‹ Nouveau traité de versification françaiseChapitre 49 sur 81 · LE CHANT ROYAL · texte numérisé non relu

LE CHANT ROYAL

On rattache d'habitude à la ballade le chant-royal qui présente, en effet, de grandes analogies de forme avec ce poème. Quelle que soit l'origine du mot, il apparaît bien que le chant-royal était surtout affecté aux sujets «nobles ». Il se compose de cinq couplets, généralement de onze vers chacun. Ces couplets étaient construits sur les mêmes rimes, lesquelles reparaissaient dans les cinq, six ou sept vers de l'envoi. Gomme dans la ballade, le dernier vers était le même pour tous les couplets. Le chant-royal, abandonné depuis le xvi° siècle, a été repris de nos jours par manière d'exercice. Eustache Deschamps, Villon et Marot y excellèrent. Voici les deux premiers couplets et l'envoi du Chant 7'oyal chrestien de Marot :

Qui ayme Dieu, son règne et son empire, Rien désirer ne doibl qu'à son honneur ; Et toutes foys l'homme tousjours aspire A son bien propre, à son aise el bonheur,

Sans advisersi point contemne ou blesse En ses désirs la divine noblesse.

La plus grand part appelé ^ grand avoir; La moindre part souhaite grand sçavoir; L'autre désire estre exempte de blasme, Et l'autre quiert (voulant mieux se pourvoir) Santé au corps et paradis à l'âme.

Ces doux souhaits contraires on peult dire

Comme la blanche et la noire couleur;

Car Jesuchrist ne promet par son dire

Çà bas aux siens qu'ennuy, peine et douleur.

Et d'autre part (respondez moy) qui est-ce,

Qui sans mourir aux cieulx aura liesse?

Nul, pour certain. Or faut-il concevoir

Que mort ne peult si bien nous décevoir

Que de douleur ne sentions quelque dragme*.

Par ainsi semble impossible d'avoir

Santé au corps et paradis à l'âme...

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