CHAPITRE III
LA BSALUTATION ANGÉLIQUE.
Dévotion à la très-sainte Vierge.
Après Dieu, le plus digne objet de notre culte et de
nos hommages, c’est la très-sainte Vierge, Mère de Dieu. Elle a été choisie avant tous les siècles pour être le temple vivant de la Sagesse éternelle et l’instrument glorieux du salut des hommes. Prévenue, dès sa conception, qui a été immaculée, des dons les plus excellents et les plus divins, elle a été un parfait modèle de toutes les vertus, et la plus sainte des créatures; par un privilége spécial, elle a été exempte de tout péché. Par son auguste qualité de Mère de Dieu, elle est élevée au-dessus de tous les Saints et de tous les Anges, dont elle est la Reine. Aussi le culte que l'Eglise lui rend est-il un culte particulier, qui ne convient à aucun autre Saint.
Pleine de bonté, elle a pour nous une tendresse de mère : nous sommes en effet devenus ses enfants lorsque Jésus-Christ mourant sur la Croix la donna pour mère à saint Jean, et dans sa personne à tous les Chrétiens. Elle est donc notre mère: quel nom plus tendre, plus touchant, plus propre à nous inspirer pour elle les sentiments d’une entière confiance, et à nous faire espérer de sa part tous les secours dont nous avons besoin! Elle est sensible à nos misères, son cœur s’attendrit sur nos besoins quand nous les lui exposons avec confiance Jamais personne, dit säint Bernard, ne l’a invoquée sans ressentir les effets de sa protection.
Elle s'intéresse singulièrement au salut des jeunes gens, dont elle connaît la faiblesse; elle sait à combien de dangers ils sont exposés; elle voit les combats que leur livre le démon, les piéges qu’il leur tend, les efforts qu’il fait pour leur enlever leur innocence; elle les protége d’une manière particulière quand ils ont recours à
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Nous concevrons combien son intercession est puissante auprès de Dieu, si nous faisons attention qu’elle a sur lui tout le crédit d’une mère chérie: sa puissance n’a point de bornes, parce que l’amour de Jésus-Christ pour sa sainte Mère est infini. Son Fils, que est tout-puissant, ne refuse rien à la meilleure, à la plus tendre des mères ; il partage, pour ainsi dire, son autorité avec elle: il n’est point auprès de Jésus-Christ de médiation ni de recommandation égale à celle de son auguste Mère ; il l’a établie l’arbitre de ses trésors, et la dispensatrice des grâces qu'il répand sur les hommes; il veut que nous nous adressions à elle pour obtenir tout de lui.
Nous devons donc recourir à la très-sainte Vierge avec la confiance d’un enfant qui se jette entre les bras de sa mère: ayons pour elle une tendre dévotion, et nous éprouverons que l’on ne réclame jamais en vain son secours; invoquons-la dans les tentations et les dangers: s’il s'élève quelque nuage dans notre esprit, si quelque passion agite notre cœur, dans nos perplexités, dans nos troubles, pensons à elle, ayons son nom dans la bouche et plus encore dans notre cœur; elle nous consolera, elle dissipera nos doutes, elle calmera nos agitations, elle soutiendra notre faiblesse. Si nous sommes justes, elle nous affermira dans la vertu, elle nous fera persévérer et croître dans la justice. Si nous avons eu le malheur de tomber dans quelque péché, recourons promptement à cette mère de miséricorde : elle est le refuge des pécheurs, elle nous réconciliera avec son fils. Prions-la d’obtenir pour nous la grâce d’une sincère conversion. Elle demandera et obtiendra ces secours puissants qui nous feront sortir de l’esclavage du démon et rentrer dans la douce liberté des enfants de Dieu.
En quelque état que nous soyons, considérons les vertus qui ont éclaté en elle, surtout son humilité pro-
fonde et son inviolable pureté, et appliquons-nous à les pratiquer à son exemple. En vivant ainsi nous serons du nombre de ses véritables enfants; elle sera notre mère; et tant que nous serons sOus sa / sauvegarde nous ne périrons point.
La plus excellente prière que nous puissions adresser à la très-sainte Vierge, c’est celle dont l'Eglise fait un usage si fréquent et qu’elle joint presque toujours à l’Oraison Dominicale. Cette prière, si auguste dans sa
simplicité, nous rappelle le souvenir du mystère de
VIncarnation ; elle renferme en peu de mots le plus parfait éloge de la très-sainte Vierge; elle est propre à exciter notre confiänce en nous faisant souvenir de ce qu’elle peut auprès de Dieu et de ce que nous pouvons espérer de sa bonté pour nous. On appelle cette prière la Salutation Angélique, parce qu’elle commence par les paroles que l’ange Gabriel adressa à la très-sainte Vierge en lui annonçant le mystère de l’Incarnation: « Je vous salue, ô Vierge pleine de grâces, le Seigneur « est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes.» Ces derniers mots furent répétés peu de temps après par sainte Elisabeth, dans la visite qu’elle reçut de la M: : de Dieu; elle y ajouta ceux-ci: « Et le fruit de vus «entrailles est béni.» L'Eglise y a joint les paroles qui suivent: « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous « pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre « mort. Ainsi soit-il.» En récitant cette prière, nous devons avoir l'intention de remercier Dieu du bienfait de l’Incarnation, d’honorer la très-sainte Vierge, qui a eu une si grande part à ce mystère, et de lui témoigner la confiance que nous avons dans sa puissante intercession.
Je vous salue, Ô Vierge sainte ! vous avez porté dans votre chaste sein l’Auteur même de la grâce, et vous avez reçu de la plénitude qui est en lui une surabondance de grâces qui vous a rendue la plus parfaite des créatures. Le Seigneur GLS avec vous par la présence la plus intime: c’est de vous, c’est de votre substance qu’il s’est formé un corps. one avez été comblée des bénédictions divines; la terre s'accorde avec le ciel pour vous bénir. Le fruit de vos entrailles est la source de
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qui s’est communiquée à toutes les nations. Sains Marie, Mère de Dieu, vous voyez nos misères, vous êtes
sensible à nos besoins; priez pour nous maintenant : nous sommes pécheurs, obtemez-nous la grâce de la pénitence et le pardon de nos péchés ; obtenez-nous les vertus dont vous nous avez donné l'exemple, et surtout l'humilité et la pureté. Priez pour nous à l'heure de notre mort. Nous sommes vos enfants, redoublez les efforts de votre tendresse pour nous dans ce terrible passage’ du temps à l'éternité, soutenez-nous dans ce dernier combat; fortifiez-nous contre les frayeurs de la mort, faites que nous expirions en prononçant les noms sacrés de Jésus et de Marie, présenter-nous vous-même au trône de votre Fils, qui sera alors notre juge, et obtenez-nous une sentence favorable.
Hisrorres. — Un soldat nommé Reau-Séjour récitait tous les jours sept Pater et sept Ave Maria en l'honneur des sept allégresses et des sept douleurs de la sainte Vierge. Il était si attaché à cette pratique, qu’il n’y avait jamais manqué ; et s’il arrivait qu'après s'être couché il se ressouvint de n’avoir pas rempli ce devoir, il se levait sur-le-champ, quelque temps qu’il fit, et récitait cette prière À genoux.
Un jour de bataille Beau-Séjour se trouva à la première ligne, en présence de l’ennemi, attendant le signal de l’attaque. S'étant souvenu alors qu’il n’avait point dit sa prière accoutumée, il se mit à la dire, commençant par faire le signe de la Croix. Ses camarades, qui étaient à ses côtés, s'étant aperçus de ce signe de Croix, et voyant que Beau-Séjour récitait des prières, se mirent à le raïller, à se moquer de lui et à l'appeler lâche, timide, poltron. Ces railleries et ces insultes passaient de bouche en bouche: Beau-Séjour a peur; Beau- Séjour est un dévot. Il entendait autour de lui tous ces propos sans s’en inquiéter, et continuait LE sa prière. À peine fut-elle finie, que les ennemis firent leur première décharge : et Beau-Séjour, sans avoir reçu aucun coup, resta seul de tout son rang. (Ù vit étendus à ses pieds tous ceux qui peu auparavant se moquaient de lui et se raillaient de sa dévotion. Lorsque la guerre fut terminée, il reçut son congé, et s’en revint sain et sauf dans ses foyers. Depuis cette époque il ne cessa de remercier Marie de lui avoir conservé les sentiments de dévotion que ses parents lui avaient inspirés dès sa jeunesse.
Nouveau Mois de Marie.
— La journée de va che sera un monument éternel du pouvoir de la Mère de Dieu, puisque c’est à elle que l’Eglise est redevable de cette fameuse victoire que les Chrétiens remportèrent sur les Turcs, l’an 1571. Sélim, fils de Soliman, s'étant rendu maître da l’île de Chypre, venait avec une puissante armée fondre sur les Vénitiens, et ne se promettait
as moins que l’empire de l’univers. Le saint pape Pie V,
hilippe IT, roi d'Espagne, et les Vénitiens, s'étaient joints enseni ble pour repousser les efforts de cet ennemi commun. Quoique la partie ne fût pas égale, les Chrétiens, qui s’appuyaient sur la protection de la sainte Vierge, ne doutèrent pas du succès de leur entreprise. ‘Toute l’Europe était en prière. Les fidèles couraient en foule à Notre-Dame de Lorette pont y implorer l’assistance du Ciel par l’intercession de la Mère de Dieu. Don Juan d'Autriche, général de l’armée, fit vœu d’aller en personne visiter ce sanctuaire. Les Chrétiens obtinrent ce qu’ils demandaient: car, les deux flottes en étant veñues aux mains le 7 octobre, les ennemis perdirent dans ce combat, qui dura depuis six heures du matin jusqu’au soir, quarante mille hommes, cent seize pièces de gros canon et cent cinquante coulevrines; cent quatre-vingts galères et soixante-dix barques furent coulées à fond. Pour ce qui est de don Juan d'Autriche, dès que les affaires dont il était chargé le lui permirent, il se mit en chemin au plus fort de l'hiver pour accomplir son vœu, sans que la rigueur de la saison pût l’en empêcher.
C’est à l’occasion de cette une ue fut établie, par le pape saint Pie V, la fête solennelle à Rosaire, transférée par Grégoire XIII au premier Dimanche d'octobre.
Hist. eccl.
— L'an 1683, les Turcs, fiers des succès qu’ils venaient de remporter sur les Impériaux, résolurent de pousser leurs conquêtes au delà du Danube et même au delà du Rhin. Déjà leurs innombrables bataillons se dirigeaient sur Vienne pour en former le siége. Tout fuyait à leur approche, et l’empereur lui-même, Léopold I*, ne se sentant pas en état d’arrêter cé torrent impétueux, avait quitté sa capitale avec précipitation. a sortait par une des portes quand les Barbares approchaient de la porte opposée. Bientôt leur plan est formé, leur camp est assis, leurs batteries sont dressées, et la tranchée, ouverte la veille même de l’Assomption, est poussée avec une effrayante rapidité. Pour comble d’infortune, le feu prend à une église et menace de gagner l’arsenal; c'en était ‘ait de toutes les munitions, et une explosion terribie aliait annoncer des maux affreux et préluder à d’autres plus grands encore. Mais Marie, invoquée sans esse et avec la plus grande confiance, n’aban-
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donnera point ceux qui se jettent dans ses bras: le jour de l’Assomption le feu s'arrête tout à coup, et le courage renaît avec l'espérance dans les cœurs abattus.
Les Tures cependant poursuivaient leur entreprise avec une incroyable activité; leur formidable artillerie faisait pen? jour et nuit sur la ville une grêle de bombes et de
oulets; leurs travaux, dès le 31 août, se trouvaient si avancés, que les soldats des deux partis se battaient dans le fossé avec les pieux des palissndes, Vienne, ce boulevard de la Chrétienté, déjà presque réduit en cendres, allait tomber sous le joug de l'impiété ottomane. Mais que n'obtient as une confiance véritable en la Mère de Dieu! Le jour de a Nativité, les habitants et les soldats redoublèrent leurs prières, et le même jour un avis extraordinaire d’un secours prompt et certain leur 6: donné. En effet, bientôt on voit Sur les montagnes voisines flotter des étendards: c’était le grand Sobieski avec ses Polonais; leur troupe est petite, il est vrai; mais la faveur du Ciel, attirée par la piété des soldats et du chef, va les rendre le fléau des Barbares, les sauveurs de Vienne et &e la Chrétienté. Le 12 au matin, Sobieski assiste à la Messe et la sert lui-même à genoux, les bras étendus en forme de Croix: il communie, il se met lui et ses soldats sous la protection de la sainte Vierge, reçoit avec eux, au nom du souverain Pontife, une bénédiction s0lennelle, et, plein d’une ardeur et d’uñe confiance nouvelles, il s’écrie: « Marchons maintenant sous la protection toute- « puissante de la Mère de Dieu.»
Bientôt la petite armée voit se déployer à ses yeux le vaste camp des Infidèles, leurs nombreux escadrons, leur artillerie f udroyante, Saisis des premiers mouvements d’une crainte involontaire, les Polonais comprennent et avouent que Dieu seul peut leur donner la victoire; mais ils l'ont rié avec foi par l’intercession de Marie, déjà ils sont exaucés. Le kan des fartares, effrayé de la vigueur du premier choc, recule et s'enfuit avec précipitation ; il entraîne après lui le grand vizir, qui est furcé de le suivre et frémit de rage ; bientôt la déroute est complète; la plaine est jonchée de cadavres, le Danube engloutit dans ses flots des milliers de fuyards. Toutes les munitions, l'artillerie, l’étendard même de Mahomet, sont la proie du vainqueur.
Sobieski cependant fait son entrée dans Vienne avec l’empereur, et, plein de reconnaissance pour la guise qu’il vient de recevoir, il entonne lui-même le Te Deum. Depuis ce temps, ce religieux monarque fit toujours porter avec ui une image de Notre-Dame de Lorette trouvée miraculeusement; on ÿ voyait deux anges soutenant une couronne au-dessus de la Mère de Dieu; ils portaient un reuleau eù étaient écrits en
latin ces mots: Par cetle image de Marie, Jean sera vainqueur.
Et nous aussi, n’en doutons pas, malgré la fureur des ennemis de notre salut, nous serons toujours vainqueurs, si nous avons recours à la Reine des cieux. Hist, eccl.
ExercICES. — 1. Quel est, après Dieu, le plus digne objet de notre culte, et pourquoi ?—2. L’'intercession de la très-sairte Vierge est-elle bien puissante auprès de Dieu, et pour quels motifs ?—3. Comment devons-nous recourir à la très-sainte Vierge ?—4. Quelle est la plus parfaite prière que nous puissions adresser à Marie, et de quoi 8e compose-t-elle ?