BONHEUR DE LA VIE CHRÉTIENNE
Il n’est que trop ordinaire de se former une fausse idée de la vie chrétienne, et de la regarder comme une vie triste, gênante et désagréable. Rien n’est plus faux,
rien n° t plus injuste que ce préjugé si répandu contre la vertu et la piété. Il est important, chers enfants, de vous garantir de cette erreur dangereuse, ou de vous détromper si vous y étiez déjh engagés; il est important de vous convaincre que le bonheur est le partage de la vertu: si vous en doutiez, écoutez le Saint-Esprit, qui vous assure en mille endroits de l’Ecriture que la justice, c’est-à-dire l’exacte observation de la loi de Dieu, est toujours accompagnée de la paix de l'âme, de ce sentiment délicieux que produit une bonne conscience; et, par conséquent, que la vertu, et la vertu seule, rend l’homme véritablement heureux.
Partout où il est parlé de la fidélité à observer la loi de Dieu, il est aussi parlé de ln paix, comme inséparable de la justice; et avec quelle énergie le Saint-Hsprit ne s’explique-t-il pas sur cet article! «OQ mon fils! vous «dit-il, soyez fidèle à garder mes préceptes: ils seront «pour vous une source de joie et de paix: celui qui «observe la loi du Seigneur fera sa demeure dans la cpairs (Prev, men”) Remarquez qu'A ne dit pas seu-
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lement, il trouvera la paix, il jouira de la paix; mais il fera sa demeure dans la paix, il y établira son séjour; il y sera comme environné des avantages de la paix; et cette paix sera une paix profonde, une paix abondante, qu’il compare à un fleuve dont les eaux salutaires ne tarissent jamais. De là cette joie vive et pure, ce plaisir intime, solide et durable, que goûtent les justes. Heureux donc l’homme qui met son affection dans la loi du Seigneur! il sera comme un arbre qui, planté sur ie bord des eaux, pôrte un fruit excellent, et dont le feuillage ne se flétrit jamais. Ce sont les paroles mêmes du Prophète.
La promesse de Jésus-Christ, dans l'Evangile, n’est pas moins formelle ni moins positive: il déclare en termes clairs et précis que son joug est doux, et son fardeau est léger; que ceux qui le portent y trouvent la paix de l'âme. C’est donc une vérité fondée sur la parole de Dieu, qu’une vie chrétienne est une vie heureuse, qu’il n’y a de véritable, de solide bonheur que dans la fidélité à accomplir la loi de Dieu.
Cette vérité est encore fondée sur l’expérience. Je vais vous citer un témoin qui n’est point suspect, un témoin qui a éprouvé l’une et l’autre situation, celle du pécheur et celle de l'homme vertueux: c’est saint Augustin. Avant sa conversion, il avait mené une vie toute mondaine, une vie sensuelle; il avait passé un grand nombre d’années dans l’oubli de Dieu et dans le déréglement des passions. Rappelé enfin à la vertu, voici comme il s'explique dans le livre de ses Confessions : « Mon Dieu, vous avez rompu mes liens; que mon cœur et ma langue vous louent à jamais de ce que vous m'avez fait recevoir votre joug si aimable, et le fardeau si léger de votre loi. Combien ai-je trouvé de douceur et de plaisir à renoncer aux vains plaisirs du monde! combien ai-je ressenti de joie à abandonner ce qué j'avais craint de perdre! Car vous qui êtes le seul véritable plaisir capable de remplir une âme, en éloignant de moi tous ces faux plaisirs, vous entriez en leur piace, vous qui êtes la véritable et souveraine douceur; mon esprit était déjà délivré des chagrins cuisants que donueut l’ambition, l'amour des richesses et le désir de se
plonger dans la fange des voluptés criminelles, et je commençais à goûter le plaisir de m’entretenir avec vous, Ô mon Dieu! qui êtes ma lumière, mon bien et mon salut.»
Vous l’entendez, chers enfants, une vie de péché et de désordres est un dur esclavage, où l’on est déchiré par des inquiétudes continuelles; une vie vertueuse, au contraire, est une vie tranquille et pleine de consolations. Il est vrai qu’il faut se faire violence et résister à ses passions; mais cette résistance coûte peu à une âme qui a goûté Dieu; les sacrifices qu'il faut faire sont bien payés par le témoignage de la conscience et par l'espérance d'un bonheur éternel qui remplit l’âme de joie. Ce que saint Augustin avait éprouvé, tous ceux qui servent Dieu avec fidélité l’éprouvent comme lui. N’en connaissez-vous pas plusieurs, de ces âmes fidèles à remplir leurs devoirs ? Voÿez cette joie pure et innocente, cette gaieté simple et modeste, cette égalité d'humeur, qui les accompagnent partout. La sérénité de leur âme est peinte sur leur visage ; le calme profond dont ils jouissent, la paix de leur cœur brille pour ainsi dire sur leur front. N’en doutez pas: ce calme, cette paix est le fruit de la vertu.
Mais pourquoi recourir à des exemples étrangers ? Vous-même, vous-même n’avez-vous pas senti ce bonheur qui accompagne la vertu? Rappelez-vous cette époque de votre jeunesse où, touché de Dieu, vous vous êtes purifié de toutes vos fautes; où, admis pour la première fois à la table sainte, vous avez éprouvé combien le Seigneur est bon pour ceux qui l’aiment. Alors votre cœur, dégagé des liens des passions, votre cœur, pur aux yeux de Dieu, ne goûtait que lui, ne désirait que lui, ne soupirait que pour lui. De quelle joie ce cœur ne fut-il pas alors inondé! quelle paix délicieuse remplissait alors votre âme! qu’elles étaient douces, les larmes que vous répandiez dans le sein d’un si bon Père! que vous désiriez alors d’être toujours dans cet heureux état, de n’en sortir jamais! Avouez-le, rendez cet hommage à la Religion: jamais, non, jamais vous n'avez passé des moments plus doux;
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ce jour a été le plus beau de vos jours. Alors vous compreniez cette vérité, que l’on n’est heureux qu’en servant le Seigneur ; alors vous étiez pénétré des sentiments qui animaient le Prophète quand il disait : « Oui, mon « Dieu, un seul jour passé à votre service est bien préfé- «rable à des années entières passées dans la compagnie « des pécheurs.»
Si vous avez conservé ces sentiments de piété, ce goût précieux de la vertu, bénissez-en le Seigneur : Vous entendez aisément tout ce qui vient de vous être dit sur le bonheur de la vie chrétienne: si, au contraire, la vertu, qui autrefois avait pour vous tant de charmes, vous paraît aujourd’hui importune, exnuyeuse, n’en accusez que votre infidélité à remplir vos devoirs. Si vous aviez marché constamment dans la voie de Dieu, vous auriez joui d’une paix inaltérable. Il vous reste une ressource, c’est de prendre une généreuse résolution d'observer exactement la loi du Seigneur, et de vaincre les premiers dégoûts. Revenez à votre Père: un soupir le désarme, une larme l’apaise. Bientôt vous sentirez dans votre âme ces consolations intérieures et ces délices ineffables qui ont fait votre bonheur dans les jours de votre innocence.
Peut-on être malheureux en vous servant, Ô mon Dieu, vous qui êtes la source de tous les biens? Non, Seigneur, non; votre joug est doux, et votre fardeau est léger. Vous nous avez créés pour vous, et notre cœur est dans une continuelle agitation jusqu'à ce qu’il se repose en vous. En vain chercherais-je mon bonheur hors de vous, je ne trouverais que faux biens qui laisseraient mon cœur vide, ou des maux réels qui le rempliraient de trouble et d'inquiétude. Vous l’avez dit, ô mon Dieu! il n’y a point de paix pour les méchants: des remords cuisants, des alarmes continuelles, des chagrins dévorants, voilà leur partage. Celui qui porte l’iniquité dans son sein y porte aussi le trouble et la fraveur, Mais que le sort d’une âme qui vous sert est différent, 6 mon Dieu! elle est toujours tranquille, toujours contente, toujours heureuse. Elle a nue doute des sacrifices à faire, mais l’onction
de votre grâce rend ces sacrifices faciles, agréables
même : elle a des peines à souffrir; mais que ces poines sont légères au milieu des consolatiois dont vous la remplissez! Je ne balance pas, Seigneur, à embrasser le parti de la vertu, persuadé que la vie des gens de bien est mille fois plus douce que celle des pécheurs. Je serai fidèle à observer votre sainte loi, et par cette fidélité je me procurerai tout le bonheur dont on peut jouir sur la terre, et une félicité parfaite dans le ciel, que vous réservez à ceux qui auront mené une vie chrétienne.
HisrorRe. — Dans un temps cù une fièvre pourprée désolait, dans la capitale, les pauvres qui n’avaient pas eu le temps de se traîner à l’Hôtel-Dieu, la communauté des prêtres de Sairt-Marcel, ne pouvant plus suffire à exhorter les moyrants, avait demandé du secours aux religieux mendiants. Vint un capucin vénérable; il entra dans une écurie basse, où souffrait une victime de la contagion. Il y voit un vieillard moribond, étendu sur des haïllons dégoûtants. Il était seul: une botte de foin lui servait de lit; pas un meuble, pas une chaise ; ii avait tout vendu, dès les premiers jours de sa maladie, pour quelques gouttes de bouillon. Aux murs noirs et dépouillés pendaient un christ, une hache et deux scies : c'était là toute sa fortune, avec ses bras quand il pouvait les faire mouvoir; mais alors il n'avait pas la force de se soulever. « Prenez courage, mon ami, lui dit le confesseur ; c’est une grande grâce que Dieu vous fait aujourd’hui: vous allez incessamment sortir de ce monde, où vous n’avez eu que des peines.—Que des peines! reprit le moribond d’une voix éteinte: vous vous trompez, je ne me suis jamais plaint de mon sort: la vue de mon crucifix me consolait au milieu de mes travaux, la Religion a fait mon bonheur; j'ai vécu content. Les outils que vous voyez me procuraient du pain que je mangeais avec délices, et je n’ai jamais été jaloux des tables que j’ai pu entrevoir. J'étais pauvre, mais avec la santé et la crainte de Dieu je n’ai jamais manqué du nécessaire, Si je reprends la santé, ce que je ne crois pas, j'irai
au chantier, et je continuerai de bénir la main de Dieu, qui.
jusqu’à présent a pris soin de moi. O mon Père, que la Religion est aimable! qu’eile renferme de précieux trésors! La paix, le contentement, le bonheur sont le partage de ceux qui l’aiment.»
Le confesseur, aussi édifié que surpris d'un tel langagé, ne put s'empêcher d’en témoigner son étonnement; et, après
agréables ces poiont vous embrasdes gens pécheurs.
par cette on peut s le ciel, une vie
orée désopas eu le é des prêhorter les lendiants.
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avoir rendu grâces à Dieu de la faveur qu’il lui avait faite en l’amenant dans ce pauvro réduit, il dit au malade: « Quoique cette vie ne vous ait pas été fâcheuse, vous ne devez pas moins vous résoudre à la quitter, car il faut se soumettre à la volonté de Dieu.—Sans doute, reprit le moribond, d’un ton de voix ferme et d’un œil assuré, tout le monde doit y passer à son tour ; j'ai su vivre, je saurai mourir: je rends grâces à Dieu de m'avoir donné la vie, et de me faire passer par la mort pour arriver à lui. Je sens le moment s'approcher, accordez-moi les secours de l'Eglise, c’est la seule chose dont j'aie besoin en ce moment.» Cet homme mourut comme il avait vécu, en prédestiné, laissant son confesseur et ses voisins dans l’admiration de ce que peut la Religion sur un cœur docile aux sentiments de la grâce.
Exercices. — 1. Dites quelle idée on se forme ordinairement de la vie chrétienne ; montrez combien cette idée est fausse. —2. Commert l’Ecriture sainte décrit-elle les avantages de la fidélité À lp, loi de Dieu ?—3. Quelle est à cet égard la leçon de l’expérirren !