant de directions différentes converger en un point central, les données de la physique, de la chimie, de la bactériologie et de Panalono: pathologie concourent peu à peu à Jeter les bases d une nouvelle science, celle de la « Cancérologie ».
C'est dans cet esprit que nous chercherons à exposer iei, en nous adressant aux médecins comme à tous ceux qu'intéressent les sciences médicales, le vaste problème du cancer, tel qu’il se pose devant nous aujourd'hui.
Il reste entendu que nous comprendrons sous ce terme {outes les tumeurs malignes, sarcomes comme épithéliomes, c'est-à-dire les néoformations qui n'ont pas la structure des processus inflammatoires ou parasilaires connus, qui ont tendance à persister et à s’accroitre, qui sont douées de propriétés envalhnssantes et destructives, qui font des métastases, qui réciivent après ablation, qui tuent par cachexie, el qui sont inoculables en série dans une même espèce animale.
Cette définition forcément imprécise el incomplète n’est, répétons-le, que toute provisoire.
GUSTAYE Roussy et Maurice Wozr.
LE -CANOER:
He