‹ Nouveau traité de versification françaiseChapitre 51 sur 81 · LE VIRELAI · texte numérisé non relu

LE VIRELAI

Il y a eu deux sortes de virelais. Dans le virelai que le Père Mourgues appelle ancien et dont on trouve les premiers exemples au xv* siècle, les rimes sont disposées avec la même liberté que dans le lai. Mais après avoir conduit la première strophe sur une rime domi-

cisque Michel, qui gardera dorénavant le nom de lai. Au xiv^ siècle, le lai est repris par Froissait et Guillaume de Machau, qui lui conservent la même liberté pour la disposition des rimes et la longueur des vers; mais il est de règle toujours que cliaque couplet soit construit sur deux rimes. Le nombre des couplets doit être de dix à douze ; la même expression n'y peut être employée deux fois, et la dernière strophe, suivant Eustache Deschamps {Az-t de dictier et f ère chansons) y doit être semblable à la première. Au xve siècle, l'auteur de lais le plus renommé est Alain Chartior. Quelques-uns de ses lais, de Lay de Paix heiveuse, par exemple, sont encore irréguliers, ce qui faisait dire à Fabri que ce « traité de maistre Alain n'est point proprement lay, car il y a autres clauses ou bastons que de lay et des différentes lisières. » Mais le Lay de Plaisance du même poète, dont nous citons un couplet plus haut, présente toutes les conditions exigées par les métriciens. Il est de douze couplets et chaque couplet sur deux rimes. Les vers y sont tous, sauf au premier et au dernier couplet, de sept, cinq et trois syllabes. Ce sont là, en effet, les vers les plus fréquemment employés dans le lai. Le premier et le dernier couplet sont chacun de seize vers décasyllabiques et offrent, suivant la règle, les mêmes combinaisons de rimes. Avec Alain Ghartier, le lai est définitivement fixé, et c'est d'après lui que les théoriciens du xvi^ siècle formuleront les règles de ce poème.

nante, comme plus haut ient, les poètes « faisaient tourner ou virer (la seconde strophe) sur l'autre rime qui devenait dominante à son tour. » Voici un exemple de cette sorte de virelai tiré du Recueil de poésie française prinse de plusieurs poètus, les plus excel^ lents de ce règne (1555) :

Las ! ne voy-lu pas Le périlleux pas Où te vas fourrer?

C'est un pauvre cas, Pour quelques ducas, Ainsi t'embourrer.

Tu te voys errer,

Et droit t'enferrer,

Mais abusé tu n'en fais compte :

Pense à te serrer

Et le desserrer

Pour à la fin rendre bon compte.

L'autre genre de virelai, que le P. Mourgues appelle nouveau, et qui paraît tout au moins contemporain du précédent, s'en distinguait en ce que les vers y devaient être tous de même longueur. De plus les deux premiers vers, construits sur la même rime, se répétaient alternativement sous forme de refrain à la fin des couplets, dont la longueur pouvait varier. Remarquons pourtant, d'une part, que Sibilet ne parle point de cette dernière obligation, et qu'il y a, d'autre part, certains virelais à refrain, dans Eustache Deschamps, où les vers sont d'inégale longueur. Le virelai du P. Mourgues, dont nous citons plus loin le début, est peut-être le seul exemple de virelai régulier qu'on

trouve en notre langue; encore ne devons-nous point oublier qu'il a été fait pour servir de démonstration.

Adieu vous dis, triste lyre!

C'est trop apprêter à rire.

De tous les métiers le pire Est celui qu'il faut élire Pour mourir de maie faim; C'est à point celui d'écrire.

Adieu vous dis, triste lyre!

J'avais vu dans la satire Pelletier cherchant son pain; Cela me devait suffire : M'y voilà, s'il faut le dire, Faquin el double faquin.

Que de bon cœur j'en soupire!

J'ai voulu part au pasquin; Cest trop apprêter à rire.

Tournons ailleurs notre mire **, Et prenons plutôt en main Une rame de navire.

Adieu vous dis, triste lyre!...

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