‹ Nouveau traité de pharmacie théorique et pratique (volume 2)Chapitre 24 sur 355 · EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

EN GÉNÉRAL

LOTION or LAVAGE.

C'est l'opéralion qui consiste à laver les corps. Elle a pour but de séparer quelques matières étrangères adhérentes à leur surface. On lave les racines dans l'eau , pour ramollir et détacher la terre qui y esladhérenle. On lave la gomme arabique, pour en séparer les corps étrangers et une matière cxtractive amère qui occupe sa surface.

Le lavage est fréquemment usité dans les laboratoires. Il sert à purifier les précipités. Ce sont des dépôts pulvérulens formés au milieu d'une liqueur qui contient des principes solubles , et qui en restent empreignes.

Quelques personnes réservent le mot de lotion pour cette opération , et ils appellent lavage celle où le liquide n'exerce qu'une sorte d'action mécanique , comme le lavage que l'on fait subir aux feuilles , ou aux racines des plantes pour les débarrasser de la terre qui y est attachée.

Le liquide qui sert à laver, peut être de nature très-différente. Il agit toujours en pénétrant entre les particules qui composent le précipité , et en entraînant les corps solubles. Le lavage se fait par décantation , ou sur un filtre. On lave sur un filtre en y versant le précipité délayé , et faisant passer au travers , sur le filtre même , une quantité de liquide plus ou moins grande. Ce procédé a le défaut que souvent le liquide se fait des routes qu'il traverse avec rapidité , de manière qu'il ne pénètre pas dans tout l'intérieur de la masse , et le lavage est incomplet. 1. 2

fis

On a moins à craindre cet inconvénienl quand on opère sur de petites quanlitôs de précipité.

Dans ce cas on se sert avec avantage de la bouteille à laver. C'est un flacon qui contient de l'eau ou tout autre liquide, et qui permet de le verser par petit filet sur toutes les parties du lillre. Le dessin cicontre représente la bouteille à laver le plus commode. C'est un flacon dont le bouchon est percé de deux trous, l'un livre passage à un tube droit rétréci à son extrémité, l'autre est un tube en S dont la longue branche plonge profondément dans le flacon. Quand on incline cette bouteille, l'eau sort en fdet par l'extrémité du tube droit, et l'air rentre à mesure par le tube en S. On se sert quelquefois avec avantage de la bouteille à laver ci-contre , que l'on doit à M. Berzélius , c'est un flacon ordinaire dont le bouchon est traversé par un tube capillaire. On souffle fortement par l'extrémité du tube, de manière à introduire de l'air dans la bouteille; l'eau en sort alors avec assez de force par l'extrémité du tube, sous l'influence de la pression intérieure ; le jet rapide qui en résulte est fort utile pour détacher les matières qui se sont attachées aux parois des filtres, et pour les préci- 1er vers le fond.

Quand les précipités sont abondans , il faut préférer le lavage par décantation. On délaie, à plusieurs reprises, la poudre dans un liquide convenable, et , à chaque fois , on laisse déposer, ell'on décante.

On conçoit facilement qu'après quelques décantations le lavage soit terminé. Supposons que la quantité totale du liquide soit de 10 litres , et que l'on puisse en retirer chaque fois 8 litres par décantation; après la première décantation, il ne restera que 0,2 de la matière dissoute, après la deuxième décantation il n'en restera plus que 0,01; après la troisième que 0,002. De sorte qu'un petit nombre de décantations suffira pour en-

dï:cantation. 19

traîner toute la dissolution. Quand le lavage est terminé, on jette le tout sur un filtre, pour laisser égoutter le précipité, et le recueillir avec plus de facilité.

Quand on fait les lavages par décantation , les vases les plus commodes sont les vases cylindriques qui sont plus larges en bas qu'en haut ; l'inclinaison qui en résulte pour leurs parois , empêche le précipité de pouvoir s'y arrêter. Il tombe tout entier au fond du vase, et le courant qui s'établit dans le liquide, lors de la décantation , ne peut en entraîner aucune portion .

DÉCANTATION.

La décantation est une opération qui consiste à séparer les liquides des dépôts qu'ils surnagent. Comme la filtration , elle a pour but d'isoler les particules liquides des matières solides ; elle en diffère par la manière de procéder. Pour décanter , il faut d'abord laisser précipiter , par le repos , tous les corps qui sont en suspension dans la liqueur , et soutirer ensuite la partie qui s'est éclaircie. Quand on opère sur des masses considérables , le meilleur moyen de décanter consiste à se servir de vases percés , à leur paroi latérale , d'un trou que l'on ferme avec un robinet ou une chantepleure ; cette ouverture doit être pratiquée au-dessus du fond du vase, à une hauteur telle que le dépôt ne s'élève pas jusque-là. Quand la matière s'est clarifiée , par le repos , on ouvre le robinet ou la chantepleure , et on reçoit le liquide dans un vase convenable.

Ce procédé est applicable également à de petites masses ; mais on lui préfère alors l'emploi du syphon. Le syphon le plus simple est un tube recourbé sur lui-même, de manière à avoir à peu près la forme d'un V renversé dont une des branches serait plus longue que l'autre. On plonge la branche la plus courte dans la liqueur , et l'on aspire par l'extrémité de la grande branche. Le liquide s'élève dans le syphon , le remplit bientôt , et continue de s'écouler jusqu'à ce que son niveau soit abaissé jusqu'à l'extrémité inférieure de la petite branche.

Rien de plus simple que la théorie de cet instrument. Au moment où l'on plonge la branche la plus courte dans un 11-

DES OPERATIONS PUARMACECTIQUES.

qiiide, celui-ci y pénètre et s'y élève à la môme hauteur que dans le vase. C'est que l'air pèse également sur la surface du liquide dans le vase, et sur sa surface dans lesyphon ; mais en aspirant par l'extrémité de la brandie la plus longue , on enlève une partie de l'air contenu dans le syphon , et par suite on diminue la tension élastique. Celle de l'atmosphère, à l'extérieur, devenue prépondérante fait monter dans le syphon le liquide , qui ne tarde pas à en remplir la capacité Alors, l'écoulement continue , parce que la pesanteur de l'air, qui s'exerce à l'extrémité de la longue branche du syphon , et qui est sensiblement égale à celle que ce fluide exerce sur la surface du liquide dans le réservoir , est vaincue par la pesanteur propre à l'excès de la longueur de la colonne du liquide dans la grande branche , et cet effet se maintient pendant tout le temps de l'écoulement du liquide.

Quand les liquides sont de nature telle , que l'on puisse Fis 4- craindre d'en aspirer en faisant le vide dans

la capacité du syphon , on adapte , vers l'extrémité de la grande branche, un second tube étroit qui remonte le long de cette branche, et par le bout duquel on fait l'aspiration. On a le soin de boucher l'extrémité du syphon avec son doigt au moment où l'on aspire, et on l'enlève pour livrer passage au liquide aussitôt que celui-ci est descendu jusque-là à cette extrémité.

Mais lorsque les liqueurs dégagent des vapeurs dangereuses Fig. 5, à respirer, il est convenable de modifier le procédé opératoire. On se sert du syphon simple; mais , avant de le plonger dans le liquide , on le remplit d'un liquide semblable , ou de tout autre que l'on puisse sans inconvénient mêler au produit. On bouche avec les doigts les deux bouts du syphon, on plonge l'extrémité la plus courte dans le liquide et l'on ôte son doigt de 'extrémité de la grande branche ; l'écoulement s'établit aussitôt.

Le syphon de Ilempel pourrait être employé dans le môme cas. C'est un syphon ordinaire

DliCANTATIOrf.

dont la branche la plus courte est repliée sur elle-même , et en dehors à son extrémité. On la plonge dans le liquide , et l'on y adapte un entonnoir dont le col est assez long pour s'élever au-dessus de la hauteur du syphon. On verse une portion du liquide à décanter dans l'entonnoir, et on retire celui-ci aussitôt que l'écoulement commence à se faire par la branche longue. Ici , c'est la pression exercée par le liquide dans l'entonnoir, qui détermine l'ascension, et une fois que l'écoulement est établi , et que l'on a retiré le^tube, on rentre dans les conditions du syphon ordinaire.

Quand les liqueurs sont renfermées dans des vases à ouverture étroite, on se sert avec avantage du syphon de Bunten. Fig. 6. C'est un syphon ordinaire qui porte une

boule vers le haut de la branche la plus longue. On remplit de liquide la branche longue et la boule, et l'on immerge la petite branche. La boule en se vidant entraîne le liquide en contact avec la branche courte, et, bien que la boule soit en partie vidée, le courant du liquide se maintient. On peut encore , dans les mêmes circonstances , se servir de l'appareil suivant : on ferme le col du vase par un bouchon percé de deux trous, l'un destiné à livrer passage au syphon , et l'autre , à un petit tube qui plonge dans le liquide. Le tout doit être adapté de manière à ce que l'air extérieur ne puisse pas pénétrer entre le bouchon et les parois du vase , et ceux des tubes. On souffle par l'extrémité du petit tube; par là, on augmente la quantité d'air dans la capacité vide du vase, et, par conséquent, la pression qui est exercée à la surface du liquide. Quand elle s'est suffisamment accrue , elle détermine l'ascension du liquide dans le syphon.

Quand on ne doit soutirer que de petites quantités de liquides , on le fait commodément au moyen d'une pipette ; on se sert plus en petit encore, d'une mèche de coton ou d'une petite lame de papier non collé , dont un bout plus long que l'autre pend en dehors. Le liquide s'écoule le long de ce syphon, et laisse presque à sec le précipité qui occupe le fond du vase.

FILTUATION.

Lafîitration est un procédé rais en usage pour séparer d'un liquide toutes les molécules qui n'y sont que suspendues , en lui faisant traverser un corps dont les pores très-serrés permettent seulement la pénétration du liquide. L'appareil qui sert à la filtralion prend toujours le nom de filtre. Le papier , les étoffes de laine, de fil, le colon cardé. Je sable, le veire, etc., sont la matière la plus ordinaire des filtres , et l'on est déterminé dans son choix par la nature môme du filtre et celle des liqueurs qui doivent le traverser.

Le filtre de papier est le plus employé de tous. Il contient souvent des matériaux solubles , qui se dissolvent dans les liqueurs , à mesure que la filtration se fait , et leur communiquent une odeur et une saveur désagréables. C'est surtout dans les liqueurs peu sapides, comme le petit lait, ou dans celles qui, destinées à l'usage de nos tables, doivent avoir une saveur très-agréable , que cet inconvénient se fait sentir. On l'évite en se servant de papier peu coloré , et en le lavant à plusieurs reprises avec de l'eau bouillante avant de s'en servir.

On dispose le papier qui doit servir à filtrer en le pliant à plusieurs reprises sur lui-même , de manière à lui donner la forme d'un cône en zig-zag, qui se prête <i la forme de l'enton- Doir , mais qui ne le touche que par quelques points. Cette disposition est indispensable , car le liquide ne passe que dans les parties où le papier n'est pas en contact avec le verre.

On ajoute quelquefois des brins de paille ou de bois qui ont pour effet d'empêcher le contact du papier avec le verre sur un plus grand nombre de points. En Allemagne on a , pour le même usage, des entonnoirs cannelés.

Il ne faut pas trop enfoncer le papier dans l'entonnoir, parce qu'il obstruerait le passage et empêcherait la filtralion. Il ne faut pas non plus qu'il ne le soit pas assez , car le fond du filtre perdrait ses plis; il s'arrondirait, el, n'étant plus soutenu parles parois du vase, il céderai t à la pression du liquide el se déchirerait.

Quand on a beaucoup de matière à filtrer, on supprime l'entonnoir, el l'on se contente d'étendre le papier sur une toile tendue sur un chdssis.

FILTRATXON. 23

La Cllralion sur des carrés ne peut non plus s'exécuter pour toutes les liqueurs. Celles qui ont pour base les véhicules plus volatils, entraînoiaient trop de perte, à cause de la lenteur avec laquelle se lait la fillralion.

Les lillres disposés de cette manière ont une grande capacité, mais ils débitent peu. Quand on est pressé, on gagne du temps à multipliers les filtres de papier dans les entonnoirs.

Quand la liqueur que l'on veut épurer contient un dépôt pulvérulent abondant , il est inutile d'employer l'intermède du papier. ïl suffit d'une simple toile tendue sur un châssis. Les premières portions de liquide qui la traversent sont troubles ; mais bientôt le diamètre des pores du filtre se trouve diminué par l'interposition des particules du précipité, et la liqueur passe claire. On reverse sur le filtre les premiers liquides.

Les filtres de laine sont employés pour filtrer les sirops.

On leur donne diverses formes et ils prennent le nom de blanchels, chausse d'Hyppocrate, filtre de ïaylor, etc. ( Voy. Sirops. )

Les filtres de laine peuvent également servir pour d'autres liqueurs que les sirops; mais il est important qu'elles ne soient pas chargées de potasse ou de soude en dissolution , qui auraient bientôt détruit le filtre.

Les filtres de coton sont réservés pour les fluides qu'on regarde comme précieux , soit à cause de leurs prix , soit à raison des petites quantités que l'on a pu s'en procurer. On introduit dans le col d'un entonnoir un peu de coton cardé que l'on comprime légèrement, et l'on verse dessus le liquide. 11 suinte goutte à goutte. Ce moyen n'entraîne avec lui presque aucun déchet. On s'en sert pour les huiles essentielles.

Les filtres de verre pilé sont surtout réservés pour les acides concentrés. On place d'abord dans le col de l'entonnoir des morceaux de verre grossiers; on les recouvre successivement par du verre de plus en plus divisé , et l'on termine par une couche de verre en poudre. C'est sur celui-ci que l'on verse l'acide. Il dépose à la surface les matières qui tvoublaieat sa transparence, et il s'écoule par le bec de l'entonnoir. Il faut avoir la précaution de faire tremper le verre qui doit entrer dans la composition d'un filtre , dans de l'acide murialique concentré qui dis-

24 DES OPÉRATIONS PHARMACEDTIQUES.

sont toutes les parties terreuses adhérentes, et de le laver ensuite h grande eau pour séparer tout l'acide excédant.

On emploie encore comme filtre une couche de sable ou des pierres poreuses , qui laissent passer l'eau et retiennent le limon. Ce sont les filtres les plus usités dans les ménages. Il faut avoir le soin de brosser souvent la surface de ces pierres , pour détacher le dépôt qui s'y est attaché, sans quoi la filtralion languit et cesse bientôt lout-à-fait. On a observé que l'eau filtrée est moins aérée que celle qui s'est clarifiée par le repos : aussi , quand on la destine à servir de boisson , doit-on préférer cette dernière , toutes les fois que l'on peut s'en procurer, ou bien aérer l'eau après la filtralion.

Les filtres de charbon sont communément employés. La faculté qu'a ce corps d'absorber les gaz et [de se combiner aux matières colorantes , le rend précieux dans un grand nombre de cas. Dans les laboratoires , pour établir un fillre de charbon on verse le liquide sur une couche de charbon en poudre. ( Voir filtre de Dumont , à l'article Sirops. ) Dans les arts, on fabrique des pierres poreuses artificielles dont il fait partie; mais sa présence n'y est pas d'un grand avantage ; car il a bientôt produit tout son effet. Au bout d'un temps assez court , il n'agit plus qu'à la manière des autres élémens qui entrent dans la composition de la pierre.

Le charbon absorbe les gaz à la manière de tous les corps poreux. C'est par \h qu'il détruit la fétidité des liqueurs. Il se combine chimiquement aux matières colorantes. Celle propriété , comme l'a montré M. Bussy, est modifiée par l'état physique et chimique du charbon. Celui qui provient des végétaux, et qui contient de l'hydrogène, décolore les liquides moins efficacement que le charbon azoté que les matières animales laissent après leur calcination. L'état de division du charbon influe aussi puissamment sur sa faculté décolorante. Si on mêle une matière végétale ou animale à une substance terreuse, et que l'on calcine, les particules du charbon, isolées les unes des autres par l'interposition d'un corps étranger, ne peuvent se Fiîunir , et le chatbon, plus divisé, décolore mieux les liquides. Cet effet est particulièrement remarquable dans le charbon provenant de matières animales qui contiennent tout

FILTRATiON.

nalurellemenl des substances minérales interposées ; sans doute parce que le mélange y est plus intime qu'on ne pourrait le Hiire artificiellement. C'est de \h que procède la préférence accordée si justement au charbon d'os sur tous les autres charbons connus.

M. Donovan a publié un appareil fort simple, propre à la filtration des liquides auxquels l'accès de l'air serait nuisible , ou qui sont volatils. Veut-on, par exemple , filtrer une dissolution d'alcali caustique , on place dans le luyeau en entonnoir du vase A un bouchon en toile commune lâchement roulée , en ayant soin d'éviter que le bouchon presse les parois. On verse dessusla dissolution alcaline ;dèsqu'elle passe claire, on introduit le bec de A dans le col du vase inférieur D, dans lequel il entre à frottement. On adapte alors le tube C, et la filtration continue sans qu'il y ait possibilité d'absorption d'acide carbonique. Cet Fig. 8. appareil est également très-convenable

\) pour filtrer les liqueurs alcooliques ou

éthérées et les fluides ammoniacaux. Si ^^ on voulait s'en servir pour des acides on

I JIR— -— JTI remplacerait le bouchon de toile par du 1^- ^^^ verre, que l'on disposerait ainsi qu'il a

^ \ / I ôié enseigné plus haut.

M. Riouffese sert d'un vase supérieur, dont la forme permet l'introduction d'un filtre ordinaire. A sa partie supérieure, il adapte un tube en S, qui sert à l'introduction du liquide, sans qu'il soit nécessaire de déboucher l'appareil. Un petit tube, bouché à l'émeril , permet de livrer passage à la colonne d'air que déplace le liquide introduit.

Le robinet K, placé au-dessus du fond du récipient, laisse dans celui-ci les dépôts qui ont pu s'y former.

26 DES OPÉRATIÛKS PIJARMACEUTIQUES.

VAPORISATION Eï ÉVAPODATION.

Vaporiser et évaporer c'est réduire un corps en vapeurs ; mais ces deux opérations diffèrent essentiellement en ce que , dans la vaporisation , on considèie la vapeur et ses effets ; dans l'évaporalion , c'est, au contraire, le résidu. Ainsi, on vaporise pour faire certaines fumigations ; on évapore pour concentrer sous un plus petit volume les sucs , les solutions , etc. La manière de produire la vaporisation est variable suivant la nature de la vapeur que l'on veut produire, et suivant l'emploi auquel on la destine. Nous y reviendrons en traitant des fumigations.

L'évaporalion est fondée sur la propriété que les liquides possèdent de se réduire en vapeurs. Ces corps forment dans toutes les circonstances, une certaine quantité de vapeurs qui est proportionnelle à l'espace dans lequel ils sont placés , et à leur température. Cette quantité est constamment la même pour un espace donné , qu'il soit vide ou plein d'air ; elle varie avec la température ; elle est d'autant plus grande que la température est plus élevée. On observe que la vaporisation se fait plus vile dans le vide que dans l'air, sans doute à cause de l'empêchement mécanique que trouvent les particules de vapeur à se loger entre les particules de gaz : mais avec le temps , la proportion de vapeur formée dans un même espace vide ou plein d'air , est absolument la même.

En faisant l'application de ces principes à l'évaporalion , on trouve ;

1°. Que dans une atmosphère saturée d'une vapeur , l'évaporalion du liquide qui l'a fournie ne se fait pas.

2°. Que dans un espace limité, qui n'est pas saturé de vapeurs, l'évaporalion se fait jusqu'à ce que cet espace se soit saturé.

3'\ Que dans un espace illimité , comme l'est l'air atmosphérique qui est renouvelé sans cesse par son mouvement à la surface de liquide, l'évaporalion n'a de limite que la quantité du liquide , à moins que l'air n'ait été saturé de ses vapeurs , ainsi qu'il arrive quelquefois pour l'eau ; que l'évaporalion est plus

VAPORISATION ET iSVAPORATION. 27

rapide à mesure que l'air est plus éloigné de l'état de saturation.

4°. Que l'évaporation est plus prompte à mesure que la température est plus élevée. Suivant Dallon, elle est proportionnelle à la force élastique de la vapeur qui se forme.

5". Qu'en augmentant le mouvement de l'air, l'évaporation est plus prompte.

Suivant la manière dont on évapore un liquide , on peut distinguer 1" l'évaporation dans le vide ; 2° l'évaporation spontanée ; 3" l'évaporation par la chaleur.

L'évaporation dans le vide est rarement employée pour la préparation des médicameus; on en fait un usage assez fréquent dans les laboratoires pour concentrer des liqueurs facilement altérables par la chaleur et l'air; on place ces liquides en couches minces daus un vase très-aplali placé au-dessus d'un autre vase qui contient un corps capable d'absorber la vapeur à mesure qu'elle se forme. Au moyen de celte précaution, la formation des vapeurs est continue ; sans elle, l'évaporation s'arrêterait aussitôt que l'intérieur de la cloche serait saturé de vapeurs. On se sert ordinairement , pour soutirer la vapeur d'eau , d'acide sulfurique concentré , de chlorure de calcium sec ou de chaux vive, tous composés dont l'affinité pour l'eau est trèsprononcée. L'évaporation dans le vide est cependant employée en grand dans les arts pour la concentration des sirops , mais alors on fait le vide au moyen de la vapeur. Parry a décrit un appareil de ce genre pour la préparation des extraits. ( Voyez Extraits.)

On appelle évaporation spontanée celle qui se fait à l'air libre. On place le liquide dans des vases très -larges que l'on recouvre seulement d'un papier , pour éviter qu'il ne soit sali par les corps qui voltigent dans l'air. Il se fait de la vapeur , qui est entraînée à mesure par le courant d'air. La surface du liquide se trouve continuellement en contact avec un espace nouveau propre à se charger de vapeurs , de telle sorte qu'au bout d'un temps plus ou moins long l'évaporation est cQmplète.

La température de l'air, son état hygroméliique et la vitesse de son mouvement influent puissamment sur l'évaporation spon-

28 I»i:s opérations' PIIAtlMACECTIQCES.

lanôo. Les effets que l'on obtient participent à la fois de ces trois causes. Soit une solution abandonnée ù l'évaporalion spontanée, elle s'évaporera d'autant plus vite que l'air sera plus chaud et plus sec, et que sa marche sera plus rapide. Il pourra arriver cependant que l'évaporation se fasse mieux dans un air froid que dans un air chaud, si le premier est sec, et le second chargé d'humidité. Nous avons vu , en effet, que, dans un espace donné , il ne peut se former qu'une quantité déterminée de vapeurs : la conséquence de ce principe est qu'un air saturé d'humidité, en arrivant à la surface d'une dissolution, ne pourra plus se cliarger de vapeurs , bien qu'il réunisse ces deux conditions d'être à une température élevée, et de former un courant rapide. Il pourra même arriver que la dissolution lui enlève une partie deson humidité, sicette dissolution estconcentrée, et que le corps dissous ait beaucoup ^l^affinilé pour l'eau.

L'évaporation , à l'aide de la chaleur , se fait à des températures assez variables. On porte le liquide à l'ébullitioiï, si la vaporisation peut être accélérée sans inconvéniens. On opère au bain-marie ou à la chaleur de l'étuve , si l'on craint qu'une élévation plus forte de température ne détermine quelque changement dans la nature des matières dissoutes. Dans tous les cas , il est convenable de multiplier les surfaces autant que possible, et l'on y parvient en se servant de vaisseaux évapora loires très-évasés.

La chaleur augmente la vitesse de l'évaporation , en donnant au liquide la faculté de produire une plus grande quantité de vapeurs à la fois , et de contrebalancer de plus en plus la résistance de l'air. Au terme de l'ébullilion , la vaporisation n'est plus limitée que par le refroidissement que détermine la formation des vapeurs. L'air ne peut plus opposer d'obstacle à leur dégagement ; car la force avec laquelle la vapeur tend à s'échapper est égale à la résistance de l'air ; ou , en d'autres termes , la tension élastique de la vapeur est égale à celle de l'atmosphère. Aussi , à cette époque, on voit de grosses bulles de vapeurs se succéder rapidement , et venir crever ù la surface du liquide : c'est le phénomène nommé cbuUHion.

L'ébullilion ne se fait pas pour tous les liquides à la môme température, et un même liquide, dans des circonstances diffé-

VAPORISATION ET lîVAPORATION. 29

rentes, exige pour enlrer en ébullilion , des degrés de chaleur diffôrens. En général , on peut dire que l'eau bout à 100 degrés, l'alcool pur à 78 degrés , l'élher sulfurique à 35 degrés. Mais ces degrés peuvent changer a\ec la pression de l'atmosphère, la nature des vases , et celle des matières qui sont tenues en dissolution.

Nous avons dit que l'ébullition se manifeste quand la vapeur qui se fait dans un liquide a acquis une tension élastique égale à celle de l'air. Il est, par conséquent , facile de prévoir l'influence que les variations dans la pesanteur de l'air exerceront sur le terme d'ébullition d'un liquide. Si cette pression est moindre , si , par exemple , on se transporte sur des hauteurs , là où la colonne d'air a moins d'élévation , les liquides entrent plus tôt en ébullition, parce que , la pesanteur de la colonne d'air étant diminuée, il n'est pas nécessaire, pour vaincre la résistance qu'elle oppose à la vaporisation , que la vapeur atteigne une tension aussi considérable. Le contraire arrive dans les digesteurs fermés : l'air et la vapeur qui composent l'atmosphère exercent, à la faveur de la température, une pression très-forte qui s'oppose h l'ébullition du liquide qui y est soumis ; lequel acquiert , par le fait môme de son degré de chaleur considérable , une faculté dissolvante plus prononcée , dont on tire souvent avantage dans la pratique. Mais celte pression venant à cesser brusquement, ce qui arrive si on ouvre instantanément la machine , il se forme aussitôt une quantité de vapeur proportionnelle à l'excès de température du liquide , et celui-ci se trouve ramené à son degré ordinaire d'ébullition.

Quand un liquide a dissous quelque substance, on observe qu'en général le terme de son ébuililion est retardé , et l'on en trouve la cause dans l'affinité du liquide pour le corps dissous, de sorte que l'ébullition est plus tardive à mesure que le corps tenu en dissolution exerce sur le liquide une action Chimique plus énergique , et que sa proportion est plus considérable. On peut même se servir avec avantage de celle observation pour constater le degré d'affinité d'un solide pour un liquide. Ainsi, en voyant le sel de Saturne et le sublimé corrosif ne pas changer le point d'ébullition de l'eau , le sel marin la retarder de quelques degrés , et une solution saturée de rauriale de chaux ne

30 DES OPlÎRATIOyS PHARMACEUTIQUES.

bouillir qu'à 120 degrés , on en conclut que l'aftinilô du muriale de chaux pour l'eau est Irès-grande , que celle du murîale de soude est moyenne , et que le sublimé corrosif et l'acétate de plomb n'exercent sur l'eau qu'une action très-faible.

La nature des vases dont on fait usage influe beaucoup plus puissamment sur le degré d'ébuUilion des liquides. Ceux-ci bouillent plus tôt dans des vases métalliques que dans des vases de terre ou de verre, et plus facilement dans des vases qui présentent des aspérités que dans des vases polis. On facilite même beaucoup l'ébullition , en ajoutant au liquide quelque corps étranger, comme des grains de sable ou de verre, et surtout de la limaille métallique. On voit les bulles de vapeur se former à toules les aspérités , et l'ébullition est hâtée de plusieurs degrés. M. Boslock a observé une différence de 27,7 degrés centigrades entre de l'éther qui bouillait dans un tube de vene bien uni , et celui auquel , dans le même tube, il ajoutait quelques petits copeaux de hêtre. Le terme d'ébullition de l'alcool, dans les mêmes circonstances, a varié de 7,7'*, et celui de l'eau de 2*^ à 2,70.

L'eau bout dans un vase de verre par intervalles et avec bruit. Beaucoup d'autres liquides présentent le même phénomène. II en résulte une secousse qui occasione souvent la fracture des vases. Celte ébullition brusque est cotmue en chimie sous le nom de soubresaut. Elle paraît provenir de ce que l'adhérence que le liquide a contractée avec la surface polie du verre oppose un obstacle à la formation de la vapeur. Alors, le liquide s'élève de quelques degrés au-dessus de son terme ordinaire d'ébuUilion , jusqu'à ce que cet état soit-dérangé par son propre excès. A ce moment, il se produit une bouffée de vapeur, le liquide est projeté, et le vase lui-même est soulevé. On parvient toujours à se mettre à l'abri de cet inconvénient en mettant dans la cornue ou la capsule quelques parcelles métalliques. On préfère ordinairement le platine, qui n'est attaquable que par un très-petit nombee d'agens chimiques.

DE l'élection et de LA RÉCOLTE.

Les matières employées comme médicamens appartiennent au règne organique ou au règne inorganique. La seule recom-

Page 1