V. Hugo a parfois repris ce genre de rime
Sa voix comme un éclair d'automne
Tonne :
« Exposez-les tous aux vautours,
Tours !
« Que des tours leur corps dans la tombe
Tombe !
a Qu'ils ne soient que pour les corbeaux
Beaux! »
{C'.jmu-tii )
DE LA RÎMË. tJ9
Quant aux rimes en kyrielle, qui répétaient périodiquement un même vers, et aux rimes concalénées, qui commençaient et finissaient chaque couplet par un vers semljlable, elles sont sans doute moins étranges. On peut n'y voir qu'un refrain propre aux chansons. En voici deux exemples :
Tout à l'entour de nos remparts Les ennemis sont en furie :
Sauvez nos tonneaux, je vous prie !
Prenez plus tost de nous, soudards, Tout ce dont vous aurez envie :
Sauvez nos tonneaux, je vous prie.
(Jean Le Houx.)
D'FJéonore Chacun admire le talent; Et ce que personne n'ignore, C'est qu'on soupire en écoutant
Eléonore.
(MAnoT.)
Dans la rime sénée, tous les mots du vers devaient commencer par la même lettre :
C'est Clément Contre Chagrin Cloué Et Est Eslienne Esveillé, Enjoué.
(Mabot.)
La rime rétrograde offrait dans chaque vers une série de mots dont on pouvait faire l'inversion mot par mot, syllabe par syllabe, ou même lettre par lettre, tout en conservant le sens et la rime :
Triomphamment cherchez honneur et prix.
Désolez cueurs, méchants infortunez ; Terriblement êtes moquez et pris.
En retournant les mots, on obtient :
Prix et honneur cherchez triomphamment Itifortunez, méchants cueiirs désolez; Pris et moquez estes terriblement.
Ces procédés étaient bien dignes des poètes qui s'ingéniaient à composer de petites pièces offrant, grâce à la longueur et k la disposition des vers, la forme d'une croix, d'un triangle, d'un ovale, d'une fourche, d'un râteau, etc. Ils n'ont aucune valeur comme moyen rythmique, et si nous sommes entrés dans leur détail, c'est que, répandus par G. Crétin, Molinet, Meschinot, P. Fabri, etc., ils ont été pendant un siècle environ assez en faveur pour qu'un véritable poète. Clément Marot, et, plus tard, d'Aubigné lui-même, aient donné parfois dans ce travers.
Avec l'école de Marot cependant, et avec la Pléiade, la rime redevint plus simple et plus naturelle. Ronsard recommande seulement qu'elle soit « résonnante et d'un son entier et parfait », et il ajoute : « Toutefois tu seras plus soigneux de la belle invention et des mots que de la rime*. »
Après la réforme de Malherbe qui donna à notre vers alexandrin une régularité de coupe un peu monotone, mais facile à saisir pour l'oreille, on négligea volontiers la rime. Mais l'école romantique, qui rendait plus savant et plus varié le rythme intérieur du vers, a senti la nécessité d'en marquer plus fortement la chute. Les règles suivantes feront mieux comprendre les conditions requises pour que la rime réponde aux exigences de cette versification.