‹ Nouveau traité de pharmacie théorique et pratiqueChapitre 76 sur 451 · DER UN · texte numérisé non relu

DER UN

de cette assertion; en suivant ce précepte, on ferait bouillir .

l’eau de la cucurbite avant d'introduire les fleurs, soit que la distillation soit faite à feu nu, soit qu'on veuille distiller à la vapeur. ;

La quantité d’eau distillée que fournit un poids donné de ma- |

tière, varie suivant la nature propre de chaque substance,

On retire un poids d’eau distillée égal à celui de la cup pour le plus grand nombre des plantes ; savoir :

Feuilles d’Amandier. Feuilles de Lierre terrestre. ‘F

Armoise. Mélisse, Bourrache. Menthe.

Cochléaria. Plantain.

Cresson. ‘Pariétaire.

Hysope. Fleurs de Bieuet.

Laitue. Coquelicot.

Laurier cerise, Roses.

On retire 2 parties de produit pour une partie de plantes fratches, pour :

Feuilles d’Absinthe. Fleurs de Lavande.

Sauge. Oranger.

Tanaisie. Racines de Raïfort.

Thym. Amandes amères.

On retire 4 parties de produit pour une de substance employée pour les matières que l’on emploie à l’état sec.

Feuilles de Lierre terrestre. Fruits de Fenouil.

Mélilot. Genièvre.

Origan. S : Persil.

Serpolet. Écorce de Cannelle.

Fleurs de Sureau, Cascarille.

Tilleul. Racine de Valériane.

Fruits d’Anis. Girofles.

Angélique.

Le premier produit qui passe à la distillation est très suave, le second est chargé d'huile dont la présence se manifeste par Ja lactescence de la liqueur quand la densité de l'essence est à peu près la même que celle de l’eau, par la séparation de lhuile-en gouttelettes qui se déposent ou qui se réunissent à la surface si la densité des deux liquides est différente ; l'odeur de ce second produit est moins agréable. À mesure que la distillation avance, laproportion d'huile diminue, et l’eau, qui souvent était rendue! laiteuse par l'huile quis’y trouvait suspendue, devient transparente. Ce caractère de transparence n’est pas cependant toujours unindice certain de l'absence de l'huile. Ainsi, suivant l'observation de

196 DÈS MÉDICAMÈNTS PRÉPARÉS PAR DISTILLATION. M:Robiquét, le premier produit qui est fourni par les amandes amères, bien qu’il soit transparent, est plus riche en huile volatile que les produils qui viennent en second lieu, bien que ces derniers soient laiteux. |

Enfin, les dernières liqueurs que l’on obtient ont une odeur fade et herbacée désagréable. MM. Henry et Guibourt ont proposé avec raison d'arrêter la distillation au moment où l'eau cesse d'être aromatique, et de compléter la quantité de produit prescrite par une suffisante quantité d’eau distillée.

Au moment où elles viennent d’être obtenues, les eaux distillées sont peu suaves. Quand elles ont été obtenues à feu nu surtout, elles ont contracté une odeur peu agréable qui se mêle à leur odeur aromatique. Cette odeur désagréabie se perd à la longue ; mais, suivant l'observation de Geoffroy sur l’eau de fleurs d’oranger, et qui à été étendue par le professeur Nachet à toutes les autres eaux distillées, on peut détruire cette odeur en quelques instants en tenant les eaux distillées plongées dans un bain de glace,

"Tes eaux distillées entraînent souvent avec elles un excès d'huile volatile qui vient nager à leur surface. TI faut avoir l’attention de les en débarrasser par la filtration. À cet effet, on place un filtre de papier dans un entonnoir, on l'humecte préalablement avec de l’eau, et l’on verse ensuite dessus l’eau distillée. Elle traverse les pores du filtre sans que celui-ci livre passage à l'huile. On conçoit quel effet fâcheux pourrait être produit par ces huiles essentielles, toutes ayant beaucoup d’àcreté, et quelques-unes étant vénéneuses, par exemple : les essences de laurier-cerise, de pêcher, d'amandes amères.

‘Quelques pharmacopées étrangères, et à leur imitation M. Chereau, font entrer de lalcool dans la préparation des eaux distillées afin de les rendre moins altérables. On ajoute l'alcool avec l’eau dans la cucurbite avant de faire la distillation ; ou bien on l’ajoute à l’eau distillée obtenue. Des recherches spéciales sur la préparation de ces eaux distillées alcooliques seraient nécessaires pour faire reconnaître les avantages de l’une ou l’autre méthode. La théorie semble favorable à l’addition de l'alcool après la distillation ; car, ajouté dans la cucurbite, il abaisse le point d’ébullition et doit rendre plus difficile le passage de lessence ; mais l'expérience m'a prouvé qu'avec la cannelle, au moins, il n'en est

pas ainsi. 1 passe plus d'huile à la distillation quand l’alcoo! est ajouté dans la cucurbite. Les proportions indiquées par M. Chereau pour la préparation de ces eaux distillées alcooliques, sont de 1 partie d'alcool pour 10 parties de produit.

Les eaux distillées sont généralement des médicaments simples formés par la distillation de l’eau sur une seule substance. On peut faire des eaux distillées avec plusieurs substances à la fois ; mais ce genre de médicament est à peine employé.

Les eaux distillées s’altèrent très vite, et il faut les renouveler souvent. Leur décomposition est surtout rapide quand elles sont exposées à la lumière. Elles perdent leur odeur, laissent précipiter des flocons, et passent à la putréfaction. Les eaux distillées des plantes inodores sont principalement sujettes à ce genre d’altération; elles ne peuvent même pas être conservées quand on les a obtenues par plusieurs cohobations.

Les eaux distillées aromatiques résistent mieux à la décomposition.

Les changements qui se produisent dans les eaux distillées . pendant leur décomposition ne sont pas connus; quelques chimistes pensent que l'huile se transforme en mucilage; ce qu'il y à de certain, c’est que Banhoff, ayant fait dissoudre dans l’eau distillée des huiles de citron, de valériane, de menthe et de fenouil, et les ayant abondonnées dans des vases bien bouchés, y trouva au bout de quelques semaines un dépôt mucilagineux.

M. Deyeux a observé un pareil changement en matière muqueuse dans l’eau de fleurs d'oranger. Cette transformation est commune à un grand nombre d’eaux : le ‘dépôt qui s’y fait parai formé de globules organisés, et il est considéré par plusieurs personnes comme une véritable formation organique.

L'un des produits constants de la décomposition des eaux distillées est l'acide acétique. Les distillateurs des provinces méridionales sont dans l’usage de conserver et d’expédier l’eau de fleurs d'oranger dans des estagnons en cuivre. Plusieurs fois : l'acide acétique existant naturellement dans cette eau, joint à celui qui s’y développe à la longue, en dissolvant du cuivre, â rendu l’eau de fleurs d'oranger fort insalubre: 109

Pour parer à la décomposition des eaux distillées, on les con serve dans des vases opaques ou dans dés lieux obscurs, et on les place au frais. Il faut les filtrer de temps en temps ; on bouche

les bouteilles qui les renferment avec un parchemin ; quand elles sont pleines, on peut sans inconvénient se seryir d'un bouchon de liége ; pour plus de sûreté, suivant le conseil de M. Mialhe, on fera bien de recouvrir intérieurement le bouchon avec une feuille d’étain.

M. Guibourt s’est assuré que dans les vases, même en vidange, qui servent au détail de l’officine, les eaux distillées se conservent bien, si ces vases sont des flacons en verre bouchés à l’émeri.

ÆHuiles essentielles.

La, manière de procéder à la distillation pour obtenir des huiles essentielles est à peu près la même que celle qui estemployéepour la préparation des eaux distillées. On peut avoir recours à la dis- tillation à la vapeur; cependant on a mal déterminé encore les avantages et les inconvénients de cette manipulation appliquée à la préparation des huiles essentielles. Je tiens de M. Méro. qu'il s'en est servi avec avantage pour la préparation de plusieurs essences à Grasse. Cependant, M. Cadet de Gassicourt a observé que l'huile de menthe obtenue ainsi, était inférieure à l’huile de menthe préparée par l’ébullition de la plante. M. Méro a obtenu un résultat contraire. L’emploi de la vapeur comme procédé pour la préparation des huiles essentielles, est une question qui reste à étudier.

On remarque que les huiles volatiles contenues dans les plantes éprouvent à passer à la distillation plus de difficulté que leur volatilité ne devrait le faire penser. C’est qu’elles sont souvent engagées dans une sorte de combinaison avec d’autres matières. C’est une sorte d'huile grasse dans les racines des ombellifères, une sorte de cire dans le girofle, de la résine dans beaucoup d’autres substances.

Les plantes qui croissent dans le Midi sont plus chargées d'huiles, volatiles; mais celles qu’elles fournissent ne sont pas toujours de meilleure qualité. Ainsi, suivant M. Raybaud, bon jugeen cette matière, les huiles de thym, de feuilles de myrte, de fleurs d'oranger et de romarin, obtenues avec des plantes-ré-

coltées à Paris, sont plus suaves que les essences des mêmes

plantes venues de Provence. Les huiles d'hysope, de tanaisie, de ‘fenouil, de lavande du Nord, »ne:sont pas Do Le aux mêmes essences venues du Midi. . |

Toute époque n’est pas indifférente pour la récolte des plantes destinées à la fabrication des huiles essentielles. Les feuilles de myrte donnent plus d'huile essentielle quand on les récolte avant la floraison ; c’est au moment où les fleurs s ’épanouissent que L'on récolte les labiées. Après la floraison, ces plantes donnent plus de produits, mais ils sont moins suaves.

Les huiles volatiles sont tantôt plus légères, et tantôt plus pesantes que l’eau. On remarque que leur volatilité est en raison inverse de leur pesanteur ; de telle sorte que les plus denses sont les moins volatiles. Les huiles denses sont ordinairement celles des plantes venues dans des climats très chauds ; les essences indigènes sont en général plus légères que l'eau. Certaines, cependant, sont ie pesantes, par exemple, les huiles de moutarde, d'ail, de ciguë aquatique, de seseli, etc.

Ces aiférerices dans la volatilité et dans là pesanteur des huiles exigent des changements dans le mode de distillation et dans la Haturé du tent Examinons séparément chaque manière de distiller.

Page 1