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LIVRE IL

DES RENONCULACÉES.

Les plantes de la famille des renonculacées ont plus où moins d’acreté. Cette propriété est assez développée dans quelques espèces pour qu’elles deviennent des poisons violents ou qu’elles puissent produire une vésication sur la peau : aussi, dans divers

. pays. quelques espèces servent-elles à former des vésicatoires : 2 : ,

le ranonculus acris, en Islande ; lanemone sibirica et mauritiana ; l'adonis capensis, et dans d’autres parties de l'Afrique, l'adonis gracilis ; l'anemone patens de l'Ukraine ; la clematis vitalba, dans nos climats ; plusieurs espèces de renoncules ont été aussi employées avec succès pour combattre des douleurs rhumatismales, par la rubéfaction qu’elles peuvent produire sur la peau. Leur action à l’intérieur est des plus puissantes et remarquable surtout dans les aconits, et surtout dans l’aconitum ferox de l'Hymalaya.

Il est d’autres espèces qui paraissent au contraire être peu âcres ou même inertes, comme l’hépatique H. triloba , le pied d’alouette, l’actæa spicata, etc.; mais en général il est prudent de se méfier des plantes de cette famille : l'activité paraît y résider surtout dans les racines : celles du caltha codua de l'Inde ou Cadoya sert à empoisonner les flèches. L’on pense que c’est aussi à des racines de renonculacées que les anciens Gaulois empruntaient le poison dont ils imprégnaient les leurs. Les racines des ellébores, des adonis, des thalictrum, de l’actœa spicata sont fort âcres, et l’on emploie comme drastiques celles de différents ellébores, du #halictrum sinense et de l'actæa spicata.

Le principe actif des renonculacées offre ceci de particulier, qu’il est très volatil. La coction des plantes, souvent leur dessiccation suffit pour le dissiper; aussi des espèces qui seraient dangereuses pour les bestiaux dans leur état de fraicheur, deviennent-elles un bon fourrage" étant desséchées. Les expériences les plus propres à nous éclairer sur la nature du principe actif des renonculacées sont celles de M. Braconnot. En exarminant un grand nombre de ces plantes, il à vu que leurs propriétés se retrouvaient tout entières dans leur eau distillée. Gelle-ci est remarquable par son àcreté et la rubéfaction légère qu'elle détermine sur la peau. Si on la laisse exposée à l’air, la matière âcre disparaît et il ne reste plus qu'une liqueur insipide. M. Braconnot s’est d’ailleurs assuré qu’en agitant cette eau distillée avec de l'huile, celle-ci se charge de tout le principe actif.

À ces observations viennent s’en rapporter d’autres fort importantes. TFy a longtemps que Boulduc s’était assuré que les racines de l’ellébore contiennent un principe volatil qu’elles perdent en grande partie par la dessiccation. Bergius, Storck ont fait des observations à peu près semblables sur l’anémone pulsatille ; plus tard M. Robert, examinant l’eau distillée dela même plante, signala Paction pénétrante de ses exhalaisons sur les yeux et les fosses nasales. Il vit s’y déposer une matière grasse, solide, blanche, fusible, volatile, peu soluble dans l’eau, plus soluble dans Palcool et l’éther. C’est la même matière que Heyer avait nommée camphre d’anémone, et qu'il a retirée indifféremment des anemone pulsatilla ou pratensis. U lui reconnut de plus la propriété d’entrer facilement en fusion et de brüler avec une flamme blanche.

Depuis, M. Bosson, de Mantes, a retiré un produit analogue des fleurs des renoncules, et Swartz de l’anémone pratensis. Ce dernier observateur a reconnu que ce principe était acide, et Hofschaiger a trouvé dans la staphisaigre un acide blanc, cristallin, volatil, et dont une petite quantité suffit pour déterminer des vomissements violents. MM. Lassaigne et Feneulle ont trouvé aussi un acide volatil dans les souches de l’ellébore noir.

Est-ce là le principe àcre et volatil des renonculacées ? préexistet-il dans les plantes, ou s'est-il quelquefois formé par l'opération elle-même? est-il toujours identique? les différences qu’il peut présenter sont-elles des modifications légères d’un même principe, ou sont-elles assez prononcées pour qu’on y distingue plusieurs

DES RENONCULACÉES. 14,333 espèces différentes de principes immédiats. Il est bien difficile de décider cette question sans de nouvelles expériences; cependant nous pouvons déjà observer des dissemblances assez prononcées. M. Braconnot a reconnu que l’action irritante des aconits est plus tenace que celle des autres renonculacées, en même temps que le principe qui le produit est plus fugace. Vauquelin a observé que dans l’ellébore la matière active avait peu de volatilité. Enfin les observations de M. Orfila ont fait voir que les renonculacées n'agissent pour la plupart que sympathiquement sur le système nerveux, tandis que l’ellébore et les anémones agissent directement.

Les renonculacées exercent sur toute la paroi du canal intestioal une irritation locale qui peut produire une extrême variété de symptômes, depuis une légère chaleur jusqu'aux accidents inflammatoires les plus graves; mais en même temps, on observe une action marquée sur le système nerveux.

La matière âcre et volatile que nous avons signalée n’est pas loujours Ja seule cause des propriétés médicales des renonculacées ; M. Geïger dit avoir retiré des feuilles d’aconit un alcali organique fort efficace; déjà Pallas avait obtenu un résultat pareil de l’analyse de la racine de Paconitum lycoctonum. Ces observations me paraissent mériter d’être confirmées par de nouveaux travaux.

Les fruits des renonculacées sont en général capsulaires et leur action médicale est inconnue. On sait cependant que les baies de l'actæa spicata sont un poison violent. ù

Quant aux semences, elles ont une composition toute particulière et encore mal connue. Dans la graine de staphisaigre , M. Lassaigne à trouvé un alcali fort âcre, la delphine, et Hofschaiger un acide volatil ; les semences des aquilegia ont de l’àcreté; celles des nigella servent de condiment. La graine de la nigella arvensis est appelée poivrette; celle de la N. damascena est dite aphrodisiaque ; en Égypte, on emploie celle de la N. sativa comme condiment ; dans l'Inde, on fait entrer dans le cari la semence de la N. indica. | |

Les renonculacées, malgré leur énergie médicale, sont peu employées en médecine. La racine de l’ellébore noir, l’aconit, l'anémone et la semence de staphisaigre sont les seules espèces dont on se serve actuellement. Sans doute ces plantes mériteraient

que l’on y eût plus souvent recours; mais leur action médicale n’a pas encore été suffisamment étudiée, et leur administration n’a pas été faite de la manière la plus rationnelle. I ne faut pas oublier dans leur pe la présence de la matière âcre et volatile.

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