DES EL.EO-SACCHARUM
On donne le nom d'elœo-saccharum à un mélange , peutêtre à une combinaison, de sucre et d'huile volatile. Par l'intermède du sucre, l'huile volatile devient miscible à l'eau.
On obtient presque toujours les elaeo-saccharum en triturant l'huile essentielle avec le sucre. La dose ordinaire est d'une goutte d'essence pour chaque gros de sucre.
Quand on veut avoir ceux des écorces des fruits des hespéridées , on frotte la partie jaune superficielle avec du sucre en morceaux : celui-ci s'imprègne d'huile volatile ; on le pulvérise pour rendre le mélange homogène dans toutes ses parties. Ainsi préparés, ces médicaniens ont une odeur bien plus suave que lorsqu'ils ont été faits avec l'huile essentielle isolée.
SA.CCIIARURES.
Les saccharures sont des médicamensde forme pulvérulente, composés de sucre auquel on a mêlé des matières médicamen-
teuses tenues d'abord en dissolution dans un véhicule, et dont on les a débarrassées par évaporation, après leur mélange avec le sucre.
Le procédé général de préparation consiste à mêler le sucre avec la solution , ii faire sécher et à pulvériser de nouveau la matière; on obtient ainsi une poudre dans laquelle la matière médicamenteuse est parffiilement divisée au milieu du sucre.
Les liqueurs que l'on emploie peuvent être des teintures éthérées ou des teintures alcooliques ; on les verse peu à peu sur le sucre; on laisse sécher à l'air libre pendant 24 heures, on pulvérise grossièrement le sucre s'il est nécessaire, on achève la dessiccation à l'étuve et l'on pulvérise de nouveau. C'est ainsi que l'on prépare les saccharures de
Belladone, Oiiîitale,
Castoreum , Ipc^cacuanha ,
Ciguë , Scille.
Les saccharures sont une forme commode pour administrer les principes solubles qui existent dans les teintures de ces substances dans un état de division qui favorise l'effet médical, et sans le véhicule , qui a une action propre marquée.
M. Béral , à qui l'on doit le premier emploi de celte sorte de médicament, dislingue avec raison les saccharures suivant qu'ils ont été préparés avec la teinture alcoolique ou la teinture éthérée.
On prépare aussi des saccharures avec des solutions aqueuses; alors on a recours à l'évaporation dans une bassine sur un feu doux, en agitant continuellement. On peut h volonté achever l'évaporation sur un feu doux ou à l'étuve. C'est ainsi que l'on prépare les saccharures de lichen et de mousse de Corse.
On nomme tablettes et pastilles des médicamens secs , fragiles , composés de sucre uni à des poudres ou à des aromates, auxquels on donne d'abord une consistance de pdle, au moyen d'un mucilage du sucre cuit que l'on divise par petites parties, et que l'on fait ensuite sécher.
272 DKS SACCHAHOLKS.
On désignail encore autrefois les tablclles sous les dénoniinalions deroUilcs, morsulis; mais ces expressions sont lout-àfail abandonnées. On se sert assez indistinctement des mots pastilles et tablettes/Cependant on applique plus généralement le premier h ceux de ces médicamens qui sont préparés par la cuite du sucre , et qui ne contiennent que du sucre et des aromates.
Les tablettes sont ordinairement des médicamens rendus agréables par la proportion considérable de sucre que l'on y introduit. C'est à tort qu'on a donné cette forme à des mélanges de saveur ou d'odeur repoussantes , que leur transformation en tablettes oblige le malade de mâcher long-temps , à son grand dégoût.
Pour préparer les tablettes sans feu ou avec un mucilage, on réduit en une poudre bien fine toutes les substances qui doivent en faire partie, et on les mêle au sucre. D'autre part on prépare un mucilage , auquel on mélange d'abord dans le mortier une partie du sucre , puis on porte cette matière molle sur une table de marbre et l'on y incorpore par malaxalion le reste de la poudre sucrée ; on étend cette masse en couche uniforme au moyen d'un rouleau , après avoir saupoudré la table avec un peu d'amidon ; on étale encore une légère couche d'amidon à la surface de la pûte et on la divise en pastilles au moyen d'un couteau ou d'un emporte-pièce, afin que les pastilles aient toutes une même épaisseur ; on place sur le marbre un cadre en bois ou en fer ayant l'épaisseur que l'on veut donner aux pastilles ; on fait agir le rouleau jusqu'à ce que, sur tous les points , il appuie sur le cadre , ce qui ne peut arriver que lorsque la masse a été suffisamment affaissée.
Quand on prépare des tablettes avec une poudre végétale qui contient des matières exlractives , il faut alors surtout se contenter de pétrir la masse avec la main, et se servir d'un mucilage épais. L'emploi d'un mucilage clair et le battage dans un mortier faciliteraient la dissolution des matières extractives dans le véhicule , et les tablettes auraient moins de blancheur.
Le mucilage que l'on destine à la préparation des tablettes est presque toujours préparé avec la gomme adragante; on monde celte gomme avec un canif de toutes les impuretés qui peuvent
s'ôlre allacliùes à sa surface , puis on la met dans un pot sur les cendres chaudes avec 8 h 12 fois son poids d'eau. Au bout de 24 à 36 heures on passe le mélange avec expression , à travers un linge serré , et on bat le mucilage dans un mortier. Il est alors beaucoup plus tenace que^quand il est préparé avec la gomme en poudre.
Quelques praticiens ajoutent au mucilage de gomme adragante un peu de blanc d'œufs ou de la gomme arabique qui donnent aux pastilles un aspect translucide qui est recherché. On arrive plus sûrement encore à ce résultat en préparant le mucilage avec la gomme arabique seule. Les doses sont de
I partie de gomme et 3 parties d'eau simple ou aromatique ; on compte habituellement sur un gros de ce mucilage par once de sucre.
La quantité de gomme adragante nécessaire pour donner à la pâte des pastilles une consistance plastique qui permette de la travailler aisément n'est pas toujours la même. Un gros de gomme suffit par livre de matière , quand la poudre contient quelques parties extractives ou mucilagineuses ; mais quand il s'y trouve des sels , des acides , du soufre ou de la magnésie, il faut augmenter la dose ; alors on fait le mucilage plus épais en employant à sa préparation une moindre proportion d'eau.
II faut remarquer qu'il est toujours avantageux de faire les pastilles avec la plus petite quantité de gomme possible ; car si la proportion en est forte , les pastilles prennent beaucoup de dureté et ne fondent dans la bouche qu'avec lenteur et difficulté.
Souvent on fait un mucilage aromatique en se servant d'une eau distillée odorante. On emploie l'eau de roses pour les pastilles de soufre ; l'eau de cannelle pour les tablettes de fer, etc.
Les pastilles avec des mucilages sont simples ou composées ; simples quand on n'y fait entrer qu'une seule substance médicamenteuse; composées, quand elles sont formées de plusieurs substances. Ce que nous avons dit doit suffire pour diriger dans leur préparation.
Les tablettes par la cuite du sucre sont simples ou composées. Les premières ne sont ordinairement formées que du sucre que l'on a fait cuire avec une eau distillée , et que l'on a 1. 18
aromalisé avec une huile essentielle. Prenons pour exeinple les pastilles de menlhe.
On prend du sucre blanc en pains , on le pile dans un mortier de marbre et on le passe au tamis de crin. Quand le sucre est entièrement pulvérisé, on le passe de nouveau, mais cette fois dans un tamis de soie. La partie fine est conservée pour un aUli e usage •, ce qui reste sur le tamis sert à la préparation des pastilles.
Oh se sert d'un petit poêlon à bec, dont le bec est tourné à gauche , et l'on y met une portion de sucre granulé avec un peu d'eau aromatique pour faire une pâte. On fait chauffer, et dès que la matière se soulève par une légère ébullition , on y ajoute une nouvelle quantité de sucre pour lui donner la consistance convenable , et en même temps un peu d'essence de menthe poivrée ( 6 grains par once de sucre ) : on saisit le poêlon par son manche de la main gauche, on le tourne de manière à ce que le bec soit placé en avant du corps ; on verse de suite par gouttes sur une table de marbre ou un papier blanc , en facilitant l'écoulement avec un fil de métal. Chaque goutte se fige en une hémisphère ; on réunit les pas ti les sur un tamis et l'on achève de les sécher à l'étuve.
Si l'on cuisait le sucre à la plume, comme il est dit dans la plupart des ouvrages, il se fondrait en trop grande quantité ; il se graisserait, comme disen*t les confiseurs, et les pastilles sécheraient mal et seraient moins blanches. Il ne faut fondre que la quantité de sucre nécessaire pour donner à la matière le liant indispensable.
Quand on fait entrer des acides dans des pastilles faites parla cuite du sucre , il ne faut pas le mêler de suite au sucre pour faire la masse en une seule fois. On opère par petites parties, sans quoi le mélange ne pourrait pas prendre une consistance assez solide : c'est parce que les acides, surtout par l'intermède de la chaleur , agissent sur le sucre, et modifient ses propriétés cTiiniîques et physiques.
Pour préparer les pastilles composées par la cuite du sucre, on fait cuire celui-ci à trente-six degrés bouillant, et, quand il est à demi-refroidi , on y incorpore les poudres par l'agitation; 'oh Coule la masse surxm marbre huilé; on l'aplatit ayec un
rouleau, et, tandis qu'elle est encore chaude , on la divise avec un couteau en tablettes carrées ou en lozanges.
On ne doit incorporer au plus au sucre que le tiers de son poids de poudre. Autrement la masse serait trop tôt refroidie, et l'on n'aurait pas le temps de la travailler.
Quand on incorpore des poudres résineuses , il faut prendre garde que la chaleur ne les fasse grumeler. Le sucre doit être très-peu chaud ; encore souvent ne peut-on éviter l'agglomération des particules résineuses. Cet inconvénient et la propriété hygrométrique que possèdent à un haut degré les tablettes préparées par la chaleur, ont fait renoncer à ce procédé : on ne prépare plus de cette manière que des pastilles simples.
On donne le nom d'espèces au mélange de plusieurs plantes ou parties de plantes.
Il faut , dans la préparation de ces raédicamens , avoir soin dé ne jamais mêler des matières d'une texture très-différente ; comme, par exemple, des racines et des fleurs, des racines et des feuilles, etc. D'abord, il serait impossible d'obtenir un mélange exact, et, en outre, lorsque l'on viendrait à le soumettre à l'action dissolvante d'un véhicule , la chaleur serait trop forte pour les uns ou trop faible pour les autres. On ne doit mélanger que des matières qui cèdent avec la même facilité leurs parties médicamenteuses.
Lorque les substances que l'on veut unir n'occupent pas naturellement un petit volume, on les divise pour que le mélange puisse en être plus exact. On coupe les racines en morceaux courts ou en tranches minces; on concasse grossièrement les écorces; on incise les feuilles, etc.
Dans toutes les espèces officinales , le mélange se fait à parties égales. Ce n'est que sur la prescription parlicïÉère du médecin qu'il devra être fait en d'autres proportion^
ESPÈCES ÉM0LLIENTE8.
Pr. : Feuilles sèches de mauve
— de guimauve
— de bouillon blanc } ana P. E.
— de séneçon
— de pariétaire
Mêlez.
ESPÈCES BÉCHIQUES.
Pr. : Fleurs sèches de mauve ou de guimauve. \
— de pied-de-chat I
— de tussilage j «^a P. E.
— de coquelicots )
Mêlez.
FRUITS BÉCHIQUES.
Pr, : Dattes \
iT*^^^ ) anaP.E.
l igues i
Raisins secs /
Mêlez.
ESPÈCES AMËRES.
Pr. : Feuilles de chamœdrys i
Sommités de petite centaurée | ana P. E.
— d'absinthe '
Mêlez.