DES POUDRES COMPOSÉES
Les poudres composées sont des mélanges d’un plus ou moins grand nombre de substances réduites en poudre.
Ce genre de préparation fournit un grand nombre d'espèces aux Formulaires ; et cependant, si l’on en excepte les poudres composées qui ne peuvent être préparées instantanément par simple mélange et celles chez lesquelles il se produit à la longue quelques changements chimiques, il serait préférable que le médecin associât au moment même les poudres simples dont il veut réunir les effets, plutôt que d’avoir recours à une formule toute faite, dont il est bien difficile qu’il se rappelle les éléments et surtout la proportion de chacun d’eux. | |
Les règles générales applicables à leur préparation sont les suivantes : .
1° Réduire séparément chaque substance en poudre. En effet, nous avons vu, en traitant de la pulvérisation, qu’il est des corps qui doivent être pulvérisés en entier. Ce sont ceux qui fournissent une substance homogène à toutes les époques de la pulvérisation. Il en est d’autres dont on doit séparer la première poudre ; il en est enfin, et en grand nombre, dont les derniers produits doivent être rejetés. On ne pourrait donc obtenir une poudre composée de bonne qualité, si on pulvérisait ensemble différentes matières de ce genre, | |
282 DES MÉDICAMENTS GOMPOSÉS ANOMAUX.
90 Chaque poudre doit avoir Je plus. grand degré de ténuité possible. Sans cette condition, on. obtiendrait ‘difficilement un mélange exact. Exceptons, toutefois, les poudres sternutatoires, qui doivent être grossières. | 3° Les matières minérales seront porphyri isées; sans quoi leurs particules , plus pesantes que celles des matières organiques. ne se mélangeraient qu'imparfaitement, et se sépareraient pour gagner le fond du vase , avec la plus grande promptitude. . 4° Lorsque, dans la composition d’une poudre composée, on fait entrer des matières molles , on les pulvérise., en les triturant avec les autres substances : c’est ainsi que l’on fait pour la muscade, le macis, la vanille. Quelques pharmacologistes recommandent de réduire ces matières en pâte ; mais il est préférable de se servir de l'intermède des autres éléments de Ja poudre composée. C’est encore ainsi que doivent être mélangées les semences émulsives, après, d'ailleurs , qu’on les aura mondées de leurs enveloppes , et qu’on les aura séchées à la chaleur douce d’une étuve. Comme elles rancissent très facilement , elles communiquent à la poudre une odeur désagréable, et un goût àcre : aussi, vaut-il mieux ne les mêler qu’à mesure du besoin.
5° Il faut éviter de faire entrer, dans les poudres composées , des matières qui attirent l'humidité de l'air ; bientôt la poudre se détériorerait; c’est ce qui, par exemple, arrive au sayon végélal, qui est un mélange de gomme arabique et de carbonate de potasse; aussi, cette at ne doit être préparée qu’à mesure du besoin.
Ge Toutés les substances réduites en poudre doivent être. mêlées avec le plus grand soin. Après les avoir triturées ensemble, dans un mortier, ou les avoir retournées ensemble dans le fond d'un tamis , on passe le mélange à travers un tamis dont le tissu est peu serré.
7° Comme, au bout de quelque thé les matières les plus pesantes gagnent le fond du vase, l’on doit, de temps en temps ,
renouveler Je mélange.
DES ÉLECTUAIRES.
On désigne SOUS les dénominations « communes d'éleptuaires ; cénreRonse opiats, des médicaments d’une consistance de pâte molle, composés de poudres délayées dans un sirop simple ou
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composé, préparé soit avec le sucre, soit avec le miel. On ; fait. entrer aussi des pulpes, des extraits, des sels, etc. |
Le principal avantage des électyaires est de rendre moins pénible administration des poudres , en les unissant à un excipient qui en rapproche les particules en en formant un tout | moins volumineuxet plus cohérent.
Ces compositions, que l’on qualifie tous les jours d’indigestes et de chaos, n'étaient pas, comme on se l’imagine généralement, le produit d’un mélange arbitraire ; elles exigeaient de celui qui les inventait un travail attentif et une connaissance exacte de la° thérapeutique de l'époque. Les anciens étaient persuadés que les substances médicinales jouissaient chacune de propriétés curatives absolues ; l’action qu'exercent ces corps sur nos organes, n'était considérée par eux que comme un accessoire jamais utile et presque toujours nuisible. D'après cette idée , après avoir fait entrer dans un électuaire une matière médicamenteuse, il fallait, par une ou plusieurs autres , détruire l'effet que la première produisait, indépendamment de sa propriété curative ; de sorte qu'à mesure que les bases d’un électuaire étaient plus nombreuses, les correctifs se multipliaient à leur tour, et leur nombre s’accroissait d'autant plus que l'on s'attendait à voir sortir de ce mélange de médicaments simples, jouissant tous de la faculté de guérir une ou plusieurs maladies, quelque propriété nouvelle qu'aucun médicament simple ne pouvait posséder.
Certains médicaments, administrés seuls, manquaient de lénergie nécessaire pour atteindre le but que se pr oposait, le médecin. On aidait à leur action par quelque autre corps qui put la faciliter. Ainsi le polypode était l’'auxiliaire de la scammonée ; il incisait les viscosités, que la scammonée expulsait ensuite. On ajoutaif aux drastiques, des médicaments àcres qui : attiraient les humeurs des parties éloignées du corps ,.et les livraient à l’action expulsante des purgatifs, etc... |
Telles étaient les causes de la haute opinion que les’ anciens avaient des électuaires. Les noms. dont on.les décorait annonçaient assez la valeur qui leur était accordée. Ainsi, l’on avait des électuaires sacrés, un orviétan præstantius , un électuaire universel , une ééetuait e bénit. La thériaque reçut son nom par antiphrasé (@nsuo, bête veniméuse), pour témoigner de son excellence contre tous les venins. |
La plupart de ces médicaments ont été rejetés de la matière médicale. Quelques-uns ont survécu , parce qu’ils sont doués de propriétés énergiques bien éprouvées que l’on retrouverait difficilement dans les médicaments simples.
Les dénominations d’électuaires, confections, opiats, sont presque toujours employées indisfinctement. Les anciens réservaient le nom d’opiats à ceux de ces médicaments dans lesquels ils faisaient entrer de l’opium.
Aujourd'hui, la dénomination d’opiat est réservée pour les électuaires magistraux que l’on obtient en mélangeant aumoment du besoin, une ou plusieurs poudres, avec assez de sirop pour obtenir une masse pâteuse. De pareilles préparations se distinguent à peine des conserves préparées avec des poudres, de l’eau et du sucre. Mais le nom de conserve a été continué à celles de ces préparations qui méritaient autrefois ce nom, étant préparées à l’époque favorable avec la pulpe de plantes fraiches.
On a divisé les électuaires en mous et solides. Les premiers sont des tablettes composées, et n’appartiennent pas au genre de médicaments qui nous occupe en ce moment.
Il est des règles générales auxquelles on doit s’astrendre dans la préparation des électuaires, si l’on veut ‘obtenir ces médicaments dans un état convenable :
1° Il faut faire une poudre composée de toutes les matières qui doivent être pulvérisées. On se conforme aux règles que nous avons données en parlant de la préparation des poudres composées ;
2 Quand il entre dans un électuaire des gommes-résines mollasses, et qu’en même temps il s’y trouve un excipient propre à les dissoudre, cette dissolution doit être faite. Dans le cas contraire, on divise ces matières à la faveur des autres poudres. La méthode de dissolution devrait toujours être employée : en s’y conformant, l’on est certain d’avoir les matières dans un état de division convenable ;
3 Les extraits doivent être ramollis. On dissout dans l’eau ceux quisont secs, et l’on concentre la dissolution:
4° Suivant la remarque judicieuse de M. Deyeux, on doit employer à la préparation des électuaires des miels lisses et des cassonades grasses. Il faut éviter les miels grenus et les sucres bien cristalline ; ils sont tous deux trop sujets à cristalliser, et par cela même, ils défendent moins bien l'électuaire de toute décompo-
DES ÉLECTUAIRES. | 285 sition. Les Arabes, qui accordaient une grande confiance à ces sortes de médicaments, avaient la sage précaution d'employer le sucre, quand les électuaires contenaient des pulpes ; ils diminuaient d'autant la tendance à la fermentation ; ils réservaient le miel pour les électuaires formés de poudres qui, par leur nature même, sont moins altérables ;
5° Les sirops simples ou composés qui entrent dans les électuaires doivent être portés au-delà de la consistance ordinaire : On suivra, pour leur préparation, toutes les règles que nécessitent les matières qui entrent dans leur composition, et qui ont déjà été exposées en traitant des sirops ; | 6° Toutes les matières étant disposées, il ne s’agit plus que d'en faire le mélange. Les solutions d'extraits et de gommesrésines sont d’abord mêlées ensemble. On incorpore le tout au miel ou au sirop, si l’un d’eux seulement sert d’excipient, et à leur mélange, s'ils entrent tous deux dans la composition dé l’électuaire. Le sirop doit être encore chaud; mais il ne doit pas l'être assez pour ramollir et grumeler les substances résineuses. Les poudres sont ajoutées à la fin et peu à peu, en les faisant tomber à travers un tamis à tissu peu serré, et en agitant à mesure jusqu'à ce que leur incorporation soit complète. On ajoute les huiles essentielles réduites en elæo-saccharum tout à fait à la fin. . | | Ainsi préparé, un électuaire doit être homogène, et sa consistance être celle d’une térébenthine ; il prend peu à peu plus de consis{ance à mesure que les poudres se gonflent. / Les terres inertes ne sont pas tout à fait inutiles : elles servent à tenir divisées les autres substances ; elles s'opposent à l’agslomération de certaines parties qui ont de la tendance à se réunir, et qui, par là, détruiraient l’uniformité de la masse. | Toutes les poudres n’absorbent pas la même quantité de sirop pour prendre une consistance convenable ; celle des plantes entières, des bois, des écorces, des fleurs, absorbent trois parties de sirop pour se réduire en opiat. Immédiatement après le mélange, la pâte paraît trop liquide ; mais bientôt les poudres se gonflent, absorbent le sirop, et l’électuaire a la consistance requise. Les gommes-résines demandent, à peu de choses près, leur poids de sirop : il en faut un peu moins pour les résines sèches. Les matières minérales, comme la pierre hématite, le sulfure d’an-
timoine, la limaille de fer, Fe, absorbent la moitié de leur poids de sirop. La plupart des sels neutres ‘en exigent autant ; les sels déliquescents n’en prennent presque pas.
Ces observations trouvent une “application avantageuse dans la prescription des opiats où l’on fait éntrer des matières qui sont ans action chimique les unes sur les autres. Dans le cas contraire, elles ne présenteraient souvent que de fausses indications. Ainsi, dans lopiat mésentérique, le fer S’oxide, ét durcit considérablement le composé, par plusieurs causes ; d’abord, parce qu’une partie d'eau est décomposée, et sert à oxidation du fer ; ensuite, parce qu’une autre portion d’eau reste en écibiriaison avec l’oxide formé ; et enfin, parce que cet oxide, formant une poudre beaucoup mûs ténue que le métal qui lui a donné naissance, exige, par celà même, une plus 8 grande quantité de liquide pour Er la consistance d’électuaire. L
Tous les électuaires éprouvent de l'altération peu de temps après qu ils ont été préparés. La décomposition n’est pas simultanée dans tous les éléments qui y sont réunis. Les matières sucrées et mucilagineuses, les pulpes, fermentent plus tôt que les matières extractives ; il se forme certainement pendant cette réaction spontanée des composés nouveaux. L'analyse chimique à porté peu de lumières sur les phénomènes qui accompagnent ces altérations, et sur les produits qui en résultent. La composition des électuaires est trop compliquée, pour que de longtemps on puisse espérer connaitre d'une manière précise ce qui se passe pendant ces fermentations. "Il est cependant quelques résultats que l’on peut prévoir. Ainsi, dans la thériaque; le colcothar et la terre sigillée précipitent en noir le tannin des végétaux ; ce tannin rend les substances animales imputrescibles. Les principes sucrés dégagent dé l'acide carbonique qui boursouffie la masse.
Suivant M. Guilbert, la thériaque très anciénne contiendrait Ja même proportion de miel que la thériaque faite depuis un à deux mois ; il paraît extraordinaire que la fermentation n'ait pas porté son dcbio sur le miel, substance éminemment fermentescible. D’un autre côté, la proportion de matière sucrée auraitelle été augmentée par la transformation it matières amylacées en sucre Er raisin.
Les électuaires qui renfermént beaucoup de matières mucilagineuses "et pulpeuses se détruisent complétement dans l'espace
DES PILULES ET BOLS. é 287 de quelques années : tels sont le lénitif, le diaprun, le diaphænix. Le catholicon, quoique très chargé de pulpe, se conserve pendant’un temps fort long ; il paraîtrait que cela tient, en grande partie, à une circonstance particulière de sa composition : les semences froides, qui font partie de cet électuaire, sont réduites en pulpe très fine ; une partie de l'huile se sépare, et forme, à la surface, une sorte de vernis qui garantit le reste de la masse du confact de l'air. * * | |
Quand il entre dans un électuaire beaucoup de substances aromatiques, salines, résineuses ou extractives, il est beaucoup plus durable : tels sont la thériaque, la confection d'hyacinthe.