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Un critique autorisé, M. Charles Maurras, a protesté, non

nous avons dit plus haut, ils se composeront de deux vers à rimes plates et de quatre vers à rimes croisées. Le sonnet a été très heureusement repris de nos jours par Sainte-Beuve, Félix Arvers, Auguste Barbier, MM Sully Prudhomme, François Goppée, Eugène Manuel, Joséphin Soulary, Armand Silvestre, Albert Mérat Léon Valade, Claudius Popelin, Maurice Boucher, Jules Tellier et surtout par M. J.-M. de Hérédia, à qui nous empruntons l'exemple suivant :

sans quelque raison, contre ce qualificatif de régulier attribué aux sonnets dont nous donnons ci-dessus la formule. Selon lui, il faudrait réserver le mot pour les seuls et très rares sonnets dont les tercets ont le même nombre de rimes que les quatrams <, Le sonnet dit-il, se compose essentiellement dun buitam et d'un sixain.' Quand le huitain est sur deux rimes, le sixam ne saurait en comporter trois ; quand le sixain est sur trois rimes, le buitain devrait être sur trois rimes aussi. Les poètes s accordent à reconnaître avec Banville que le plus malaisé en composant un sonnet est d'éviter la disparate entre tercets et quatrains ; le redoublement des rimes donne à ceux-ci une p enitude, un retentissement, qui ne fait que rendre plus sensible la laiblesse des tercets : et, ce point reconnu, quand ils n auraient pour rétablir l'équilibre qu'à répéter trois fois les deux mêmes rimes dans leurs tercets, ils négligent à peu près tous ce précieux élément d'harmonie et de sonorité. » Il y a bien du vrai dans cette théorie à l'appui de laquelle M. Maurras cite le l^e^^.jo^net suivant de Ronsard, qui serait, en effet, par la disposition des rimes des tercets et leur nombre, un parfait modèle de sonnet régulier au sens qu'il l'entend :

Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle, Ce pin où tes honneurs se liront tous les jours. J'ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours Qui croistront à l'envi de i'écorce nouvelle

Faunes qui habitez ma terre paternelle.

Qui menez sur le Loir vos dauses et vos tours,

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, Faliguis de porter leurs misères hautaines, De Palas de Moguer, routiers et capitaines Partaient ivres d'un rêve héroïque et brûlai.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines, Et les vents alizés inclinaient leurs antennes Aux bords mystérieux du monde occidental.

Chaque soir espérant des lendemains épiques, L'azur phosphorescent de la mer des tropiques Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;

Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles, lis regardaient monter dans un ciel ignoré Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

Quant aux sonnets irréguliers, nous ne pouvons songer à en donner d'exemples; les formes en sont innombrables, depuis les doubles sonnets jusqu'aux sonnets à strophes interverties, sans compter ceux oi!i la dispo-

Favorisez la plante et lui donnez secours, Que l'été ne la brusle et l'hiver ne la gelle.

Pasteur qui conduiras en ce lieu ton troupeau, Flageollant une églogue en ton tuyau d'aveine, Attache tous les ans à cet arbre un tableau

Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine; Puis, l'arrosant de lait et du sang d'un agneau, Dis : Ce pin est sacré, c'est la plante d'Hélène.

Pour plus de détails, on pourra se reporter à l'article d" M. Charles Maurras dans l'Observateur français du29 avril 189J

DES rOÈMES A FORME FIXE. 153

sition des rimes ne répond pas à la règle ou dont les quatrains sont construits sur des rimes différentes ou dont les vers sont de différente longueur ou dont les tercets sont disposés à la façon des strophes de la terza-rima et se terminent comme elles par un vers isolé qui porte à quinze le nombre des vers du poème, etc., etc.

LA TEIIZA-RIMA. ' .

Introduite d'Italie en France au commencement du xvi" siècle, assez peu cultivée au reste, complètement abandonnée aux xvn* et xviu^ siècles, la terza-rima doit sa plus grande illustration aux poètes contemporains, et en particulier h Théophile Gautier et à M. Leconte de Lisle. On se reportera à l'exemple que nous en avons donné dans notre chapitre sur la rime (v. page 72).

1. Il y a chez Sismondi, à propos de Dante, d'excellentes considérations sur ce mètre poétique. Nous en détachons le passage suivant :

« Le mètre dont le Dante fut probablement l'inventeur, et dans lequel tout son poème est écrit, a reçu le nom û.erima-terza; il a depuis été consacré spécialement aux poésies jjhilosophiques, aux satires, aux épîtres et aux allégories; mais il n'en est pas moins propre aux poèmes épiques, puisque le récit, au lieu d'être interrompu, comme dans les octaves ou strophes des poètes italiens postérieurs, ou même dans les quatrains de la poésie française, est constamment lié par l'attente de la rime. Ce sont autant de couplets de trois vers, disposés de telle sorte que le vers du milieu de chaque couplet rime avec le premier et le troisième vers du cou])let suivant. Cet enchaînement continuel fournit un singulier appui à la mémoire; puisque, quelque couplet que l'on choisisse dans le poème, il rappelle le couplet précédent par deux de ses rimes, et le couplet suivant par une. «

LA SEXTINE.

Autre importation italienne. On peut en trouver des exemples dans Ponthus de Thyard (xvi* siècle) et, de nos jours, dans M. F. de Gramont. La sextine comprend six strophes de six vers et une demi-strophe finale de trois vers et est écrite en alexandrins. Les mêmes mots qui terminent la première strophe doivent terminer toutes les autres, de manière : 1° que le mot final du sixième vers de la strophe précédente serve de mot final au premier vers de la nouvelle strophe ; 2° que le mot final du premier vers de la strophe précédente serve de mot final au second vers de la nouvelle strophe; 3° que le mot final du cinquième vers de la strophe précédente serve de mot flnal au troisième vers de la nouvelle strophe ; 4° que le mot final du second vers de la strophe précédente serve de mot final au quatrième vers de la nouvelle strophe; 5° que le mot final du quatrième vers de la strophe précédente serve de mot final au sixième vers delà nouvelle strophe ; 6° que le mot final du troisième vers de la strophe précédente serve de mot final au sixième vers de la nouvelle strophe. De plus, dans la demi-strophe qui termine la sextine, les six mots de la rime doivent reparaître de telle manière que le second, le quatrième et le sixième mots soient à la rime et les trois autres chacun par ordre à l'intérieur d'un vers. Nous détachons les deux premières strophes et la demi-strophe de la sextine composée par M. F. de Gramont pour les besoins de sa Prosodie :

Enfin Mai se décide et ce n'est plus un rêve! 1

Avec tous ses rayons, ses fleurs et ses oiseaux, 2

DES POÈMES A FORME FIXE. i55

Gracieux, triomphant, il se montre. La sève, 3

Des frimas désormais ne souffrant nulle trêve, 4

Circule. Le cresson étale ses réseaux S

Sur l'eau vive, et l'étang s'encombre de roseaux. 6

Les arbres aux forêts, les buissons, les roseaux, 6

Palpitent tout joyeux. On entend, comme en rêve, 1

Des murmures charmants traverser leurs réseaux. 5

Est-ce la brise ? Ou bien, ainsi que les oiseaux, 2

Les rameaux ondoyants, dès que l'hiver fait trêve, 4

N'ont-ils pas une voix émanant de leur sève? 3

Nous-mêmes, en nos jours déjeunasse et de sève, 3

Ce chant qui nous berçait, hommes, frêles roseaux, 6

Si vif que les chagrins n'y jetaient qu'une trêve 4

Ephémère, si doux qu'on veut du moins qu'un rêve i

En survive; ce chant, étaient-ce les oiseaux 2

Qui tissaient au printemps ses magiques réseaux?... 5

Rêve 1 qu'on aime encor. Chantez toujours, oiseaux; 2 Sève, 3 bouillonne, et vous, brises, volez sans trêve 4 Des réseaux 5 verdoyants aux thyrses des roseaux! 6

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