VINAIGRES MÉDICINAUX
Le vinaigre de vin, le seul que l’on emploie en France à la préparation des vinaigres médicinaux, forme deux espèees différentes, le vinaigre blanc et le vinaigre rouge. Elles ne diffèrent l’une de l'autre que par la proportion de matière colorante qui s’y trouve. <
L'alcool étendu d’eau exposé à l’air sous l'influence de l'éponge de platine ou d’une matière végéto-animale qui joue le rôle de ferment, absorbe l’oxigène et se change en acide acétique et en eau.
4 pp. C. + 6 pp. hyd. + 2 pp. oxig. — alcool. 4 pp. Oxig. — air.
4 Ce" :0 hyd. 6 oxig.
Les produits sont :
4 pp. C. + 3 pp. hyd. + 3 pp. oxig. — acide acétique.! 3 3 — Eau.
4 C. 6 hyd. : 6 Mg.
D'où l’on voit que , dans sa transformation en acide acétique, l'alcool perd la moitié de son hydrogène et, gagne une proportion d’oxigène. :
Cette transformation, opérée dans l'alcool de vin, laisse pour : résultat le vinaigre. Celui-ci contient les mêmes substances que le vin; mais l’alcool y est remplacé par l'acide acétique.
Cependant, le passage du vin en vinaigre, suivant les observations de M. Liebig, est un phénomène plus composé. La première action de l'air se porte sur l'hydrogène seulement. Il en
srésulte un nouveau corps (aldéhyd ou alcool déshydrogèné) qui ne diffère en effet de l'alcool qu’en ce que :/, d'hydrogène y est en moins.
Aldéhyd — C. 4 pp. H. 4 pp. O. 2 pp.
Le second effet’est la transformation de l’aldéhyd en acide acétique. Unenouvelle proportion d'hydrogène est brülé et une proportion d’oxigène de l’air se fixe pour constituer l'acide acétique.
Acide acétique = C. 4 pp. H. 3 pp. O. 3 pp.
Le vinaigre est souvent falsifié dans le commerce. On le coupe avec de l’eau; on y ajoute des acides étrangers ou des matières âcres.
L'eau qui a été ajoutée au vinaigre diminue sa force; or, celuici ne peut être réputé de bonne qualité qu’autant qu'il est
suffisamment acide. J’ai reconnu que 100 parties de bon vinai- gre d'Orléans saturent 10 parties de carbonate de potasse pur et sec.
On reconnait la présence de l'acide sulfurique dans le vinaigre en l’évaporant en sirop et traitant par de l'alcool à 40°, qui dissout l'acide sulfurique. On étend d’eau distillée et l’on vaporise l'alcool ; la présence de l'acide sulfurique est dénotée dans la liqueur par le muriate de baryte qui donne un précipité insoluble dans l'acide nitrique. La précipitation directe du vinaigre par le sel de baryte ne serait pas une preuve de la présence de l’acide sulfurique, car le vinaigre contient naturellement du sulfate de | qui peut produire cet effet ; mais ce sulfate n’est pas re-
ssous par l'alcool, que l’on fait agir sur l’extrait de vinaigre.
La présence de l’acide hydrochlorique dans le vinaigre se reconnait en le distillant et traitant la liqueur distillée par le nitrate d'argent. Si le vinaigre contenait de l'acide hydrochlorique, il a passé à la distillation, et l'argent le précipite sous forme d’un précipité blanc caillebotté, soluble dans l'ammoniaque et insoluble dans l'acide nitrique. °
Le vinaigre qui serait falsifié par l'acide nitrique, après avoir
été saturé et évaporé, laisserait un extrait sec qui fuserait sur les charbons ardents. ‘
Si un vinaigre a été remonté par du vinaigre de bois, cen’est qu’à la saveur qu’on peut s’en apercevoir; la fraude serait sans impor- ” tance si l’odeur et la saveur du vinaigre n’en étaient pas altérées.
Les matières àcres que l’on ajoute au vinaigre, pour lui donner une force simulée, sont le poivre, le garou, la moutarde, le capsicum annuum, etc. On reconnaît leur présence en saturant le vinaigre; alors le montant de l'acide acétique est détruit, et l'àcreté propre aux matières introduites frauduleusement se fait aisément reconnaître.
Le vinaigre peut se charger de divers principes médicamenteux, par macération ou par distillation. Ce sont là les deux modes de préparation applicables à la confection des vinaigres médicinaux.
Le vinaigre ordinaire est composé d’eau, d'acide acétique et de bitartrate de potasse; il contient souvent aussi quelques parcelles d'alcool, et toujours un peu de matière végéto-animale et de principe colorant. Il agit sur les corps par l’eau et l'acide acétique, à titre de dissolvant; l'acide acétique lui donne la propriété de dissoudre assez bien les huiles essentielles et la plupart des substances résineuses ; souvent il modifie en outre la nature de quelques substances ; ainsi il corrige, dit-on, l’âcreté de la scille et du colchique. Il n’est pas douteux, qu’en agissant sut l’opium, il ne facilite la dissolution de la narcotine et d’une plus forte proportion d'huile et de résine : on dit que la propriété vireuse de l’opium en est diminuée.
Le vinaigre de vin doit servir à la préparation des vinaigres médicinaux. On préfère généralement au vinaigre rouge le vinaigre blane, qui se conserve mieux.
On s'abstient de remplacer le vinaigre par un mélange d’acide acétique et d’eau, qui ne représente pas exactement le vinaigreÿ puisqu'on n’y retrouve ni le tartre, ni la matière colorante, matériaux dont l'influence est bien marquée.
On prépare les vinaigres par distillation ou par macération.
Les vinaigres distillés sont peu employés en médecine, si on en excepte le vinaigre distillé simple. Pour l'obtenir, on place dans la eueurbite étamée d’un alambic, de bon vinaigre blanc ou rouge, et l’on distille de manière à retirer en produit les trois quarts du vinaigre dont on s’est servi. Si on poussait
SOLUTION PAR LE VINAIGRE. 159 plus loin l'opération, on brülerait la matière restée dans la cucurbite.
Le premier produit qui passe à la distillation est peu acide, mais très suaye; il contient, dit-on, un peu d'éther acétique, provenant de la réaction de l’acide acétique sur Palcool. À mesure que l'opération avance, les produits deviennent plus acides, et, sur la fin , ils ont une odeur empyreumatique désagréable qu'ils perdent à la longue ; on peut les en priver tout à coup, en les exposant au froid.
La distillation du vinaigre présente un phénomène que nous retrouverons en nous occupant des eaux distillées, savoir la vaporisation simultanée de deux liquides d’une volatilité différente. L'acide acétique, plus fixe que l’eau, distille en plus petite quantité ; mais sa proportion augmente à mesure que l'opération avance, parce que le liquide, dans la cucurbite, devient de plus en plus concentré. Quelques personnes, afin d'obtenir plus de produit, après avoir retiré les 5/, du vinaigre à la distillation, ajoutent au résidu un volume d’eau égal au sien , et distillent pour retirer encore autant de vinaigre distillé qu’ils ont ajouté d’eau. Je me suis assuré que ce nouveau produit est plus faible que le premier, et d’une odeur désagréable ; aussi, ne doit-il pas être mêlé au premier ; mais il peut être utilisé pour quelque autre préparation.
Les vinaigres distillés ar der sont au vinaigre distillé
simple, ce que les eaux distillées aromatiques sont à l’eau pure, et on les prépare de même ; seulement il est convenable de se servir de matières sèches, pour ne pas affaiblir le vinaigre. On recommande de distiller au bain-marie ; mais il'serait préférable d'opérer dans l'appareil à vapeur, en ayant la précaution de ne retirer au plus que les trois quarts du liquide, et de mettre les substances végétales dans un bain-marie percé. On obtiendrait un produit bien plus riche en acide acétique. On peut faire sur sa nature, à différentes époques de la distillation, les mêmes observations que nous avons déjà faites sur le vinaigre distillé simple.
{serait préférable encore de préparer ces vinaigres en mêlant un alcoolat à du vinaigre distillé. On observe dans quelques cas que le mélange des deux liqueurs blanchit, ce qui est le résultat de la Séparation de l'huile essentielle ; mais, au bout de quelques jours,
la dissolution s’est opérée, et le vinaigre a repris sa transparence.
Ce que nous avons dit sur la préparation des vins par macération est applicable à celle des vinaigres médicinaux ; ainsi, les matières devront être divisées de manière à être plus exactement attaquées par le vinaigre. On se servira de la macération, la chaleur ayant pour objet de faciliter l'altération des éléments du vinaigre ; on emploiera des matières sèches, et l'on ne devra se permettre de faire autrement , qu’autant que la nature même des corps y obligerait. |
On a proposé d’ajouter aux vinaigres de l'alcool, pour qu'ils se conservent mieux ; il est préférable de le remplacer par l'acide acétique.
On se sert de vinaigre pour dissoudre certains principes odorants agréables. La saveur du vinaigre est changée, mais ses propriétés restent les mêmes : c’est dans ce but que l’on prépare le vinaigre de framboises ; celui-ci est réservé pour la préparation du sirop de vinaigre framboisé. On laisse les framboises entières, et l'on retire le vinaigre après quatre jours de macération.
On charge le vinaigre de quelques principes odorants, toniques et légèrement astringents. Dans ce cas sont les vinaigres de roses, de sureau ou surard, de lavande, de romarin, qui servent pour la toilette.
On ajoute au vinaigre, pour l’employer ensuite comme antiseptique, des matières très fortement aromatiques ; c’est là le but de la préparation des vinaigres camphrés, aromatiques.
Un seul vinaigre composé est usité, c’est le vinaigre antiseptique ou des quatre-voleurs ; il se fait par simple macération. On observe qu’il se conserve très longtemps sans altération , ce qu'il faut attribuer au camphre et aux huiles volatiles dont il est chargé. Voici sa préparation qui servira d'exemples pour d’autres :