MASTIC POUR LES DEI\TS
Pr. : Mastic en larmes pures Q. V.
Ether sulfuriquc S. Q.
On emploie un excès de mastic par rapport à l'éther, de'manière à saturer celui-ci ; après quelques jours de macération , on décante. La solution contient près de 82 p. lOOde résine. Pour s'en servir, on en imbibe une petite boule de coton dont la grosseur a été basée sur la grandeur de la cavité de la dent , et après avoir nettoyé et essuyé l'intérieur de celle-ci, on y introduit la boule ainsi agglutinée, afin de remplir le vide le plus exactement possible. Le mastic reste adbérent à la dent sans coller 5 la langue ni aux alimens qui passent sur elle. Cette recette est de M. 0. Henry.
La famille des Légumineuses est remarquable par les grandes différences que présentent entre eux les principes immédiats qui sont élaborés par les végétaux qui la constituent. Cette diversité dans les propriétés médicales n'est pas liée à des différences correspondantes dans les caractères botaniques : on voit des substances aussi différentes que le tannin , la gomme, les matières résineuses , le sucre , être produites chacune par des espèces botaniques différentes et des organes semblables ; on voit des plantes tout-ii-fait inertes placées dans le même genre à côté d'espèces vénéneuses ; aussi , au lieu de chercher à comparer entre elles les légumineuses par leurs ressemblances, nous passerons successivement en revue chacun des principes qu'elles produisent en indiquant les espèces dans lesquelles on les rencontre ordinairement.
Un grand nombre de feuilles dans les Légumineuses ont une propriété purgative et souvent ôméto-cathartique bien pro-
DES MEDICAMENS FOURNIS PAU LES VEGETAUX.
noncée. A'^oici la série des principales espèces dans lesquelles on l'a observée , et elle se rencontrera bien certainement dans un plus grand nombre :
Feuilles de anagyris fœtida ,
— bauhinia acuminata,
— cassmacutifoUa,
— — cathartica,
— — elongata ,
— — emarginata ,
— — chamœcrista ,
— — lanceolata,
— — ligustrinoides ,
— — marylandica ,
— — obovafa ,
— — obtusifolia,
— — sophora,
— colutea arborescens ,
— — orientalis ,
— coronilla varia ^
— — emerus ,
— cytisus lahurnum.
Feuilles de genista scoparia ,
— — purgans ,
— — juncea .
— — tinctona,
— mimosa pudica,
— — asperata ,
— rohiniapseudo âccacia,
— scoparia juncea.
Racines de astragallus excapus,
— dolichos ensiformis ,
— — catharlicus^
— mimosa pudica^
— robinia pseiido accacia^
— geoffroija inermis ,
— — aculifolia.
Fruits de cassia elongata ,
— — obovata,
— — lanceolata.
Dans les sénés et dans les follicules de séné , la matière purgative a été étudiée par MM. Feneulle et Lassaigne, qui lui ont donné le nom de catliarline; elle a été retrouvée dans le Cytisus laburman par M. Chevallier, et plus récemment dans le Coronilla varia et dans V Anagyris fœtida par M. Peschier. C'est une matière encore mal caractérisée, dont il sera question à l'article Séné, et qui probablement n'est pas la même dans toutes les espèces. Il est bien certain au moins que l'on ne peut comparer à Ftlcreté purgative du séné la propriété que possède le Poincinia pulcherrima d'être un emménagogue si puissant qu'il détermine l'avortement, et celle des espèces suivantes , qui sont employées pour enivrer les poissons :
Piscidia erytrina, Cliloria ternala , Galega piscatoria , — toxicaria ,
Glycine frulescens , Jaquima armillaris , Robinia nicou , Tephrosia toxkaria, — emarginata,
L'écorce du Piscidia erytrina est un soporifique intense, suivant le docteur Hamilton, et celle du Robinia maculata sert à Campèche à empoi«onner les rats. Par une action toute différente, la racine du Moiinga pterigosperma est vésicante.
Un grand nombre de légumineuses ne participent pas à ces propriétés actives , et nos meilleurs fourrages artificiels sont empruntés à celle famille; sur toute la surface du globe celte famille fournit aux herbivores une nourriture aussi saine qu'abondante.
On rencontre dans un certain nombre de fruits des légumineuses une pulpe douce et sucrée, quelquefois acide, qui forme un purgatif doux. Telle est la Casse des boutiques et d'aulres espèces du même genre , les Carouges ( Ceralonia siiiqua), la pulpe de tamarins, celle des Inga camatchuli, faroba, insignis, vera; mais par une opposition singulière, la pulpe d'autres espèces est astringente et nauséabonde , par exemple dans le Sophora et le Gledilzia.
Le tannin abonde dans certaines légumineuses. Le tronc de V Acacia cathecu fournit le cachou du commerce , et le même principe paraît se trouver dans le tronc de tous les acacias gommifères ; le Nissolia quinata de la Guyane laisse exsuder de son tronc un suc astringent.
Les écorces des acacias sont astringentes ; au Brésil , plusieurs d'entre elles , suivant M. A. Saint-Hilaire , sont employées sous le nom de Barbatimao au tannage des cuirs ; les écorces des Acacia vera et arabica ont le même emploi. On emploie comme tonique et fébrifuge les écorces de V Acacia •peregrina, à la Nouvelle-Grenade; de VA. leucocephala ^ à Porto-Rico; de l'A. ferruginea, et de VOEschinomene grandiflora.dans les Indes ; du Cassia hirsuta, sous le nom de Fedegoso au Brésil. On attribue la même propriété fébrifuge en Chine aux racines des Cassia fïava et amara , dans l'Inde à la racine du Canéficier et de V Acacia tenuifolia.
i92 DES MÉDICAMENS FOURNIS 1»AR LES VÉGÉTAUX.
Le lannin abonde encore dans les fruits de plusieurs espèces, dans le Bablahb, qui paraît fourni par les Acacia vcra, cinerca etpeut-C'trc d'autres espèces, dans VAlgorohilla, que l'on attribue à VTnga marlhœ ; dans le Poincinia coriaria , de Cartliagène; dans ï Acacia catechu, dont les fruits fournissent du cachou aussi bien que le tronc.
Les légumineuses fournissent aux arts plusieurs matières résineuses : le baume du Pérou {Myrospermum peruiferum ]; le baume de To\m{Toliiifera balsamum); le baume de Copahu ( Copa'îfera officinalis et autres ) ; la résine animée ( hymœnea courbaril ) ; un vernis pari' OEschinomene grancliflora. Le tronc de VAloexylum aggalocha , qui, suivant Loureiro, constitue le bois d'aloës du commerce, est également plein de suc résineux.
Les légumineuses donnent deux espèces de gomme ; l'une soluble, connue sous le nom de gomme arabique ; l'autre, soluble en partie seulement , qui est vendue sous le nom de gomme adragante. Des gommes solubles sont fournies par exsudation du tronc des espèces suivantes et sans doute de beaucoup d'autres: Acacia arabica, vera, Sénégal, Lebbcck, d'Egypte , sassa d'Abyssinie , decurrens , floribunda et gimimifera de la Nouvelle-Hollande. On rapporte l'origine de la gomme adragante à trois arbrisseaux différons, Astragallus , verus, creticus , giimmifer, et même suivant Lieber, aristatus.
La manne découle du tronc d'une seule espèce , c'est l'Alhagi maurorum, des déserts de l'Egypte et de la Syrie.
On rencontre dans les racines de plusieurs légumineuses une matière sucrée particulière qui a reçu dans la réglisse le nom de glycyrrhyzine, et qui paraît être identique ou du moins analogue dans les autres espèces de racines sucrées. Deux espèces fournissent la réglisse du commerce, les Glycyrrhiza glabra et echinala, dans l'Inde on vend sur les marchés pour le même usage la racine de ÏAbrus precatorius : les racines de V Astragallus glycyphyllos , de nos bois , celles de 1'^. ammodites de Sibérie, ont aussi une saveur sucrée ; celte saveur se retrouve, mais moins développée, dans les racines de quelques ononis , employées comme diurétiques sous le nom d'arrêtebœuf ; celle même saveur se retrouve encore dans les tubercules féculens de VOrobus tuberosus que l'on mange dans quelques
parties de la France, de l'Ecosse, etc., etc. Les tubercules du Psoralea esculenta, dont on se nourrit dans le voisinage du Missouri sont de môme nature.
Les légumineuses ont une grande importance par les matières colorantes qu'elles fournissent aux arts. Au premier rang se trouve l'indigo que l'on retire de plusieurs espèces du genre Indigofera et qui paraît exister aussi dans les Galega ; le bois de Campèche ( Hœmatoxijlum camj)echianum ) , dont M. Chevreul a étudié la matière colorante sous le nom d'/tëmatine ; le bois de Brésil fourni par les Cœsalpima echinata et tinctoria ; le brésillet, qui est le tronc du C. brasiliensis ; le brésilletdes Indes, qui provient du C. tinctoria; le santal rouge, Pterocarpus sanlalinus, dont la matière colorante se rapproche des résines ; le P. draco , qui donne du sang-dragon , et le Dalbergia montaria , qui donne un suc analogue.
Les semences des légumineuses, relativement à leur composition et à leurs propriétés peuvent être partagées en trois groupes , 10 celles qui sont plus ou moins purgatives ou vénéneuses ; 2° celles qui sont chargées d'huile ; 3<* celles qui renferment beaucoup d'amidon sans principes vénéneux et que l'on emploie comme aliment.
1®. On cite comme purgatives, et môme jusqu'à un certain point comme vénéneuses les graines des espèces suivantes :
Abrusprecatorius, Erytrina monosperma ,
cass ia fistula , ervum ervilia ,
cijtisiis laburnwn , guilandina bonduc ,
cliloria ternata , lathyrus cicera,
doUchos minimus . piscidia erylhrina.
— obtusifolitis j
Sans doute ces graines présentent autant de différence dans leur action que les feuilles des légumineuses entre elles , les unes étant simplement purgatives , les autres ayant une action spéciale toute différente. C'est ainsi que l'on attribue à l'ervum ervilia la propriété de produire la faiblesse des jambes et la paralysie chez les individus qui s'en nourrissent.
La propriété active de ces semences ne paraît pas toujours être constante ; ainsi on la retrouve dans le Lathyrus cicera ,
dans certaines années et non dans d'autres ; ainsi un Dolichos comestible transporté à l'île Bourbon , y est devenu délétère après quelques années de culture.
2°. Les semences des légumineuses qui contiennent de l'huile sont peu nombreuses. On emploie sous le nom de noix do Ben, celles du Moringa pterigosperma de l'Inde ; sous le nom de pistache de terre, la semence de VArachys hypogœa. La fève tonka, fournie par le Dipterix odorata, est aussi très-chargée d'huile Gxe ; mais il s'y trouve en même temps une huile volatile odorante. MM. Boutron et Boullay en ont retiré une matière cristallisée qui est un véritable stéaroptène, ils l'ont nommée coumarine et depuis elle a été retrouvée dans les fleurs demélilot.
3<>. Les semences des légumineuses dont on fait usage pour la nourriture des hommes et des animaux sont nombreuses. Yoici la désignation des principales espèces :
Adenanthera pavonina ( Malabar ) .
OEscMnomene grandiflora ( Indes ), Cajanus bicolor (pois d'Angole),
— flavus [Id.], Dolichos catiang ( Indesj^
— cullratus {Id.),
— ensiformis [Fd.),
— hastatus ( Afrique ),
— lablab ( Egypte),
— sinensis [Id.),
— soja (Japon),
— tranquebaricus,
— iuberosus , Ervumlens (lentille), Faba vulgaris ( fève ),
Tnga biglobosa (noix de gourou),
Lathtjrus sativus (pois carré).
Lotus edulis ( Barbarie ),
Lupinus albus (lupin),
Pisum sativum ( pois ),
Phaseolus vulgaris (haricot d'Europe),
— compressus [Td.],
— sphœricus [Id.],
DES LlîGUMINEUSES. 495
Phaseolus tumidus (haricot d'Europe),
— aconilifolius ( Indes ),
— coccineus ( Espagne J,
— max {M.),
— mungo ( Perse ),
— tiinquinensis (Tonquin), TrkjoneUa fœnum grœcinn ( fenugrec ), Vicia saliva ( vcsce ).
Ces semences niilrilives des légumineuses conliennent (ouïes de l'amidon et une matière azotée abondante qui paraît être la même dans toutes les espèces. Leur saveur et leur odeur spéciales sont dues à des corps particuliers qui, jusqu'à présent ont été mal examinés. Einhof a trouvé un extrait amer dans les pois, les haricots, les lentilles, les fèves ; Fourcroy et Vauquelin ont reconnu dans la lentille la présence du tannin et celle d'une huile verte et visqueuse; l'enveloppe de la fève contient aussi du tannin; 31. Braconnot a trouvé encore dans les haricots une matière grasse ; dans le fenugrec M. Bosson a observé une matière amère et nauséabonde, avec une huile fixe et acre; le lupin contient aussi une huile acre, et dans ces derniers temps , M. Cassoli en a retiré un principe extrêmement amer, très-soluble dans l'eau, mais insoluble dans l'alcool pur etdansrélher; enfin Figuier, attribuait les propriétés du pois chiche à une substance résiniforme.
Ces semences des légumineuses qui sont fort employées comme aliment sont d'un usage plus rare en médecine. Le pois chiche et la lentille sont donnés comme diurétiques , h lupin comme fébrifuge. Le pois chiche, quand il a été torréfié, contient, suivant Figuier, du tannin et de l'acide gallique.
A l'extérieur, ces semences réduites en farine sont employées en cataplasmes résolutifs. Toutes possèdent cette propriété , mais quelques-unes sont employées de préférence ; le Codex donne la formule suivante :
CATAPLASME niiSOLL'TlF.
Pr. : Farine de fenugrec \
- fève.' 1
- lupin •■'"" P- E.
- orobe (ervum erviJia) '
Mêlez.
La matière azotée des semences de légumineuses a été étudiée avec beaucoup de soin ; elle se compose d'albumine végétale soluble et d'une matière insoluble dans l'eau, qu'Einhof compare au gluten ( Voir famille des graminées ) , mais qu'il croit cependant différente; pour l'obtenir, il fait tremper les légumes dans l'eau , les écrase quand ils sont bien gonflés et passe à travers un tamis On pour se débarrasser des enveloppes; la liqueur laisse déposer de l'amidon, puis au-dessus, de l'amidon mêlé de gluten. La liqueur retient du gluten en suspension et reste trouble; on la décante, on l'étend de son poids d'eau et on l'abandonne au repos ; le gluten s'en dépose ; il est blanc, pulvérulent , insipide et inodore , en le pétrissant on le réduit en une pûle gluante et cohérente ; l'alcool le dissout facilement. Ce gluten rougit le tournesol parce qu'il tient en combinaison du phosphate acide de chaux ; il est soluble dans le chlore , l'acide hydrochlorique , l'acide acétique , les alcalis caustiques et carbonates ; l'eau de chaux le dissout , mais quand on le traite par une eau chargée de carbonate de chaux, il devient dur. Einhof attribue à cette action le caractère qui appartient aux légumes de durcir quand on les fait cuire dans les eaux calcaires. M, Braconnot paraît avoir étudié la même substance sous le nom de légumine; il lui a trouvé des propriétés fort analogues , et il la croit intermédiaire entre le gluten et l'albumine végétale. La légumine verdit les couleurs bleues végétales, mais bien évidemment parce qu'elle retient de l'ammoniaque ; elle donne h la distillation du carbonate , de l'acétate et de l'hydrosulfate d'ammoniaque, preuve qu'elle contient le soufre au nombre de ses élémens; quand on a dissout la légumine dans l'acide acétique et qu'on y ajoute un acide minéral ou un sel métallique , la légumine se précipite combinée avec l'un ou avec l'autre. M. Braconnot attribue à une combinaison de ce genre entre la légumine et le sulfate de chaux la propriété que possèdent les légumes de durcir dans l'eau de puits; un peu d'alcali ou un acide végétal s'oppose à ce que cet effet soit produit. Un caractère qui semble différencier tout-à-fait la légumine de M. Braconnot du gluten d'Einhof, c'est qu'elle est insoluble dans l'alcool.
Pour obtenir la légumine , M, Braconnot fait évaporer les
eaux laiteuses, dont l'amidon s'est déposé. La légumine se précipite peu à peu sous forme de pellicules peu solubles ; on les lave d'abord à l'eau froide, puis à l'alcool bouillant, qui sépare un peu de chlorophylle; en cet état, la légumine relient un peu de phosphate acidulé de chaux ; on la transforme en nitrate acidulé , que l'on sépare du phosphate calcaire par des lavages à l'eau ; on fait bouillir le nitrate lavé avec de l'alcool pour séparer un peu de chlorophylle , puis on le dissout dans l'ammoniaque. On chasse l'excès d'ammoniaque à l'ébullition , et l'on ajoute de l'alcool qui relient le nitrate et alcalin qui précipite la légumine.
Suivant Einhof , la matière animalisée de ces semences entre pour 11/00 dans les fèves; 15,00 dans les pois; 21 00 dans les haricots , et 37/00 dans les lentilles. Elle concourt à rendre ces légumes fort nourrissans.