TEINTURES ALCOOLIQUES
( Alcoolés.)
Les teintures alcooliques sont des dissolutions de différentes matières dans l'alcool , et qui sont destinées à l'usage médical. L'alcool, dans ces préparations, agit en même terap-s comme dissolvant et comme conservateur; il n'altère en rien la qualité des produits qu'il dissout : aussi ce genre de médicament est-il justement apprécié. Il est bon de remarquer que les effets de l'alcool's'jvoutent à ceux de la matière médicamenteuse, et qu'il est nécessaire d'en tenir compte dans l'effet du médicament.
liO DES MÉDICAMENS PRÉPARÉS PAR SOLUTION.
Les substances que l'on soumet à l'action de l'alcool doivent être sèches et divisées ; divisées, pour qu'il les attaque plus facilement; sèches, pour qu'il ne soit pas affaibli par leur eau de véffélalion. On prolonge le contact davantage, lorsque les corps cèdent leurs principes avec plus de difficulté.
L'alcool qui sert à la préparation des teintures médicinales ne doit pas avoir toujours le même degré de concentration. On conçoit que, lorsqu'il doit agir sur des matières insolubles dans l'eau, il a besoin d'être concentré; si, au contraire, on désire le charger de principes solubles en même temps dans l'eau et l'alcool, ou solubles dans l'eau et insolubles dans l'alcool rectifié, il faudra se servir d'alcool plus ou moins étendu. Le Codex a réduit à trois les degrés de l'alcool destiné aux teintures médicinales. C'est 22% 32° et 36" de l'aréomètre de Baume.
L'alcool à 22° est réservé pour les matières qui sont plutôt de nature exlractive; celui à 32" pour des substances plus riches en principe résineux et en huile volatile. L'alcool à 36" est réservé pour les résines pures et les substances chargées de matières grasses peu solubles.
On se sert de l'alcool rectifié que l'on ramène avec de l'eau au degré voulu. Comme il n'est pas nécessaire que ce menstrue ait la saveur agréable des alcools faibles obtenus par de premières distillations , on se servira d'alcool convenablement étendu, ce qui est plus économique.
On prépare avec de l'alcool à 36° les teintures de
R(^sines, Succin ,
Térébenthines, Ambre.
Baumes,
L'alcool à 32" sert à la préparation des teintures de
Acorus, Girofle,
Aloès , Gommes résines ,
Angusture , Macis,
Anis, Musc,
Asarum , Muscades ,
Cannelle, Phellandrium,
Cardamone, Noix vomique,
Cascarille , Rhus radicans ,
Castoréum, Safran,
Contrajerva, Serpentaire,
Digitale , Vanille,
Ellébore noir, Ecorce de Winter^ Gingembre ,
SOLUTION PAR L'aLCOOL. 141
C'est avec ralcool à 22*^ que l'on fait les teintures de
Absinthe , Houblon ,
Aunéc , Ipécacuanha ,
Cachou , Jalap ,
Cantharides, Kino,
Colchique, Quinquina,
Columbo , Scille,
Extrait d'opium , Séné ,
Feuilles diverses , Semences de stramonium ,
Gayac , Valériane.
Gentiane ,
Le Codex prescrit le rapport de un à quatre dans la proportion des matières médicamenteuses et de l'alcool pour toutes les teintures simples; il en excepte seulement la teinture de succin , où le rapport est de un à seize ; la teinture de cantharides, pour laquelle on ne prend que le huitième de l'alcool; la teinture d'extrait d'opium, où l'extrait n'est que le douzième du véhicule, et l'alcool camphré, qui est une solution d'une partie de camphre dans cinquante parties d'alcool à 22°.
Les teintures alcooliques se préparent par simple solution, quand les matières que l'on emploie sont solubles entièrement dans l'alcool: tels sont le camphre, les résines, les térébenthines, les baumes. L'opération se fait dans un raatras de verre, et l'on opère par macération ou par digestion. La chaleur donne le moyen de dissoudre plus promptement les corps ; la macération économise les frais de chauffage, mais elle demande plus de temps. Quand on opère à froid , on ferme exactement le vase pour éviter une déperdition d'alcool; si on opère à chaud, on le bouche seulement avec un parchemin percé de trous. Quand on opère sur des quantités considérables de matières, on peut faire l'opération dans le bain-marie d'un alambic, et recueillir les vapeurs d'alcool. On peut encore avoir recours à l'appareil de digestion de MM. Gorriol et Ber- Ihemot.
Quand la matière que l'on soumet à l'action de l'alcool n'est pas entièrement soluble , l'on a aussi recours assez indifféremment à la macération , à la digestion ou à la décoction ; mais ce dernier mode est peu en usage , parce que l'ébuUition change le degré de spirituosité du menstrue.
La meilleure manière de préparer une leinlure est, sans conlredil,de diviserrakool en doux parlies ; onfail avec la première moitié une première leinlure, et l'on verse le resle de l'alcool sur le résidu pour avoir un nouveau produit, que l'on mêle au premier. Si la quanlilé d'alcool était considérable, il vaudrait encore mieux augmenter le nombre des opérations ; et, en effet, les derniers produits étant moins chargés que les premiers , et la quantité d'alcool retenue par la capillarité étant toujours la même, il y aurait plus de matières en dissolution, et il en resterait moins dans le résidu ; il est à observer que ce résidu contient souvent encore des parties solubles, quoique la teinture ne soit pas saturée.
Lorsque l'on soumet en même temps plusieurs corps à l'action dissolvante de l'alcool, il est préférable de les mettre successivement en contact avec lui, et suivant l'ordre de leur moindre solubilité; sans cela les matières les plus solubles satureraient d'abord le liquide , et le rendraient moins apte à agir sur les autres corps. C'est ainsi que, dans la préparation du baume du commandeur de Fermes, on fait d'abord une teinture avec l'angélique et l'hypéricum , on passe avec expression; on ajoute la myrrhe et l'encens, et quelques jours après seulement, le storax, le benjoin et l'aloès.
MM. Boullay ont conseillé comme un excellent moyen pour la préparation des teintures alcooliques la lixiviation, dite méthode de déplacenient. L'expérience ne m'a pas confirmé les avantages de ce procédé. D'abord, il n'est pas de substance qui puisse être épuisée complètement par quatre parlies d'alcool, proportion qui est indiquée par le Codex pouir la plu- 'part des teintures; il en est même fort peu que l'on puisse épuiser par huit parties d'alcool, suivant la formule qui est adoptée par quelques pharmaciens. En outre, quand on veut chasser l'alcool (jui reste engagé dans la poudre au moyen de l'eau, les deux liqueurs se mélangent, et 1 on ne recueille bientôt que des liqueurs plus faiblement alcoolisées. Je crois que l'ancienne méthode est bien préférable. Si l'on veut gagner du temps ou éviter les pertes d'alcool, il faut réduire les substances en poudre et soumettre le marc à une forte pression.
On ajoute des matières alcalines à l'alcool pour la préparation
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de quelques leinlures, mais celle addition n'est pas aussi utile pour faciliter la dissolution des principes soluhlcs que l'ont pensé quelques praticiens; elle n'est avantageuse qu'autant que ces alcalis ont par eu\-m(^mes une action médicamenteuse. L'expérience a montré qu'en se servant d'ammoniaque, la résine de gayac et la valériane ne donnent pas des teintures plus chargées. Si on emploie le succin, la proportion des principes dissous est moins grande que par l'alcool pur, etc.
Quand on ajoute un alcali à une teinture, et que la matière contient un sel à base végétale , celle-ci se trouve séparée de son acide, et cependant les propriétés du médicament ne sont pas détruites, parce que toutes ces matières alcalines sont solubles dans l'alcool.
Les teintures alcooliques sont dites simples ou composées, suivant que l'on a fait agir l'alcool sur une ou sur plusieurs substances.
Dans tout ce que nous venons de dire sur la préparation des teintures, nous avons supposé qu'on l'opérait sur des matières desséchées ; mais il est des plantes qui perdent par la dessiccation tout ou partie de leurs principes actifs, et qui, pour cette raison, doivent être employées à l'étal de fraîcheur. Il est bien nécessaire de distinguer ces sortes de teintures de celles que l'on peut obtenir avec les mêmes plantes desséchées, car leurs propriétés sont souvent bien différentes ; pour celle raison je conserverai à ces médicamens préparés avec les plantes fraîches le nom qui leur a été donné par M. Béral , alcoolatures , quoiqu'il soit peu agréable à l'oreille, mais pour ne pas créer une nouvelle dénomination.
Les alcoolatures sont donc des solutions alcooliques obtenues par l'action de l'alcool sur des plantes fraîches. Il y a deux moyens généraux de les préparer : l'un consiste à extraire le suc des plantes , à le mêler sans le clarifier avec de l'alcool fort (à 36°); et après quelques jours, à filtrer pour séparer les matières insolubles. L'autre méthode consiste à faire agir l'alcool, non plus sur le suc des plantes , mais sur la plante elle-même contusée. Je préfère celte méthode, parce qu'elle donne des produits toujours plus semblables ; car le marc que laisse l'ex- Iraclion du suc retient en proportions variables des principes
Ih'* DES MÉDICAMENS PRÉPARÉS PAR SOLUTION.
qu'il est bon de dissoudre dans l'alcool. Du reste, pour ces préparadons, la macération, l'expression et la filtration successives sont le seul mode opératoire auquel on puisse avoir recours.
Ou emploie toujours à leur préparation de l'alcool fort, pour compenser la perte de spirituosité que lui fait éprouver l'eau de végétation des plantes.
Les principaux alcoolatures employés sont ceux de :
Aconit, Jusquianie,
Belladone, Laitue Tireuse ,
Colchique, Plantes antiscorbutiques,
Ciguë , Rhus radicans ,
Cresson de Para, Stramonium.
Digitale pourprée,
TEINTURE AMËRE.
( Elixir de Stougtou ).
Pr. : Sommités sèches d'absinthe »
— de chamœdrys I
Gentiane î»"» 6 gros.
Ecorces d'oranges amères '
Cascarille 1 gros.
Rhubarbe 4 gros.
Aloès 1 gros.
Alcool à 22 degrés 2 livres.
Cette teinture est employée conune stomachique à la dose de 1/2 gros k quelques gros.
TEINTURE d'ALOÉS COMPOSÉE.
(Élixir de longue vie).
Pr. : Aloès succotrin 9 gros.
Gentiane ,
Safran i
Rhubarbe «"« ^ ê»""»-
Agaric /
Thériaque 2 gros.
Sucre 8 gros.
Cannelle 1 gros.
Alcool à 22 degrés , . . . 2 livres.
Celle teinture est un remède presque populaire comme stomachique, vermifuge et laxatif; il contient 10 grains d'aloès par once. ^
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TEINTIRE BALSAMIQUE COMPOSÉE.
( Baume du commandeur de Fermes. )
Pr. : Fleurs d'hypericum 1 once.
Racine d'angélique 1/2 once.
Myrrlic \
Oliban > ana 1/2 once.
Aloès J
ï^^"j«'"- \ ana 3 onces.
Baume du Pérou )
Ambre gris , 6 grains.
Alcool A 32 1 livre 1/2.
On fait une première teinture avec l'hypericum et la racine d'angélique; on passe avec expression, l'on ajoute l'aloès, la myrrhe et l'oliban , et au bout de quatre à cinq jours le reste des substances. On continue la macération pendant quelques jours et l'on passe.
Le Codex a conservé dans cette composition l'ambre , qui est toujours supprimé. Il y entrait aussi autrefois du musc , qui a été retranché.
Le plus grand emploi de celte teinture est pour consolider les blessures peu graves faites par un instrument tranchant et en prévenir la suppuration. On réunit les chairs, et on applique une petite compresse imbibée de cette teinture. On humecte la compresse à plusieurs reprises.