‹ Nouveau traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme] (volume 2)Chapitre 34 sur 111 · DE L'ANGE ET DE L'HOMME · texte numérisé non relu

DE L'ANGE ET DE L'HOMME

Les Anges et les hommes sont les créatures les plus parfaites que Dieu ait créées, parce que seules elles sont | douées d'intelligence et capables de connaître et d'aimer | leur Créateur, et qu’elles sont faites pour être éternellement heureuses en le possédant.

ARTICLE PREMIER. ] Î £ Des Anges. \ Quoiqu'il ne soit pas parlé des Anges dans la création, on croit cependant qu'ils furent créés le premier jour, lorsque Dieu dit: « Que la lumière soit faite.» C’est le e sentunent de saint Augustin. Lieu fit les Anges dans le i ciel, dit la sainte Ecriture, et il en créa une multitude | a innombrable.

Les Anges sont de purs esprits, c’est-à-dire des intel- | y ligences qui ne sont pas destinées, comme nos âmes, À | être unies à des corps. } C Le nom d’Ange signifie envoyé, et l’Ecriture nous 3 le donne un grand nombre d'exemples où ces esprits p bienheureux ont été députés vers les hommes: l’archange Gabriel fut envoyé à Zacharie et à la très-sainte à d | Vierge; Raphaël à Tobie, ete. Abraham, Jacob, Gé- L l, (il déon, Moïse, et un grand nombre d’autres personnages À qi { de l'Ancien Testament ont été aussi favorisés de visions U angéliques. On repfésente les Anges avec des ailes, pour ’ es marquer avec quelle promptitude ils exécutent les or. ( h dres de Dieu. (à bc Tous les Anges furent créés libres; tous pouvaient | : fa 1 Q:

être fidèles et mériter le bonheur pour que ils avaient été créés; mais le premier d’entre eux, Lucifer,

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ainsi nommé à cause de l'éclat de lumière que Dieu avait mis en lui, oublia ce qu’il devait à son Créateur, et voulut s’égaler à lui. Un grand nombre de ces esprits célestes suivirent son exemple; mais cependant un plus grand nombre encore s’unirent à l’Archange saint Michel, qui foudroya les rebelles en disant : Qui est semblable à Dieu ? Qui est comme lui, grand, puissant, saint, bon et juste ?

Ainsi ces mauvais Anges furent précipités dans l’enfer, où ils endureront des peines horribles pendant toute l'éternité.

Dieu, pour nous donner occasion ae lui prouver notre amour et nous faire mériter une plus grande récompense, permet que ces esprits de ténèbres, nommés aussi démons, nous tentent et nous portent au mal; mais il nous donne en même temps Jes grâces qui nous sont nécessaires pour leur résister: nous pouvons prévenir leurs attaques par la prière et la vigilance, et les vaincre par les biens que Jésus: Christ nous a mérités et acquis par ses souffrances et par sa mort.

Les Anges qui demeurèrent fidèles furent confirmés en grâce, et ils entrèrent dans la joie du Seigneur, dont ils seront éternellement inondés en contemplant ses adorables perfections.

Il y a trois hiérarchies de ces esprits bienheureux : et il y a, en chaque hiérarchie, trois ordres différents.

La première hiérarchie comprend les Séraphins, les Chérubins et les Trônes ; la seconde, les Dominations, les Vertus et les Puissances ; et la troisième, les Principautés, les Archanges et les Anges.

Nous savons par les divines Ecritures que l’occupation des Anges est de chanter les louanges de Dieu et de l’adorer, de lui présenter nos prières et de protéger ceux qui les invoquent.

Nous devons avoir un grand respect pour tous ces esprits bienheureux, mais nous devons spécialement honorer nos saints Anges gardiens. Nous savons, de la bouche même de Jésus-Christ, que les plus petits enfants ont un de ces esprits célestes qui les garde. Quelle douce consolation pour nous d’être assurés que RouS avons toujours aupris de nous un protecteur que

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Dieu nous a envoyé du ciel, et qui veille nuit et jour à notre sûreté, pour empêcher que l'Ange des ténèbres ne nous nuise; que nous avons on lui un ami véritable, également éaèle, sage, éclairé et puissant; que c’est un guide sûr, toujours plein de zèle pour nous diriger dans le chemin qui mène au ciel! Pourrions-nous oublier ce que les saints Anges font pour nous? et ce souvenir

n’ouvrira-t-il pas nos cœurs aux sentiments du respect, .

de la reconnaissance, de la confiance et de l'amour? ne nous portera-t-il pas à être dociles à leurs inspirations, à les prier souvent et toujours avec ferveur, et à les imiter dans leur fidélité ?

Histoire. — Pendant la captivité, le saint homme Tobie, se croyant près de mourir, et ne voulant pas frustrer son file d’une somme considérable qu’il avait prêtée À un de ses parents nommé Gabélus, lui conseilla de chercher un guide fidèle pour le conduire à Ecbatane, où demeurait ce parent. Le jeune Tobie étant sorti rencontra l’Archange Raphaël sou la figure d’un jeune homme prêt À faire voyage: le saint An change s’offrit à le conduire et à le ramener sain et sauf. Arrivés près de Ragès, le céleste conducteur dit à Tobie que Dieu lui destinait pour femme Sara, fille de Raguel, son parent. À catte nouvelle, le jeune homme frémit de crainte, se souvepant que sept } “mmes qui avaient successivement épousé Sara étaient tous :: 4; mais l’Ange le rassura en lui disant qu’il ne lui arriverait aucun mal, pourvu qu’il suivit les avis qu’il lui donnerait; ce qui fut en effet,

Gabélus, appelé aux noces, remit à Tobie l’argent qu’il devait, et, peu de jours après, les deux voyageurs reprirent la route de Ninive. ‘

De retour dans la maison paternelle, le jeune Tobie adora Dieu, selon l’avis de l’Ange; puis s’approchant de son père, qui était aveugle, il lui frotta les yeux avec le fiel d’un poisson monstrueux qu’il avait pris dans le Tigre durant le voyage, et le saint vieillard recouvra Ta vue.

L'Ange ayant terminé sa mission, fit connaître qni il était, et dit à Tobie le père: « Le Seigneur m’a envoyé pour vous « guérir et pour délivrer du démon Sara, la femme de votre « fils; car je suis Raphaël, l’un des sept qui sont sans cesse « présents devant le Seigneur, et toujours prêts À exécuter « ses ordres. Lorsque vous nriiez avec larmes etque vous en- «sevelissiez les morts, je présentais vos prières à Dieu, et il « les recevait favorablement; et parce que vous étiez agréable

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« à Dieu. il a 6t6 nécessaire que vous fussiez éprouvé» II ajouta: « La paix soit avec vous,» et disparut, Les services que le saint Archange rendit à Tobie sont la figure de ce que nos saints Anges gardiens font journellement pour nous.

Exercices. — 1. Quelles sont les créatures les plus parfaites que Dieu ait créées, et pourquoi?—2, Quand croit-on que les Anges ont été créés ?—8. Qu'est-ce que les Anges, et que veut dire le mot ange?—4. Tous les Anges ont-ils été fidèles à Dieu ? —65. Pourquoi Dieu permet-il que nous soyons tentés par les mauvais anges ?—6, Comment divise-t-on les Anges ?—7, Quelle est l'occupation des Anges dans le ciel?—8, Quels sont nos devoirs envers nos Anges gardiens ?

ARTICLE II

De l Homme.

Dieu, voulant distinguer l’homme du reste des créatures visibles, sembla se recueillir en lui-même avant de le créer: Faisons l'homme, dit-il, à notre image et à notre ressemblance. I] forma son corps de terre, et le rendit vivant et animé en lui donnant une âme intelligente, capable d'aimer, de vouloir et de penser; et c'est en cela que l’homme est fait à l'image de Dieu, et capable de le posséder éternellement, s’il se rend digne de ce bonheur par la pratique des vertus qui lui sont commandées.

Il fallait au premier homme une compagne: elle fut tirée de lui-même, et reçut le nom d’Eve: ainsi fat institué le Mariage. Tous les hommes sont nés de ces premiers parents : ils doivent donc être à jamais une seule et même famille, et s'aimer comme les enfants d'un même père.

L'homme n’est pas seulement corps; il a une âme capable de penser et d'aimer, une âme qui de sa nature est incorruptible et immortelle,

Histoire. — Un empereur romain avait un cerf qu’on était venu à bout d’apprivoiser, Ilétait nourri au palais et y revenait tous les jours, après avoir visité les frôts voisines. Cet animai était cher à l’emperenr. Craignant que dans les courses qu’il faisait au dehors, quelqu'un ne le poursuivtt et ne le blessât, il

fit graver sur un collier d’or, qu’on lui mit, ces paroles: Ne me D

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touches pas, j'appartiens à César.—Nous venons de Dieu, nous appartsnons à Dieu, nous sommes À’ Dieu, nous sommes le bien de Dieu; il nous a marqués de son sceau ; notre flme et ses facultés, notre corps et les organes de nos sens portent l'empreinte de la Divinité. Ne nous laissons donc pas séduire par les mauvais exemples, entraîner par les passions, et réere en servitude par l’esprit de malice, qui est notre grund ennemi.

Exercices. —1. Comment Dieu distingua-t-il l'homme du reste des créatures, et comment forma-t-il sa compagne ?—2. Quelle conséquence faut-il tirer de ce que nous sommes tous issus d’un même père ?—8. De quoi l'homme est-il composé (1) ?

+ ARTICLE III

De la spiritualité et de l'immortalité de l'âme.

Les fidèles de la nouvelle Loi ne sont pas les seuls qui fassent profession de croire l’immortalité de notre âme ; ‘es anciens Patriarches, les Prophètes, tous les adorateurs du vrai Dieu l’ont également crue et en ont fait L. motif de leur conduite. Les grands génies de l'antiquité, Platon, Aristote, Cicéron, et une infinité d’autres, ont, par les lumières de la raison aidée de quelques «ouvenirs traditionnels, reconuu que la mort n’est pas la fin de tout l’homme, mais qu’il se survit encore à lui-même, après avoir éprouvé ect catastrophe, qui n’est autre chose que la séparation des deux substances, l’âme et le corps, qui constituent sa nature.

Et en effet, nous ne pouvons pas plus douter qu'il \1 ait en nous deux substances que nous ne pouveus douter de notre propre existence; car ce qui pense dans nous, ce qui médite, calcule, compare, réfléchit, ce qui est capable d’une si grande variété de connassauces et de sentiments ne peut être matière. Mais le dogme de l’immortalité de l’âme n’est pas seulement fondé sur de simples conjectures, sur quelques vraisemblances : la révélation primitive, la rersuasion générale du genre humain, les idées que Dieu nous à

(4) Voir la fu de la page 3 ot le commencement de sà page 4.

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données de sa bonté, de sa puissance, de sa justice, tels sont les fondements d’une vérité aussi consolante pour l’homme de bien qu’effrayante pour l'impie.

Après son péché, l'homme a été condamné à la mort ; son corps doit rentrer dans la poussière, d’où il a été tiré; mais si son âme devait périr avec son corps, si ce principe de vie émané du Créateur devait être anéanti, la promesse d’un Rédempteur était absurde et sans motif. Aussi le dogme de la vie future, et par conséquent de l’immortalité de l’âme, fut-il toujours un des articles fondamentaux de la Religion primitive; il fut l'espoir de nos premiers parents, comme il sera le nôtre, si nous observons avec fidélité les préceptes que le Seigneur nous à donnés.

Le dogme de la vie future, et, par suite nécessaire, de l'immortalité de l’âme, a été généralement reçu par tous les peuples de l’univers; l’idolâtrie, loin de le détruire, lui avait donné une nouvelle force, ou plutôt ce fut même l’abus de cette croyance qui fut une des sources de l’idolâtrie; l’apothéose des grands hommes et l'usage de leur rendre des honneurs divins apyès leur mort, ne se seraient jamais établis si l’on avait cru que l’homme meurt tout entier.

En créant un être d’une capacité aussi vaste que celle que possède notre âme, Dieu n’a pu avoir d’autre fin que celle de la rendre heureuse par la possession d’un bien digne d’elle, digne de ses œuvres. Peut-on trouver le bonheur en ce monde? L'homme le plus vertueux y est-il toujours le plus heureux? Hélas! l’expérience de tous les jours ne nous apprend que trop le contraire.

La justice divine est encore une preuve de l’immortalité de l’âme: on voit souvent en ce monde le vice triomphant et la vertu humiliée, l’impie heureux et le juste malheureux. Il est donc nécessaire que l’ordre soit rétabli, que le vice soit puni et la vertu récompensée. Mais comment cet ordre serait-il rétabli, et comment la justice divine exercerait-ella ses droits, si l’âme n'était pas immortelle ?

On dira peut-être que le remords est la punition du crime: mais que serait le remords sans la foi? Disons

donc hardiment que nier la spiritualité de : âme, et par conséquent son immortalité, c’est non-seulement donner le démenti à la croyance et au sentiment de tous les peuples, mais encore à la saine raison et au sens commun.

Cette vérité, professée dans tous les temps, et par presque tous les peuples de l'univers, est sans doute terrible pour l’impie; elle le poursuit partout et lui déchire le cœur, malgré les efforts qu’il fait pour se tranquilliser. Le libre cours qu’il donne à ses passions lui fait redouter l'éternité, parce qu’il n’a rien à attendre qui lui soit avantageux ; il voudrait ne pas croire, mais le remords le poursuit; il doute, ou plutôt il croit malgré lui. Son incrédulité souvent affectée décèle un cœur coupable. « Quand la pensée de l'avenir visite les incrédules, dit Young, ils rampent, ils tremblent, ils doutent, ils croient...» ;

Le juste, au contraire, trouve dans cette vérité la force dont il a besoin pour souffrir avec résignation les

maux de laivie présente; elle est de plus son espoir pour l'éternité.

Hisrorrk. — Quelques heures avant sa mort, Bernardin de Saint-Pierre, auteur des Etudes de la Nature, voyant ses enfants tout en pleurs autour de son lit, leur adressa ces tou- Chartes paroles: « Ce n’est qu’une séparation de quelques jours, ne me la rendez pas si douloureuse; je sens que je quitte la terre, mais non la vie. Adieu, mes bons amis,

évitez le mal, faites le bien, vivez chrétiennement; nous nous reverrons un jour,»

Exercices. — 1. Les Chrétiens ont-ils seuls reconnu l’immortalité de l’âme?—2, Quels sont les fondements de notre croyance à l’immortalité de l'âme ?—3, Comment la promesse d’un Rédempteur prouve-t-elle l’immortalité de l’âme ? —4, Comment le dogme de la vie future a-t-il toujours été regàrdé?—5, Montrez la confirmation de ce dogme et les erreurs de l’idolâtrie. — 6, Comment la justice divine prouve-t-elle l’existence d’une vie future ?—7, Montrez quels sont les effets de ce dogme, si diférents pour le coupable et pour le juste.

ARTICLE IV

Chute de l'homme.

L'homme, au sortir des mains de son Créateur, était

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juste, saint, heureux, et orné de dons excellents: son esprit (tait éclairé d’une lumière divine, qui lui montrait tout ce qu’il devait connaître. Il n’avait besoin, pour s’instruire, ni de livres ni de maîtres. Sa volonté était droite et sans aucun penchant vers le mal; rien ne troublait la tranquillité de son âme: il ne souffrait dans son corps ni douleur, ni incommodité, et il ne devait point mourir.

Cependant Dieu devait à sa majesté d’exiger de l'homme le dévouement de son cœur, et des preuves de sou amour et de son obéissance : c’est pourquoi, en le plaçant dans le paradis terrestre, il lui défendit de toucher à un fruit particulier, en lui accordant l'usage de tous les autres. Ce commandement, facile À observer, surtout en ce moment où l’homme innocent était natu. rellement porté au bien, fut accompagné de la plus terrible menace, qui est la peine de mort; mais, malgré les bienfaits de Dieu et ses menaces, la femme se laissa séduire par le démon, qui avait pris la forme d’un serpent; et, après avoir mangé du fruit défendu, elle en présenta à Adam, et l’entraîna dans sa désobéissance.

À ce moment, tout fut changé pour eux ; ils perdirent tous les avantages que Dieu leur avait accordés eg les créant. D'épaisses ténèbres se répandirent dans leur esprit; leur volonté se dérégla, leurs passions obscurcirent les lumières de leur raison; leurs penchants se corrompirent et les portèrent vers le mal. En perdant la justice et en se séparant de Dieu, ils devinrent sujets à la damnation éternelle. Leur corps fut assujetti à la douleur, aux maladies, à la mort.

Ces suites affreuses du péché d'Adam ont passé à toute sa postérité, parce que son péché même a passé à tous les hommes, qui sont nés de lui. En désobéissant à Dieu, il s’est perdu lui-même, et avec lui tout le genre humain, dont il est le père. Nous sommes les héritiers de sa faute et de sa disgrâce, comme nous l’aurions été de son innocence et de son bonheur.

Tous ont péché dans le premier homme, tous ont désobé! en lui; son péché, étant ainsi devenu. le nôtre, fait que nous sommes tous coupables, même avant que de naître. Vérité inçompréhensible, mais dont la Reli-

gion ne nous permet pas de douter: c’est le dogme fotidamental de la Religion chrétienne ; c’est à ce dogme qu’elle se rapporte tout entière, puisque ce péché, qui est la source de tous les maux, est aussi la première cause du besoin que nous avions d’un Médiateur et d’un Sauveur qui nous réconciliât avec Dieu, qui expiât nos péchés, et qui nous rachetât de la servitude.

C’est un des dogmes qui sont le plus clairement contenus dans la sainte Ecriture.

Le saint roi David dit lui-même qu’il a été formé dens l’iniquité, et que sa mère l’a conçu dans le péché.

L’Apôtre saint Paul dit que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché; et qu’ainsi tous les hommes ont été assujettis à la mort, parce que tous ont péché dans un seul.

Nous naïissons tous coupables et enfants de colère ; c'est pour cela qu’on appelle ce péché le péché d’origine ou de transmission.

Les philosôphes païens eux-mêmes sont parvenus, par le secours de la raison seule, non pas à connaître cette vérité, mais à soupçonner que l'homme naissait coupable de quelque crime. La vue des misères auxquelles il est assujetti dès le berceau les avait conduits jusque-là. En effet, sans la foi du péché originel, l’homme est lui-même un mystère encore plus incompréhensible ; car comment expliquer toutes les contradictions qui se trouvent en lui? Tant de grandeur et tant de bassesse tout à la fois, tant de lumières et tant de ténèbres, un penchant si vif pour le bonheur et une si profonde misère. 11 approuve le bien, et ne le fait pas ; il condamne le mal, et il le commet.

Il n’y a que la foi du péché originel qui puisse expliquer ces difficultés et concilier ces contradictions.

Ce qu'il y a dans l’homme de bonté et de lumière vient de Dieu et de la première institution de la nature :

ce sont de beaux restes d’un grand édifice tombé en ruine. L’ignorance et les vices viennent du péché, qui a gûté l’ouvrage de Dieu, et défiguré son image jusqu’à la rendre méconnaissable,

Nous voyons un exemple de cette justice rigoureuse dans la conduite d’un roi qui punit un sujet rebelle en

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le dégradant lui et toute sa postérité; mais les comparaisons tirées des choses humaines sont toujours imparfaites ; les règles de la justice des hommes ne sont qu'une ombre de celles de la justice divine; elles peuvent aider notre foi, mais elles ne peuvent pas nous découvrir le fond de ce mystère impénétrable.

Dieu avait créé l’homme pour le rendre éternellement heureux avec toute sa postérité. Il était juste et saint quand il sortit de ses mains: il ne tenait qu’à lui de conserver ces précieux avantages et de les fairo passer à ses enfants; il ne fallait pour cela que lui demeurer fidèle. S'il eût persévéré dans la justice, il aurait communiqué le même bonheur à tous ses descendants, et leur aurait assuré une félicité éternelle ; mais sa désobéissance a tout perdu, et les suites de son péché, c’està-dire l'ignorance, l’inclination au mal, les misères de la vie, la mort du corps et la perte de l’âme, ont passé jusqu’à nous. A insi nous étions exclus du ciel, si Dieu, par une infinie miséricorde, n'avait préparé un remède à nos maux en envoyant un Rédempteur. /

Histoire. — Le Seigneur appela Adam et lui dit: « Adam, où êtes-vous ?» Adam répondit : « Seigneur, j’ai entendu votre voix, et j'ai craint de me présenter devant vous parce que J'étais nu, et je me suis caché.» Le Seigneur dit: « Qui est-ce qui vous a fait connaître que vous étiez nu, sinon parce que vous avez mangé du fruit défendu ?» Adam répondit: « C’est la femme que vous m'avez donnée pour compagne qui m’en a présenté, et j'en ai mangé» Dieu dit à la femme: « Pourquoi avez-Vous fait cela ?» Elle répondit : « C’est le serpent qui m’a trompée, et j'ai mangé de ce fruit» Le Seigneur dit au serpos « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous es animaux, tu te traîneras sur ta poitrine, tu mangeras la terre toute ta vie; je mettrai une éternelle inimitié entre la femme et toi, et entre sa postérité et la tienne ; elle t'écrasera la tête, et tu tendras des embûches À ses pieds» Puis il dit à la femme: «Je multiplierai tes chagrins et tes maux ; tu enfanteras avec douleur, et tu seras sous la puissance de ton

mari, qui dominera sur toi.» Enfin, adressant la parole à Adam, il lui dit: « Parce que, trop docile à la voix de ton épouse, tu as mangé du fruit défendu, la terre sera maudite en tes ouvrages ; tu ne pourras te nourrir de ses productions

que par un pénible travail, . La terre produira des ronces et

des épines, tu mangeras l'herbe de la terre et ton pain à la eueur de ton front, jusqu’à ce qu’enfin tu retournes dans la terre d'où tn es sorti; car {u es poussière, et tu retourneras en DPoussière.,

Gen. 111.

ExERCICES. — 1. Dans quel état l’homme fut-il créé ?—2. À quelle épreuve fut-il soumis ?—8. Racontez sa chute, et faites-en connaître les suites.—4, Comment devons-nous considérer le dogme du péché originel ?—5, Pourquoi ce dogme est-il le fondement de la Religion chrétienne?—6, Ce dogme est-il clairement enseigné dans l’Ecriture ?—7. Les païens avaient-ils l’idée de la chute originelle ?—8, Peut-on, sans la foi à ce mystère, expliquer les contradictions qui se trouvent dans le cœur de l’homme ?—9, Faites comprendre par un exemple la justice de la transmission du péché originel.

OHAPITRE IV.

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