‹ Nouveau traité de versification françaiseChapitre 24 sur 81 · RÈGLES DE LA RIME · texte numérisé non relu

RÈGLES DE LA RIME

Règles d'ordre acoustique. — On distingue deux espèces de rimes :

1° La rime féminine, constituée par une voyelle sonore suivie d'un e muel; cet e muet ne compte pas dans la mesure du vers.

Doucement éclairé des rougeurs de l'auror'(e), Le brouillard de la nuit remonte et s'évapor(e).

(Henbi Chantavoine.)

L'e muet peut être suivi de s, ou de n/, comme dans ces vers :

J'entends les avirons fatiguer les eaux \ourd{e)s

Et les vents dans la voile enfler leurs plaintes sourd{e)s.

(Anatole Franck.)

Ne penche plus ton front sur les choses qui meur{e)nt : Les arbres sont tombés, mais les germes demeur{e)nt^

(V. DE LaPRADE.)

2° La rime masculine, — C'est celle qui se termine par une syllabe sonore.

Bretagne, ô vieilles mœurs, noble rustici^^, Ensemble harmonieux de force et de beauté!

(Brizehx.)

Il volait au-dessus d'Andros, l'île aux doux ^JM^s, Que Bacchus a foulée avec ses pieds divins.

(Tu. DE BaNVIU.B.)

Lorsque ent à la fin des mots se prononce ant, la rime est masculine :

1. Les poètes (pour les besoins de la rime) ont quelquefois rendu muet à la fin du vers un e se prononçant eu et rentrant dans la catégorie des terminaisons masculines. La rime devient ainsi féminine. V. un ex. à la note de la page 139. Mais la poésie badine peut seule se permettre ces licences.

Le désir de l'enfant est le désir du \ent,

Mais le jeune homme fort sait vouloir forLemc«L

(Jules Tellieii.)

A la troisième personne du pluriel de l'indicatif imparfait et du conditionnel présent, ainsi que dans les subjonctifs aient et soient, la syllabe aient (autrefois oient) compte pour masculine :

Surtout, ses pleurs avec délice En ruisseaux d'amour s'écoulaient Chaque fois que sous le ciliée Des fronts de seize ans se voilaient ^ .

(Saintk-Bbuvb.)

Cette anomalie apparente est une conséquence toute logique de la règle sur Ve muet, lequel ne comptait pas dans ces formes ^. La distinction est ancienne d'ailleurs, puisque du temps de Sibilet dé^à '■' les mots comme aimoient, soient, charmerolent, étaient considérés comme masculins, tandis que croient, voient, ploient, etc., étaient réputés féminins.

Dans les vers masculins la dernière syllabe précédée de la consonne d'appui suffît pour constituer la rime : mouvement, élémetU ; pied, trépied. Mais dans les vers féminins, l'emuet, ne comptant pas dans la mesure, ne compte pas davantage pour la rime, qu'il faut chercher à la voyelle sonore précédente : prudente rime avec contente, et non avec racon'e; àe raèriiQ prodige rimera

Page 1