PROCÉDÉ DE GRÉGORY OU DE ROIÎERTSON
On épuise l'opium par l'eau froide; on l'évaporé en con-
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sislance d'extrait; on redissout par l'eau, et on l'évaporc en consistance de sirop ( 10 D. l\ l'aréomètre). Alors, tandis que la liqueur est bouillante , on y ajoute par chaque kilogr. d'opium 50 grammes d'une solution de muriate de chaux pur, marquant 30 D. à l'aréomètre de Baume, environ 4 onces de muriate sec par kilog. d'opium. Il faut que ce muriate soit exempt de fer; car celui-ci donnerait avec l'acide raéconique un sel coloré en rouge qui rendrait les purifications plus difficiles. Ou mêle alors la liqueur encore chaude avec de l'eau froide. Il se précipite beaucoup de méconate et de sulfate de chaux, de la matière colorante , de la résine et de l'huile d'opium.
On fait concentrer les liqueurs qui contiennent un excès de muriate de chaux. Il se sépare un nouveau dépôt , formé en grande partie de méconate de chaux ; ou le sépare ; on le lave avec un peu d'eau froide , que l'on ajoute à la solution et l'on fait évaporer en consistance de sirop. Si la liqueur a été convenablement concentrée , elle est prise en masse cristalline au bout de quelques jours. C'est du muriate de morphine et de codéine cristallisé , et une eau mère noire qui contient du biméconate de chaux , un peu de morphine , la narcéine , la thébaïne, la méconine et la narcotine. On peut en extraire ces diverses matières par un procédé qui a été décrit par M. Couerbe [Annales de chimie, t. 59 ). Ordinairement on rejette ces eaux comme ne valant pas le travail de l'exploitation.
Le sel bien exprimé est redissout dans l'eau tiède; on filtre; on ajoute un peu de muriate de chaux et l'on fait évaporer ce traitement comme ci-dessus. La nouvelle eau mère, si les liqueurs ont été bien concentrées , ne contient non plus que peu de morphine , ce qui paraît tenir à l'influence toute physique qu'exerce le muriate de chaux pour déterminer la cristallisation complète du sel de morphine et de codéine.
On fait redissoudre le sel dans l'eau ; mais cette fois on acidulé légèrement et l'on évapore pour faire cristalliser. Avant cette troisième opération , tout le méconate de chaux a été séparé , l'acide que l'on ajoute ne risque donc plus Ce faciliter sa dissolution; il a, au contraire , l'avantage de rendre la matière colorante plus soluble, de sorte qu'il en reste davantage dans les eaux mères et que le sel est plus blanc ; mais cette fois
les eaux mères retiennent beaucoup de morphine qu'il faut en retirer.
Le muriate de trois cristallisations est dissout dans l'eau chaude; on sature par un peu de craie et on ajoute du charbon animal. La quanlilé d'eau doit ôlre assez grande pour que le sel reste dissout à froid, et la température ne doit pas dépasser 88® C. Au bout de vingt-quatre ^leures, on filtre et l'on ajoute à la liqueur, qui a une teinte jaunâtre, quelques gouttes d'acide qui la décolorent entièrement; d'ailleurs la liqueur un peu acide cristallise mieux. Les cristaux obtenus par une nouvelle concentration sont alors très-blancs; on les exprime et on les sèche à l'ètuve. Toutes les eaux mères sont soumises à un même genre de traitement.
Le sel que l'on obtient est un muriate double de codéine et de morphine; il ne contient pas de narcotine, parce que les sels que cette base peut former sont incrislallisables et qu'ils restent dans les eaux mères.
Le sel de Grégory est dissout dans l'eau et décomposé à l'ébullition par l'ammoniaque qui en précipite la morphine, que l'on peut faire cristalliser dans l'alcool. On en obtient un peu moins que dans le procédé ordinaire, parce qu'elle est pure. Mais si on lient compte de la quanlilé de narcotine qui reste mêlée à la morphine obtenue par l'alcool , on trouve que la quantité de morphine pure obtenue par un môme opium , par l'un ou l'autre procédé , est absolument la même.
La dissolution du sel de Grégory dont la morphine a été précipitée relient de la codéine et du muriale d'ammoniaque, et encore un peu de morphine ; on la concentre et on obtient une cristallisation de muriale de codéine et d'ammoniaque; on la fait cristalliser de nouveau et cette fois on obtient un sel en houppes soyeuses, qui est du muriate de codéine mêlé cependant d'un peu de morphine; on le triture avec une solution de potasse caustique qui dissout la morphine et qui précipite la codéine. Le précipité se réunit au fond du vase sous la forme d'une masse visqueuse qui peu à peu perd de sa transparence , augmente de volume et devient pulvérulente ; on la lave avec une petite quanlilé d'eau froide; on la sèche et on la dissout dans l'éther bouillant. La liqueur éthérée, mêlée
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d'un peu d'eau , donne par évaporalion spontanée des cristaux de codéine.
Il est important de ne pas prendre un grand excès de potasse qui dissoudrait de la codéine. Il vaut mieux laisser un peu de morphine dans le dépôt; l'éther ne la dissout pas , de sorte que l'on obtient plus de codéine et qu'elle est aussi pure.
La morphine est souvent mêlée de narcoline ; on peut les séparer par l'élher qui ne dissout pas la morphine ; mais le meilleur moyen de s'assurer de la pureté de la morphine consiste à la faire dissoudre dans l'acide hydroclUorique étendu , et à verser de la potasse caustique ; la morphine se dissout instantanément dans un excès d'alcali ; la narcoline reste indissoute*.
La morphine isolée est employée en médecine comme calmante, le plus ordinairement sous forme de pilules; suivant M. Magendie , elle est moins active que ses sels ; mais son action lui a paru plus persistante.
La narcoline n'est pas employée en médecine. On s'était beaucoup exagéré son action médicale. Toutefois M. Magendie pense que si elle a peu d'action quand elle est employée dissoute dans l'acide acétique , il en est tout autrement quand elle est dissoute dans l'huile. Cette opinion n'est pas d'accord avec les observations du docteur Bally.
Quant à la codéine , elle procure , dit-on , aux malades un sommeil doux et paisible, qui n'est pas suivi de pesanteur de tête comme cela arrive après l'usage de la morphine, M. Magendie estime qu'un grain de codéine équivaut à un demi grain de morphine. On l'emploie en pilules ou en dissolution dans un looch ou un julep. L'hydrochlorale paraît être plus actif. Il faut dire que les bons effets de la codéine sont niés complètement par d'autres praticiens.