BOILEAU
Grâces au ciel mes mains ne sont point criminelles.
(Racine.)
Certe on peut parler de la sorte Quand c'est au canon qu'on répond...
Au banquet du lord maire, hier j'étais hypocondre ! Beau plaisir, de dîner tête à tête avec Londre !... Pour dernier mot, le meurtre; ils battent sans reraord Monnaie à l'effigie infâme de la mort... Quant à la mort de Gharle, où tu crois voir un crime, C'est le seul acte saint, vertueux, légitime. Par qui de tes forfaits le poids soit racheté, Et de ta vie encor c'est le meilleur côté... Nos filles sont nous-même ; au fond de nos tours noires Leur beauté chaste est sœur de nos anciennes gloires.
Tous me tendent leurs mains lorsque je sors de vêpre. N'approchez pas de moi, malheureux, j'ai la lèpre.
(François Coppée.)
20. Indiquer la césure et les accents rythmiques dans les vers suivants :
i° Alexandrins.
Vers classiques.
Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue,
Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue.
J'en use d'autre sorte, et, me laissant guider,
Souvent à marcher seul j'ose me hasarder.
On me verra toujours pratiquer cet usage.
Mon imitation n'est pas un esclavage :
Je ne prends que l'idée, et les tours, et les lois,
Que nos maîtres suivaient eux-mêmes autrefois.
Si d'ailleurs quelque endroit, plein chez eux d'excellence,
Peut entrer dans mes vers sans nulle violence.
Je l'y transporte, et veux qu'il n'ait rien d'affecté,
Tâchant de rendre mien cet air d'antiquité.
Je vois avec douleur ces routes méprisées : Art et guides, tout est dans les Champs-Elysées. Jai beau les évoquer, j'ai beau vanter leurs traits, On me laisse tout seul admirer leurs attraits.
(La Fontaine.)
Vers du type romantique.
Un jour l'étoile vit la comète passer,
Rit, et la regardant au gouffre s'enfoncer,
Cria : « La voyez-vous courir, la vagabonde?
Jadis, dans l'azur chaste où la sagesse abonde,
Elle était comme nous étoile vierge, ayant
Des paradis autour de son cœur flamboyant.
Et ses rayons, liant les sphères, freins et brides.
Faisaient tourner le vol des planètes splendides;
Rien n'égalait son nimbe auguste, et dans ses nœuds
Sa chevelure avait dix globes lumineux;
Elle était l'astre à qui tout un monde s'appuie.
Un jour, tout à coup, folle, ivre, elle s'est enfuie.
Un vertige l'a prise et l'a jetée au fond
Du chaos où Moloch avec Dieu se confond.
Quand elle en est sortie, elle était insensée ;
Elle n'a plus voulu suivre que sa pensée,
Sa furie, un instinct fougueux, torrentiel,
Mauvais, car l'équilibre est la vertu du ciel. »
(V. Hugo.)!
I. Cet exercice pourrait être utilement étendu dans l'enseignement supérieur à certaines pièces de vers des nouvelles écoles, telles que la suivante, par exemple :
Mais voici qu'à l'effort d'un doux vent alizé. Vers le golfe incurvé, calme comme une rade, Vint aborder une galère de parade Belle d'un appareil naval et pavoisé.
2° Vers de onze syllabes.
Si vous rencontrez un pauvre sans baptême,
Donnez-lui le pain que l'on vous a donné,
Parlez-lui d'amour comme on fait à vous-même.
Dieu dira : « C'est bien, voilà l'enfant que j'aime;
S'il s'égare un jour, il sera pardonné. »
Voyez-vous passer dans sa tristesse amère
Une femme seule et lente à son chemin ?
Regardez-la bien, et dites : « C'est ma mère !
Ma mère qui souffre ! » Honorez sa misère
Et soutenez-la du cœur et de la main !
Eufin, faites tant et si souvent l'aumône,
Qu'à ce doux travail ardemment occupé.
Quand vous vieillirez —tout vieillit, Dieu l'ordonne, —
Quelque ange en passant vous touche et vous mois-
Comme un lis d'argent pour la Vierge coupé, [sonne,
{M"" Desbobdks-Valuuhe.)
La poupe reflétait ses lettres en exergue Aux flots battus par les rames à chaque bord, Et des singes pelés se jetaient des noix d'or Avec des cris du haut de la maîtresse vergue.
Tous les agrès étaient de soie et d'or tissés; Un semis de croissants, de lunes et d'étoiles Éparses constellait l'écarlate des voiles ; A des hampes des tendeiets étaient dressés.
Les princesses ayant foulé les blondes grèves S'en vinrent en cortège à travers les jardins, Avec des fous, des courtisans, des baladins, Et des enfants, portant des oiseaux et des glaives..
(Henri de Héuisieb.)
3° Vers de dix syllabes.
Était-ce en Bohême? Un ciel de mystère !... Je me souviens bien de l'étrange nuit.
Indiciblement morne et solitaire, Somptueuse et morne, une lune luit.
Cette lune jaune et sapàle flamme !...
Tout à coup, dans l'ombre, un violon lent, Désolément doux, doux à fendre l'àme.
Se mit à jouer sur un air dolent.
Puis la lune au ciel devint blême, blême, Et le chant mourut. Que cette nuit-là Ait dû se passer plutôt en Bohême, Je ne sais pas quoi me le révéla...
(Paul Gdigod.)
A la fontaine oii le couchant se mire.
Les grands troupeaux descendent chaque soir.
D'un pas tranquille et si lent qu'à les voir
Il semblerait que rien ne les attire
Vers la fraîcheur du limpide miroir.
(Félix Jkantet.)
4» Vers de neuf syllabes.
Oui! c'est Dieu qui t'appelle et t'éclaire! A tes yeux a brillé sa lumière; En tes mains il remet sa bannière.
Avec elle apparais dans nos rangs, Et des grands cette foule si fière Va par toi se réduire en poussière.
Car le ciel t'a choisi sur la terre Pour frapper et punir les tyrans.
(E. Srni3E.)
Versification. 12
Il vit exilé sous l'œil des cieux.
Les fauves lions avec délire Écoutent son chant délicieux, Captifs qu'a vaincus la grande Lyre.
(Th. be Banville.)
Dans l'or et le bleu la lune rose Gomme autrefois s'éveille à demi.
Dans sa lueur le bourg endormi Semble un insecte au cœur d'une rose.
(Gabriel Vicaire.)
5° Vers de huit syllabes.
Si ma chambre est ronde ou carrée,
C'est ce que je ne dirai pas :
Tout ce que j'en sais, sans compas,
C'est que, depuis l'oblique entrée,
Dans cette cage resserrée
On peut former jusqu'à six pas.
(Ghesset.)
La flamme jette un éclat gai.
Le tournebroche est fatigué ;
J'aperçois neuf poulets qui fument.
Et tro'S garçons roses et gras,
Sans y penser, à tour de bras,
Qui plument, qui plument, qui plument..
(Albert Méiiat.)
Ce n'est pas un rêve d'une heure,
Un rêve qu'on fait une fois;
J'aurai jusqu'à ce que je meure
Le même arriour pour les grands bois.
(Amédke Pigeon,)
6° Vers de si:pt syllabes.
J'ai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant; Au midi de mes aimées Je touchais à mon couchant,
(J.-B. Rousseau.)
De ses lèvres d'azerole, Le rire éclate dans l'air; On dirait joyeux et clair Un trot de mule espagnole.
(Raoul Gineste.)
Loin du bruit de la grand'ville, A l'abri du vieux clocher, Je cultive un champ fertile, Un jardin près d'un verger ; Sans regret ni vœu stérile.
Mon bonheur s'y vient cacher, Loin du bruit de la grand'ville, A l'abri du vieux clocher.
(P^lÉDÉHIC BATAItLE.)
21. Donner des exemples d'alexandrins Irimètres empruntés aux classiques du xvii'' siècle.
S2. Citer des enjambements empruntés aux classiques^ en ayant soin de marquer la différence des genres pour spécifier si ces enjambements sont licites ou non.
ii3. Quelle est la nature des enjambements dans les vers suivants?
Imprécations de Didon.
0 Junon, grand'Junon, tutrice de ces lieux,
0 toi-même, grand roi des hommes et des dieux,
Desquels la majesté traîtreraent blasphémée,
Assura faussement ma pauvre renommée,
Qu'est-ce, qu'est-ce qui peut or' me persuader
Que d'en haut vous puissiez sur nous deux regarder
D'un visage équitable? Ha ! grands dieux, que nous sommes.
Vous et moi, bien trahis! La foi, la foi des hommes
N'est sûre nulle part. Las ! comment, fugitif,
Tourmenté par sept ans de mer en mer, chétif,
Tant qu'il semblait qu'au port la vague favorable
L'eût jeté par dépit, souffreteux, misérable.
Je l'ai, je l'ai reçu, non en mon amitié
Seulement, mais (hélas ! trop folle) en la moitié
De mon royaume aussi. J'ai ses compagnons même
Ramenés de la mort. Ha ! une couleur blême
Me prend par tout le corps, et presque les fureurs
Me jettent hors de moi, après tant de faveurs.
Maintenant, maintenant il vous a les augures
D'Apollon; il vous a les belles aventures
De Lycée ; il allègue et me paie en la fin
D'un messager des dieux qui hâte son destin.
(JoDEI.LB.)
24. Signale}' les phénomènes d'alliléralion et d'assonance qu'on peut trouver dans les vers suivants :
1° Allitération.
La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce, Font insensiblement à mon inimitié Succéder... Je serais sensible à la pitié!
(Ràcink.)
Parcourant sans cesser ce long cercle de peines...
(La Fontaine.)
Liez au bleu muguet l'hyacinthe bleuâtre... Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre... Le pied vif du cheval sur les pavés en feu...
(Alpbed de Vigny.)
Quinze ans son dur sabot dans sa course rapide Broya les générations...
(Bariuer.)
Tu t'arrêtais tournant ton bel œil vers tes flancs... Cette heure a pour nos sens des impressions douces Comme despas muets qui marchent sur des mousses...
(Lamartine.)
Le grand Niagara s'écroule, le Rhin tombe... Le lis blanc la regarde et n'a point l'air fâché... Tant la terre pour eux était mystérieuse... Frêle planche que lèche et mord la mer féline... L'enfant pâle, et l'horreur des forêts formidables... On marquait d'un 1er chaud le sein fumant des femmes.
(V. Hugo.)
2° Assonance.
Je vous supply, ciel, air, vents, monis et plaines,
Taillis, forets, rivages et fontaines...
Rien ne me réjouit ; soit que la jeune Aurore De roses et d'oeillets l'Orient recolore...
(Ronsard.,
Sa croupe se recourbe en replis tortueux...
Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire...
(Racine.)
Il vivait là, chassant, rêvant, parmi les branches... Cela n'empêche pas l'aurore aux rayons d'or D'éclore et d'apparaître au-dessus des collines... L'obscur souffle inconnu qui, dans ce dernier jour. Passe, et que vous prenez pour le vent, c'est l'amour... La meute de Diane aboya sur l'CEta...
La nuit vient, et toujours, tremblant, pleurant, fuyant, L'enfant effaré court devant l'homme effrayant.
(V. Hugo.)
^ Car Gybèle t'aimait, toi, l'aîné de ses chênes.
(V. DE LAPHADK.)