ÉCORCE DE SUREAU
C'est la seconde écorce de la racine qui est employée, et les auteurs s'accordent à la préférer dans son état de fraîcheur. Ce médicament a été remis en honneur par M. Marlin Solon , comme éméto- catharlique, pour dissiper les accidens de l'ascile.
On prend les racines de 1/2 pouce à un pouce de diamètre, de préférence; on les dépouille du tissu cellulaire extérieur et de l'épiderme , en les frottant avec un linge rude; on enlève ensuite toute la partie charnue, et on la pile dans un mortier; on passe et on filtre. Le suc est d'une couleur brune rougeâtre, (l'une saveur douçûtre, d'une odeur fade, un peu nauséeuse. La dose est de 1 à 2 onces, que l'on prend en une fois. Il n'inspire pas de dégoût au malade , et son action est aussi énergique qu'innocente.
L'Yèble , Sambucus ehuliis, est employé aux mêmes usages que le sureau, et sous les mômes formes. Il est plus rarement usité.
RUBIACEES.
La famille des Rubiacées est l'une des plus remarquables du règne végétal , par l'importance des produits qu'elle fournit à la médecine et aux arts. Il suffit de dire que les quinquinas , le café, l'ipécacuanlia et la garance proviennent en partie de cette famille. Quand on vient à chercher les rapports que ces plantes présentent dans leurs propriétés médicales , on s 'aperçoit qu'il est difficile de suivre leurs analogies ou leurs différences. Le même organe se présente dans des individus voisins chargés de principes qui ne paraissent avoir aucune ressemblance , tandis que chez des espèces très-séparées dans la famille, on trouve au contraire une similitude d'action.
Les feuilles et les fleurs des Rubiacées sont peu connues, quant à leurs propriétés. Dans l'Inde, on emploie sous le nom de 5c/ie^<«, les feuilles de VIxora coccinea commes timulantes; celles de V Ophiorhyza mungos , contre la morsure des serpens à sonnettes. Au Brésil , quelques espèces de Palicourea, et en particulier le P. speciosa, sont employée s contre les maladies de la peau et la syphilis , et on les accuse d'être vénéneuses à haute dose. Nos Rubiacées indigènes sont presque inertes ; les sommités fleuries du caille-lait blanc et du caille-lait jaune
DES RFBIACKES. 591
sont légèrement diaphorùliquos ; on so sert de ce dernier pour aromatiser le fromage de Chester.
Lesécorces de quinquina suntjuslement célèbres parleurs propriétés fébrifuges. On sait qu'elles sont fournies par plusieurs espèces du genre Cincliona , sans que l'on puisse encore dire avec certitude à quelle espèce botanique correspond telle espèce commerciale. Quanta leur composition chimique , les quinquinas gris , jaune et rouge , sont remarquables par la présence de deux alcalis organiques , en lesquels réside la propriété antifébrile des écorces. La quinine a été retrouvée depuis par Kuhlmann , dans un quinquina différent , dont l'origine est encore inconnue : elle a été retrouvée avec la cinchonine , par M. Coxe, dans le quinquina de Virginie, fournie par le Pinhieya pubens . xMM Pelletier et Caventou ont annoncé l'avoir trouvée unie à la cinchonine dans le quinquina carthagène [Portlandia hexandra), mais associée en outre à une masse de matière colorante, qui rend leur extraction plus difflcile. Depuis, Gruner assure y avoir trouvé un alcali différent, qui cristallise en aiguilles fines, et qui est bien moins soluble dans l'éther que la quinine; il donne, avec l'acide suifuriquc, un sel qui a la saveur de l'aloës , et qui cristallise en prismes quadrangulaires. La capacité de cet alcali est plus grande que celle de la quinine et de la cinchonine. MM. Corriol et Pelletier ont trouvé aussi dans une variété de quinquina carthagène , quinquina de Cusco ou d'/lr/ca, une base différente de la quinine et de la cinchonine , qu'ils ont appelée aricine. Elle se distingue en ce que la dissolution aqueuse de son sulfate, saturée et bouillante, se prend en gelée tremblante par le refroidissement , et prend un aspect corné par la dessiccation. Au contraire, la dissolution alcoolique cristallise en aiguilles soyeuses. L'arlcine est formée de
20 proportions de carbone, 90,9
12 — d'hydrogène, 6,9
3 — d'oxigène, 13,9
1 — d'azote, 8,3
Elle prend une couleur verte par l'acide nitrique concentré. Dans le quinquina nova, Gruner croit aussi avoir trouvé une
autre base; MM. Pelletier et Cavenlou n'avaient pu en extraire ni quinine ni cinchonine , mais ils y avaient entrevu une base particulière.
Le rouge cinchonique , qui abonde dans les quinquinas officinaux , a été retrouvé avec quelques modifications dans ses caractères , par MM. Pelletier et Caventou , dans les quinquinas Carthagène et Nova, par Kuhlmann dans une autre espèce de quinquina , et par M. Henry dans l'écorce de Paraguatan [Condaminea tinctoria). Beaucoup d'autres espèces, la plupart mal déterminées , et appartenant presque toutes à la tribu des Cinchonées , sont employées comme amères , toniques ou astringentes ; par exemple : l'écorce du Remijia ferruginea, du Brésil ; du Cinchona exccUa, des Indes; de VExoslema Caràibœa, ou quinquina caraïbe ; de VAntirrhœa vcrticiUata, de rile-Bourbon ; du Mussinda stadtmanniouBela^Ayé, de l'Ile- Maurice.
Le Cinchona laccifera , du Pérou , dont l'écorce donne un suc rouge , qui a reçu le nom de laque cinchonique , et le Kino d'Afrique, qui s'écoule de V Uncaria gambir y ont une extrême analogie avec les substances précédentes. Le quinquina piton [Exostema floribunda) s'en éloigne par ses propriétés vomitives.
Un assez grand nombre de racines , dans les Rubiacées , sont vomitives. Les ipécacuanhas du commerce, le gris ( Cepliœlis ipecacuanha) , le brun [Psychotria emetica]^ et le blanc [Richardsonia brasiliensis), appartiennent à des sections différentes de cette famille ; on retrouve des racines qui ont des propriétés analogues dans d'autres tribus encore. Les Sparmacoce ferruginea et Poaya, du Brésil ; le S. verticillata , de la Jamaïque; la Gardénia dumetorum, de l'Inde, sont employées comme vomitives. On se sert contre l'hydropisie , au Brésil, du Manettia cordifolia , qui est vomitif et purgatif à plus haute dose ; telles sont encore les propriétés des Chiococca racemosa et Anguifiiga , employés sous le nom de Cdinça ou Cainhana ; du Pavelta indica , du Malabar ; du Morinda roioc , de l'Inde.
L'analyse a démontré la présence dans les ipécacuanhas d'un alcali végétal , l'émétine , auquel sont dues les propriétés vomitives. Dans le Ca'inça , c'est au contraire un acide , l'acide
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caïncique, qui est le principe actif. On ignore la composition des autres racines.
Les racines des Rubiacées sont plus importantes encore par les matières colorantes qu'elles fournissent aux arts. Au premier rang, se présente la garance (/îw&î'a tinctorum) , dont la teinture fait une énorme consommation ; puis le Munjith de l'Inde [R. munjista) ; le Cbaya-ver ( Oldenlandio umbellata ] ; la garance relbrun de la Chine ( R. relbrun ) ; le Banals fragrans , de Madagascar : une multitude de plantes appartenant aux genres Morinda , Gardénia , Hedyolis , Genipa, Palicourea, etc. , et jusqu'aux Galium de nos climats. L'analyse chimique de ces diverses racines est encore imparfaite; les chimistes qui s'en sont occupés sont peu d'accord entre eux. M. Robiquet, qui a concouru beaucoup à étendre nos connaissances à ce sujet , admet dans le Munjith une matière colorante particulière, qu'il a nommée purpurine; dans le Chaya-ver, une autre matière colorante, l'alizarine; et dans la garance, la réunion de ces deux matières différentes.
Les fruits des Rubiacées qui appartiennent à des tribus à fruits charnus ont seuls quelque emploi ; ce sont généralement des baies acidulés comestibles. On mange celles des Genipa americana et Marian»; du Catesbœa spinosa; de VHamelia païens , des Antilles ; du Vangueria ediilis , de Madagascar. On fait un rob diurétique avec les fruits du Randia latifolia des Antilles ; les fruits des Palicourea sont plus actifs , puisqu'au Brésil , ceux de plusieurs espèces servent à empoisonner les souris, sous le nom û'Ervo doRato.
Les graines du genre Coffea sont seules usitées. Le café est celle du Coffea arabica ; on cultive près de Mozambique , le C. zanguebariœ ; le C. mauritiana ou café sauvage, de l'IIe- Bourbon , est employé sous le nom de café marron : au Pérou, on se sert des graines du C. racemosa. Les propriétés du café ne paraissent même pas être concentrées dans un seul genre, puisque les semences du Psychotria herbacea fournissent aux Nègres une boisson de saveur analogue. On sait encore que M. de Jussieu a montré que les graines de notre grateron(G^alium aparine) sont le meilleur succédané du café.