‹ Nouveau traité de pharmacie théorique et pratique (volume 2)Chapitre 138 sur 355 · PRÉPARATION DE LA MORPHINE ET DE SES SELS · texte numérisé non relu

PRÉPARATION DE LA MORPHINE ET DE SES SELS

La première condition de succès pour la préparation de la morphine consiste dans le choix de l'opium. Bien qu'on puisse dire en général que l'opium mou de Smyrne est le plus riche en morphine, cependant il ne faut jamais accorder aux caractères extérieurs une trop grande valeur. Le mieux est d'essayer l'opium pour reconnaître la proportion de morphine qu'il contient , et si le temps ne permet pas de recourir à une opé-

ration longue , il faut au moins essayer si l'opium précipite aboni'.amment par l'ammoniaque faible. L'opium qui donne le précipité le plus abondant et le moins coloré est le meilleur. L'essai plus exact de l'opium se fait par le procédé ordinaire d'extraction de morphine. M. Couerbe conseille d'opérer ainsi qu'il suit : après avoir fait les infusions d'opium, on les fait chauffer un instant avec un excès de chaux et l'on passe ; toute la morphine reste en dissolution ; on acidulé les liqueurs et l'on précipite par l'ammoniaque. On obtient la morphine à peu près blanche du premier coup et exempte de narcotine. L'essai est fait bien plus rapidement que par la méthode ordinaire.

Pour préparer la morphine, on coupe l'opium par tranches et on le fait macérer dans 7 à 8 fois son poids d'eau froide; au bout de 24 heures , on le malaxe avec les mains pour le bien diviser, et 24 heures après on passe avec expression. On soumet l'opium à une seconde et à une troisième opération pour le priver de tout principe soluble.

Les solutions d'opium sont évaporées en consistance d'extrait et l'extrait est redissout dans l'eau froide. La nouvelle solution est passée et elle est évaporée de nouveau en consistance de sirop clair ( 7 à 8® aréomélriques ).

On précipite les liqueurs bouillantes par un excès d'ammoniaque et l'on continue à faire bouillir pendant 8 à dix minutes pour chasser l'excès d'alcali. La quantité de celui-ci doit être telle quela liqueur refroidie soit encore légèrementammoniacale.

On jette les liqueurs refroidies sur une toile pour recueillir le précipité et séparer l'eau mère , et on lave la morphine avec un filet d'eau froide. On peut concentrer les eaux mères et les eaux de lavage ; quelquefois elles laissent encore précipiter de la morphine en se refroidissant.

On met la morphine dans un vase convenable avec de l'alcool à 20 degrés , de manière à la rçcouvrir de 3 à 4 doigts ; et l'on porte à l'ébullition ; on sépare la liqueur alcoolique après le refroidissement et l'on soumet la morphine à un autre traitement pareil.

Alors on met la morphine dans le bain-marie d'un alambic avec de l'alcool de 35 Ix 36'', et l'on chauffe de manière à porter l'alcool à l'ébullition ; quand celle-ci a été assez long-temps sou-

DES PAPAVÉRACl^KS. 391

tenue pour que le 5® ou le 6» de l'alcool ait passé à la distillation; on démonte l'appareil ; l'on fiKre bouillant et autant que possible en vases clos ; on soumet la portion du précipité de morphine, qui ne s'est pas dissoute à de nouveaux trailemens alcooliques, jusqu'à ce qu'elle soit épuisée.

Ces diverses liqueurs alcooli(îues laissent déposer de la morphine en se refroidissant ; on la sépare et on redistille les liqueurs mères aux 9/10 pour en retirer la morphine qui s'y trouve et que l'on trouve cristallisée après le refroidissement; on rejette les liqueurs qui la surnagent.

Les diverses portions de morphine obtenues ne sont pas également blanches ; mais toutes ont besoin de purification ; on les lave avec un peu d'alcool faible à froid; puis on les fait dissoudre dans de l'alcool fort auquel on ajoute du charbon animal pulvérisé ; on filtre encore bouillant , et la morphine cristallise. Les eaux mères en retiennent que l'on retire en distillant l'alcool.

L'eau froide, en agissant sur l'opium , dissout les combinaisons salines naturelles de la morphine et de la codéine; une partie de la narcoline , de la méconine , de la narcéine , de la Ihébaïne , l'acide brun extractif , une partie de la résine et de l'huile grasse acide; l'évaporation en extrait et la redissolution par l'eau a pour effet de déterminer la séparation d'un dépôt qui s'est produit et qui est formé d'huile, de résine, de narcoline et de matière colorante.

On concentre les nouvelles liqueurs avant de les précipiter par l'ammoniaque pour éviter autant que possible qu'il reste de la morphine dans les liqueurs, en raison de la solubilité, faible à la vérité , de celle base dans l'eau.

L'ammoniaque que l'on ajoute en excès a pour effet de décomposer le sel de morphine et de codéine. Il se fait du méconate et du sulfate d'ammoniaque solubles et un précipité composé de morphine, de matière colorante, d'un peu de narcoline, de codéine, de Ihébaïne, de résine, d'huile acide de l'opium , et du méconale double de chaux et d'ammoniaque ; la codéine qui est soluble reste dans les eaux mères. Si l'on opère à la chaleur de rébullition , c'est que la morphine se dépose alors en grains cristallisés qui se lavent avec plus de facilité. On

fait bouillir de manière à ce que les liqueurs refroidies ne contiennent qu'un faible excès d'ammoniaque; c'est qu'un excès d'ammoniaque est d'abord nécessaire pour s'assurer d'une décomposition complète; mais à l'ébullilion la morphine décompose les sels ammoniacaux pour former des sels doubles d'ammoniaque et de morphine dont un excès d'ammoniaque précipite la morphine après le refroidissement. Du reste, il ne faut pas qu'il reste beaucoup d'ammoniaque dans les liqueurs , car nous avons vu que cette base peut dissoudre une assez forte quantité de morphine; de là l'utilité de concentrer les eaux mères pour rechercher la morphine qui peut y rester. Après cette concentration, ces eaux mères contiennent encore de la morphine, de la narcotine , de la codéine ; on y trouve aussi la méconine et la narcéine. M. Pelletier a décrit un procédé de traitement; mais ces eaux mères ne valent la peine d'être traitées qu'autant que l'on en a de grandes quantités.

Le précipité brut de morphine est lavé d'abord avec de l'eau, pour en séparer les portions d'eaux mères qui le salissent. Le lavage à l'alcool faible bouillant auquel on le soumet ensuite sépare une partie de matière colorante d'huile et de résine. Cette solution contient bien aussi un peu de morphine, de narcotine, de codéine et de Ihébaïne; par l'évaporation spontanée on en relire de la morphine et de la narcotine ; quand il ne s'en sépare plus, on acidulé et on fait concentrer; on obtient un hydrochlorate dont on peut extraire les alcalis , mais l'opération ne vaut la peine d'être tentée qu'autant que l'on a réuni une grande masse de ces lavages.

Les traitemens par l'alcool fort ont pour effet de dissoudre la morphine et d'en séparer le sel insoluble qui y est mêlé. On remarque que la matière colorante se dissout la première, de sorte que la morphine est d'autant plus blanche qu'elle provient d'un traitement plus avancé.

Du reste toutes ces morphines ont besoin d'une purification. Celles qui proviennent de la distillation des eaux mères sont plus chargées de narcotine que les autres.

Page 1