Nouveau traité de pharmacie théorique et pratique
Le traité de pharmacie que je publie aujourd'hui, est en même temps un ouvrage de pratique et un ouvrage d'études ; il offre au praticien l'avantage trop peu commun d'un traité dont toutes les formules sont exécutables , car j'ai répété par moi- même les opérations qui s'y trouvent décrites , toutes les fois que ces opérations ont eu pour objet la préparation d'un médicament; et quand plusieurs moyens ont été proposés pour arriver à un résultat , j'ai com^ paré ces moyens , et je me suis arrêté à celui qui m'a présenté le plus d'avantages. Comme traité d'études pharmaceutiques , ce livre est en quelque sorte l'exposé des leçons de pharmacie que je fais depuis dix ans ; le but principal que je me suis toujours proposé a été d'amener les élèves à reconnaître la nécessité d'une instruction solide , pour apprécier les divers phénomènes qui se produisent pendant la préparation des médicamens. J'ai appelé constamment leur attention sur les applications nombreuses que l'on trouve à faire à chaque instant des sciences à la pratique de la pharmacie. La pharmacie est en effet un art tout d'applications ; si elle a pour objet le choix, la préparation et la conservation des médicamens, elle 1. a
II PRIÎFACE.
emprunte constaniinent aux sciences les données quiFéclairenl el qui la guident dans sa marche. Les matières trcs-variét's dont on l'ail usage comme médicamens, sont fournies par les animaux, par les plantes, ou sont des substances minérales ; le pharmacien doit les connaître exactement ; car de leur choix dépend la valeur des préparations dont elles sont destinées à devenir la base. Il emprunte à Thistoire naturelle les caractères propres k les distinguer ; la physiologie lui fournit une loule de remarques précieuses sur les circonstances les plus favorables à leur récolte. La chimie lui permet d'apprécier leur pureté, et de reconnaître les falsifications que Ton a pu leur faire éprouver. En outre, toutes ces matières médiciimenteusessont rarement employées dans l'état où la nature nous les présente : tantôt elles sont soumises à des opérations purement phj^siques , qui , sans rien clianger à leur nature , facilitent leur administration ; tantôt elles subissent , dans nos laboratoires, diverses manipulations, et, par des mélanges ou des combinaisons, y ac(|uièrent des propriétés nouvelles*, puis, livrées à elles-mêmes, elles éprouvent parfois des changemens qui les modifient, qui détruisent leurs propriétés ou leur en connnuniquent de nouvelles. C^est dans la physique, et surtout dans la chimie, que le pharmacien puise les connaissances qui lui sont indispensables pour le guider dans les diverses inanij>ulalions auxquelles il soumet les médicamens , et pour jeconnaître les altérations que ceux-ci peuvent éprouver plus tard par Taclion des agens naturels qui incessamment tendent à les détruire ; c'est par elles encore ([ue le plus souvent il apprécie avec
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justesse la valeur réelle des procédés opératoires dont ii est appelé à faire usage.
La chimie est de toutes les sciences celle dont l'application à la pharmacie est la plus patente, et c'est, sans contredit, celle qui lui a rendu le plus de services. Le pharmacien que la nature a doué de Fesprit d'observation , trouve tous les jours, dans les circonstances où il est appelé à placer les corps, un sujet d'études et d'observations . Tantôt, apportant à l'avancement de la science son modeste tribut, il forme à l'observation de jeunes élèves destinés à devenir un jour ses égaux, il éclaire quelque point obscur, ou il signale quelque réaction inaperçue ; d'autres fois , favorisé par des circonstances heureuses, plus avide de gloire et de réputation, animé d'ailleurs de ce feu sacré à qui les dieux domestiques ne suffisent plus, il abandonne les opérations trop journalières de son laboratoire, pour des recherches d'une plus haute portée. Les laboratoires modestes des pharmaciens ont ainsi concouru puissamment à l'avancement de la chimie, par les observations qui en sont sorties, ou parce que, véritable pépinière de chimistes, ils ont développé quelques-uns de ces sujets rares qui sont appelés à exercer une haute influence sur la direction et le perfectionnement de la science. Il suffirait, pour s'en convaincre, de voir combien de chimistes illustres en sont sortis, après y avoir puisé l'amour de la science et l'habitude de l'observation.
La chimie a rendu à l'art de guérir les services les plus signalés ; elle lui a fourni ses remèdes les plus héroïques. Depuis surtout qu'elle est devenue une science
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exacte , elle a singulièrement éclairé la marche de la médecine, en lui faisant connaître avec plus de précision ja composition des matières dont elle est appelée à se servir. Personne ne niera, contre Févidence, que depuis que la chimie a pénétré dans le domaine de la pharmacie, les préparations médicinales n''aient été mieux connues dans leur nature, et que le médecin n'y ait gagné la certitude d'avoir des médicamens plus semblahles à eux-mêmes : pour les substances minérales, sans contredit, chaque fois que les chimistes ont mieux étudié un corps , qu'ils ont reconnu plus exactement sa composition, qu'ils ont perfectionné son mode de préparation, ou fait connaître les différences qui pouvaient résulter pour lui de modifications apportées dans le mode opératoire, la pharmacie s'est aussitôt enrichie de ces observations. La chimie organique, quoique moins avancée, a cej)endant perfectionné l'art des médicamens, en lui fournissant des remèdes nouveaux, et en lui donnant les moyens de mieux apprécier la nature de ceux qui étaient déjà connus, ou de perfectionner leur préparation. Parce que sa marche est souvent encore incertaine, serait-il juste de nier tout le bien qu'elle a fait, serait-il sage de fermer la porte à toutes les améliorations qu'elle peut amener encore ? Le tout est de se tenir en garde contre l'enthousiasme du moment, et d'être sobre d'applications. Dans l'état de jeunesse où se trouve cette partie de la science , il faut recevoir son impulsion avec réserve : il y a souvent indispensable nécessité à faire marcher de front et l'observation du chimiste et celle du médecin : la première, quelquefois plus aventureuse, s'ap-
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puyant sur les faits observés au laboratoire, propose les modifications ; Tobservation médicale vient ensuite, plus sage, plus dégagée d'idées quelquefois préconçues , confirmer ou détruire les avantages que Ton s'était promis. C'est par cette marche seulement que la pharmacologie des substances organiques sera éclairée, et qu'elle pourra faire des progrès solides ; mais l'accord du médecin et du chimiste est indispensable pour le succès ; il peut seul donner aux observations la précision suffisante, en établissant rigoureusement la nature même de la substance qui a été employée, et en déterminant avec exactitude son mode d'emploi le plus avantageux. Il est aussi difficile au médecin de marcher sans le secours du chimiste, qu'au chimiste de prononcer sur les propriétés médicales d'une substance, ou sur le mérite d'une préparation sans en avoir appelé au médecin .
L'incertitude des applications de la chimie à la pharmacie règne surtout, avons-nous dit, quand il s'agit des matières végétales ; cependant, depuis que beaucoup de ces substances ont été mieux étudiées et mieux connues, il en est résulté de gTands perfectionfiemens pour la pharmacie. Parmi les analyses qui ont été faites des matières végétales, il en est dans lesquelles chaque principe immédiat a été isolé et étudié ; de sorte que l'on sait quels sont les véhicules les plus propres à dissoudre chaque principe, et quelle action ces principes exercent les uns sur les autres. On peut, en outre, calculer au moyen de quels agens on parviendra à recueillir séparément ceux dont on recherchera les vertus j et à isoler, au contraire , ceux dont om aura
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inléiTl ;i m; délentlre. La coniKiibàuiice tles propriétés chimiques de tous les élémens d''une substance perniet^ en outre, de calculer quelle influence peuvent avoir sur ses composés pharmaceutiques les autres corps que Ton voudrait y associer. Quand un travail analytique a été fait sur un pareil plan, il est toujours d^une grande utilité; malheureusement bien peu ont été exécutés avec le soin convenable.
Il faut dire encore que les principes organiques sont, pour un grand nombre, si peu stables, si altérables dans leur composition, qu''ils se forment, se détruisent ou s^missent entre eux par Tinfluence des a gens les plus faibles, et que souvent Von est assez embarrassé de préciser si un produit retiré par l'analyse préexistait réellement , ou s''il s''est formé pendant Topération. CVst ainsi que nous en sommes à douter si parmi les nombreux principes que les chimistes ont retirés de Fopium, il n'en est pas plusieurs qu''ils auraient créés dans leurs manipulations. L'incertitude est bien plus grande encore quand l'analyse d'une substance n'a été en quelque sorte qu'ébauchée. J'entends parler de toutes celles dans lesquelles les principes immédiats n'ont pas été isolés à l'état de pureté ; c'est ainsi , par exemple , que les matières dites principes actifs du Polygala de Virginie, du Simarouba , de la Gentiane , du Séné, etc. , ne peuvent être considérées, par les chimistes, comme des principes immédiats , mais comme des mélanges de diverses matières ; mais si l'auteur de cette analyse imparfaite a fait connaître par quels moyens on obtenait, sous le plus petit volume, la plus grande proportion de substance médicamenteuse ,