LE SONNET
Le sonnetSdont Boileau a tormulé les lois dans des vers célèbres 2, n'est point, comme on l'a cru longtemps, une conquête de la Pléiade. Introduit en France sur le modèle des Italiens, par Melin de Saint-Gelais et Clément Marot, sa forme n'a été que très légèrement modifiée dans la suite par les poètes de la Pléiade. Les sonnets de Marot et de Melin de Saint-Gelais étaient en vers de dix syllabes, le seul mètre qui convient à ce poème, d'après Thomas Sibilet. Les rimes des deux tercets y étaient disposées de manière que le troisième vers du premier rimât avec le troisième du dernier. La Pléiade étendit les libertés du sonnet et permit de se servir de mètres autres que le vers de dix syllabes; de plus, on s'habitua àne regarder comme réguliers que les sonnets où les rimes des deux tercets étaient disposées de manière que le troisième vers du premier rimât avec le second vers du dernier^. Le sonnet régulier comprend deux strophes de quatre vers et deux strophes de trois vers. Les deux quatrains doivent être construits en rimes embrassées de la même manière et sur les mêmes rimes ; quant aux tercets, d'après ce que
1. Le son d'amour ou sonet existait au moyen âge dans la langue d'oc et la langue d'oïl :
Si cui-je faire maint jeu parti
Et maint so7iet et mainte renverdie...
(Thibaut dk Navarre.)
Mais, non plus que le jeu-parti ou la renvei'die, le sonet ou son d'amour n'était soumis chez nous à des règles fixes. Les Italiens nous prirent le mot et le donnèrent au poème à combinaison régulière que nous leur empruntâmes à notre tour.