Raipports et différences du rondel et du rondeau
26. Rapports, et différences de la ballade et du chant royal.
27. Rapports et différences du rondeau redoublé et de la glose.
28. Donner les règles du sonnet en s'appw/ant sur le suivant. Marquer s'il est régulier. [Cet exercice peut être répété sur chacun des poèmes à forme fixe.)
Grand Dieu, tes jugements sont remplis d'équité; Toujours tu prends plaisir à nous être propice : Mais j'ai tant fait de mal que jamais ta bonté Ne me pardonnera sans blesser ta justice.
Oui, mon Dieu, la grandeur de mon impiété
Ne laisse à ton pouvoir que le choix du supplice.
Ton intérêt s'oppose à ma félicité,
Et ta clémence même attend que je périsse.
Contente ton désir, puisqu'il t'est glorieux;
0(îense-toi des pleurs qui coulent de mes yeux ;
Tonne, frappe, il est temps; rends-moi guerre pour guerre.
J'adore en périssant la raison qui t'aigrit; Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre. Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ?
(Debiurhb.aux.)
29. Donner une définition des genres suivants, dont Saint-Amand nous apprend la vogue vers 1640. Quel avait été leur sort avant le xyii" siècle et que devinrentils ensuite?
Un seul rondeau vaut un poème épique... Ha, je voy bien qu'en ce siècle malade, Pour plaire au goust, il faut que la balade,
Le chant royal et le gay triolet Rentrent en vogue et prosnent leur rolet. Je connais bien qu'il faut que Vanagramme, Et Vaci^ostiche, et Vécho qu'on réclame Et qui répond si bien au bout du vers, Soient ramenés au^ yeux de l'univers ; Qu'en suite d'eux il convient que Vépistre, Le lay pleurard, le virelay bélistre, Sur notre esprit reprennent ascendant...
30. Etudier au point de vue de la disposition des rimes et de Remploi des mètres les strophes suivantes^ :
Versons ces roses en ce vin ; En ce bon vin versons ces roses, Et buvons l'un à l'autre, afln Qu'au cœur nos tristesses encloses Prennent en buvant quelque fm.
(RoNSABD.)
Diversement, ô Paix heureuse, Tu es la garde vigoureuse Des peuples et de leurs citez; Des royaumes la clef tu portes, Tu ouvres des villes leurs portes, Arettant leurs adversités.
Bien qu'un prince voulust darder Les Ilots armez de son orage.
Que tu le viennes regarder.
Ton œil apaise son coui'age :
L'effort de ta divinité Commande à la nécessité
1. Les éléments de plusieurs devoirs se trouvent réunis dans cet exercice. On a généralement choisi à cet eO'et les combinaisons les plusrares et qui prêtent le plus à la sagacité de l'élève.
Ployant sous ton obéissance ;
Les hommes sentent ta puissance,
Alléchez de ton doux repos.
De l'air la vagabonde troupe
T'obéyt, et celle qui coupe
De l'eschine l'azur des flots.
(Ronsard.)
Vien, belle, vien te pourmener
Dans ce bocage, Entens les oiseaux jargonner
De leur ramage.
Mais escoute comme sur tous Le rossignol est le plus doux,
Sans qu'il se lasse.
Oublions 1;out dueil, tout ennuy, Pour nous resjouir comme luy :
Le temps se passe.
(Jean Passebat.)
Rien ne vit afiranchi du sort :
Personne devant qu'estre mort
Heureux on ne peut dire.
A celui seul qu'estreint la Mort
Fortune ne peut nuire.
(Robert Garnieb.)
Toutes les roses, au resveil
Du clair soleil.
Se revestent d'habits mondains
Dans nos jardins.
Puis preignent leurs habits de dueil
En un clin d'oeil ; Nature par un doux larcin
Dedans son sein Leur donne en un jour vie et fin.
(ESTIKNNE PaSQUIES.')
EXERCICES DE VERSIKICATION. l8o
Félicité passée, Qui ne peux revenir; Tourment de ma pensée, Que n'ai-je, en te perdant, perdu le souvenir !
(Bektaut.)
Qui va plus test que la fumée.
Si ce n'est la flamme allumée?
Plus tost que la flamme? Le vent. * Plus tost que le vent? C'est la femme. Quoi plus? Rien, elle va devant Lèvent, la fumée et la flamme.
(A. d'Auuignê.)
Nous avons beau nous ménager Et beau prévenir le danger, La mort n'est pas un mal que le prudent évite.
11 n'est raison, adresse ni conseil Qui nous puisse exempter daller où le Cocyte Arrose les pays inconnus au soleil.
(Maynabd.)
Tous nos arbres sont dépouillés, Nos promenoirs sont tous mouillés, L'émail de notre beau parterre A perdu ses vives couleurs, La gelée a tué les fleurs.
L'air est malade d'un catherre, Et l'œil du ciel noyé de pleurs Ne sait plus regarder la terre.
(Th. de Viaud.)
Plus une palme est disputée
Sur quelque arène que ce soit,
Et plus un athlète en reçoit D'honneur et de plaisir en sa force indomptée : A peine a-t-il vaincu ses grands émulateurs,
Qu'aussitôt il en fait autant d'admirateurs
Qui chantent sa propre victoire;
Leur honte même en tire de la gloire
Kt le triomphe alors ravit les spectateurs.
(SaintAmand.)
Heureux qui, sans souci d'augmenter son domaine, Erre, sans y penser, oii son désir le mène,
Loin des lieux fréquentés ; Il marche par les champs, par les vertes prairies. Et de si doux pensers nourrit ses rêveries Que pour luiles soleils sont toiijours ti^op hâtés.
(Maucboiz.)
Mon Dieu, quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi :
L'un veut que plein d'amour pour toi Mon cœur te soit toujours fidèle ; L'autre, à tes volontés rebelle.
Me révolte contre ta loi.
(Racine.)
La fortune à ma jeunesse Offrit l'éclat des grandeurs; Comme un autre avec souplesse J'aurais brigué ses faveurs ; Mais, sur le peu de mérite De ceux qu'elle a bien traités, J'eus honte de la poursuite De ses aveugles bontés; Et je passai, quoi que donne D'éclat et pourpre et couronne, Du mépris de la personne Au mépris des dignités.
(Chaulieu.)
Sa voix redoutable Trouble les enfers; Un bruit formidable GronJe dans les airs;
EXEUCICES DE VERSIFICATION. 187
Un voile effroyable Couvre l'univers ; La terre tremblante Frémit de terreur; L'onde turbulente Mugit de fureur; La lune sanglante Recule d'horreur.
(J.-B. lioUSSEAU.)
0 Versaille, ô bois, à portiques,
Marbres vivants, berceaux antiques, Par les dieux et les rois Elysée embelli,
A ton aspect dans ma pensée, Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée
Coule un peu de calme et d'oubli.
(André Chénier.)
Oui, dans ces champs d'azur que ta splendeur inonde.
Où ton tonnerre gronde,
Où tu veilles sur moi, Ces accents, ces soupirs animés par la foi [ponde,
Vont chercher d'astre en astre un Dieu qui me ré- Et d'échos en échos, comme des voix sur l'onde,
Roulant de monde en monde,
Retentir jusqu'à toi !
(Lamartine.)
Mais moi, pour te louer, Dieu des soleils, qui suis-je? Atome dans l'immensité.
Minute dans l'éternité.
Ombre qui passe et qui n'ai plus été, Peux-tu m'entendre sans prodige?
Ah! le prodige est ta bonté !
(Lamartine.)
Dieu dit, et le jour fut ; Dieu dit, et les étoiles De la nuit éternelle éclaircirent les voiles;
Tous les éléments divers A sa voix se séparèrent; Les eaux soudain s'écoulèrent Dans le lit creusé des mers; Les montagnes s'élevèrent, Et les aquilons volèrent Dans le champ libre des airs.
(LiMABTINB.)
Si tu fais ce que je désire,
Sire, Nous t'édifierons un tombeau
Beau.
(V. Hugo.)
Le voile du malin sur les monts se déploie. Vois, un rayon naissant blanchit la vieille tour ; Et déjà dans les cieux s'unit avec amour,
Ainsi que la gloire à la joie.
Le premier chant des bois aux premiers feux du jour.
Oui, ce front, ce sourire et cette fraîche joue, C'est bien l'enfant qui pleure et joue Et qu'un esprit du ciel défend!
De ses doux traits, ravis à la sainte phalange, C'est bien le délicat mélange ; Poète, j'y crois voir un ange, Père, j'y trouve mon enfant.
Çà, qu'on selle, Écuyer, Mon fidèle Destrier.
Mon cœur ploie Sous la joie, Quand je broie L'étrier.
(V. Ilur.O.)
(V. Hugo.)
La nuée éclate !
La flamme écarlate Déchire ses flancs, L'ouvre comme un j^'ouffre, Tombe en flots de soufre Aux palais croulants, Et jette, tremblante, Sa lueur sanglante Sur leurs frontons blancs.
(V. Hugo.)
Pleurez, oiseaux! La jeune Tarentine
Une autre fois a pour l'algue marine
Quitté nos prés.
Une dernière fois la jeune Athénienne,
En se jouant, a vogué vers Cyrène :
Pleurez !
(Sainte-Beuve.)
Que j'aime à voir dans la vallée
Désolée Se lever comme un mausolée Les quatre ailes d'un noir moûlier!
Que j'aime à voir près de l'austère
Monastère, Au seuil d'un baron feudataire, La croix blanche et le bénitier!
(A. DE MnSSET.)
J'ai voulu, ce matin, te rapporter des roses; Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir;
Les nœuds ont éclaté. Les roses, envolées. Dans le vent à la mer s'en sont toutes allées. Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.
La vague en a paru rouge et comme enflammée. Ce soir ma robe encore en est tout embaumée. Respires-en sur moi l'odorant souvenir.
fjjme DgSllOBDBS-VALMOnE.)
Si ces pics désolés que la tempête assiège Ont vu couler parfois sur leur manteau de neige Des larmes que mes yeux ne pouvaient retenir, Vous le savez, rochers, immuables murailles, Que d'horreur cependant je sentais tressaillir, La source de mes pleurs était dans mes entrailles C'est la compassion qui les a fait jaillir.
(M"" ACKEBMANN.)
En la trentième année, au siècle de l'épreuve, Étant captif parmi les cavaliers d'Assur, Thogorma, le voyant, fils d'Elam, fils de Thur, Eut ce rêve, couché dans les roseaux du fleuve, A l'heure où le soleil blanchit l'herbe et le mur.
(LeCOXTB de LlSLE.)
L'abaissement des cieux mornes et taciturnes Et la pâleur des jours nocturnes Ont lassé l'univers.
Le repos est prison, Ja torpeur est souffrance. Par ta main, active Espérance, Tous les cœurs sont ouverts.
Aspirons du printemps la joyeuse éclaircie; Secouons la sombre inertie, Secouons les hivers !
(Andbé Lefèvhe.)
Dans un missel datant du roi François premier, Dont la rouille des ans a jauni le papier Et dont les doigts dévots ont usé l'armoirie, Livre mignon, vêtu d'argent sur parchemin, L'un de ces fins travaux d'ancienne orfèvrerie Où se sentent l'audace et la peur de la main, J'ai trouvé cette fleur flétrie.
(SuLLY-rBUUIIOMME.)
Enfants d'un jour, ô nouveau-nés, Au paradis d'où vous venez, Un léger fil d'or vous atlache.
A ce lil d'or
Tient l'àme encor
Sans tache.
(Alphonse Daddet.)
Fleur qui vole un jour, passe un papillon,
Émeraude, azur, rubis, vermillon;
Il monte, il descend, fuit et se ravise,
Cherchant le bonheur d'une aile indécise. La jeune fille vient et perce en son essor Ce joyau du matin de son épingle d'or,
(Philippe Gillîî.)
J'ai dit au ramier : « Pars, et va quand môme, Au delà des champs d'avoine et de foin, Me chercher la fleur qui fera qu'on m'aime. » Le ramier m'a dit : « C'est trop loin. »
(François CorpiÏB.)
Sois ma force, o Lumière ! et puissent mes pensées Belles et simples comme toi, e
Dans la grâce et la paix, dérouler sous ta loi Leurs formes toujours cadencées»!
(Anatole France.)
Dans l'angle noirci de la cheminée
Haute et calcinée, Au coin de la vitre, aux poutres des toits, Sous l'auvent bordé dé vignes nouvelles, Nous avons ensemble essayé nos ailes.
Essayé nos voix.
(Am>bé TllEURIET.)
Libre de soins, exempt d'ennuis, Il goûte la fraîcheur des nuits
Sereines, Et voit les brumes du couchant Noyer d'une vapeur d'argent
Les plaines.
(Henri Chantavoine.)
Les nuages là-haut vont rêvant.
Pas de vent!
Nul rayon n'y met son coloris.
On dirait une bande d'oiseaux
Dans les eaux Mirant leur gros ventre en velours gris.
(Jean Hichupin.)
Jouis du souvenir sans regret du passé : C'est la loi que tout meure et tout soit remplacé. Jouis, en attendant que ton esprit glacé Avec le souvenir soit lui-même effacé.
(Claib TissEua.)
Bonsoir, monsieur l'écolier!
Au règlement journalier Il faut bien qu'on se soumette.
L'horloge vous avertit » Qu'il est temps, mon cher petit,
De gagner votre chambrette.
Assise dans son fauteuil, Grand'mère vous suit de l'œil :
Il faut bien qu'on se soumette Au règlement journalier.
Bonsoir, monsieur l'écolier !
(Lou:S TiERCEl.IN.)
Marguerite des bois, Vous souvient-il encore Marguerite des bois.
Du soleil d'autrefois?
Et du matin chantant Et de la fraîche aurore,
Et du matin chantant Où je vous aimais tant?
(GabBIEL VlCAIHB.)
Je ne sais quoi de las sur leurs faces pâlies Racontait leur langueur et leurs mélancolies ; Mon oreille écoutait leurs murmurantes voix, Et mon regard pieux contemplait ces visages, Qui, naguère entrevus à travers leurs ouvrages. M'avaient fait rêver tant de fois.
(Émilb Trolliet.)
Je les aime entre tous, les très pauvres tombeaux Faits d'une herbe sauvage et d'une croix pourrie; Leur couronne de buis se déchire en lambeaux Et leur tertre affaissé verdit sans qu'on y prie : Je les aime entre tous, les très pauvres tombeaux Faits d'une herbe sauvage et d'une croix pourrie.
(Edmond Haraucoubt.)
Un souffle joyeux a réveillé La terre qui rêvait aux roses.
La tiède saison des métamorphoses Fait bourdonner les bois; et, mouillé, Le sol reflète en clair l'azur ensoleillé.
(Madbice Bouchob.)
Le pauvre s'affaisse sur la route,
Les yeux las d'avoir cherché.
Les pieds las d'avoir marché.
En quête d'un gîte et d'une croûte.
(Jban Ajai-beut.)
Plus haut, oii le sentier s'écroule au précipice.
Où le pied tremble et glisse, Au bord des gouffres noirs que l'œil craint de sonder, J'entendrai, comme un bruit d'océan dans la brume, Le gave blanc d'écume Gronder.
(HeNBI BEHNfts.)
Versification. 13
Amour, puissant amour, disent toutes les voix,
Divin amour, pour qui, sous la neige des voiles,
Psyché sentit son cœur s'embraser autrefois.
Ton souffle créateur éveilla les étoiles
Qui tremblent dansTéther comme tremblent nos voix.
(Louis Lb Cardomnbl.)
On a trop vanté les pinsons, Les merles diseurs de chansons, Princes et marquis des buissons :
Changeons de mode.
Au tour des hôtes des chéneaux !
Je veux au peuple des moineaux, Grands parleurs et grands friponneaux.
Chanter une ode.
(J. GEBMAIN-LACOnn.)
Si j'écris ce poème, il sera doux, très doux.
Comme ceux que fredonne L'âme des vieux rouets, des rouets de chez nous. Aux doigts ensommeillés des fîleuses d'automne.
(A. Le Braz.)
Quelquefois, dans les champs où. notre ennui nous
Sur quelque plateau dévasté, [mène,
On trouve en pleine terre une ville romaine.
Les murailles d'une cité.
Pour bâtir cette voûte auguste et surhumaine.
Ce cirque, ce temple efîrité.
Des peuples ont sué, crié, pâli de haine.
Et n'ont pas d'immortalité.
(CHAntES FuSTBR.)
Sous le rideau de mousseline
Paraît à demi
Le soleil ami.
Qui d'un joyeux rayon calme
L'enfant endormi.
(STANiBLAS Millet.)
La prunelle mouillée, Surprise par ma voix, Elle s'est éveillée, La Belle qui dormait au bois.
(D. DB Vbnancoubt.)